[Histoire] Voltaire spéculateur

Voltaire« Contrairement à Rousseau et Diderot, Voltaire était riche. Ne pouvant vivre de sa plume, le plus célèbre des philosophes des Lumières n’a pas renoncé pour autant à gagner l’argent de sa liberté. Voulant s’enrichir de toutes ses forces, il emploie des méthodes et il fréquente des personnages qu’il hait pour bâtir sa fortune. Ainsi, il multiplie les opérations légales mais douteuses, s’associe avec des affairistes qui, grâce à leurs connexions politiques, font de très gros profits sur le dos de l’Etat. Ses spéculations permettent au philosophe d’assurer ses dépenses courantes, de financer ses très coûteux voyages à l’étranger, et de figurer dignement dans le monde où il est reçu. Elles ne sont cependant pas dépourvues de risque, si bien que plusieurs ramènent Voltaire dans une situation financière précaire (notamment lors de son exil anglais), l’obligeant par exemple à vendre ses biens de valeur et à quémander des sommes modestes auprès de ses connaissances. Certaines acrobaties financières et manœuvres suspectes lui font même frôler le scandale public, mais il met toute son énergie et sa mauvaise foi à les étouffer.

Malgré ces péripéties, le spéculateur philosophe n’attend pas la fortune bien longtemps. En 1728 (il a alors 34 ans), il obtient un petit capital en réclamant à la reine les annuités d’une pension qu’elle lui a accordée avant son arrestation. Il choisit alors d’engager cette petite somme dans une sorte d’escroquerie légale, une loterie créée par le ministre des Finances si mal élaborée qu’un groupe de souscripteurs achète tous les numéros de tirage pour une faible mise et empoche une rente mensuelle d’un million de livres. L’opération dure un an avant que le ministère se rende compte qu’on dévalise l’Etat. Le ministre perd logiquement sa place, mais Voltaire et ses amis ont gagné une fortune.

Toutefois, ce succès ne suffit pas à le mettre à l’abri, estime l’escroc philosophe. Il s’engage donc dans un agiotage mis en œuvre par le duc de Lorraine en utilisant un prête-nom pour contourner l’obligation d’être sujet du duc. Sa fortune est triplée. Dès lors, il profite des investissements très rémunérateurs que le régime offre à ses sujets les mieux pourvus, notamment dans le commerce colonial. Il deviendra si riche qu’il se permettra d’être le créancier de quelques princes européens ».

Extrait de 50 anecdotes économiques pour surprendre son auditoire de Romain Treffel (2014)

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 52 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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5 commentaires pour [Histoire] Voltaire spéculateur

  1. raimanet dit :

    A reblogué ceci sur raimanet.

  2. zorba44 dit :

    Retenons de tout ceci que gagner de l’argent à tout prix …comporte des risques personnels. Nombre de très gros riches feraient bien de se souvenir des conditions dans lesquelles ils ont fait fortune.

    Jean LENOIR

  3. brennec dit :

    « s’associe avec des affairistes qui, grâce à leurs connexions politiques, font de très gros profits sur le dos de l’Etat (comprendre le contribuable) » Il semble bien que le capitalisme de connivence (ou crony capitalisme pour les anglos) n’est pas une invention récente, il paraitrait même qu’il s’agit d’une survivance de l’ancien régime.

  4. Quand la Russie cède ses terres agricoles à des banques chinoises…

    It’s a sign of how quickly China will be able to fill the financing vacuum left by sanction, and an example of European companies losing markets to Chinese competitors.

    It is also a sign that China is seriously interested in investing in Russia’s enormous unrealized agriculture potential. China, a net food importer, has been scooping up agricultural deals around the world, competing for scarce crop lands.
    http://russia-insider.com/en/china_politics_business/2014/11/05/04-27-43pm/8th_largest_bank_world_opening_operations_russia_its

  5. China’s Solar Systems may become the largest investor in the Russian solar power industry. The company plans to construct a plant for the production of solar panels in Russia’s Tatarstan Republic next year.

    Solar Systems is a subsidiary of China’s Amur Sirius, and estimates the total investment at around $1 billion, the company’s head of investment and finance Olga Bykova told Vedomosti.
    http://russia-insider.com/en/china_business_society/2014/11/06/02-24-27pm/staggering_1_billion_chinese_investment_russian_solar

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