Mieux que le père Noël, adressez-vous à Yellen, « la bonne fée des 4 sorcières » (Ph. Béchade)

Yellen-fed« La volonté de complaire à Wall Street, de trouver « les mots justes », de ne pas retirer ceux qui plaisent (« période très étendue »), d’instaurer une sérénité à toute épreuve qui écarte tout risque de correction boursière vient d’atteindre une véritable apothéose avec le dernier communiqué de la FED de l’année 2014.

Ce communiqué prend un soin extrême à devancer toute forme d’insécurité psychologique liée aux derniers développements de l’actualité économique (crise russe, chute du pétrole, baisse du taux de chômage US)… à tel point qu’il est en fait très peu question de croissance en 2015, et encore moins de réduction de l’endettement des USA ou de hausse de profits des entreprises.

La FED semble lire dans les pensées de Wall Street… et celle qui occupe tous les esprits des gérants depuis une semaine c’est: « prière de penser à nos bonus qui seront calculé sur la base des courts atteints à la mi-journée vendredi, séance des « 4 sorcières » qui conclut pratiquement l’année 2014.

Parmi les thématiques « originales » figurant dans le communiqué, notons que Janet Yellen ne redoute pas de voir le défaut de certains producteurs de pétrole de schistes mettre sous tension le marché du « high yield »… mais, le cas échéant, elle a tout confiance dans le patron de la FED de New York -William Dudley- pour anticiper tout problème et gérer la situation.

NB : Bill Dudley est l’ancien chef économiste de Goldman Sachs: c’est lui qui supervise depuis 2009 (il a succédé à Timothy Geitner entré à la Maison Blanche comme secrétaire au Trésor) quasiment tous les achats et la gestion des actifs de la FED, soit un bilan de 4.500Mds$.

Et c’est traditionnellement la FED de New York qui est considérée comme l’autorité de tutelle de Wall Street: une trop grande « compréhension » envers les pratiques de Goldman Sachs (sur les marchés dérivés et l’activité fusions/acquisitions notamment) a récemment été jugée problématique par d’influents membres du Congrès mais Bill Dudley a conservé son statut de Vice-président de la FED.

Un ex-Goldman Sachs ne saurait être atteint par la bave de quelques politiciens: qui se soucie aujourd’hui du rôle de Mario Draghi dans la crise grecque, ou d’Henry Paulson dans l’exécution financière de son vieux rival Richard Fuld, le patron honni de Lehman Brothers ?

Janet Yellen, a également assuré qu’elle ne craint pas une inflation trop basse (comprise entre +1 et +1,6% contre 1,9% précédemment) et juge qu’elle dispose  « d’un temps considérable » (formule magique) avant d’entamer un relèvement de ses taux… à moins que la hausse des salaires s’emballe. Ce scénario apparait d’autant moins probable que la baisse du pétrole et des carburants agit comme une baisse d’impôt ou de soutien direct au pouvoir d’achat des ménages, ce qui devrait tempérer les revendications salariales.

Avant d’entamer un processus de normalisation des taux, la FED se donne au moins 3 mois (« at least a couple of meetings » c’est à dire 2 FOMC au minimum), ce qui garantit la sérénité de Wall Street jusqu’au mois de mars.

Le « dot.plot » des membres de la FED indique par ailleurs que leurs anticipations de hausse de taux sont décalées vers le bas en terme d’intensité à fin 2015 (1,12% contre 1,28%)… à ce rythme de -15% toutes les 6 semaines, les taux anticipés ne seront guère supérieurs à 1% d’ici mars prochain et 2% à fin 2016, en regard d’une croissance de 2,5% et d’une inflation médiane de +1,5% remontant vers 2% en 2016.

Autrement dit, la FED indique que le coût de l’argent va rester négatif en 2015, ce qui laisse une bonne marge de détente au rendement des T-Bonds de duration de 10 ans et plus et renforcera mécaniquement la « prime » dont bénéficient les actions. La FED veut plus de bulles, de plus grosses bulles : champagne… c’est Noël !

Et Janet Yellen peut être définitivement reconnue par Wall Street pour ce qu’elle est :  « la bonne fée des 4 sorcières ». »

Philippe Béchade, Les Econoclastes, le 18 décembre 2014

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 52 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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7 commentaires pour Mieux que le père Noël, adressez-vous à Yellen, « la bonne fée des 4 sorcières » (Ph. Béchade)

  1. Ping : Mieux que le père Noël, adressez-vous à Yellen, « la bonne fée des 4 sorcières » (Ph. Béchade) - Ma banque a moi

  2. A ce niveau-là c’est carrément orgasmique. Elle prend son pied, la Yellen 🙂

  3. Martin dit :

    Une bonne fée transformée en sorcière…

  4. Nanker dit :

    Si maintenant on pouvait traduire l’article de M. Béchade en Français… 🙂
    « high yield » anyone?

  5. zorba44 dit :

    « large éventail » …il semble que Philippe Béchade veuille dire que ce sont les grandes amplitudes (de cours) qui font les bons profits. C’est en tout cas ce que suggère cet article.

    Jean LENOIR

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