Crise du crédit : le jour où votre carte bancaire ne servira plus à rien (B. Bonner)

carte-bancaire-distributeur-billets« Rappelez-vous cet avertissement quand ça arrivera. C’est-à-dire quand vous irez au distributeur retirer de l’argent… et qu’il n’y en aura pas !

Oui, alors que nous méditions sur ce qui se passe vraiment dans le bizarre système monétaire actuel, une idée saisissante nous est venue.

Notre système financier pourrait subir un retournement stupéfiant et catastrophique que personne ou presque n’imagine… sans parler de l’anticiper. Vous vous rappelez le tsunami mortel qui a frappé les côtes d’Asie du sud-est, tuant des milliers de personnes et causant des milliards de dollars de dégâts ? Eh bien, juste avant que la muraille d’eau de plus de 10 m de haut ne s’abatte sur les plages, une chose extrêmement étrange s’est produite : l’eau a disparu.

La marée s’est retirée plus loin que jamais. Les pêcheurs locaux se sont immédiatement mis à l’abri. Ils savaient ce que ça signifiait. Mais les touristes sont partis à la chasse aux coquillages !

Il pourrait arriver la même chose à la masse monétaire. Le cash pourrait s’évaporer de manière aussi soudaine que désastreuse — juste avant que nous nous y noyions.

Voici comment… et pourquoi.

Ce que nous utilisons comme argent aujourd’hui, c’est en majeure partie du crédit. Il nous est fourni par l’industrie du crédit. Nous ne le voyons jamais. Nous ne le touchons jamais. Nous ne le sentons pas. Nous ne le comptons pas pièce à pièce. Nous ne le perdons pas derrière les coussins du canapé.

Le secteur financier fait des profits — en grande quantité — en nous offrant ce nouvel argent à crédit. Il en produit autant que ce que nous sommes prêts à payer. Après tout, pour une banque, créer du nouveau crédit ne coûte quasiment rien. C’est pour cette raison que nous en avons une si grande quantité.

Jamais encore un système monétaire de ce genre n’avait existé. Et il n’a connu qu’une époque d’expansion colossale du crédit. De sorte qu’il n’a jamais été complètement testé. Comment ce système monétaire se comportera-t-il durant une contraction profonde ou prolongée du crédit ? Peut-il survivre à un grave marché baissier des obligations ou des actions ? Que se passerait-il si les prix à la consommation s’envolaient ?

▪ Une situation sans précédent pour le système

Notre système monétaire actuel a commencé en 1971. Il a survécu à une inflation de 13% par an en 1980, mais Paul Volcker était aux commandes, restreignant l’offre de nouveau crédit et limitant l’inflation. Le système a également survécu à la crise de 2008-2009 ; mais ensuite, Ben Bernanke a radicalement augmenté le flux de crédit en mettant les taux proches de zéro et en rachetant des milliers de milliards de dollars d’obligations.

La prochaine crise pourrait être très différente. Les taux directeurs sont déjà à zéro… voire au-dessous. Les banques centrales rachètent désormais plus de 100% des nouvelles dettes gouvernementales (grâce au QE). Dans l’ensemble, la dette a atteint des niveaux encore sans précédent… et continue de se développer — bien au-delà de ce que l’économie réelle peut soutenir.

A un moment ou à un autre… une correction de la dette est inévitable. Les expansions de dette sont toujours… toujours… suivies de contractions. Il n’y a pas d’autre moyen. La dette ne peut augmenter éternellement.

Lorsque ça arrivera, les taux zéro et le QE ne suffiront pas à renversera la vapeur, parce qu’ils sont déjà pied au plancher. Alors ?

Une crise du crédit pourrait être déclenchée par n’importe quoi. Lorsqu’elle démarrera, la valeur de la dette chutera brusquement et rapidement. Les créditeurs se tourneront vers leurs emprunteurs… les traders se tourneront vers leurs contreparties… les banquiers se tourneront les uns vers les autres…

… et tout à coup, personne ne voudra plus se séparer d’un seul centime, de peur de ne plus jamais le revoir. La fin du crédit.

Ce n’est pas simplement que personne ne veut prêter ; personne ne veut emprunter non plus — à part les gens désespérés qui n’ont pas d’autre choix, généralement ceux qui n’ont aucune chance de rembourser leurs dettes.

Comme durant la crise de 2008-2009, nous pouvons attendre une réponse rapide des autorités. La Fed annoncera de nouvelles facilités d’emprunt illimitées. Mais ça n’aura aucun effet. L’immobilier sera en chute libre ; qui prêtera contre la valeur d’une maison ? Les valeurs seront en plein krach ; qui pourrait emprunter sur la valeur de son portefeuille ? L’art, les objets de collections, les ressources naturelles — tous feront le plongeon ; tous les nantissements seront dans le rouge.

Durant la dernière crise, toutes les grandes banques et sociétés d’investissement auraient fait faillite sans l’intervention des autorités. La prochaine fois, il ne sera peut-être pas aussi facile de les sauver. La prochaine crise affectera probablement toutes les classes d’actifs. Et avec 60 000 milliards de dollars de dettes supplémentaires dans le monde par rapport à 2007 — ce sera probablement bien plus difficile à arrêter.

▪ La prochaine étape

Est-ce que vous nous suivez jusqu’à présent ? Parce que c’est là que les choses deviennent intéressantes.

Dans un système monétaire « normal »… avec, disons, des pièces d’or ou même des morceaux de papier… les prix chutent. Mais l’argent est toujours là ; il ne disparaît pas. Il prend au contraire de la valeur parce qu’on peut l’utiliser pour acheter plus de choses. Naturellement, les gens le conservent. La vélocité de la monnaie chute, de sorte que « l’offre » de monnaie semble chuter aussi.

Imaginez maintenant ce qui se passe dans un système de monnaie à crédit. L’argent ne cesse pas simplement de circuler. Il disparaît. Parce que le crédit sous-jacent disparaît. Tous les prix chutent. Soudain, le « crédit » ne vaut rien. Une personne qui avait des « actifs » (assurés par le crédit) de 10 000 $ en juin pourrait se retrouver avec zéro en juillet. Une entreprise qui met des liquidités dans le rachat de ses propres actions une semaine… pourrait trouver ces actions divisées par deux la semaine suivante. Une personne ayant un portefeuille boursier de 100 000 $ le lundi pourrait réaliser que son portefeuille n’a plus aucune valeur quelques jours plus tard.

Tout ça est relativement standard dans une crise du crédit. La nouveauté — et elle est terrible –, c’est que les gens feront ce qu’ils font toujours, mais se retrouveront forcés de le faire d’une manière radicalement différente. Ils cessent de dépenser. Ils stockent des liquidités. Mais quelles liquidités stocker lorsque la plupart des transactions sont faites à crédit ? Stocke-t-on une ligne de crédit ? Met-on sa carte bancaire dans son coffre-fort ?

Non. Les gens stockeront le genre de cash qu’ils comprennent… une chose sur laquelle ils peuvent littéralement mettre la main… une chose qui voit sa valeur augmenter réellement — et rapidement. Ils voudront de la vraie monnaie papier.

Suivant un schéma également bien connu, cette monnaie papier réelle disparaîtra rapidement. Les gens videront les distributeurs. Ils voudront de l’argent tangible — de l’argent à l’ancienne, qu’ils peuvent mettre en sécurité chez eux et dans leurs poches…

▪ Et ensuite ?

Faisons une pause pour nous rappeler, cher lecteur, qu’on parle là d’une période très courte : des jours, peut-être des semaines — quelques mois tout au plus. Il s’agit de la période après que la crise du crédit ait aspiré tout le cash du système… et avant que le tsunami d’inflation des gouvernements ne frappe.

Comme l’a dit Ben Bernanke, « une banque centrale déterminée peut toujours créer de l’inflation des prix à la consommation positive ». Mais ça prend du temps !

Pendant cet intervalle, la panique s’installera. Une ruée sur les billets de banques, les gens cherchant désespérément à s’en emparer pour payer la nourriture… le carburant… tout ce dont ils ont besoin.

Le crédit sera peut-être encore disponible. Mais il ne servira à rien. Personne n’en voudra. Les distributeurs et les banques se retrouveront à cours de cash. Les banques mettront des pancartes en vitrine : d’abord « les retraits en liquide sont limités ». Puis « pas de retraits en espèces ».

Vous vous retrouverez avec une « carte de crédit » dont la réserve se monte à 10 000 euros. Mais toutes les institutions financières vacillent. Dans le journal, vous lisez que votre banque a fait faillite et a été placée sous tutelle. Que préféreriez-vous ? Votre réserve de crédit de 10 000 euros… ou une pile de billets de 500 euros ?

Vous irez faire le plein. Vous sortirez votre carte de crédit pour payer :

« Paiement en espèces uniquement », dira un panneau. Parce que tout le mécanisme de l’économie du crédit sera en train de s’effondrer. La station-service… ses fournisseurs… et ses financiers ne veulent pas se retrouver coincés avec un « crédit » de votre prêteur en faillite !

Quelles cartes de crédit seront encore bonnes ? Quelles réserves auront encore de la valeur ? Quelle banque est sur le point de faire faillite ? Qui honorera sa dette de carte de crédit ? Lors d’une crise, ces questions seront aussi ordinaires que « qui gagnera un Oscar » l’était hier.

Personne ne connaîtra les réponses. Rapidement, les gens cesseront de jouer aux devinettes… et se tourneront vers les espèces sonnantes et trébuchantes.

Notre conseil : gardez du vrai cash sous la main. Vous pourriez en avoir besoin ».

Bill Bonner, La Chronique Agora, le 24 février 2015

Rappel :

Le moment de Minsky : le film d’horreur financière que personne ne veut voir (S. Wapler)

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 52 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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18 commentaires pour Crise du crédit : le jour où votre carte bancaire ne servira plus à rien (B. Bonner)

  1. davaosmile dit :

    Scenario catastrophe habituel tournant en boucle depuis au moins 2008. Bill Bonner semble un peu à cours d’idée …. Ceci dit, il est très possible, et même probable, que cela arrive. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, dans les milieux très « friqués », c’est à dire les milieux responsables de ce futur chaos mondial, on achète à tour de bras des ranchs en NZ ….
    Fausse bonne idée !! Regroupé sur leur caillou, il feront une cible de choix …

    • zorba44 dit :

      Le signataire a comme l’impression d’être visé. Merci pour la tête nucléaire que vous lui destinez, mais visez juste car la NZ ça fait deux mille kilomètres de longueur et quelque !

      Comme il a gagné durement l’argent (qu’il n’a pas dépensé mais investi dans des actifs participant à l’économie réelle) à la sueur de son front et d’horaires hors norme …il n’est pas « très friqué » et ne se sent pas concerné par cette jalousie maladive de certains de ceux qui n’ont pas grand-chose, car ils n’ont sans doute pas beaucoup réfléchi à leur destinée et à leurs choix tout au long de leur existence.

      La prochaine fois réfléchissez donc avant de distiller votre vinaigre.

      Jean LENOIR

  2. De l »Agora pur jus, hypocrite faux cul comme jamais, à destination du gogo qui ne demande qu’à avoir peur. Il faut bien que le sell side fasse son travail. Mais quel est le franchouille qui sait au juste ce que désigne le sell side?

    • Bonnal dit :

      Vous trouvez qu’il n’y a pas de quoi avoir peur ? Grand bien vous fasse Môssieur Jaisson…

      PS. Perso je préfère être franchouille qu’un bobo vaniteux maniant des locutions branchouilles … « sell side  » vous disiez ?

      • Surya dit :

        Non, il n’y a plus de quoi avoir peur, les niveaux de liquidité et de solvabilité ont été fortement renforcés et le seront encore plus dans les années à venir (TLAC en 2019). Le risque aujourd’hui se situe bien plus dans les assureurs que dans les banques.

      • Des publications comme celles d’Agora, il y en a des centaines sur Internet qui exploitent le sentiment de crainte distillée par la presse alternative pour vendre des services financiers véreux, pour dire le moins. En ce sens Agora joue le rôle de contrepartie pour les institutionnels qui se feront un plaisir d’exploiter les mouvements de marché en profitant de l’effet de levier du capital pour annihiler les positions adverses. Regardez ce qui s’est passé avec l’or, l’argent, le cuivre, le pétrole, les indices, etc. Les prévisions de la presse dite alternative ont quasiment toutes été démenties par les faits, à la hausse pour les indices qui crèvent le plafond, ou à la baisse pour les matières premières et l’énergie. Et je ne parle même pas des sombres pronostics concernant le dollar ou l’euro (en attendant le yuan)!

  3. arriba dit :

    Voilà où nous conduira la dématérialisation de l’argent grâce à laquelle les élites financières ont construit leur super chaîne de Ponzi mondialisée.

    Bonner a raison, sauf qu’on ne sait pas quand ni comment ça arrivera….

    • zorba44 dit :

      Il est une piste de réflexion, laquelle pourrait contrer l’hyperinflation. En cas de bank run massif du plus grand nombre (toutefois), le stock de monnaie se déplace des bits bancaires vers les armoires à linge (vaut mieux trouver d’autres cachettes !). Le stock de monnaie papier étant par nature fini, on peut penser que les agents économiques vont être sages. L’entrepreneur paye ses salariés en fonction de son stock et de ses ventes, les salariés règlent comptant et « discutent » les prix.

      Seul l’état n’est pas content, mais à ce stade, l’état on s’en contrefiche et la loi avec !

      Jean LENOIR

  4. Trend dit :

    Cet artcile de la chronique Agora, il veut se payer sur la bête ?
    En train de faire des articles genre  » la fin du monde’ pour vendre sa came ( son bouquin avec 20 % de discount) ….
    Cool il y aura toujours des euro en circulation, mais on ira acheter sa baguette avec une brouette d’euro rien de plus..

    • zorba44 dit :

      On peut dire tout ce qu’on veut de Bill Bonner, moins « généreux » qu’Olivier qui met toute son énergie à la recherche de l’information, la vraie : celle qui pèse.

      Demain… (peu importe quand sera demain) cela va arriver car plus rien ne peut être remboursé.

      C’est sans doute bon de le savoir et de le faire savoir.

      Jean LENOIR

      • davaosmile dit :

        Voilà une réponse très symptomatique de la démesure de votre ego, « sup’de co » !
        Qui vous a parlé d’atome ? De simples petites bêtes du genre virus sont bien plus efficaces et bien plus abordables pour ces supposés jaloux maladifs sans Destinée …

  5. zorba44 dit :

    Ecoutez, monsieur le troll (davaosmile, pourquoi ne pas le dire davosmile !) l’ego du signataire vous salue bien : les autres lecteurs de ce blog sont à même de juger et de déjuger sans préjudice du joug que vous voulez sans doute imposer à tous.

    Jean LENOIR

  6. mimi55 dit :

    Ce qui doit nous alerter ce ne sont pas ce genre d’article, mais dans quel sens se situe la pente (économique, sociétale, politique etc…).
    De ce que j’ai pu lire, il est clair que les dettes d’état et de particuliers n’ont jamais était aussi haut. Que les caisses de retraite, sécurité sociale etc… aussi bas.
    Que le chômage ne baisse pas, bien au contraire. Tout comme les radiations qui font statistiquement baisser le chômage dans quelques pays.
    Seules les bourses montent comme jamais tant que les banques centrale injectent de la monnaie.
    Et si l’on regarde du coté de l’exploitation des matières premières, comme le pétrole, c’est pas joli joli. (Le volume de découverte ne cesse de chuter depuis 40 ans)
    etc etc..
    Autrement dit, pas la peine de sortir de sup de co pour comprendre que cela ne sent pas bon.
    J’aimerais que les détracteurs de cette article me disent d’ou ils tirent leur optimisme et qu’ils l’argumentent. J’aimerais tant être rassuré sur mon avenir.

    • zorba44 dit :

      Tout à fait d’accord avec les deux derniers paragraphes de votre post …néanmoins avoir fait sup’de co ça aide un peu ! surtout pour les sujets passionnés par l’analyse et par la prospective – sans, en aucun cas, être une garantie de raisonnements de bon sens.

      Jean LENOIR

  7. brunoarf dit :

    C’est un petit dessin animé, en pâte à modeler, qui dure 7 minutes 23.

    C’est l’histoire de la démocratie française, ou de la démocratie étatsunienne, ou de la démocratie anglaise, ou de la démocratie grecque, etc.

    C’est l’histoire de nos démocraties en 2015 :

    http://tinyurl.com/od69rpe

  8. brunoarf dit :

    A propos de l’Italie :
    L’Italie est en faillite.
    2007 : dette publique de 1605,1 milliards d’euros, soit 103,3 % du PIB.
    2008 : dette publique de 1671 milliards d’euros, soit 106,1 % du PIB.
    2009 : dette publique de 116,4 % du PIB.
    2010 : dette publique de 119,3 % du PIB.
    2011 : dette publique de 120,7 % du PIB.
    2012 : dette publique de 127 % du PIB.
    2013 : dette publique de 128,5 % du PIB.
    2014 : dette publique de 2135 milliards d’euros, soit 132,1 % du PIB.

    Lundi 2 mars 2015 :

    Italie : déficit public de 3% en 2014, dette à 132,1% du PIB.

    http://www.romandie.com/news/Italie-deficit-public-de-3-en-2014-dette-a-1321-du-PIB/570859.rom

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