Pour l’Empire le but est le chaos, pas la victoire (P. Koenig)

L’Empire n’est plus l’hyperpuissance capable d’être le gendarme du monde : faire régner l’ordre et la paix nécessite des moyens financiers qu’il n’a plus et il se heurte aujourd’hui à des puissances qui contestent ce monde unipolaire. Alors il applique de façon cynique et ignoble ce qu’il appelle la full spectrum dominance : une stratégie du chaos permanent, de la destruction, de la ruine et de la misère qui doit lui conserver sa suprématie et ses richesses (réservées à une toute petite élite). Tout l’enjeu, pour ce qui reste du monde libre, est de résister à ce « nouveau désordre mondial » en écartant le péril de l’engrenage militaire ultime. OD

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“Une fois de plus, un pays “libéré” par les Occidentaux bascule inéluctablement dans le chaos.” Global Research

Ce pourrait être n’importe lequel de ces pays à feu et à sang où Washington et ses séides d’Europe de l’Ouest et de l’Est ont semé la guerre – spirale sans fin de chaos, de ruine et de mort – et la soumission.

Le cœur même du problème : en réalité, la stratégie de Washington et de l’OTAN n’est pas de gagner la guerre ou le conflit mais de créer et maintenir les conditions d’un chaos permanent. Un moyen imparable de contrôler à la fois les populations, les nations et les ressources, et de garantir à l’Ouest une demande permanente de troupes et de matériel militaire – aux États-Unis, le complexe militaro-industriel et les industries et services connexes représentent à eux seuls plus de 50% du PIB. Par définition, un pays en pleine débâcle ou en plein chaos est en banqueroute et manque toujours d’argent – l’argent des conditions drastiques, l’argent de l’austérité, celui que dispensent le FMI, la Banque Mondiale et d’autres « institutions de développement » aussi sinistrement notoires, entre autres usuriers. Un argent synonyme d’esclavage, a fortiori lorsque accordé à des dirigeants corrompus qui se fichent pas mal de leur peuple.

Et c’est ça qui est visé, pas autre chose, au Yémen, en Ukraine, en Syrie, en Irak, au Soudan, en Centrafrique, en Libye… et n’importe où ailleurs. Peu importe qui se bat contre qui. EI / Isil / IS / Daish / Daesh / Al-Qaeda, quelque nom d’organisation de tueurs mercenaires qu’on veuille ajouter à la liste, c’est autant d’étiquettes pour noyer le poisson. On peut aussi bien y ajouter Blackwater, Xe, Academi et tous les autres noms utilisés successivement pour mieux brouiller les pistes. Les prostituées de l’Empire anglo-saxon sioniste, les prostituées de bas étage, à côté des prostituées de luxe que sont l’Arabie Saoudite, le Qatar, le Bahreïn et les autres États du Golfe ; avec en plus la France et l’Angleterre bien sûr.

François Hollande venait à peine de signer pour plusieurs millions d’euros de contrat, rien qu’avec le Qatar, pour la vente de 24 chasseurs bombardiers Rafale, qu’il repartait aussitôt pour Riyad pour discuter avec le roi Salman de la vente de nouveaux Rafale. Les affaires vont bien ! Et puis c’est bien pratique pour « éradiquer » des ennemis fabriqués de toutes pièces ; et aussi pour pouvoir prendre part au sommet du Conseil de la Coopération du Golfe (CCG) le 5 mai. Sujet des discussions au sommet : les « crises » de la région, notamment au Yémen, créées par l’Occident dans l’intérêt de Washington (et de ses maîtres sionistes) et imputées aux « rebelles », qui se battent simplement pour un gouvernement plus juste.

L’Occident a inventé tout un vocabulaire à vous rendre malade. C’est comme un virus qu’on vous inocule dans le cerveau – du moins ce qu’il en reste – au point qu’on en devient incapable de se rappeler ce que les mots veulent dire réellement. On les répète tels quels et on prend le tout pour argent comptant. Après tout, les médias de masse vous les enfoncent jusqu’aux tripes du matin au soir. Quand des gens se battent pour leur liberté, pour leur survie, contre des régimes oppresseurs, ce sont des « terroristes », des « rebelles ». Les réfugiés d’Afrique qui fuient les pays frappés par les conflits infligés par Washington – réfugiés dont plus de 4 000 ont déjà péri en mer cette année en tentant d’aller chercher « une vie meilleure » de l’autre côté de la Méditerranée – sont commodément rebaptisés « immigrants » [euphémisme d’usage pour éluder le statut de réfugié]. Généralement on précise « immigrants illégaux » pour enfoncer le clou. Les immigrants sont autant de mendiants ; les immigrants illégaux, du gibier de potence ! Tout ça n’a rien à voir avec le chaos et l’horreur économique où les Occidentaux ont plongé leurs pays. Tiens donc ! Honte à toi Bruxelles !

A propos de chaos, M. Hollande sait pertinemment que ses chasseurs bombardiers servent en réalité les intérêts du Parrain pour semer davantage de chaos et de destruction dans toute la région, davantage de mort, davantage de misère, davantage d’esclavage – davantage de réfugiés sombrant en Méditerranée – et davantage encore de ce chaos sans fin, de gens à la limite de la survie, de gens qui n’ont plus les moyens de se battre pour défendre leur pays, leurs ressources, leur liberté, car ils doivent avant tout se battre pour leur propre survie, pour la survie de leurs enfants ou celle de leur famille. Tu parles d’un empire !

Non, franchement, quand quelqu’un vend à d’autres pays des chasseurs bombardiers ou n’importe quel type de machine à tuer, en sachant pertinemment que ces armes servent à tuer des gens, à détruire des pays, est-ce que ce type n’est pas un criminel contre l’humanité ? C’est pas un criminel de guerre de la pire espèce ?

M. Hollande, en plus d’être un criminel de guerre, est un parfait larbin, persuadé qu’au bout du compte quelques miettes du butin de ce pillage énorme finiront par tomber dans son assiette et qu’il pourra un jour nager avec ses maitres dans un paradisiaque océan de lait et de miel. Pense-t-il vraiment sauver l’économie de son illustre pays, qui produisait jadis des Victor Hugo, des Balzac, des Stendhal et autres Dumas, en vendant des machines à tuer aux autres séides de l’Empire ? Est-ce que ça l’intéresse que 83% de son électorat le méprise ?

Semer le désordre, le chaos et la ruine, c’est tout ce que Washington et ses vassaux savent faire. C’est pas gagner des guerres qu’ils veulent, ce qu’ils veulent c’est le chaos éternel et la ruine, des populations faciles à écraser. Ils appellent ça « full spectrum dominance » [domination totale ou dans tous les domaines].

Et comme l’armée américaine et son « big brother » (ou big sister) l’OTAN ne peuvent pas être partout, ne veulent pas qu’on les voie partout, ils se payent des tueurs. Washington invente et crée, puis finance avec son intarissable flot d’argent les ISIS, Daesh ou Al-Qaeda – et le répertoire de s’élargir au bon vouloir du maitre – afin qu’ils combattent pour elle, qu’ils tuent pour elle, pour produire chaos et « false flags » [opérations dites « sous fausse bannière », ou pseudo-ennemis qui servent nos intérêts], de sorte qu’au final, l’OTAN et le Pentagone, son bulldozer, puissent intervenir et prétendre « détruire » ces mercenaires qu’ils ont eux-mêmes créés depuis le début. Jamais les médias ne vous diront la vérité là-dessus.

Ils vous mettent dans la tête que les Houtis – secte shiite humanitaire de gauche – et les sunnites s’entretuent au Yémen pour le pouvoir ; que les Saoudiens et leur coalition de monarques ne font que libérer le Yémen d’une bande de terroristes ; que les Houtis ont le soutien de l’Iran (majoritairement shiite) – affirmation récemment démentie avec véhémence par un responsable de l’ONU – et que les Houtis doivent donc être brisés. Une bonne occasion de plus pour Washington de tout faire retomber sur le dos de l’Iran ! Et une fois les Houtis asservis et décimés en nombre suffisant, un président fantoche sera mis en place, comme l’ex-président Saleh ou son successeur Hadi, de façon que Washington puisse indéfiniment verser de l’huile sur le feu et oppresser la population du pays, pour garder un accès illimité au port stratégique d’Aden – et au Golfe d’Aden.

Même chose pour l’Ukraine : est-ce que Daesh, ISIL, ISIS, Al-Qaïda ou quelque nom qu’on veuille lui donner est présent en Ukraine ? Je vous le donne en mille, sous les ordres de la CIA et de quelque 6 000 militaires américains – envoyés comme instructeurs uniquement, bien sûr. Ils forment les troupes de Kiev à la meilleure manière d’exterminer rapidement leurs propres frères, dans le Donbass. Ils les entrainent à y enraciner le chaos. Et si les soldats refusent d’être formés à tuer leurs frères, le régime nazi de Kiev les fusillera comme traîtres. Point final ! C’est tellement simple. Comme ça, personne ne résiste.

Et à présent les « conseillers » militaires américains et la CIA, avec l’aide de leurs tueurs professionnels (les Nazis de Kiev, ISIS/Daesh/Al-Qaeda, peu importe) accumulent les provocations pour embarquer Poutine dans une vraie guerre – autant que possible une Troisième guerre mondiale. Si ! La troisième en moins de cent ans, tout à fait susceptible de dévaster l’Europe et peut-être même le monde entier. Jusqu’ici, le monde était passé à côté d’un tel désastre, principalement grâce à la sage stratégie de non-confrontation des Russes.

De fait, c’est clair, ISIS/Daesh/Al-Qaïda est en Ukraine. Ils sont partout où l’Empire exige qu’ils soient présents. C’est à ça qu’on les paye. Un vrai boulot de prostituées. Des prostituées spécialement conçues pour ça ; et bien payées en plus. Ici, l’idéologie n’est qu’une feuille de vigne bien commode pour les médias – comme ça nous pouvons tous nous convaincre qu’en fait, ce sont les Musulmans qui sont pourris – et certains plus que d’autres. L’Occident doit les combattre car ils représentent un danger énorme et imminent pour nos libertés, pour notre liberté, pour nos démocraties – et en particulier pour les valeurs néolibérales de notre économie de marché version tout est gratuit.

Parce que c’est ça l’ultime finalité : l’humain comme simple élément de fonctionnement du marché, jetable, réductible à autant de chair à canon, exterminable en masse avec des OGM empoisonnés, des drones, des bombes, des famines créées artificiellement, de sorte qu’en fin de compte les survivants soient réduits au servage, aux mains d’une élite extrêmement réduite, qui contrôle les quatre coins du globe et TOUTES ses ressources, pour maintenir le standing de gens exceptionnels – mais oui, la nation exceptionnelle finira elle-même par se réduire à une poignée de personnes exceptionnelles vautrées dans l’opulence.

Rappelez-vous cette phrase abjecte d’Henry Kissinger (la vision de l’un des plus épouvantables criminels de guerre encore vivant aujourd’hui), Prix Nobel de la Paix, lui aussi d’ailleurs (sic) : « Qui contrôle les réserves de nourriture contrôle les peuples ; qui contrôle l’énergie peut contrôler des continents entiers ; qui contrôle l’argent peut contrôler le monde. »

Ces mots sonnent chaque jour plus vrai. Mais seulement tant que nous le permettons ; tant que nous, le peuple, nous les 99,999% des habitants du globe, nous acceptons qu’il en soit ainsi ».

Peter Koenig

Source : Mondialisation.ca, le 16 mai 2015

Article original en anglais : Chaos – not Victory – is the Empire’s “Name of the Game”, Global Research, 6 mai 2015

Traduction : Dominique Arias

Peter Koenig est économiste et analyste géopolitique. Ancien cadre de la Banque Mondiale, il a travaillé dans le monde entier comme le domaine de l’environnement et des ressources en eau. Il écrit régulièrement pour Global Research, ICH, RT, Sputnik News, The Voice of Russia, Ria Novosti, TeleSur, The Vineyard of the Staker Blog, entre autres sites Internet. Il est l’auteur de Implosion – An Economic Thriller about War, Environmental Destruction and Corporate Greed – ouvrage de fiction base sur des faits réels et sur 30 ans d’expérience de la Banque Mondiale autour du monde.

Lire aussi :

George Soros, architecte du chaos

Quelques rappels :

2014, l’année où l’Empire a refusé de mourir dans son lit

Les USA, pour tenter de ralentir leur déclin, entrainent le monde vers le chaos et la tyrannie (P. Leconte)

Georges Corm : La fabrique de « djihadistes »

Comprendre la géopolitique de la troisième guerre mondiale

Roberto Quaglia : Aller vers un monde multipolaire malgré des médias pratiquement à sens unique

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 52 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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11 commentaires pour Pour l’Empire le but est le chaos, pas la victoire (P. Koenig)

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  3. xavib dit :

    La Résistance à l’Empire marque de plus en plus de points….

    « Qui trop embrasse mal étreint », dit-on. À vouloir à la fois négocier avec l’Iran, détruire le « Moyen-Orient élargi » et l’Ukraine, ruiner la Russie, encercler et menacer la Chine tout en préparant de nouvelles guerres en Amérique latine, les États-Unis ont dû se résoudre à faire quelques pas en arrière. Pour calmer ses vassaux européens, l’Empereur Obama a dépêché son fidèle Kerry à Sotchi reprendre langue avec le chef rebelle Poutine auquel il refusait d’adresser un regard depuis un an. Il fut convenu de reprendre les affaires (et d’abroger les sanctions européennes lorsque les multinationales US auront été servies), de laisser la Novorossia tranquille, et de former un gouvernement de transition en Syrie.

    http://www.voltairenet.org/article187791.html

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  5. zorba44 dit :

    Le tyran Hollande se contrefiche de son niveau de popularité comme la majorité des tyrans. Etre tyran c’est opprimer le reste du monde à son profit.

    Quant aux américains (ceux d’en haut, les 0,00001%) ils sont partagés entre le désir de tyranniser et la peur du feu nucléaire qui peut les dévaster en raison de l’infériorité de leurs armes. Que demain ils reprennent la main technologique, alors, oui, que Dieu ait pitié de nos âmes.
    Si Poutine l’entrevoyait, il lui faudrait alors écraser préventivement pour ne pas être écrasé.

    Jean LENOIR

  6. neofutur dit :

    A reblogué ceci sur le monde de ne0futuret a ajouté:
    strategie du chaos et novlangue, c est tout ce qui reste a l empire US/OTAN .

  7. Matt dit :

    La comédie de la guerre contre les « terroristes » de l’Etat islamique continue….

    « Des ministres de 20 pays se sont réunis à Paris le 2 juin à une prétendue réunion de la coalition pour lutter contre le groupe Etat islamique d’Irak et la Syrie (EI). Cette alliance, bricolée par Washington, se compose essentiellement de pays de l’OTAN, de l’Arabie saoudite, et d’autres monarchies pétrolières du Golfe.

    Comme l’avait voulu Washinton, les grands absents des pourparlers étaient trois pays fortement impliqués dans la lutte contre l’EI: la Syrie, l’Iran et la Russie.

    Au début de la réunion de Paris, le premier ministre irakien Haider al-Abadi a accusé le monde d’avoir « échoué » en Irak, signalant les progrès récents du groupe EI en Irak et en Syrie ainsi que le flux ininterrompu de combattants étrangers islamistes vers les deux pays .

    Le sous-secrétaire d’Etat américain, Anthony Blinken a, quant a lui, déclaré que Washington et ses alliés menaient une « stratégie gagnante », qui triompherait « si nous restons unis, déterminés et concentrés ».

    Dans le cadre de cette « stratégie gagnante » l’EI a capturé Ramadi, la capitale de la province d’Anbar en Irak, ainsi que la ville historique de Palmyre en Syrie ces dernières semaines. Les forces de l’EI ont avancé dans la province d’Alep en Syrie, débordant des milices islamistes rivales aussi bien que les troupes gouvernementales syriennes. Cette offensive s’est déroulée sans ingérence de l’aviation américaine et alliée censée bombarder l’EI.

    « Concentrée » n’est pas un terme qu’un observateur objectif appliquerait pour décrire la politique américaine dans la région. Tout en prétendant combattre l’EI, Washington et ses alliés régionaux ont à maintes reprises prouvé qu’ils en sont les principaux soutiens.

    L’EI n’existait pas avant que les Etats-Unis ne lancent leur guerre d’agression criminelle contre l’Irak en 2003. Ils ont tué des centaines de milliers d’Irakiens et attisé délibérément les tensions entre chiites et sunnites dans le cadre d’une stratégie du diviser pour mieux régner »….

    l’article ici : https://www.wsws.org/fr/articles/2015/jui2015/pers-j04.shtml

    cordialement,

    Matt

  8. Momo dit :

    Vous ne croyez pas que çà suffit amplement votre épouvantail d' »Empire » qui ne connait et fait que le mal alors que l’Empire russe, réèl celui-ci, ferait tout bien à la façon de l’agneau de Pâques.
    Bravo donc pour cette nouvelle « 5° colonne » mais je me demande ce que fait J. Lenoir dans cette galère! A-t-il eu tant à souffrir de l' »Empire »?
    Désolant.

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