HSBC : la banque de tous les désirs (B. Gensane)

Voir aussi en fin d’article le coup de gueule de Gérard Filoche au sujet de la fraude fiscale. Une question en passant : A supposer qu’il soit sincère, que fait-il encore au PS ? Il ne lui prend pas une envie de vomir chaque fois qu’il serre la pince de ses petits copains mafieux ? Parce que si l’argument est de dire qu’il vaut mieux être au coeur d’un système pour le faire évoluer, on ne voit pas en quoi sa présence a changé les choses, ne serait-ce qu’un tout petit peu. Pire, en restant, il cautionne… OD

hsbc banque de tous les desirs

« Il paraît que l’administration fiscale (qui, à moi, personnellement, me réclame une pénalité de 15 euros parce qu’elle ne m’a pas transmis un document à temps) a travaillé comme une folle pour faire revenir l’argent des fraudeurs dans les caisses de l’État.

300 millions d’euros – vous avez bien lu : 300 millions – ont été récupérés après quatre ans de démarches, enquêtes, relance etc. C’est phénoménal quand on pense que l’évasion fiscale nous coûte environ 80 milliards par an.

Dans le même temps, parlons de choses vraiment sérieuses, les actionnaires du CAC 40 ont touché 56 milliards d’euros (dividendes et actions gratuites) en 2014, soit 30% de plus qu’en 2013. Sous un président dont « l’adversaire » était la finance.

Le vaste truandage organisé par HSBC a particulièrement profité aux Espagnols qui ont dissimulé 1,8 milliard d’euros en Suisse, l’équivalent annuel du budget du Trésor Public du pays. Certes, on nous a jeté en pâture quelques noms de vedettes du showbiz ou du football (pauvre Christophe HSBC Dugarry !). Mais il s’agit de la crème du lait. Au fond de la casserole il y a des sociétés qui utilisent des banques complices d’HSBC et qui envoient d’énormes sommes d’argent vers des filiales situées dans des paradis fiscaux.

Et pourtant, la classe politique française (UMP/Solfériniens) est douce, depuis bien longtemps, avec les banques. En 1970, elles recrachaient 50% de leurs bénéfices sous forme d’impôts. En 1994, elles étaient imposées à 35%. 26% en 2001, 13% en 2009. 8% aujourd’hui. En 2013, la Bourse a progressé de 15%. Moins cependant que le Nasdaq et beaucoup moins que le Nikkei (57%). Mais plus que Londres (12%). Les banques (aux trois-quarts étasuniennes ou britanniques) détiennent la moitié des 9 000 fonds spéculatifs de la planète. L’autre moitié étant la propriété d’investisseurs institutionnels. En 2009, ceux-ci pesaient 2000 milliards de dollars.

Les 50 plus grandes banques et entreprises mondiales détiennent plus de 4000 filiales dans les paradis fiscaux (214 pour la BNP, par exemple). Une sorte d’antimonde économique qui creuse les inégalités entre les pays et dans les pays. Dugarry et Gad el Maleh en avaient-ils conscience ?

La porosité entre la haute Fonction publique et les banques est désormais banale. Le banquier milliardaire Macron en est actuellement l’exemple français le plus typique. Naturellement, le Royaume-Uni de Cameron n’est pas en reste. Stephen Green, le baron Green de Hurstpierpoint, a présidé HSBC jusqu’en 2010 avant de devenir ministre d’État pour le Commerce et l’Investissement. Son titre de noblesse lui a permis de siéger dans la foulée à la Chambre des Lords. En février 2015, Green a démissionné de son poste au sein d’un groupe de pression défendant la finance quelques jours après les révélations concernant HSBC. Son image d’anglican vertueux en a pris un coup. La presse britannique estime que Green a été l’auteur du système d’évasion fiscale mis en œuvre par HSBC. Lorsqu’il quitta ses fonctions de banquier, il prononça une conférence (rémunérée ?) où il déclara :

« Chez HSBC nous avons essayé de placer les valeurs au cœur des affaires et de jouer un rôle positif pour le monde en général », lança-t-il. 
“ Nous avons aujourd’hui une chance de redéfinir le capitalisme, de reformuler son dessein – de montrer qu’il peut être éclairé, qu’il peut être meilleur. Échouer nous ferait courir le risque de briser la promesse sacrée de laisser une meilleure société à nos enfants. Réussir consisterait à transformer le cours de l’Histoire. ” »

Et en plus ils nous fendent le cœur…

Sur HSBC, lire également ceci et ceci« .

Bernard Gensane, Le Grand Soir, le 19 février 2015

PS : « Si on comparait le nombre d’hommes mangés par des requins au nombre d’hommes poussés au suicide par leur banque on verrait tout de suite que le prédateur est celui qui porte une cravate et un costard » (Narcose)

Voir aussi :

Le socialiste Gérard Filoche dénonce la fraude fiscale le 14 février sur France 2 :

« La fraude fiscale en Europe est deux fois supérieure à la dette de tous les pays de la zone euro ».

Rappels :

Après « Luxleaks », « Swissleaks » : les révélations du Monde sur un énorme système d’évasion fiscale

Hervé Falciani : « Les vrais terroristes, c’est le monde de la finance »

Evasion fiscale : « Ces 600 milliards qui manquent à la France »

Juncker : « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens »

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 52 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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16 commentaires pour HSBC : la banque de tous les désirs (B. Gensane)

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  2. FDS dit :

    UNE PAILLE… AU COEUR DE CE BEAU SYSTEME LIBERAL

    « Quelle est l’ampleur du problème de la fraude et de l’évasion fiscales ?

    Des montants énormes sont perdus en raison de l’évasion fiscale et de l’évitement fiscal. Selon les estimations, cela irait jusqu’à 1000 milliards €.

    Comment se produisent la fraude et l’évasion fiscales ?

    Cet argent est perdu de différentes façons qui englobent notamment:

    La fraude et l’évasion fiscales qui privent de façon illégale les budgets publics de ressources.
    Les paradis fiscaux qui facilitent la tâche aux fraudeurs et aux adeptes de l’évitement fiscal en conservant l’argent offshore, souvent non déclaré et non soumis à l’impôt.
    La planification fiscale agressive par de grandes entreprises ou par des particuliers, qui tire profit des textes de lois avec l’objectif de réduire au minimum le paiement des impôts.

    Comment la fraude et l’évasion fiscales me touchent directement ?

    Pensez aux nouvelles salles de cours pour vos enfants, au nouvel hôpital pour votre grand-mère, aux nouvelles lignes de chemins de fer et aux routes qu’on pourrait financer si on pouvait récupérer tous ces impôts!  »

    http://ec.europa.eu/taxation_customs/taxation/tax_fraud_evasion/a_huge_problem/index_fr.htm

  3. brunoarf dit :

    Vendredi après-midi, sur le site du journal Der Spiegel, un article intitulé : « La BCE se préparerait à une sortie de la Grèce de la zone euro. »

  4. FDS dit :

    « Si la Suisse n’est plus un paradis, où vont les fraudeurs aujourd’hui ? Les grandes fortunes, c’est comme les coucous : ça change de nid selon les nécessités du temps. L’évaporation suisse n’est pas perdue pour tout le monde.

    Selon les spécialistes, il faut désormais regarder en priorité vers Singapour. Dans ce micro-État, qui vient de construire un nouveau port-franc, l’ensemble des sous-sols ont été aménagés en un immense coffre-fort capable d’accueillir en toute discrétion les plus grosses fortunes de la planète.

    Il n’est pas question d’aller chatouiller cet État géré d’une main de fer. C’est la tête de pont des intérêts des grandes multinationales occidentales en Asie. »

    « Dans le monde, on estime la fraude dans ces paradis à 6.000 milliards d’euros pour les particuliers. Mais si on englobe toutes les fraudes et surtout l’optimisation des grandes multinationales,

    on met la barre à 20.000 milliards de dollars.

    C’est crédible quand on sait que 75% des profits des géants comme Apple, Google et Amazon, sont logés en Suisse, au Luxembourg ou à Singapour.

    Ces chiffres paraissent faramineux (c’est deux fois la richesse annuelle des États-Unis). Mais le compteur tourne vite : Apple vient de dégager 18 milliards de bénéfices en trois mois. Ils peuvent en planquer du pognon ! »

    http://www.rtl.fr/actu/economie/les-nouveaux-paradis-fiscaux-des-grandes-fortunes-mondiales-7776542444

  5. roc dit :

    payer des impôt c’est cautionner ce système et contribuer a le faire perdurer un peu plus longtemps. . .

  6. FDS dit :

    Contre la fraude fiscale, renforçons la sanction pénale

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/02/12/contre-la-fraude-fiscale-renforcons-la-sanction-penale_4575386_3232.html#AOB2o0z6HHI1jPvp.99

    « En France, la fraude fiscale est l’un des délits les moins sévèrement sanctionnés par les juridictions pénales, même en comparaison avec d’autres crimes en col blanc. Les peines de prison ferme sont rares. Sur environ 65 000 détenus dans les prisons françaises, il y a aujourd’hui un peu moins de 5 000 personnes condamnées pour escroquerie, abus de confiance, recel, faux et usage de faux.
    Sursis dans 80 % des cas

    Parmi eux, combien sont derrière les barreaux pour le seul délit de fraude fiscale ? Sans doute pas un seul. La sanction « classique » assignée à ceux qui volent l’Etat est la prison avec sursis dans 80 % des cas, une condamnation largement virtuelle. Les quelques peines de prison ferme sont systématiquement inférieures à deux ans, ce qui permet au prévenu d’obtenir un aménagement de peine. Au total, le principal gain d’un procès est, parfois, de permettre au fisc de confisquer des biens du prévenu et, souvent, de réclamer au gérant le paiement de l’ardoise fiscale de sa société.

    Cette politique pénale, avare en poursuites, modérée dans les sanctions, peut trouver des défenseurs. Après tout, à quoi bon infliger une punition autre que pécuniaire à des prévenus qui ont commis des délits strictement financiers ? Dans un contexte de crise des finances publiques, on comprend aisément que l’Etat privilégie les espèces sonnantes et trébuchantes par rapport à des procédures judiciaires longues et incertaines.

    Les déclarations des ministres successifs au sujet de la cellule de régularisation des comptes suisses en sont une parfaite illustration. Chacun d’eux se réjouit des sommes importantes récupérées par ce biais pour renflouer les caisses de l’Etat, sans même se poser la question de l’impunité des fraudeurs. D’autres pourront alors facilement justifier la réticence des juges à envoyer des personnes bien insérées dans des prisons déjà surpeuplées.

    Pourtant, cette façon de mesurer la souveraineté de l’Etat à l’aune exclusive d’une logique budgétaire ne va pas de soi. Ce serait croire que la justice pénale ne sert qu’à deux choses : réparer le tort causé par le délit et mettre les délinquants à l’écart de la société. Mais, en réalité, l’objectif de la sanction pénale est aussi de mettre en scène la légitimité de la règle pour (ré)conforter ceux qui l’ont respectée. »

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/02/12/contre-la-fraude-fiscale-renforcons-la-sanction-penale_4575386_3232.html#AOB2o0z6HHI1jPvp.99

  7. Delair dit :

    C’est sûr les socialistes au pouvoir préfèrent gaver les riches et fermer les yeux sur l’argent public qu’ils volent aux Français… mais ça c’est pas nouveau !

    Après, on fait la chasse aux chômeurs et aux assistés sociaux qui touchent indûment des allocations…

    Bonus : Le cadeau caché de la loi Macron : une réduction d’impôts de 900 millions d’euros pour les plus riches
    http://www.politique.net/2015021901-loi-macron-article-34.htm

    • brennec dit :

      Une réduction d’impot c’est l’état qui renonce a prendre de l’argent a leur légitime propriétaire. Considérer que c’est un cadeau sous entend que tout l’argent dont nous disposons est un cadeau que nous fait l’état en ne le prenant pas, ce qui trahit ce qui se trouve dans les têtes: nous sommes des serfs.

  8. brennec dit :

    Faut il prendre pour argent comptant les chiffres avancés concernant la fraude fiscale? Après tout s’il s’agit de fraude c’est forcément caché, et les chiffres sont avancés sans aucune justification ni indication de la méthode qui a permis de les trouver. Suffit il que n’importe quel clampin ou syndicaliste fiscal (pour lesquels il n’y a bien sur aucun conflit d’intéret) sorte un chiffre de sa hotte pour qu’il soit repris sans aucune prudence par tous les médias,

    • Il y a des ouvrages entiers sur le sujet… dont les auteurs ne sont pas des clampins.

      • brennec dit :

        Pour ma part je retiens que le chiffre de 80 milliards a été avancé par une association de lutte contre la fraude, dont l’existence et l’expansion dépend fortement de ce chiffre. Je ne vois pas pourquoi l’ère du soupçon généralisé devrait se limiter aux institutions d’état.

  9. Ping : fiscal | raimanet

  10. FDS dit :

    Quelques sources :

    > une petite « association de lutte contre la fraude » ( chiffres 2010 ; depuis, ça a du baisser, pour sûr )

    http://www.insee.fr/fr/indicateurs/cnat_annu/base_2010/methodologie/evaluation-macroeco-eco-non-observee.pdf

    >
    http://www.lafinancepourtous.com/Decryptages/Mots-de-la-finance/Evasion-fiscale

    L’évasion fiscale en chiffres…
    … en France

    En 2012, un rapport du Sénat s’est intéressé à mesurer l’incidence de l’évasion fiscale sur les finances publiques. Selon ses estimations, elle représenterait un manque à gagner annuel de 30 à 36 milliards d’euros pour l’administration fiscale française. En guise de comparaison, le déficit de la Sécurité sociale s’élevait en 2012 à 13,3 milliards d’euros… À noter que l’évasion fiscale pourrait atteindre un montant de 50 milliards d’euros voire 60 à 80 milliards d’euros par an (selon le rapport du syndicat Solidaires-finances publiques) si l’ensemble des facteurs étaient pris en compte.

    En effet, il reste encore difficile d’évaluer dans sa totalité le coût de l’évasion fiscale tant ses facettes sont multiples, notamment celle relevant de multinationales. Pour l’ OCDE

    et la Commission Européenne, la moitié des transactions internationales résulterait de transactions intragroupes qui aboutissement à héberger une part conséquente de leurs bénéfices dans des pays fiscalement privilégiés, plus communément dénommés « paradis fiscaux ». Ces montages financiers complexes que l’on peut qualifier de « haut vol » leur permettent de diminuer de façon significative leur contribution fiscale (voir notre article : des circuits d’optimisation fiscale qui passent par l’Europe. En témoigne le décalage entre les taux d’imposition des grandes et des petites entreprises françaises.

    >
    « POISON MODERNE DES DÉMOCRATIES »

    Le premier intérêt de ce rapport est de dresser un nouvel état des lieux, documenté et chiffré, de ce qu’ils nomment « le poison moderne des démocraties », en révélant des sommes, des lieux, des noms de multinationales s’adonnant à une optimisation abusive de leurs impôts via la technique financière des prix de transfert (qui revient à transférer les bénéfices dans les pays à fiscalité faible voire nulle).

    Selon les informations obtenues par MM. Dupont-Aignan et Bocquet, issues de données de l’administration, la fraude fiscale entraîne un manque à gagner de 60 à 80 milliards d’euros chaque année pour la France et le budget de l’Etat – à comparer aux 53 milliards d’euros de recettes de l’impôt sur les sociétés – et une perte de… 2 000 milliards d’euros pour l’ensemble de l’Union européenne !

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/10/09/les-paradis-fiscaux-coutent-a-la-france-60-a-80-milliards-d-euros-par-an_3492428_3234.html#mcbbolrMv8rDaH5c.99

    ALORS, DU FLAN ?

  11. zorba44 dit :

    Hormis le cas HSBC spécifiquement qui est une honte en soi, pas un seul instant il n’est posé la question de la légitimité de l’impôt et de son adéquation avec la création de richesse d’une société en général, et de la société France en particulier.

    Il semble au signataire, en effet, qu’on s’est fortement éloigné du taux de la dîme pour satisfaire aux caprices des dirigeants, aux intérêts des puissants et aux os à ronger par lesquels on flatte les votes des électeurs.

    Et pourtant la question n’est pas posé et elle mériterait de l’être car l’acceptation de la contribution est essentielle pour l’équilibre d’une société.

    Jean LENOIR

  12. zorba44 dit :

    Gageons aussi que, sous quinzaine, on va fortement voir revenir sur le tapis rouge le brûlant sujet de l’Ukraine …sous la pression des banksters mis ainsi en lumière.

    Jean LENOIR

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