Les marchés peuvent rester irrationnels très longtemps (E. von Greyerz)

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« Nous avons terminé 2015, une autre année durant laquelle la plupart des investisseurs se sont sentis en sécurité avec leurs actions, leurs obligations, l’immobilier et autres investissements. Mais le sentiment peut changer très rapidement et, depuis la fin de l’année, le marché chinois a décliné de 14%, le S&P de 6%, et la plupart des marchés mondiaux entre 6% et 10%.

La plupart des investisseurs espéraient-ils que ce paradis terrestre de l’investissement se poursuive encore une année ? Ils ne semblent pas comprendre que les valeurs actuelles ne reflètent en aucune façon les valeurs réelles ou le risque réel. Comme nous le savons, les marchés peuvent rester irrationnels encore très, très longtemps. Ces risques qui, un jour, auront raison de l’économie mondiale, sont présents depuis plusieurs années. Entre 2007 et 2009, les marchés financiers mondiaux étaient sur le point de s’effondrer, mais les banques centrales ont activé la planche à billets et ont offert des garanties à hauteur de 25.000 milliards $, pour repousser encore l’échéance. Il est trop tôt pour dire si les déclins récents dans les marchés boursiers mondiaux sont le début du plus gros marché baissier depuis 1929, mais il est possible que cela constitue le début d’un marché baissier qui verra des baisses allant jusqu’à 90%, comme le Dow Jones en 1929-1932. Les fondamentaux, aujourd’hui, sont considérablement pires qu’au début de la Grande dépression.

Il y a eu une accélération de la création de crédit depuis que la Fed a été fondée en 1913, mais la vraie accélération a débuté le 15 août 1971, lorsque Nixon désarrima le dollar à l’or. Le krach boursier de 1987 et la bulle immobilière dans plusieurs pays occidentaux au début des années 1990 ont marqué le début de la phase finale d’ « argent facile », encouragée par les manipulations monétaires irresponsables d’Alan Greenspan. Mais, évidemment, les politiciens et les investisseurs l’adoraient, puisqu’il a créé une autre bulle d’investissement qui a mené au krach de 2000. Et, avec encore plus d’ « argent facile », le monde a atteint la bulle suivante et la crise de 2007-2009. Grâce à l’aide de Bernanke, la personne la plus productive de toute l’histoire des États-Unis, nous en sommes maintenant à l’ère des super-bulles. Rappelez-vous que Bernanke, durant ses huit années à la tête de la Fed, a fait doubler la dette des États-Unis, de 8.000 milliards $ à plus de 17 000 milliards $. Il avait fallu plus de cent ans au gouvernement américain pour passer de zéro à 6.000 milliards $, un exploit que Bernanke accomplit en une fraction (3/100) de ce temps.

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Mais, pour tout dire, il n’y a pas que la dette des États-Unis qui a gonflé à ce point. La dette globale, au milieu des années 1990, était d’environ 20.000 milliards $ et, aujourd’hui, elle se situe à 225.000 milliards $. Cela représente une multiplication incroyable par dix de la dette mondiale, en vingt ans. Depuis 2008, la dette mondiale a augmenté de 50%. Il devrait être clair pour la plupart des observateurs que cette croissance exponentielle du crédit ne peut pas bien se terminer.

Les marchés actions, obligations et des matières premières sont basés sur la manipulation et l’ingénierie financière

La création de dette a pour effet de camoufler ce qu’il se passe vraiment dans l’économie. Prenons, par exemple, les salaires des travailleurs américains ajustés à l’inflation réelle : aujourd’hui, ils sont la moitié de ce qu’ils étaient en 1973. Alors, la perception d’amélioration de la qualité de vie depuis est due à une augmentation massive de dette, au niveau personnel et gouvernemental. C’est la même chose avec le PIB américain réel, qui a décliné de 7% depuis 2006. John Williams, de Shadow Government Statistics, a produit une étude intéressante qui démontre que les ventes réelles par action des compagnies du S&P, ajustées à l’inflation, ainsi que les rachats d’actions, ont décliné de 30% depuis 2008. Ainsi, le boom actuel des actions ne repose pas sur des fondations solides, mais plutôt sur de l’ingénierie financière.

L’information, trafiquée et manipulée, nous emmène sur de fausses pistes, dans un monde de répression financière. Cela peut maintenir l’illusion pendant un certain temps, mais les marchés financiers finiront par nous révéler la vérité. Cela arrivera lorsque les actions et les obligations s’éffondreront ensemble avec la plupart des devises, avec le dollar qui mènera le bal.

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Les chutes à venir seront proportionnelles à la création de crédit des dernières décennies, en y ajoutant la bombe à retardement des produits dérivés de 1 500 000 000 milliards $. Nous verrons donc les marchés des actifs et du crédit perdre des centaines de milliers de milliards $, au minimum, dans les années à venir.

Super-bulles

Nous sommes fort probablement à la fin d’un cycle économique majeur. Qu’il s’agisse d’un cycle de 2000, 300 ou 100 ans, nous ne le saurons qu’après coup. La magnitude de tant de bulles, à l’échelle mondiale, pointe certainement vers un cycle très majeur. Il y a beaucoup de ressemblance avec la fin de l’Empire romain. Les excès et la décadence des mœurs que nous voyons dans le monde signalent la fin d’une ère majeure.

Il n’y a, évidemment, aucun moyen de prédire si ce cycle se terminera en 2016. Il est très difficile de dire à quel moment exact se terminera un super-cycle. Cependant, ce qui est absolument clair est que les risques, à travers le monde, sont maintenant plus grands que jamais dans l’Histoire. Plus tôt, je parlais des bulles dans les actifs et les dettes. Et bien, ces bulles sont partout; au Japon, en Chine, presque partout en Asie, en Arabie Saoudite et au Moyen-Orient, en Russie, en Europe, au Brésil et dans plusieurs pays d’Amérique du Sud, aussi bien qu’en Amérique du Nord. Le monde n’a jamais, de toute l’Histoire, expérimenté une bulle globale de cette ampleur.

Troubles sociaux et risques de guerre

Il y a aussi de nombreux problèmes d’ordre politique et géopolitique à travers le monde. La plupart des pays mentionnés plus haut seront confrontés à des problèmes sociaux dus au déclin économique qui se profile à l’horizon. La migration vers l’Europe donnera naissance à plusieurs problèmes. Un autre risque majeur est celui d’une guerre, voire une guerre nucléaire, au Moyen-Orient et aussi entre les États-Unis et la Russie. Un conflit entre les États-Unis et la Chine pour la mer de Chine méridionale est aussi possible. Le risque d’un conflit majeur n’a jamais été aussi grand depuis la Deuxième guerre mondiale.

Le monde actuel est un champ de mines de risques économiques et politiques et, quand une mine sautera, la probabilité d’un effet domino global est très importante. Comme nous ne savons pas à quel moment la première mine explosera, nous devons prendre toutes les précautions nécessaires afin d’être prêt.

Je ne ferai pas le tour, dans cet article, de toutes les précautions à prendre. Jim Sinclair a récemment publié un excellent texte à ce sujet, intitulé Be Prepared.

Ce qui est absolument certain, c’est que les investisseurs doivent maintenant s’en tenir à ce que disait Mark Twain : « Je suis plus inquiet du retour DE mon argent que du retour SUR investissement de mon argent ».

 

Destruction de richesse sans précédent

Lorsque les bulles des actifs et du crédit imploseront, le monde expérimentera une énorme destruction de richesse. Ce sera le miroir de la croissance massive d’actifs basés sur de la dette que nous avons eu ces cents dernières années. Mais cette oblitération de richesse sera encore plus grande, à cause de l’impression monétaire à laquelle se livreront les banques centrales dans les années à venir, afin d’essayer d’éviter un effondrement global. Cependant, cette impression monétaire ne procurera aucun effet bénéfique mais augmentera la dette de manière exponentielle, ce qui mènera à l’hyperinflation et à la destruction totale de la plupart des devises et du système monétaire que nous connaissons aujourd’hui. Suivra une implosion déflationniste du système financier.

La plupart des investisseurs ne le verront pas venir et ne prendront même pas en compte le risque que cela puisse se produire. Selon moi, la question n’est pas à savoir si cela arrivera, mais quand cela arrivera.

Assurance-richesse

Si vous saviez que le risque d’incendie est élevé, n’achèteriez-vous pas une assurance contre les incendies ? Une chose est sûre : vous ne pouvez plus prendre d’assurance-incendie une fois que le feu s’est propagé. Donc, c’est maintenant qu’il faut s’assurer contre les risques majeurs. À travers l’Histoire, l’or a constitué la meilleure assurance qui soit en temps de crise.

Depuis 5000 ans, l’or est la seule monnaie qui ait survécu et maintenu son pouvoir d’achat. Toutes les devises papier ou quasi-papier, comme le denarius romain, sont finalement retournées à leur valeur intrinsèque de ZÉRO. L’or a été la seule monnaie stable à travers l’Histoire. Il y a 2000 ans, il était possible de se procurer un beau costume avec une once d’or, tout comme aujourd’hui.

Afin d’assurer son patrimoine contre les risques actuels, les investisseurs devraient détenir une quantité importante d’or physique, hors du système bancaire. Sans aucun doute, cela s’avérera être la meilleure assurance contre la destruction de richesse à venir.

L’or est aujourd’hui aussi mal-aimé et sous-évalué qu’au début des années 2000, lorsqu’il était à environ 300 $ l’once. Cette correction, qui dure depuis quatre ans, est probablement terminée. Aux alentours de 1100 $ l’once, l’or constitue la meilleure couverture d’assurance que les investisseurs puissent se procurer ».

Egon von Greyerz, Goldbroker.fr, le 14 janvier 2016

Source: GoldSwitzerland

Rappel :

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Lire aussi :

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 51 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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6 commentaires pour Les marchés peuvent rester irrationnels très longtemps (E. von Greyerz)

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  2. zorba44 dit :

    2016 a plutôt bien commencé au plan de l’évolution des indices boursiers ! Seule la myopie générale des mougeons ne perçoit pas que la finance n’existe virtuellement plus.
    En manipulant à outrance la com et les indices on fait croire que « l’économie se porte bien » (Obama , à peu près ce qu’il dit).
    Voilà la raison pour laquelle on ne se rend pas compte que l’est a pris le pas sur l’ouest et que c’est l’est qui mène la danse.

    Très prêt du bout, nous sommes tout prêt du bout. Lorsque les jours enchaînent le soleil dans le ciel bleu et que cela dure, le public jouit mais sait qu’au bout il y a la pluie, la tempête ou le déluge.

    Nous avons bénéficié du soleil économique beaucoup trop longtemps…

    Jean LENOIR

    • Jean,

      Je ne sais pas si l’Est a vraiment pris le pas sur l’Ouest… Si l’on s’en tient à l’évolution des places financières, c’est du pareil au même.

      Le « krach au ralenti » les frappe de la même manière….

      Maintenant, du point de vue de l’équilibre global des forces – économiques, géopolitiques, etc. – c’est évidemment autre chose.

      • zorba44 dit :

        Il est seulement question de savoir si Poutine prend des mesures susceptibles de précipiter le krach. Bien sûr que l’est est touché mais structurellement il semble qu’ils détiennent la baguette pour emmener les oies de l’ouest où bon leur semble.

        Jean LENOIR

  3. Nanker dit :

    @ Olivier :

    Poutine avait un jour demandé à Philippe de Villiers pourquoi la France servait de larbin à une « puissance déclinante » à savoir les USA.
    Moi j’interprète cette remarque ainsi : Poutine est persuadé que Washington usurpe totalement son rang de 1ère puissance mondiale et (hypothèse basse/froide) le leader russe manoeuvre pour créer un monde bipolaire les USA abandonneraient une part de leur emprise sur le monde.

    Hypothèse haute/chaude : Poutine prend les Ricains pour des baltringues forts en gueule et il va tenter coûte que coûte de les ramener au rang de puissance secondaire, provinciale, rejetée à l’intérieur de ses propres frontières, ce que les Etats-Unis étaient avant 1914. En somme Poutine tenterait de clore une parenthèse de 100 ans (1914-2014 en gros) qu’il verrait comme un accident de l’Histoire.
    L’hypothèse haute nécessitera l’aide des Chinois, qui – c’est possible – pourraient eux aussi considérer les Américains comme une bande de parvenus ayant bénéficié du suicide européen de 14-18 et 39-45 pour s’imposer sur la scène mondiale.
    Après tout une nation qui a 200 ans d’existence peut-elle impressionner la Chine millénaire?

    • « Après tout une nation qui a 200 ans d’existence peut-elle impressionner la Chine millénaire? »

      Non, certainement pas (voir à ce sujet : Chine-Etats-Unis : chronique d’un choc annoncé). C’est pour cette raison que je ne crois pas à votre « hypothèse basse ». Le monde bipolaire d’avant 1989 ne reviendra plus, ne serait-ce que parce que la Chine est entrée dans le jeu. Poutine ne s’y trompe pas, qui développe régulièrement le thème du retour à un monde multipolaire comme conséquence de l’échec avéré de la logique impériale. Sur le plan économique, le monde multipolaire est déjà une réalité. Reste à régler le plus pacifiquement possible deux problèmes : l’hypertrophie militaire américaine et le dollar, qui domine encore outrageusement le système monétaire international.

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