Chroniques du mensonge ordinaire (J. Sapir)

chronique mensonge ordinaire juliette meadel« Madame Juliette Méadel, Secrétaire Nationale du PS, vient, à propos des élections départementales dont le premier tour a eu lieu le dimanche 22 mars de démontrer sa flagrante inculture économique[1]. Le problème n’est pas l’ignorance sur ce point de Madame Méadel. On a tous des choses que l’on ignore. Le problème est qu’elle est secrétaire nationale d’un parti aujourd’hui au pouvoir. Alors, même si les temps ne sont plus ceux où l’on pouvait s’attendre d’un Secrétaire National qu’il soit qualifié de Coryphée des Sciences, où la personne ayant cette responsabilité se sentait tenue de montrer qu’elle maîtrisait à peu près les diverses sciences humaines à coup de livres ou d’articles de revue, le degré d’inculture dont Mme Méadel fait preuve est attristant et inquiétant.

La sortie de l’Euro ou comment jouer sur les peurs.

La question, bien évidemment porte sur les conséquences d’une sortie de l’Euro. Qu’écrit donc Mme Méadel ?

« Aux yeux du monde et de ses créanciers, l’économie française inspirerait fatalement de la défiance et le doute dans sa capacité à rembourser sa dette. Il en résulterait une augmentation vertigineuse des taux d’intérêts d’emprunt : la France, qui se finance quotidiennement à des taux très faibles, verrait donc la charge de sa dette exploser. »

Premier point : en quoi est-ce qu’une « sortie de l’Euro » inspirerait « de la défiance et le doute dans sa capacité à rembourser sa dette ». Si la France sort de l’Euro, et laisse sa monnaie se déprécier par rapport au Dollar, mais aussi au Deutsche Mark, c’est pour retrouver des marges importantes de croissance. On peut discuter des possibles taux de croissance après une telle sortie, de 2% à 5% suivant les calculs et estimations, mais personne ne doute qu’il y a aurait une croissance bien plus forte que celle que nous connaissons aujourd’hui. Dans ces conditions, d’où viendrait la « défiance » ? A moins que Madame Méadel ne nous explique en quoi une économie allant mieux peut susciter la « défiance », on avoue avoir un peu de mal à comprendre. Madame Méadel indique alors « le doute dans sa capacité à rembourser sa dette ». Ici de deux choses l’une. Soit elle croit encore à cette fable inventée par Nicolas Sarkozy comme quoi la partie de notre dette détenue par des non-résidents augmenterait en proportion de la dévaluation. Mais, c’est une fable. La lex monetae stipule bien qu’une dette est payée dans la monnaie du pays émetteur si elle est rédigée dans des contrats de ce pays. Ce principe est bien connu de tous les économistes, et de tous les financiers qui travaillent sur les marchés des obligations d’Etat. On sait que 97% de la dette française est émis « en droit français ». Elle est donc remboursable dans ce qui sera la monnaie de la France, soit aujourd’hui l’Euro et demain, si nous sortons de l’Euro, le Franc. Les montants seront traduits de l’Euro en Franc au taux de 1 pour 1. Mais il faut croire que Mme Méadel est sujette à des terreurs nocturnes.

Deuxième point : « Il en résulterait une augmentation vertigineuse des taux d’intérêts d’emprunt ». Ici encore, on s’interroge sur ce que sait (ou plus exactement ne sait pas) Mme Méadel. Admettons que l’agence France-Trésor place des obligations d’Etat sur le marché. Le taux d’intérêts incorporera une prime de risque, mais on sait par expérience que cette prime, portant sur un Etat solvable, et dont la balance courante, aujourd’hui déficitaire, montrerait des signes rapides d’amélioration, serait loin d’être excessive. L’écart traditionnel était de 150 points de base avec les taux allemands, soit 1,5%. Admettons même que cet écart soit momentanément porté à 200 points de base, cela signifierait 2%. Or, les taux allemands sont aujourd’hui pratiquement à 0%. Il n’y a aucune raison de penser que les taux français dépasseraient 2,5%. Ce n’est donc pas une « augmentation vertigineuse » ou les mots n’ont plus de sens.

Troisième point : en fait, l’agence France-Trésor n’aurait sans doute pas besoin de placer des obligations. En rétablissant le mécanisme des « planchers obligatoires d’effets publics » pour les banques françaises et les établissements étrangers opérant en France, le gouvernement créerait une demande pour des obligations d’Etat qui assurerait que le financement de la dette puisse se faire à des taux très bas. Là, Mme Méadel montre que non seulement elle ne maîtrise pas la macroéconomie, mais qu’elle ignore tout des techniques financières. Mais ce n’est pas tout, hélas…

Quand elle écrit : « le montant des taux d’intérêt de la dette s’élève à 45 milliards d’euros; une sortie de la zone euro et son corollaire, la hausse des taux d’intérêt, multiplierait par 2 ou 3 la charge de la dette, ce qui représente trois fois le budget de l’éducation nationale » elle prouve aussi qu’elle est très fâchée avec le calcul (niveau classe de 4ème). En effet, si la charge des intérêts aujourd’hui est de 45 milliards, la part de ces intérêts où les taux sont très faibles ne représente pas plus d’un tiers des dettes. Une grande partie des obligations d’Etat ont été émises avant la période de faibles taux d’intérêts (depuis 2 ans approximativement) et ne concerne que les obligations à court terme (3 mois à 5 ans). On voit immédiatement que si les taux remontaient à 2,5% (pour le taux à 10 ans) l’impact serait faible sur le montant TOTAL des intérêts. On conseillera à Mme Méadel de prendre un livre de mathématiques pour classes de collèges dans lequel on explique ces simples règles de calcul.

Mais, en réalité, Mme Méadel n’est certainement pas ignorante. Elle ment en pleine connaissance de cause. En fait, elle joue sur les peurs les plus primaires et cherche à effrayer son lecteur. Ce qui est alors intéressant, c’est que ce sont exactement les méthodes qui sont reprochées au Front National. On ne cesse d’entendre que ce dernier jouerait sur les peurs des Français. Mais, que fait Mme Méadel, Secrétaire Nationale du Parti « socialiste » ? Et l’on voudrait alors nous faire croire en une différence de nature entre les partis ? Avec ce genre de méthode, c’est tout le discours sur « nous sommes des républicain, eux ne le sont pas » qui s’effondre immédiatement. Je ne sais si Mme Méadel se rend compte de ce qu’elle dit, mais je suis convaincu de l’effet extrêmement négatif qu’il y a à jouer ainsi sur les peurs de l’électorat. Quand on veut donner des leçons aux autres, il convient de commencer à se les appliquer.

La question du protectionnisme.

Madame Méadel continue sur le protectionnisme où, là aussi, elle étale son ignorance et son discours idéologique. Elle dit : « Pourtant, le protectionnisme économique est d’autant plus aberrant que les Etats et les peuples n’ont jamais été aussi interdépendants, liés, connectés, informés depuis Adam Smith. Plus que jamais, les peuples ont besoin d’échange commercial régulé pour vivre et se développer mieux». Tout d’abord, en quoi le protectionnisme s’oppose-t-il à l’interdépendance ? Cela revient confondre protectionnisme et autarcie. Je ne crois pas que si sa copie devait passer devant les yeux d’un professeur de Sciences Economiques et Sociales, Mme Méadel obtiendrait une très bonne note. Ensuite, si le protectionnisme n’est pas LE moyen de régulation des échanges, on ne voit pas ce qu’il est. Ici, il y a un problème de logique. Soit elle pense que l’interdépendance oblige au libre-échange et elle ne peut pas employer le mot « régulé » à propos des échanges commerciaux, soit elle est pour la régulation, et dans ce cas elle doit admettre le protectionnisme. Enfin, Madame Méadel devrait se renseigner. Le nombre de pays instituant des barrières, qu’il s’agisse de tarifs douaniers ou de mesures réglementaires, sur le commerce est très élevé (des Etats-Unis à la Corée du Sud). En fait, c’est l’Union européenne qui, à cet égard, est une aberration en proclamant une ouverture complète des frontières et en négociant (en secret faut-il le rappeler) un accord de libre-échange avec les Etats-Unis dont les effets seront dévastateurs, le TAFTA ou TTIP ».

Lire la suite sur le blog de Jacques Sapir

Note

[1] Méadel J., « Sortie de l’euro, protectionnisme : les chimères de Marine

Le Pen » in L’Obs, 16 mars 2015, http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1340014-sortie-de-l-euro-protectionnisme-les-chimeres-de-marine-le-pen.html?xtor=RSS-24

A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 51 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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15 commentaires pour Chroniques du mensonge ordinaire (J. Sapir)

  1. Ping : Chroniques du mensonge ordinaire (J. Sapir) - Ma banque a moi

  2. lusofranc dit :

    Bon mais entre temps…
    Ne soyez pas trop exigeants avec des socialistes!!!
    Ils ont pour habitude de faire tout le contraire de ce qu’impose leur ideologie,des exemples ?
    La Paix: c’est un cheval de bataille socialiste hein?,ben il n’y a jamais eu dautant d’interventions militaire que sous des gouvernements socialistes….
    la lutte contre le chômage: tiens en voila un dogme social…resultats??
    la Finance: en voila un ennemi a combatre!!! resultat ?Un ancien de chez Rodchild comme ministre.
    ect ect.
    Tout le socialisme est resumé ci dessous:
    « Un socialiste honnête, ne sera pas intelligent, s’il est intelligent et honnête, il ne sera pas socialiste et s’il est socialiste et intelligent, il ne sera pas honnête. »

  3. Alcide dit :

    Pour l’honneur des femmes, je vous présente « Nut  »

    En voici une qui en a , certainement plus que tous nos dirigeants couchés avec ou sans scooter… qui dirige une compagnie d’artilleurs de cinquante hommes:

    The Woman Who Leads a Rebel Ukraine Army Unit

    http://russia-insider.com/en/2015/03/25/4967

  4. brunoarf dit :

    Nous pouvons comparer les obligations de l’Etat grec à des tumeurs cancéreuses.

    Pour se financer, l’Etat grec émet des obligations à trois mois et aussi des obligations à six mois.

    Mais l’Etat grec est INCAPABLE de rembourser ces obligations.

    L’Etat grec est obligé de demander à la troïka de lui prêter des milliards d’euros, qu’il utilise pour rembourser les obligations arrivées à échéance.

    Autrement dit : les obligations de l’Etat grec n’ont aucune valeur, car l’Etat qui les émet est INCAPABLE de les rembourser.

    Personne au monde ne veut acheter ces obligations pourries : il ne reste plus que les banques privées grecques qui acceptent encore de les acheter.

    Ensuite, la Banque centrale de Grèce accepte ces obligations en collatéral, et elle prête des milliards d’euros aux banques privées grecques : à ce moment précis, la Banque centrale de Grèce fait entrer des tumeurs cancéreuses dans la zone euro.

    La Banque centrale de Grèce fait entrer des tumeurs cancéreuses qui contaminent toute la zone euro : c’est l’euro lui-même qui est discrédité.

    C’est l’euro lui-même qui n’a plus de valeur.

    Les euros qui circulent en Grèce n’ont plus de valeur : ils ne représentent plus rien de réel.

    Comme des tumeurs cancéreuses, ils discréditent les autres euros, qui circulent dans les autres nations européennes.

    Merkel et Schauble ont vu le risque mortel que constitue la contamination de ces tumeurs cancéreuses : l’euro qui circule en Allemagne se retrouve à son tour discrédité.

    Pour protéger l’Allemagne et la bonne santé de l’Allemagne, ils ont demandé à Mario Draghi de faire cesser cette contamination.

    Ils ont demandé à Draghi de couper la jambe cancéreuse, pour sauver le reste du corps.

    Et Draghi leur a obéi.

    Lisez cet article :

    http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/la-bce-demande-aux-banques-grecques-de-ne-plus-acheter-de-dette-d-athenes-463735.html

  5. Ping : tafta | raimanet

  6. Nanker dit :

    Moi ce qui me choque c’est qu’une hiérarque PS cite… Adam Smith!
    Quel bel aveu : on va chercher des arguments dans la boite à idées libérale. Et après Le Guen et Cambadélis vont s’étonner que 50% des ouvriers votent FN…

    Si Jaurès revenait il y aurait de l’action rue de Solférino. Et comme disait Jacques Sapir dès 2013 le PS a trahi ses électeurs comme le Pasok grec a fait avec les siens, il finira dans les urnes au même niveau que le Pasok (cad 12%).
    Pour l’instant il en est à 19… attendons les élections de novembre!

  7. zorba44 dit :

    Madame M ..achin a sans doute un beau châssis ce qui est un atout surtout si ENA + Loge, place chez les coquins assurée !

    Jean LENOIR

    (PS ne sait pas si elle est « en mains » comme on le dit joliment sur la Côte d’Azur ni diplômée de l’Arnaque …sorry de l’ENA

  8. brunoarf dit :

    1- La Grèce est en faillite.

    2- Les banques privées grecques sont en faillite.

    3- La Banque centrale de Grèce est en faillite.

    4- Mais à part ça, ça va.

    Vu la situation financière fragile du pays, la Banque centrale européenne (BCE) a enjoint cette semaine les banques grecques à arrêter d’acheter de la dette émise par Athènes, car cela fait peser un risque sur leur solidité financière

    Les banques grecques se refinancent à l’heure actuelle auprès de la banque centrale de Grèce, avec des prêts d’urgence, plus onéreux pour elles, dans le cadre d’un mécanisme d’urgence (ELA) de la BCE.

    Mercredi, la BCE a relevé à 71 milliards d’euros, contre 69,8 milliards précédemment, le plafond de ce financement d’urgence.

    Les coffres des banques grecques ont été fortement ponctionnés par les épargnants depuis décembre, début de la séquence électorale qui a porté Syriza au pouvoir. En février ainsi, où il a fallu attendre le 20 pour qu’un premier accord soit trouvé entre le nouveau gouvernement grec et ses créanciers, 7,6 milliards d’euros ont été retirés par les ménages et les entreprises, selon les chiffres publiés jeudi par la Banque de Grèce.

    Ces retraits font suite à d’autres de 4,2 milliards d’euros en décembre et de 12,8 milliards en janvier. A 140,47 milliards d’euros en février, cette épargne est au plus bas depuis mars 2005.

    Après la rencontre lundi du Premier ministre grec Alexis Tsipras avec la chancelière allemande Angela Merkel à Berlin, le gouvernement espère qu’une solution à ses problèmes sera trouvée très prochainement.

    Après cette rencontre, le climat politique a changé, a souligné le ministre grec de l’Economie M. Georges Stathakis.

    Toutefois, la bourse d’Athènes reflétait jeudi l’inquiétude des marchés, l’indice général a terminé dans le rouge, à -3,74% à 764,88 points.

    http://www.romandie.com/news/Athenes-optimiste-sur-un-accord-avec-lUE-au-debut-de-la-semaine/578927.rom

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