Ainsi, Syriza a remporté une victoire ? (A. Mercouris)

Alexander Mercouris Syriza« Depuis que la Grèce a obtenu un délai de quatre mois, il y a eu de nombreuses tentatives, à la fois en Grèce et dans le monde anglophone, pour affirmer que c’est Syriza, plutôt que les durs de l’Union européenne, qui l’a emporté aux points.  C’est la vision de Tsipras mais aussi celle de commentateurs en langue anglaise, qui vont de Jack Rasmus à l’extrême-gauche et Paul Krugman à la gauche libérale jusqu’à Ambrose Evans-Pritchard, à droite.

Syriza a soi-disant obtenu une certaine souplesse sur la prétendue question clé de la taille du déficit primaire de la Grèce, ce qui constitue une victoire modeste, mais significative, sur les partisans de la ligne dure de l’UE.

Permettez-moi de dire clairement que compte tenu des circonstances dans lesquelles s’est retrouvé Syriza, je ne pense pas qu’il avait d’autre solution réaliste que de négocier la prolongation de quatre mois dans les termes où il l’a fait. L’alternative aurait très probablement fait courir le risque d’un Grexit [sortie de l’euro, NdT] et d’un effondrement total du système bancaire grec, auxquels les Grecs n’étaient tout simplement pas préparés au moment de la prolongation du délai.

Je pense toutefois que proclamer que c’est une victoire de Syriza est excessif. C’est tout à fait évident que Syriza a scié la proposition insane de Schäuble et des tenants de la ligne dure de ne pas dévier d’un poil du plan de sauvetage existant. Mais ce que les gens qui parlent de victoire négligent est le fait qu’une plus grande souplesse sur le montant de l’excédent du budget primaire n’était pas ce que Syriza avait promis au peuple grec avant son élection. Ce que Syriza a promis aux Grecs, c’est une réduction du montant total de la dette de la Grèce. Et il est très probable que le gouvernement sortant d’Antonios Samaras aurait aussi négocié une plus grande souplesse pour le déficit du budget primaire sans tout le drame et le malaise que nous avons observés ces dernières semaines.

Le point à comprendre est que, sauf s’il y a une restructuration de la dette de la Grèce, par un allongement des modalités de remboursement ou par une véritable annulation de la dette (certainement l’option la plus logique), alors la souplesse sur la taille de l’excédent du budget primaire est limitée, puisque le but de la cible ridicule de 4,5% du PIB est de générer un surplus suffisant pour commencer à rembourser la dette.  Inutile de dire, étant donné le montant de celle-ci, qu’aux conditions actuelles de remboursement, cela nécessiterait de parvenir à cet excédent pendant des décennies, ce qui, si c’était le cas, dévasterait totalement ce qui reste de l’économie, et qui, bien sûr, ne se fera pas.

Vu la manière dont cela se passe, je pense qu’il est très peu probable que la Grèce parvienne à dégager un quelconque excédent à son budget primaire.  La production semble avoir fortement baissé au dernier trimestre de 2014 (la chute a commencé avant l’annonce des élections) tandis que les recettes fiscales semblent être tombées d’une falaise depuis le début de l’année.  Si jamais la Grèce était parvenue à dégager un excédent de son budget primaire à un moment donné en 2014 (et à en croire mon frère ces affirmations ont été de la poudre aux yeux), je pense qu’il est très peu probable que cela arrive maintenant. Compte tenu de l’état de l’économie, je pense que tout plan pour parvenir à un excédent budgétaire primaire permettant à la Grèce de rester dans l’eurozone et de rembourser sa dette relève du fantastique.  Je suis sûr que Varoufakis, au moins, est assez intelligent pour le comprendre.

A mon avis, la seule manière réaliste d’avancer pour Syriza est d’utiliser la période de grâce qu’il a obtenue, quelle qu’elle soit, (et cela pourrait se révéler beaucoup moins que quatre mois) pour préparer l’économie grecque et le peuple grec à faire défaut et (puisque les autorités européennes, dans leur grande folie, ont décidé qu’un défaut est incompatible avec le statut de membre de l’eurozone) à un Grexit, une sortie de l’euro.

J’espère et je prie pour que Syriza le comprenne, car il me semble que c’est l’unique manière d’avancer.  Les informations que je recueille auprès de gens en Grèce (y compris mes parents) sont désespérément sombres, les gens sont à court d’argent pour payer même leurs besoins de base et l’économie est essentiellement en panne. Le soutien à Syriza reste exceptionnellement fort, mais cela ne peut pas continuer très longtemps ».

Alexander Mercouris, The Saker Iceland, le 9 mars 2015

Traduit par Diane, relu par jj pour le Saker Francophone

Rappels :

De quoi Syriza est-il le nom ?

Comment Tsipras s’est mis à genoux face à l’Europe (E. Verhaeghe)

Anne-Laure Delatte (OFCE) : « La Grèce s’approche d’un troisième défaut »

Giscard : « La Grèce doit sortir de l’euro »

Lire aussi :

Yanis Varoufakis : « Nous n’envisagerons jamais une sortie de l’euro »

Avec ce commentaire très juste d’O. Berruyer :

« Bon, j’attends quand même la fin des courses pour me prononcer, mais enfin, pour un gars qu’on nous a vendu “spécialiste de la théorie des jeux”, c’est pas malin du tout de dire ça en termes de capacité de négociation…

Si tu n’envisages absolument pas une sortie de l’euro, tu es tout nu ; fais alors ton plan d’austérité bruxelloise et nous fatigue plus, amigo… »

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 52 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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11 commentaires pour Ainsi, Syriza a remporté une victoire ? (A. Mercouris)

  1. Ping : Ainsi, Syriza a remporté une victoire ? (A. Mercouris) - Ma banque a moiMa banque a moi

  2. coockburn dit :

    l épopée du dollar faible
    ont fait le ménage en Europe
    l épopée du dollar fort
    ont rachète l Europe
     » Acquisitions record par des firmes étrangères en Europe »
    tafta ,ukraine ,etc….

    quant les peuples ,pardon, les gens vont t il faire leur révolution ?

    jamais;;;;; c est plié trop tard j y ai crue un moment …….
    l homme a définitivement acté sa dégénérescence j aurais tellement aimé un sursaut qq chose qui me fasse dire » tu t es tromper  » j ai la satisfaction et mm la double satisfaction , être serein
    et avoir essayé de bouger les choses autour de moi
    je vais retourner a mon confort et laisser faire
    3 chômeur de plus autour de moi
    1 maison invendable en Picardie
    1 appart en proche banlieue qui baisse de mois en mois
    2 sarl dans le rouge
    9 sur des choix de placement
    (3 ont suivie qq conseil)
    ils était tous prévenue depuis 2009 tant pis pour eux ils avait toutes les cartes en main
    je me suis tromper sur l or (dans mon timing)
    mais la partie est loin d étre finie les maitres du jeu tienne le physique et le papier
    ils tienne le papier et le font savoir ( a celui qui sais regarder)
    pari tenu

  3. zorba44 dit :

    Une victoire à la Pyrrhus… seulement qui est le vainqueur ? La Grèce certainement pas et l’Europe certainement pas.
    Le seul vainqueur immédiat regroupe le monde de la finance racaille et de l’euro et à quel prix : celui de toujours plus d’argent créé sur la poussière de rien !

    Le vainqueur immédiat est le perdant de demain, l’ultime perdant de demain. Il reste à la France à suivre le chemin de la Grèce. Les élections vont parler bientôt et cela pourrait être passionnant de voir l’autre racaille politique être balayée.

    Qui vaincra in fine ? That’s the question.

    Jean LENOIR

  4. brunoarf dit :

    Mercredi 11 mars 2015 :

    Bruxelles : réunion entre les équipes du gouvernement grec et les experts de la « troïka ».

    Mais attention !

    Il ne faut pas dire : la « troïka » !

    Il faut dire : « les institutions » !

    C’est exactement pareil, mais ça fait croire aux gogos que quelque chose a changé en Grèce.

    En réalité, rien n’a changé en Grèce.

    La troïka décide, le gouvernement grec exécute.

    Comme d’hab.

    Lisez cet article :

    Les caisses du gouvernement d’Alexis Tsipras sont-elles quasiment vides ? Cette question sera au cœur du premier rendez-vous, mercredi 11 mars à Bruxelles, entre les équipes du gouvernement grec et les experts de la « troïka » des créanciers de la Grèce (Fonds monétaire international, Banque centrale et Commission européennes), désormais rebaptisée « les institutions ».

    Ces discussions devraient être au cœur de la réunion organisée mercredi à Bruxelles. Du côté des créanciers de la Grèce, les négociations seront pilotées pour le FMI par Rishi Goyal, pour la Commission européenne par Declan Costello, et pour la BCE par Klaus Mazuch, qui pourrait cependant être prochainement remplacé par Rasmus Rüffer, membre lui aussi de la BCE.

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/03/11/la-grande-inconnue-de-l-etat-reel-des-finances-grecques_4591424_3234.html

  5. brunoarf dit :

    Jeudi 12 mars 2015 :

    L’Islande annonce le retrait de sa candidature à l’UE.

    L’Islande a annoncé jeudi avoir retiré sa candidature à l’Union européenne, deux ans après l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement eurosceptique de centre droit qui promettait de mettre un terme au processus lancé en 2009.

    Le ministre des Affaires étrangères, Gunnar Bragi Sveinsson, a indiqué dans un communiqué avoir fait part de cette décision à la Lettonie, qui préside l’UE et qui en a informé la Commission européenne.

    « Les intérêts de l’Islande sont mieux servis en dehors de l’Union européenne », a écrit le ministère sur son site internet.

    http://www.romandie.com/news/LIslande-annonce-le-retrait-de-sa-candidature-a-lUE/574430.rom

    • zorba44 dit :

      Le petit mouton qui, au lieu de courir avec les autres vers le précipice, va à contre-courant en se demandant pourquoi ses congénères vont se jeter comme un seul mouton à la mort certaine. Au moins, eux risquent peu que des casques otanesques viennent mettre de l’ordre dans leurs nuits glacées (entre la Syrie et là-bas un écart de température à attraper la mort !)

      Faites comme eux : résistez !

      Jean LENOIR

  6. brunoarf dit :

    Vendredi 13 mars 2015 :

    L’Espagne est en faillite.

    A propos de l’Espagne :
    2007 : dette publique de 382,307 milliards d’euros, soit 36,3 % du PIB.
    2008 : dette publique de 436,984 milliards d’euros, soit 40,2 % du PIB.
    2009 : dette publique de 54 % du PIB.
    2010 : dette publique de 61,7 % du PIB.
    2011 : dette publique de 70,5 % du PIB.
    2012 : dette publique de 86 % du PIB.
    2013 : dette publique de 960,676 milliards d’euros, soit 93,9 % du PIB.
    2014 : dette publique de 1034 milliards d’euros, soit 97,7 % du PIB.

    Espagne : la dette publique a atteint 97,7% du PIB fin 2014.

    La dette publique de l’Espagne a augmenté à 97,7% du produit intérieur brut (PIB) à fin 2014, conformément aux prévisions du gouvernement conservateur, qui s’attend à ce qu’elle dépasse la barre symbolique des 100% en 2015.

    Ce ratio était de 96,8% au troisième trimestre 2014, rappelle la Banque d’Espagne. Elle avait déjà fait savoir à la mi-février que le montant de la dette publique de la quatrième économie de la zone euro se montait à 1.034 milliards d’euros à fin 2014.

    http://www.romandie.com/news/Espagne-la-dette-publique-a-atteint-977-du-PIB-fin-2014/574585.rom

  7. brunoarf dit :

    Pour éviter une faillite totale, la Grèce se finance en émettant des obligations à trois mois et des obligations à six mois.

    Mais il y a un tout petit problème : personne au monde ne veut acheter ces obligations pourries !

    Du coup, il ne reste plus que les banques grecques qui achètent ces obligations pourries !

    Ensuite, les banques grecques refourguent ces obligations pourries à la Banque de Grèce.

    La Banque de Grèce accepte ces obligations pourries comme collatéral, et elle prête en février 2015 la somme de 65,64 milliards d’euros aux banques grecques. La Banque de Grèce prête en mars 2015 la somme de 69,4 milliards d’euros aux banques grecques.

    C’est le mécanisme ELA, Emergency Liquidity Assistance, en français « Prêt de liquidités en urgence ».

    Mais il y a encore un tout petit problème : les banques grecques ne rembourseront jamais !

    En clair :

    1- La Grèce est en faillite.
    2- Les banques grecques sont en faillite.
    3- Mais tout le monde s’en fout …

    … sauf Jens Weidmann, le président de la Banque centrale allemande, qui voit venir l’effondrement total du système bancaire grec !

    (Rappel :
    « Les prêts ELA de la Banque de Grèce, plus chers que les financements BCE, ont représenté 65,64 milliards d’euros en février, contre 5,2 milliards en janvier. Au total, les refinancements des banques grecques auprès de la BCE et de la Banque de Grèce ont atteint 104,3 milliards d’euros en février, soit l’équivalent de 57% environ du PIB. »

    http://www.challenges.fr/finance-et-marche/20150312.REU4003/grece-chute-des-financements-bce-en-fevrier-bond-des-ela.html

    Vendredi 13 mars 2015 :

    La Banque centrale européenne (BCE) a décidé jeudi de relever de 600 millions d’euros le plafond de son financement d’urgence (ELA) des banques grecques, a-t-on appris de source bancaire grecque. Cela amène ce plafond à 69,4 milliards d’euros.

    La Grèce se finance en vendant des bons du Trésor à trois et six mois, achetés presque exclusivement désormais par les banques grecques.

    Présentant le rapport annuel de son institution, le président de la Bundesbank allemande Jens Weidmann a émis jeudi de sérieuses réserves sur le maintien à flot du système bancaire grec par les biais des ELA.

    « Des banques qui utilisent des crédits d’urgence devraient tout faire pour améliorer leur situation de liquidité », a-t-il dit, mais « avec les achats de bons du Trésor pour lesquels il n’y pas de marché, c’est exactement le contraire qui se passe ».

    http://www.romandie.com/news/Zone-euro-la-BCE-releve-de-600-mio-ses-prets-durgence-aux-banques-grecques/574320.rom

  8. pavane dit :

    Hé bien ça y est, Syriza s’est converti au hollandisme…

    « Le gouvernement grec de gauche radicale est prêt « à repousser l’application de certaines promesses électorales » pour redonner confiances à ses partenaires européens, a déclaré le ministre grec des Finances Yanis Varoufakis cité samedi par le quotidien Corriere della Sera.

    « Nous ne sommes pas des populistes, nous n’avons pas promis des choses irréalisables », a déclaré vendredi soir M. Varoufakis lors d’une réunion à huis clos de dirigeants économiques et financiers organisée à Cernobbio, dans le nord de l’Italie.

    « Nous sommes prêts à repousser l’application de certains engagement électoraux si cela s’avère nécessaire à donner la confiance à nos partenaires », a-t-il ajouté, sans préciser quelles pourraient être ces promesses électorales retardées.

    « Nous avons un programme qui a une durée de quatre ans », a précisé M. Varoufakis.

    http://finances.orange.fr/actualites/infos-economiques/la-grece-disposee-a-repousser-l-application-de-promesses-electorales-afp_CNT0000008i1nc.html

    C’est un reniement sur le fond et aussi sur la forme….puisque Varoufakis pose avec sa femme dans Paris-Match alors qu’il prétendait mépriser le « star system »….

    http://www.lexpress.fr/actualite/medias/yanis-varoufakis-et-son-epouse-dans-paris-match-gaffe-ou-genie-de-la-com_1661037.html

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