Manque-t-on vraiment de logements en France ?

« Il est souvent dit que la pénurie de logements en France orchestre la hausse des prix. Pas si sûr…

Manque-t-on vraiment de logements en France

En France, la pénurie de logements serait responsable des prix élevés de l’immobilier résidentiel. Souvent mis en avant par des professionnels du logement, cet argument est-il crédible ? Certains comme l’économiste du Cepii Thomas Grjebine pensent que non. Sur son blog, il rappelle qu’en 2007 « parmi tous les pays d’Europe de l’Ouest, c’est en France que le stock de logements rapporté à la population était le plus élevé (513 logements pour 1000 habitants, contre 477 en Allemagne ou 409 en Belgique) ». Cette offre de logements comparativement abondante n’a pas empêché les prix de l’immobilier de plus que doubler dans l’hexagone au cours de la première décennie des années 2000, alors qu’en Allemagne, les prix stagnaient.

Depuis, la France a certes été rejointe en tête de ce classement européen du nombre de logements par habitant, mais à en croire les statistiques les plus récentes du CECODHAS Housing Europe, seuls le Portugal, la Finlande et l’Espagne arrivent à tenir la comparaison avec la France. Et au sens de l’Insee, elle comptait encore 515 logements pour 1.000 habitants au premier janvier 2014. La hausse des prix ne saurait donc s’expliquer uniquement par le manque de logements en France.

Il manque des logements… pour les plus pauvres

En revanche, comme le rappelle souvent la Fondation Abbé Pierre, il y avait en 2006 800.000 personnes « aux portes du logement ». « Ce chiffre est la somme des 100.000 personnes sans domicile, des 150.000 personnes hébergées dans le cadre de dispositifs collectifs, des 150.000 à 300.000 personnes contraintes à un hébergement chez des proches, et enfin des 300.000 personnes vivant dans des conditions atypiques », explique Thomas Grjebine. Il manquerait donc bien des logements en France, mais à des prix abordables et de qualité décente, pour au moins 800.000 personnes.

Autrement dit, il manque des logements à destination des plus pauvres. Le gouvernement se trompe donc peut-être de combat en soutenant les investisseurs par le biais de dispositifs fiscaux plus avantageux. Du moins si l’on raisonne à long terme. D’autant qu’en parallèle, le nombre de logements vacants en France a augmenté de… 25% entre 2008 et 2014 ! à 2,64 millions d’unités selon les statistiques de l’Insee. De quoi choquer ceux qui sont sensibles aux chiffres du mal-logement.

L’Etat consacre beaucoup d’argent à sa politique du logement

Pourtant la France ne ménage pas ses efforts pour soutenir le logement. L’effort public en faveur de ce secteur représente en pourcentage 2,1 % du produit intérieur brut, « c’est-à-dire un pourcentage deux fois plus élevé que la moyenne dans la zone euro », note Thomas Grjebine. L’utilisation des avantages conférés par l’Etat aux producteurs et aux consommateurs de services de logement, qui représentait 42 milliards d’euros en 2012, n’est donc pas satisfaisante. Malheureusement la situation semble figée. S’il n’est dans le contexte actuel pas question de toucher aux aides à la personne, qui sont essentiellement des prestations sociales liées au logement, une partie des aides à la pierre, et notamment les dispositifs fiscaux en faveur des investisseurs, pourraient être (re)questionnées.

Mais qu’on le veuille ou non, le secteur du bâtiment joue un rôle économique fort et peut à lui seul ramener des points de croissance à court et moyen terme, à un moment où le gouvernement en a cruellement besoin pour redevenir crédible auprès de l’opinion publique. « Avec le retournement du cycle immobilier actuel (les mises en chantier ont baissé de 18 % entre avril 2013 et avril 2014), diminuer les aides à la construction risquerait d’accentuer encore le marasme de ce secteur », juge Thomas Grjebine. Ce que le gouvernement actuel  ne juge pas souhaitable.  Sous la contrainte du temps et de l’argent, il préfère donc ne pas prendre tous les risques nécessaires pour résoudre de manière structurelle la crise du logement qui sévit en France ».

Mathias Thépot, La Tribune.fr, le 2 décembre 2014

N.B. Offre abondante et prix très élevés, on est bien sûr là en présence d’une bulle spéculative, dont les raisons sont variées : intérêt des Français pour la pierre en période de crise, avantages fiscaux, manipulations monétaires des banques centrales (taux d’intérêt, quantitative easing…), règles restrictives concernant le foncier… Bulle dont les premières victimes sont, sans surprise, les pauvres et les classes moyennes. Heureusement, cette bulle est en train d’éclater sous l’effet de la dépression économique. OD

Rappels :

La baisse des prix de l’immobilier : une bonne nouvelle pour l’économie (V. Bénard)

La bulle immobilière française se dégonfle

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 52 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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5 commentaires pour Manque-t-on vraiment de logements en France ?

  1. Ping : Manque-t-on vraiment de logements en France ? - Ma banque a moiMa banque a moi

  2. Kilroy dit :

    Autre problème : les logements existent mais ne sont pas répartis là où se trouve l’activité économique. Pour une demande forte sur Paris, combien de maisons abandonnées et en ruine en province ?

  3. zorba44 dit :

    Logements vides, et loyers trop bas pour les propriétaires et trop hauts pour les locataires. Beau résultat pour un marché qui n’a de marché que le nom puisque complètement administré par l’Etat par l’intermédiaire de lois et règlements étouffants.

    Jean LENOIR

  4. Vite que la bulle éclate ! dit :

    8 ans de salaire pour ahcter un logement en france
    3 en allemagne et danemark.

    Et on reproche aux français de ne pas être mobile pour trouver du travail ?
    On se moque de nous !
    Comment mettre en vente sereinement un bloc qui représente une telle masse d’argent ?
    Comment créer un budget d’achat première acquisition pour un jeune ?

    Voilà, l’explosion de cette bulle serait salutaire pour le marché du travail.
    Il faut que ça arrive le plus vite possible.
    Les salopards qui se gavent sur la spéculation immobilière doivent crever, seule l’activité économique compte pour le bien du pays.

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