Personne ne doit rien à personne : la preuve (Ph. Béchade)

Personne ne doit rien à personne la preuve« C’est historique !

Les indices européens ont grimpé de plus de 7% en moyenne en janvier (et encore, on a frisé les 8% vendredi 30 janvier au matin)… tandis que Wall Street recule symétriquement de plus de 3%. Cela nous donne un différentiel sans précédent de 10% en valeur absolue sur un intervalle d’un mois. C’est même encore plus spectaculaire si l’on s’en tient au Dow Jones qui chute de -3,7% et au Russel 2 000 qui recule de -4,5%…

… Et pour couronner le tout, le VIX s’envolait de 35% sur les dernières séances de janvier, passant de 15,50 à 21 points.

Difficile de justifier une remontée du stress aussi brutale par l’effet change : le Dollar a cessé de s’apprécier après avoir testé 1,1115 par euro le 26/01. Difficile également d’évoquer une série de statistiques un peu décevantes, comme la publication d’un recul des commandes à l’industrie ou du PIB américain (+2,6% au lieu de +3% attendu après +5% au T3, un chiffre qui sera certainement révisé à la hausse).

Alors quelle sourde inquiétude vient déstabiliser Wall Street depuis une dizaine de jours ?

Ce ne serait quand même pas la crainte de l’instauration d’une situation chaotique en Europe en cas d’un défaut de la Grèce ?!

Les Européens, eux, ne s’en alarment guère. Il semble qu’ils aient de bonnes raisons d’afficher une sérénité à toute épreuve puisque la menace de la BCE de couper les vivres à la Grèce au cas où elle « voterait de travers » ne sera pas mise à exécution (comme quoi les électeurs hellènes ont eu raison de passer outre les gesticulations de nos grands argentiers). Mario Draghi aurait à coeur de ne pas altérer le « cours paisible des choses »… surtout s’il s’agit de 7,2 milliards d’euros (le reliquat d’un programme de 240 milliards d’euros négocié en 2011).

L’autre raison de ne pas stresser, nous la devons à Matthieu Pigasse : la France, qui avait participé à hauteur de 16,5 milliards d’euros à une recapitalisation de la Grèce en mai 2010 (portant le total de l’encours à 40 milliards d’euros) n’a pas grand chose à redouter d’une nouvelle restructuration. Selon notre magicien de la dette, qui s’est depuis lors découvert une vocation de patron de presse, l’explication est toute simple : la France a déjà avancé l’argent donc si la dette grecque perd 50% de sa valeur à un instant T, cela engendrera juste une perte comptable.

Un peu comme Facebook rachetant Whatsapp pour 19 milliards de dollars alors que la boite vaut à peine 3 milliards de dollars sur le marché. Tant que Facebook ne revend pas Whatsapp sous son cours d’achat, cela donne juste lieu à un provisionnement pour survaleur et n’entraine aucun appel à l’actionnaire pour restaurer la solidité du capital de l’entreprise.

Mais pourquoi les banques acceptent-elles si volontiers une décote de 50% de leurs créances (comme lors de l’accord européen du 27 octobre 2011) ?

Elles s’y résolvent pour éviter que l’emprunteur se retrouve juridiquement « en défaut « : de la sorte, elles évitent que les CDS soient activés (ils peuvent représenter plusieurs fois l’encours de la dette sous jacente) et qu’une machine infernale de type automne 2008 ne s’enclenche. Et puis, de toute façon, une dette n’est jamais remboursée : elle est roulée indéfiniment. Selon Mathieu Pigasse, cela va juste coûter à la France des intérêts non perçus (3,5% de mémoire). Il s’agit donc d’un simple déficit de recettes futures… sur lesquelles personne de sensé ne pouvait réellement compter.

J’ajouterais, histoire de rassurer ceux qui se demandent qui paye l’ardoise au final, que si la BCE devait tirer un trait sur les trois-quarts de la valeur des dettes grecques qu’elle détient, ce serait largement compensé par les plus-values latentes sur les dettes des autres pays périphériques dont Mario Draghi a fait chuter le coût de 500 points de base en moyenne.

Une logique à toute épreuve

Sauf que ces plus-values virtuelles ne sont, elles aussi, que des écritures comptables. A qui la BCE compte-elle vendre les emprunts portugais, italiens ou espagnols qu’elle détient ? Non seulement, elle ne va les revendre à personne… mais elle va en racheter pour 1.140 milliards d’euros auprès des banques qui les détiennent avec de l’argent « sorti de nulle part » que la BCE leur a elle-même avancé… en prenant leurs Bonos et BTP en garantie. Ces mêmes titres de créances correspondant à l’argent avancé par les Etats pour renflouer ces mêmes banques menacées de faillite.

Vous seriez tenté de croire à une histoire de fous si ce n’était pas précisément la nôtre depuis l’automne 2008.

Ce serait une belle histoire si le simple citoyen lambda avait pu bénéficier des mêmes mécanismes lors de l’éclatement de la bulle des subprime : que les banques centrales, constatant que la chute de l’immobilier était la cause de tous les malheurs, décident d’acheter au prix fort (avec de l’argent sorti de nulle part, ce qui ne dérange personne depuis 6 ans) les dettes hypothécaires de tous les emprunteurs en difficulté en l’échange du versement d’un loyer symbolique. Du coup, les emprunteurs insolvables n’ont plus aucune raison de vendre leur bien (dont la valeur reste au zénith) et aucune banque « systémique » ne se trouve confrontée à un risque de défaut ou n’éprouve le besoin d’exiger un sauvetage de la part des Etats.

Les Etats peuvent continuer de financer leur train de vie, les banques d’offrir des prêts à l’économie réelle et les liquidités excédentaires des épargnants sont investies dans les dettes hypothécaires détenues par la banque centrale qui rémunère ces emprunts grâce aux loyers symboliques versés par les acheteurs initiaux.

Ainsi la boucle est bouclée et personne ne doit rien à personne.

Il y a une faille ! me direz-vous… Qui accepterait d’investir son épargne dans des dettes hypothécaires estimées par la Banque Centrale à 100% de leur valeur nominale, sachant que personne ne remboursera le principal ? Et bien, qu’est-ce qui est différent de la configuration qui prévaut aujourd’hui ? A part que les principaux bénéficiaires sont les banques et non les emprunteurs particuliers ?

La banque centrale est, dans les deux cas, l’acheteur de dettes en dernier ressort et fixe arbitrairement le prix de tous les actifs en injectant la quantité de liquidités nécessaire pour les maintenir en lévitation… Mais ce qui change tout, c’est que les Etats et les particuliers qui les ont sauvées se retrouvent l’otage de leur bon vouloir, et parfois de leurs exigences exorbitantes.

C’est cette subversion et cette atteinte à la dignité des peuples qu’Alexis Tsipras est venu rappeler dans sa lettre ouverte aux Allemands publiée vendredi dernier dans le Handelsblatt ».

Philippe Béchade, La Chronique Agora, le 3 février 2015

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 52 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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12 commentaires pour Personne ne doit rien à personne : la preuve (Ph. Béchade)

  1. Ping : Personne ne doit rien à personne : la preuve (Ph. Béchade) - Ma banque a moiMa banque a moi

  2. zorba44 dit :

    Dettes de dupes ! Aucune raison de ne pas voir les cours de bourse dopés…
    …sauf qu’on est clairement au-delà des zones de danger mentalement discernables.

    Jean LENOIR

    • roc dit :

      pour moi une seule solution acheter des vraie réserve de valeur : des métaux précieux ,
      de l’or et de l’argent .
      d’ici quelque temps cela devrais etre la seule qui vaille encore quelque chose

  3. brunoarf dit :

    Bon anniversaire, les 560 traîtres !

    C’était il y a sept ans, le 4 février 2008, à Versailles. Les députés et les sénateurs étaient réunis en Congrès pour voter le projet de loi constitutionnelle modifiant le titre XV de la Constitution. En clair :

    – Si les députés et les sénateurs avaient voté « contre », un référendum sur le traité de Lisbonne aurait été organisé.

    – Si les députés et les sénateurs avaient voté « pour », il n’y aurait pas eu de référendum sur le traité de Lisbonne.

    Résultat :

    Les députés et les sénateurs se sont rendus complices d’un coup d’Etat : ils ont voté « pour » (560 voix).

    560 traîtres ont trahi le peuple français.

    560 traîtres ont refusé de soumettre le traité de Lisbonne à référendum, alors que ce traité de Lisbonne reprend 98 % du Traité établissant une constitution pour l’Europe.

    Seuls 181 députés et sénateurs ont sauvé l’honneur. Seuls 181 députés et sénateurs ont résisté au coup d’Etat : ils ont voté « contre ».

    Conséquence : il n’y a pas eu de référendum sur le traité de Lisbonne. Le traité de Lisbonne a été adopté trois jours plus tard par le Parlement français, le 7 février 2008.

    Conclusion : la construction européenne est anti-sociale, anti-populaire, anti-démocratique. Elle doit être détruite.

    Pour savoir qui sont les 560 traîtres qui ont voté « pour », c’est ici :

    http://www.assemblee-nationale.fr/13/scrutins/jo9000.asp

  4. rufus dit :

    Pigasse est un ignoble guignol: oser dire que la perte engendrée par le non-paiement de la dette grecque serait seulement COMPTABLE……il se fout du monde! Ces banksters n’ont vraiment aucun honneur et aucune dignité. Naturellement ils s’en foutent car au final c’est nous qui payons, et pas ces criminels.

  5. Le feuilleton de la dette grecque connaît de nouveaux rebondissements. Faute de pouvoir collatéraliser ses bons du Trésor pour obtenir des liquidités en euros, La Grèce va devoir trouver d’urgence de nouvelles sources de financement: un swap avec la Russie ou la Chine???

    En clair, la BCE met fin à une dérogation destinée à faciliter le refinancement de banques grecques et dépendant de l’existence d’un programme d’aide au pays. Or, cette condition saute de fait avec les déclarations d’Athènes voulant suspendre les liens avec la Troïka, dont la BCE fait partie avec le FMI et la Commission Européenne.
    La décision de la BCE a une conséquence immédiate : à compter du 11 février prochain, les banques grecques ne pourront compter pour se refinancer que sur l’aide d’urgence en liquidités (ELA), prodiguée par la Banque Nationale Grecque. Cela s’était déjà produit en 2012, lorsqu’un défaut temporaire avait été constaté sur la dette grecque. Il faut s’attendre dans les jours à venir à ce que la banque centrale grecque doive fournir à de nombreux établissements bancaires du pays des liquidités, probablement à hauteur de plusieurs dizaines de milliards d’euros. Par ailleurs, la BCE précise que sa décision ne « change rien » aux statuts des banques grecques dans le cadre d’opérations de politique monétaire.

    En savoir plus sur http://www.lesechos.fr/monde/europe/0204135297436-la-bce-ferme-ses-guichets-aux-banques-grecques-1090213.php?fhAOitDHMhM8eyDy.99#xtor=EPR-7-%5Bmatinale%5D-20150205-%5BProv_%5D-1801706@2

  6. Une vidéo très instructive quant aux intentions du gouvernement grec, quant à des réformes qui n’en sont pas et quant à ses intentions de mener de vraies réformes susceptibles de changer radicalement la donne économique par le démantèlement des chasse-gardées oligarchiques qui vivent trop bien de la dette grecque alimentée par la BCE:

  7. Ping : Ne pas investir dans, ni conserver, des actifs offrant un cash flow négatif/ Personne ne doit rien à personne : la preuve/ Une équation magique pour apprécier l’or/ En 2015, l’euro a beaucoup d’ennemis | Le blog A Lupus un regard hagard sur Léc

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