Echec du référendum suisse sur l’or, quels enseignements ? (Ph. Herlin)

echec referendum suisse sur or« Le rejet est clair et net, les Suisses ont voté contre l’initiative sur l’or à 77,3%. Rappelons que ce référendum imposait trois contraintes : l’obligation pour la Banque Nationale Suisse (BNS) de détenir au moins 20% de ses actifs sous forme d’or, l’interdiction de toute vente d’or, et le retour de l’or stocké à l’étranger sur le territoire national. L’approbation de « l’initiative sur l’or » aurait constitué un véritable coup de tonnerre, un virage complet par rapport aux politiques monétaires laxistes menées en Suisse, en Europe avec la BCE, aux Etats-Unis et au Japon. Malheureusement ce ne sera pas le cas, essayons de comprendre pourquoi.

Tout d’abord les autorités gouvernementales et le président de la BNS, la plupart des partis politiques et des médias s’y sont fermement opposés, ce qui rendait dès le départ la tâche difficile. Mais ne rejetons pas l’intégralité de l’échec sur l’extérieur, examinons le référendum lui-même. Une question qui se divise en trois conditions, ce n’est pas simple, d’autant que deux d’entre elles peuvent entrer en contradiction : détenir au moins 20% de son bilan en or et en interdire toute revente, cela veut dire qu’en cas de forte hausse de son cours, la part de l’or passera à 30%, 40% ou plus du bilan, sans possibilité de faire diminuer ce chiffre. Et puis pourquoi 20% et pas 15% ou 30% ? On aborde ici des questions complexes, incompatibles avec un référendum.

Autre élément important : pour atteindre ces 20%, la BNS aurait été obligée d’acheter pour 70 milliards de francs suisses d’or (1500 à 1800 tonnes) et les Suisses n’aiment vraiment pas voter pour des dépenses ! Plus fondamentalement, le référendum prônait sans le dire un retour à l’étalon-or, ou plutôt un simili-étalon-or puisque, pour le coup, le chiffre de 20% aurait été un peu faible. Eh bien il aurait fallu le dire ! Mais ça n’aurait rien changé, la prise de conscience n’existe pas.

Ce que signifie cet échec est limpide : il faudra une crise pour que les gens comprennent. Un débat sur des questions monétaires demeure abstrait, il ne peut pas remplacer l’expérience concrète. Dans ce domaine on peut compter sur la BNS qui s’est réjouie de l’échec du référendum et a réaffirmé qu’elle peut donc « poursuivre aux mêmes conditions que jusqu’ici sa politique monétaire » dont « le cours plancher (1€ = 1,20CHF) demeure l’instrument central ». Elle a réaffirmé sa « détermination requise » et « à cette fin, elle est prête à acheter des devises en quantité illimitée. » Et vive la planche à billets « illimitée », merci pour cet aveu.

Une suggestion pour les défenseurs suisses de l’or en : laissez tomber la BNS, visez plus modeste et plus concret en défendant l’idée de l’or comme monnaie complémentaire. Les monnaies complémentaires sont à la mode, d’ailleurs la plus ancienne est née en Suisse, en 1934, il s’agit du WIR, une monnaie interentreprises. Le principal obstacle est levé puisqu’il n’existe pas de taxe à l’achat et à la vente d’or sur le territoire de la confédération helvétique. Il faudrait ensuite pouvoir librement utiliser les pièces de 20 francs-or et en frapper de nouvelles du même poids que chacun pourrait acquérir et utiliser pour des transactions (ainsi que les lingots). Il n’y a certainement même pas besoin d’un référendum pour faire tout cela. Le franc suisse resterait la monnaie légale mais l’or circulerait à côté, à partir du moment où l’acheteur et le vendeur le souhaiteraient. L’or entrerait en concurrence avec le franc suisse et prendrait d’autant plus de place que les gens lui accorderaient leur confiance… Voici une approche concrète du problème, plus susceptible de convaincre ».

Philippe Herlin, Goldbroker.com, le 4 décembre 2014

Rappels :

Or suisse : la censure des sondages ! Une campagne détestable… (Liliane Kheld-Khawam)

Suisse : Le référendum sur l’or sauvera-t-il le système financier ?

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 52 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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14 commentaires pour Echec du référendum suisse sur l’or, quels enseignements ? (Ph. Herlin)

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  2. Ğaluel dit :

    Donc le peuple n’aurait pas compris, il faudra donc lui faire comprendre coûte que coûte ?! C’est bien ça la morale ? Comme en 2005 ?

    • Geraldine dit :

      Non c’est exactement le contraire. Lisez attentivement. Je vous rappelle qu’en Suisse le NON l’a emporté, c’était la préconisation de l’establishment. Le NON sera appliqué.
      En 2005 l’establishment a été désavoué mais il a piétiné la volonté du peuple avec le traité de Lisbonne, le OUi a été imposé (merci Sarkozy).

  3. zorba44 dit :

    Il est incontestable que ce vote est un non massif. Qu’un petit quart de la population comprenne le danger extrême d’une dérive de la dette suisse est en soi encourageant : mais c’est un non indiscutable et on ne fera pas revoter les Suisses – du moins dans un délai rapproché.

    On ne les refera pas voter du tout, car tel un typhon la tourmente financière emportera tout sur son passage, nos amis suisses y compris.

    In fine, il y a trois quarts de moutons conformistes pour avoir voté la loi. On peut imaginer que les banques ont poussé à la roue en racontant toutes sortes de sornettes à leurs clients, dans les jours précédant le vote.

    La Suisse abandonne sa sagesse proverbiale… C’était à prévoir même si le signataire de la présente voulait y faire croire, alors qu’en secret il n’y croyait pas.

    Jean LENOIR

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  6. On parle beaucoup de la manipulation du prix des métaux par les banques centrales occidentales mais on parle beaucoup moins de la même manipulation sur les marchés asiatiques sur le métal grâce aux techniques associées au « warehousing » fictif, encore appelé entreposage tournant, qui permet de faire voyager les stocks de létaux entre les dépositaires qui s’en servent au même titre que des titre sur des actions ou obligations à des fins de collatéralisation de prêts bancaires. Cette technique a été inventée par les boites d’import/export afin de contourner les restrictions apportées à l’octroi de crédits par la PBOC, de façon à pouvoir financer des importations de stocks de métaux qui n’existent que sur le papier pour servir de garantie à des prêts documentaires. C’est ainsi que la demande de la Chine en or a pu être artificiellement gonflée, tout comme celle de l’argent, du cuivre ou du zinc. En fin de compte, certaines banques se retrouvent le bec dans l’eau lorsque certains fonds d’investissement fond faillite laissant une ardoise de prêts sécurisés par des garanties fictives, comme le découvre Citibank ces jours-ci. HSBc ou la BNP se sont laissés prendre également à ce petit jeu orchestré par des boites de trading peu scrupuleuses spécialisées dans la vente de stocks de métal servant de support à des prêts bancaires souvent titrisés par la suite pour augmenter l’effet de levier et refiler la patate chaude aux confrères.

    Citigroup was in a “state of panic” when alleged fraud was uncovered in two Chinese ports, Mercuria Energy Group Ltd.’s lawyer said as a London trial over disputed metal finance deals got under way.

    “The discovery of the fraud was a massive problem for Citi as it was their metal and it was at their risk,” Mercuria lawyer Graham Dunning told a London judge. “There was a state of panic.”

    The disputed copper and aluminum is under lockdown in the ports of Qingdao and Penglai, where Chinese authorities are investigating an alleged fraud. Neither side can get access and they don’t know how much of the metal is there, Dunning said at a pre-trial hearing in August.

    Citigroup argues that it effectively delivered the metal to Mercuria under the terms of a sale-and-repurchase agreement by handing over warehouse receipts. The bank says it is owed about $270 million. Mercuria, a Cyprus-based firm with major trading operations in Geneva, argues the products were never properly delivered.

    “It appears that substantial quantities may be missing from the warehouses or may be the subject of multiple pledges,” Dunning said today.

  7. Le schéma détaillant la manip de la fraude:

  8. Un petit aperçu sur les méthodes pas très correctes qu sont employées pour faire monter le cours des matières premières ou les faire redescendre en fonctionnant en sens inverse. Voilà qui devrait rendre plus raisonnable ceux qui gambergent à propos de la montée du prix de l’or.

    An explosive U.S. Senate report released on Wednesday revealed the « imaginative » methods used to lure millions of tons of aluminum into Detroit, Metro’s headquarters, and then keep it there over the past four years.

    A fiery hearing of the Senate’s Permanent Subcommittee on Investigations on Thursday offered the clearest insight yet into the deals that metal users say created bottlenecks, leading to two-year long queues and pushing physical prices to record highs even as oversupply grew.

    http://www.reuters.com/article/2014/11/21/us-commodities-banks-goldman-warehousing-idUSKCN0J50P920141121

    • zorba44 dit :

      Bon d’accord ce n’est pas moral …mais attention à la « felony » qui consiste à passer de l’autre côté du grillage et vous vaudrait de la taule (ou de la tôle …d’aluminium)

      Jean LENOIR

  9. La BNP vient d’annoncer l’intégration de ses systèmes de règlement-livraison avec ceux de Clearstream au Luxembourg, plate-forme mondial des opérations de leasing collatéralisé des titres de garantie. Voilà qui devrait faciiiter encore plus la circulation du capital collatéralisé entre l’Europe et l’Asie par des certificats de dépôt , warrants, comme moyen de gonfler artificiellement les chiffres du commerce extérieur tout en permettant la hausse des indices actions grâce à l’effet de levier financé par les banques institutionnelles sous formes de prêts au shadow banking déguisés en crédits documentaires

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