Grèce, on vise le « regime change » (B. Bertez)

grece regime change

« Nous avons souvent pensé qu’il y avait isomorphisme entre ce qui se passait dans le monde global et ce qui se passait à une échelle plus petite dans le monde européen.

Dans le monde global, les Etats-Unis essaient d’imposer leur ordre par de multiples moyens « soft » ; quand cela ne fonctionne pas, alors ils montrent les dents. Souvent cela suffit. Mais quand cela ne suffit pas, alors ils provoquent ou cherchent à provoquer des changements de régime. On a tout de suite à l’esprit Saddam Hussein et Bashar Al Assad, mais c’est la même chose qui est en cours avec Poutine.

Dans le monde Européen les Pays du Nord essaient d’imposer leur ordre par de multiples pressions « soft », elles sont aidées en cela par les bourgeoisies locales qui , de tous temps ont eu un penchant pour la Collaboration. A un tel point qu’elles ne se cachent plus pour accélérer les abandons de souveraineté sous prétexte de mieux mettre au pas la main d’oeuvre qui a le culot de rechigner à accepter la régression des salaires directs, indirects et des conditions de travail. Nous laissons de côté la question des divisions au sein de la bourgeoisie des pays du Nord, certains veulent plus de tropisme américain, d’autres veulent conserver plus de spécificité nationale.

Lorsque certains pays se montrent récalcitrants, alors on organise un coup d’Etat. C’est ce qui s’est passé en Italie, lorsque Berlusconi a prétendu se rebeller, on l’a purement et simplement démis. Ceci a été révélé par les Américains. La même chose est arrivée au Grec Papandréou. Ce n’était pourtant pas un foudre de guerre, mais il a eu l’audace de vouloir consulter le peuple et d’organiser un référendum sur la question du bail-out infâme de son pays. ! Exit Papandréou, on a mis à sa place le docile larbin des kleptocrates et ploutocrates réunis, l’inénarrable Papademos.

Quand le « soft », le culturel, la propagande, les chantages souterrains , le viol des volontés nationales ne suffisent plus, il faut aller plus loin. Alors tombe le masque, les sourires cauteleux s’effacent derrière les sourcils froncés, les machoires serrées. C’est le temps des menaces. Et souvent cela marche, parce qu’en fait, on menace et on récompense, on manie la carotte et le bâton. La carotte pour les dirigeants qui se soumettent et trahissent leur peuple et le bâton pour ceux qui refusent de plier l’échine et de mettre le genou à terre.

Avec la Grèce de Tsipras, nous en sommes là. Bas les masques. La question n’est plus de négocier quoi que ce soit. Les positions de Tsipras et Varoufakis ne sont même pas écoutées et encore moins examinées, même si elles sont frappées du coin du bon sens. En particulier dans cette idée qu’il faut donner à la Grèce les moyens de retrouver une croissance afin de payer ses dettes. Avec la Grèce, ce qu’il faut obtenir et imposer, c’est un changement de régime! C’est exprès que nous choisissons la même expression que pour Saddam, Bashar et Poutine, car la situation est la même.

Tsipras ne doit pas rester au pouvoir. Il faut qu’il échoue, il faut qu’il soit humilié et que cela serve de leçon aux Podemos et autres Marine le Pen. Nous n’incluons pas les Italiens de Beppe Grillo, car ces gens sont des faux nez, ils sont troubles. En Italie on aime les coups tordus et les coups de billards. Schäuble ne cache même plus son jeu, il sait qu’il a le soutien d’une forte proportion des citoyens Allemands et surtout de son parti. Merkel tergiverse, elle reste plus politique donc ambiguë.

Peu importe que la Troïka ait accumulé erreurs sur erreurs, qu’elle n’ait jamais eu en vue le bien des Grecs, mais celui des Grandes Banques, tout cela ne joue pas, car avec Tsipras, on ne peut pas jouer. Il n’a pas l’échine assez souple. Peu importe que le premiers bail-out de 2010 n’ait servi à hauteur de 80% qu’à permettre aux grandes banques de faire leur plein , on va même jusqu’à l’écrire et ne pas le censurer dans les publications européennes aux ordres. Peu importe que les notes internes du FMI reconnaissent et démontrent que les politiques d’austérité étaient des imbécillités ; on n’en est plus là, on n’en est plus à sauver la face. On est dans le cynisme, comme nous le disons, les masques sont tombés.

Les gardiens de l’austérité alimentent semaines après semaine une ruée sur les banques Grecques, et le pire est que la Banque Centrale de Grèce, aux ordres des kleptocrates, fait de même. C’est quasi de la haute trahison. La BCE et la Banque Nationale de Grèce jouent les incendiaires, elles jettent l’huile sur le feu de la panique pour être sur que le pire se produira. Elles parlent « d’une crise incontrôlable », de « perspectives d’inflation sans contrôle », de « hausse exponentielle du chômage », de « l’effondrement futur du pays ». Sont-ce là des discours de gens responsables ? Bien sur que non, ce sont des discours de gens qui jouent le pire pour obtenir la chute du soutien à Tsipras et ainsi imposer un nouveau larbin aux ordres. La Banque Nationale de Grèce a cessé de défendre les intérêts de son pays, elle obéit aux ordres venus d’ailleurs ».

Bruno Bertez, le 20 juin 2015

 

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 52 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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23 commentaires pour Grèce, on vise le « regime change » (B. Bertez)

  1. Ping : Grèce, on vise le « regime change » (B. Bertez) - Ma banque a moi

  2. zorba44 dit :

    Pourquoi le base-ball est-il un, sinon le sport favori, des ricains ? Just because ils aiment les battes dont les Capone (All) savent si bien faire exploser les têtes des récalcitrants.
    C’est vrai qu’ils vénèrent aussi le basket et le golf pour la précision des coups au panier ou au trou. Mais si mettre la main au panier et ramasser la balle dans le trou ne marchent pas, sortir la batte : ça c’est dans leurs gènes !

    Jean LENOIR

    • Trend dit :

      Allez dans les prisons chinoises où les droits des citoyens sont respectés……….Là bas on fusille sans jugement et on envoie la facture aux parents. Comparons Al Capone à Mao sic ..

      • zorba44 dit :

        « sans jugement » pouvez-vous illustrer. Il me semble que vous confondez Chine et Corée du Nord

        Jean LENOIR

  3. maje dit :

    Excellent

  4. Geraldine dit :

    Et pendant ce temps que pensez-vous qu’il arriva ? La Grèce se rapproche de la banque des BRICS…

    http://francais.rt.com/international/3486-lafazanis-grece-banque-brics

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  6. Nanker dit :

    « Et pendant ce temps que pensez-vous qu’il arriva ? La Grèce se rapproche de la banque des BRICS… »

    C’est ce que je me disais : la tactique du « regime change » ne fonctionne que s’il n’y a personne pour venir vous sauver des griffes de l’Empire. Là Tsipras peut compter sur Poutine (et derrière lui les Chinois?) ce qui n’est pas rien…

    • Trend dit :

      Laissez tomber les chinois et les russes, ce sont les loups qui rentrent dans la bergerie

    • La Grèce est devenue un modèle d’orthodoxie budgétaire pour toute l’Europe. Elle affiche des résultats excellents: son excédent primaire dépasse largement les objectifs fixés par la Troïka, alias institutions de tutelle. Enfin une bonne nouvelle. On commence à remonter la pente.

      The state budget balance records a deficit of 1.4 billion euros for January-May 2015, against the target deficit of 3.5 billion, 590 million lower than for the same period of 2014. Growth in the state budget primary balance has slowed down compared to previous months, but remains above target. Greece recorded a primary surplus of 1.5 billion euros over the first five months of the year, against an expected primary deficit of 556 million euros. In cumulative terms, the state primary balance has therefore exceeded its target by 2 billion euros (figure 1).

  7. A reblogué ceci sur Bernard Gilleronet a ajouté:
    C’est une très bonne analyse, tant en terme d’analyse des impérialismes, que de celle de la spécifique UE (faux-nez de l’impérialisme allemand)

  8. Trend dit :

    Aider les grecs ? d’accord, celà reviendrai à chauqe citoyen européen à payer 650 euro ( famille de 4 personnes = 2600 €).
    En échange les grecs nous refilent un bon d’achat équivalent à un séjour pour le même montant payé, tout le monde est content.

    • Hank3942 dit :

      Et en plus, il faudrait renouveler chaque année je suppose.
      Pourquoi certains ne semblent ils pas comprendre qu’on ne peut indéfiniment dépenser plus que ce que l’on gagne ? Ce qui leur arrive est dramatique mais c’est le résultat d’années de gestion budgétaires déplorables.

      • zorba44 dit :

        Très sommaire : remontez donc à l’historique de la dette grecque et de son augmentation, illégale, injuste et inique !

        Jean LENOIR

  9. jambal dit :

    Dette grecque illégale, odieuse et ir-remboursable…. et en plus le FMi soudoyait les journalopes pour que ceux ci le présentent sous un jour favorable

    http://www.okeanews.fr/20150619-le-fmi-formait-des-journalistes-grecs-pour-presenter-le-fonds-sous-un-jour-favorable

  10. Trend dit :

    Parlons peu parlons bien l SCOOP

    Chassez le naturel , il revient au galop .. Tout le monde connais

    Qu’ont fait les grecs ? comme d’habitude il viennent encore de magouiller.
    Il ont communiqués ce matin des faux documents
    http://www.lse.co.uk/AllNews.asp?code=zqb8i2ab&headline=PRESS_Greece_Sends_Creditors_The_Wrong_Documents__FT

    Et les Zorba44 & Co qui parlent sans argumenter …….-:)

  11. Trend dit :

    http://www.ft.com/fastft/348271 source originale  » ils se sont trompés » à la grecque

  12. marc dit :

    Un accord va être trouvé sur la Grèce il faut sauver la saison touristique et les vacances de tout le monde! Quelle comédie.
    Le Grexit ce sera pour la rentrée…

  13. brunoarf dit :

    2015 : une série de 25 raz-de-marée va venir s’abattre sur la Grèce.

    Ces raz-de-marée, ce sont les échéances de remboursement.

    L’un après l’autre, ces 25 raz-de-marée vont percuter la Grèce.

    Dette publique de la Grèce : 317,094 milliards d’euros, soit 177,1 % du PIB.

    Echéancier de remboursement : pour cette année, dans le menu déroulant, cliquez sur « 2015 » :

    http://graphics.wsj.com/greece-debt-timeline/

    30 juin : la Grèce doit rembourser 1,539 milliard d’euros au FMI.

    10 juillet : la Grèce doit rembourser 2 milliards d’euros de bons du Trésor.

    13 juillet : 450,475 millions d’euros au FMI.

    17 juillet : 1 milliard d’euros de bons du Trésor.

    20 juillet : 2,095 milliards d’euros à la BCE.

    20 juillet : 1,360 milliards d’euros aux banques centrales nationales.

    20 juillet : 25 millions d’euros à la Banque Européenne d’Investissement.

    7 août : 1 milliard d’euros de bons du Trésor.

    14 août : 1,4 milliard d’euros de bons du Trésor.

    20 août : 3,020 milliards d’euros à la BCE.

    20 août : 168 millions d’euros aux banques centrales nationales.

    4 septembre : 300,317 millions d’euros au FMI.

    4 septembre : 1,4 milliard d’euros de bons du Trésor.

    11 septembre : 1,6 milliard d’euros de bons du Trésor.

    14 septembre : 337,856 millions d’euros au FMI.

    16 septembre : 563,094 millions d’euros au FMI.

    18 septembre : 1,6 milliard d’euros de bons du Trésor.

    21 septembre : 337,856 millions d’euros au FMI.

    9 octobre : 1,4 milliard d’euros de bons du Trésor.

    13 octobre : 450,475 millions d’euros au FMI.

    6 novembre : 1,4 milliard d’euros de bons du Trésor.

    7 décembre : 300,317 millions d’euros au FMI.

    11 décembre : 2 milliards d’euros de bons du Trésor.

    16 décembre : 563,094 millions d’euros au FMI.

    21 décembre : 337,856 millions d’euros au FMI.

    Question :

    Avec quel argent la Grèce va-t-elle rembourser ces 25 échéances ?

    • Alcide dit :

      Avec quel argent la Grèce va-t-elle rembourser ces 25 échéances ?

      Avec des drachmes toutes neuves.
      Comme ça , il n’y aura pas de défaut , tous les guignolos au pouvoir vont se réjouir et Junker aura une bonne raison de se saouler.
      Ce qui sera un nouveau pas vers la famine de l’occident ruiné par l’euro et sa dette odieuse.
      Car après la destruction de la monnaie , celle de l’économie et du corps social , les trois jours de stock des supermarchés épuisés , c’est la famine.
      Les Charlie seront minces.

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