Le bank run grec vu par un témoin

Le bank run grec vu par un témoin

« Alors que les négociations entre la troïka et la Grèce s’éternisent et qu’Athènes en est réduit aux tours de passe-passe pour ne pas déclarer le défaut de paiement, les Grecs sont de plus en plus nombreux à retirer l’argent qu’ils ont à la banque. Tom Winnifrith, qui s’est installé récemment en Grèce, en a fait l’expérience vendredi dernier, et d’après ce qu’il vit, la Grèce fera défaut durant cet été : 

« Jim Mellon a dit que les Grecs devraient élever une statue en mon honneur. Vendredi dernier, j’ai ouvert un compte en banque en Grèce et j’ai fait un dépôt. OK, il s’agit de seulement 10 €, je dois encore transférer 3990 € pour obtenir ma carte de séjour et pouvoir acheter une voiture, une moto et une arme à feu, mais c’est un début. Mais les scènes que j’ai vues à la Banque Nationale de Kalamata s’apparentaient au chaos, on pouvait sentir la panique de ce qui fut une atmosphère partagée par toutes les banques du pays.

Demain est un jour férié en Grèce. Soit un long week-end, le moment idéal pour faire défaut et annoncer le grand retour à la drachme. (…)

Mais je devais ouvrir un compte et faire un dépôt. À l’extérieur de la banque, dans la rue principale de Kalamata, il y a 2 DAB avec une file d’une dizaine de personnes lorsque je suis arrivé lorsque je suis parti 1 heure plus tard. À l’intérieur, on me dirigea vers l’un des 2 guichets pour les dépôts et pour les personnes incapables de réaliser de simples opérations bancaires seules. J’attendais donc près de ces guichets en compagnie de 4 octogénaires à moitié séniles. Mais à vrai dire, c’était moi le plus taré de tous, car j’étais le seul à déposer de l’argent.

Vendredi était aussi le jour de paiement des retraites. Mercredi et jeudi, on a rapporté que les Grecs avaient retiré 800 millions d’euros de leurs comptes. Comparés aux chiffres de vendredi, ces 800 millions seront de la petite bière.

Lorsque vous vous rendez dans une banque grecque, on vous donne un ticket avec un numéro et vous attendez votre tour. Ma banque compte environ 60 sièges, qui étaient tous occupés. Il y avait également des gens qui attendaient debout, espérant recevoir leur argent avant la fermeture de la banque à 14 h. (…)

Après avoir ouvert mon compte, j’ai tendu un billet de 10 € à l’employé, qui m’a donné en retour une dizaine de documents à signer. J’ai fait mon devoir pour la Grèce, j’ai donné 10 € que je perdrai tôt ou tard. (…)

Le gouvernement n’a pas annoncé le défaut de paiement vendredi, comme je m’y attendais. La comédie se poursuit. Les DAB seront vidés durant le week-end, mardi, et dans l’attente du défaut les banques seront à nouveau bourrées à craquer jusqu’à vendredi, les gens essayant d’obtenir ce qu’ils peuvent. (…)

Vu que je suis raccordé à l’eau et à l’électricité, je peux demander à ce que la route qui permet l’accès à ma maison soit réparée. L’été dernier, j’ai donc fait la demande à la mairie de Kambos (où il y a 4 fonctionnaires pour une population de 536 habitants). On m’a dit que la machine était en panne et qu’il n’y avait pas d’argent pour la réparer. Ils allaient essayer de le faire pour l’automne, ce qu’ils n’ont pas fait.

Mais la semaine dernière, les réparations ont eu lieu. Et lorsque je me rends à Kalamata, je vois de nombreux travaux de réfection des routes. À Kitries, le village a trouvé de l’argent pour rénover son front de mer. Il y a énormément d’activité dans la région. Pourquoi ?

Tout simplement car toutes les petites municipalités dépensent leur argent aussi vite qu’elles peuvent, jusqu’au dernier centime. L’État grec a demandé il y a quelques semaines à toutes les municipalités de déposer leur argent à la banque centrale. Les municipalités savent que la fois prochaine il ne s’agira pas d’une demande, mais d’un ordre. Mais d’ici là, tout l’argent accumulé aura été dépensé. (…)

Tout le monde sait que cela ne pourra pas durer indéfiniment et cela (le défaut) arrivera probablement cet été. Les signes se multiplient. »

Source : or-argent.eu, le 1er juin 2015

Rappels :

Grèce : le taux d’intérêt de la dette à deux ans grimpe à 25%, signe d’un défaut de paiement imminent

Grèce : encore deux semaines au plus… (F. Leclerc)

A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 51 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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10 commentaires pour Le bank run grec vu par un témoin

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  2. Ah ce tour de passe-passe inusable des retraits massifs des déposants dans les banques prises à la gorge par les retraits intempestifs qui rappellent tellement les scènes de panique de 1929! Depuis que les banques grecques sont soumises à des vagues successives de retrait massif des dépôts, il y a belle lurette que leur passif devrait être épuisé, sauf à se faire recapitaliser invariablement par le BCE qui allonge des lignes de liquidité dites d’urgence, afin de préserver la solvabilité des établissements bancaires.
    Cela revient à faire financer le déficit de la balance des paiements grecque par la BCE via l’Eurosystem qui joue le rôle de centrale de clearing des flux financiers entre les Etats membres. Les Etats créditeurs financent les Etats débiteurs par le refinancement de leurs créances par la BCE qui compense artificiellement les positions débitrices des banques par des lignes de liquidité échangeables contre du collatéral titres (des portefeuilles de prêts en défaut ou des titres obligataires).
    Ainsi le contribuable européen finance à crédit l’Etat grec qui peut obtenir autant de crédits qu’il le souhaite de la part des organismes de financement européen au nom de la redistribution des revenus à l’intérieur de la zone euro, principe dont M. Schaüble est un chaud partisan, ce qui explique sans doute certains arrangements avec ses « meilleurs ennemis » grecs. Cela s’appelle le « principe de solidarité communautaire ».
    Néanmoins Il faut rappeler ici que l’essentiel de la fuite des dépôts ne vient pas des particuliers, ni même des entreprises grecques? comme on le voit trop souvent dans les publications bancaires, mais des banques elles-mêmes qui font voyager leurs liquidités à travers la zone euro et au-delà, en fonction des opportunités d’investissement.
    Ainsi il peut-être opportun de déposer du liquide dans une banque grecque sous forme de dépots bancaires (il n’y a pas que les particuliers à déposer leur argent liquide dans les banques), pour générer des prêts qui seront ensuite collatéralisables auprès de la banque centrale grecque qui se refinancera auprès de la BCE, si la banque décide de placer son argent ailleurs. Entre-temps le liquide généré par les prêts collatéralisés pourra être transféré dans une filiale à Londres, afin de spieler sur les différenciels de rémunération entre les obligations de la zone euro.
    C’est un aspect du bank run qui est moins spectaculaire que les queues des déposants en colère devant les guichets, mais qui n’en constitue pas moins le gros de la circulation des liquidités à travers l’Europe. Soit dit en passant, le Royaume-Uni profite à plein régime de cet apport de liquidités généré in fine par la BCE dans ses banques de la City où les banques européennes ont installées pour la plupart leurs équipes de trading « fixed-icome » et autres produits structurés collatéralisés par les prêts véreux originés dans la zone euro. Là encore la BCE encourage la titrisation à des fins de recapitalisation dans son programme de rachat de titres obligataires qui ne concernent pas que les titres de dette souveraine.
    Mais là encore la presse spécialisée est peu pressée de révéler le pot aux roses, tant cette partie de poker menteur amuse son monde ravi de gesticuler devant les caméras de télévision dans des numéros mélodramatiques qui s’enchaînent comme des séries américaines.

    Pour approfondir:

    Wir verdanken diese Erkenntnis einem sehr lesenswerten Artikel von Hans-Werner Sinn für das Project Syndicate. Sinn erklärt das Geschehen sehr einleuchtend: Wenn die Griechen Geld von der Bank holen, entziehen sie das Geld der Bank. Die Bank muss, um nicht in die Knie zu gehen, neue Kredite aufnehmen. Die griechischen Banken tun dies über die Notfall-Kredite der EZB (ELA). Auf diese Weise hätten die Griechen laut Sinn in den vergangenen drei Monaten neue Schulden in der Höhe von 99 Milliarden Euro bei den anderen Euro-Staaten gemacht. Diese Summe scheint in den sogenannten Target 2-Salden auf, die die Verbindlichkeiten und Forderungen in der Euro-Zone auflistet. Sinn nennt das Ganze einen „Überziehungskredit“, den die anderen Zentralbanken der Euro-Zone der griechischen Zentralbank gewährt haben. Sinn hält das Vorgehen der EZB für problematisch, weil den griechischen Banken Liquidität von 80 Milliarden Euro gewährt wurde, obwohl die griechische Zentralbank nur werthaltige Sicherheiten in Höhe von 41 Milliarden Euro stellen konnte. Allerdings kann man der EZB keinen wirklichen Vorwurf machen. Es gibt im Euro-System einen Rechtsanspruch auf die ELA-Kredite. Die griechischen Banken sind privat und rekapitalisiert.

    http://deutsche-wirtschafts-nachrichten.de/2015/06/02/der-grosse-bluff-mit-dem-bank-run-griechen-ueberlisten-euro-retter/

  3. Momo dit :

    Si M. Jaisson pouvait avoir l’amabilité de nous expliquer en plus clair (un ou plusieurs dessins serait « super »!) ces véritables sarabandes,électroniques sans doute,de capitaux en pointant qui paie la note in finae, on lui adresserai un vrai merci !!
    A quand ?

    • Alcide dit :

      Momo , vouloir vous expliquer quelque chose est une entreprise à très long terme.
      Vous devriez créer un site où de bénévoles éducateurs charitables s’y emploieraient.

      • zorba44 dit :

        LOL… Pour revenir à l’essentiel, l’agonie se prolonge encore et encore avec des doses de plus en plus massives de perfusion et d’oxygène – tout cela ayant un temps puisque chacun sait que le malade est mort guéri !

        Jean LENOIR

      • Je vous invite à vous reporter au système européen des banques correspondantes permettant de transférer des liquidités entre les banques correspondantes accréditées par la BCE et les banques centrales nationales. Les banques centrales nationales jouent le rôle de dépositaires des titres mis en garantie par une banque commerciale désireuse d’obtenir des liquidités en contrepartie de mobilisations de créances sous la forme de titres détenues à l’étranger. Le système européen des banques correspondantes permet à la banque centrale nationale d’obtenir des liquidités en contrepartie des garanties déposées chez elle par une banque étrangère ou nationale par voie de refinancement. L’eurosystem assure l’équilibre des comptes entre les banques centrales par une procédure automatique de compensation alimentée par le crédit générée in fine par la BCE. Ainsi une banque étrangère, allemande par exemple, en Grèce peut obtenir de la Bundesbank des liquidités en mettant en garantie des titres émis en Grèce (des crédits ou des obligations) auprès de la banque centrale grecque, La banque centrale allemande se refinance in fine auprès de la BCE à laquelle elle cédera ses créances sur la banque centrale grecque. Le tout se traduit par par une fuite des dépôts de la banque allemande en Grèce du fait de la cession des titres et la sortie des liquidités vers l’Allemagne et par un apport de liquidités de BCE à la Banque centrale grecque vers la banque nationale allemande. Capito?

        Cf. mobilisation transfrontalières des garanties au profit du SEBC
        https://www.banque-france.fr/fileadmin/user_upload/banque_de_france/archipel/publications/bdf_bm/etudes_bdf_bm/bdf_bm_48_etu_1.pdf

    • En l’occurrence, le Trésor grec a été autorisé par la BCE à émettre des bons à court terme pour faire face aux dernières échéances de remboursement du FMI, qui seront vendus aux banques grecques qui les achèteront avec les liquidités d’urgence fournies par la BCE qui accepte en contrepartie des obligations grecques. En gros, cela revient à payer le FMI avec l’argent créé ex nihilo par la BCE qui finance les déficits du Trésor grec.

  4. Ping : Le bank run grec vu par un témoin Actualités

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  6. brunoarf dit :

    Le 5 juin, la Grèce doit rembourser 302,833 millions d’euros au FMI.
    Le 12 juin, la Grèce doit rembourser 340,687 millions d’euros au FMI.
    Le 16 juin, 567,812 millions d’euros.
    Le 19 juin, 340,687 millions d’euros.
    Total : en juin, la Grèce doit rembourser 1,552 milliards d’euros au FMI.

    Mais il y a un petit problème : la Grèce est en faillite.

    Solution ( ? ) au problème :

    Jeudi 4 juin, c’est-à-dire la veille de l’échéance fatale du 5 juin, la Grèce annonce qu’elle remboursera au FMI les quatre échéances EN UNE SEULE FOIS, le mardi 30 juin.

    «Les autorités grecques ont informé jeudi le Fonds monétaire international (FMI) qu’elles allaient regrouper les quatre échéances de juin en une seule, qui est maintenant celle du 30 juin», a indiqué le porte-parole de l’institution, Gerry Rice, à Washington.

    Question :

    la Grèce sera-t-elle capable de rembourser 1,552 milliard d’euros au FMI le mardi 30 juin ?

    Et, si oui, avec quel argent ?

    Quel suspens !

    Mais quel suspens !

    (Rappel : au total, la Grèce doit rembourser 32,1 milliards d’euros au FMI.)

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