La baguette magique des banques centrales n’aura pas d’effet (E. von Greyerz)

« Il y a tant de trous noirs qu’à tout moment nous pourrions nous réveiller et apprendre qu’une banque ou un Etat souverain ont disparu. »

Mario_Draghi_sorcerer

« Les dirigeants des banques centrales se prennent pour des magiciens qui, à coup de baguette magique, peuvent créer les conditions économiques qu’ils désirent. Mais le problème est qu’ils se trompent toujours dans leurs analyses de l’économie, alors ils ne savent pas quoi faire avec la baguette. Cette baguette n’a rien de magique, c’est du toc. C’est le problème de toutes les banques centrales : on leur donne des pouvoirs illimités pour manipuler les politiques monétaires et pour imprimer de la monnaie.

Mais lorsque vous dotez de pouvoirs infinis quelqu’un qui ne peut ni analyser la situation correctement, ni ne comprend les conséquences de ses actions, c’est comme donner des armes de destruction massive à des enfants. C’est même pire que cela, car les banquiers utilisent ces armes pour créer de la richesse chez leurs amis banquiers. Les banques centrales ont ainsi créé de la méga-richesse pour une minorité infiniment faible et de la dette illimitée et de la misère pour le reste du monde. Les banques centrales créent des expansions et des contractions d’une ampleur qui détruit totalement l’économie. Et c’est exactement ce qui arrivera dans les prochaines années.

L’économie mondiale fonctionnerait bien mieux sans les banques centrales. Au lieu de ces expansions et contractions massives auxquelles nous assistons, nous verrions simplement des cycles naturels d’autocorrection de moindre ampleur. Le cycle qui a débuté changera le monde pour très longtemps. Une centaine d’années de mauvaise gestion aura mené à une misère économique et humaine qui pourrait durer des décennies, voire des siècles, comme après la fin de l’Empire romain.

Il n’y a pas de politiciens honnêtes

En décembre, après la hausse des taux par la Fed, nous disions que la Fed avait encore pris la mauvaise décision et qu’elle allait revenir dessus. Cette semaine, dans sa déclaration au Congrès, Janet Yellen a déjà commencé à revoir sa position. Mais, comme tous les politiciens, elle ne voit pas, ou ne veut pas admettre, que la plupart des problèmes économiques découlent de la politique monétaire des États-Unis. C’est parce que les États-Unis vivent au-dessus de leurs moyens depuis un demi-siècle et inondé le monde de dollars imprimés sans valeur que nous sommes dans ce pétrin. Mais c’est une politicienne et elle ne l’admettra jamais. Au contraire, cette semaine, elle a blâmé les turbulences globales sur les marchés et les risques plus élevés en Chine, qui auraient créé des conditions moins propices à la croissance américaine. Il est étonnant de voir que les politiciens ont du mal à être honnêtes et à voir la poutre dans leur œil plutôt que la paille dans l’œil du voisin.

Cela me rappelle Gordon Brown, l’ancien premier ministre du Parti travailliste, qui, alors qu’il était Chancellier de l’Échiquier, avait dit au parlement qu’il avait aboli les cycles d’expansion et de contraction. Mais, quand la crise de 2006-2009 a débuté, il a jeté le blâme sur les conditions internationales plutôt que sur sa propre mauvaise gestion de l’économie du Royaume-Uni. C’est cela, l’immoralité des politiciens : ils prennent le crédit pour tout ce qui est bien, mais ils blâment les autres pour les catastrophes qu’ils créent eux-mêmes.

Les Etats-Unis rejoindront le club des taux d’intérêt négatifs

Donc Janet Yellen a commis une nouvelle erreur, admise à moitié. Comme je l’avais dit en décembre, il ne sera plus question d’une augmentation de taux, mais bien d’une réduction de taux, et probablement même de taux négatifs. Elle a confirmé que la Fed étudiait les taux négatifs, en déclarant : « Nous voudrions être prêts si nous avions à être plus accommodants. » Ce langage de la Fed est tout simplement irréel. Pourquoi n’utilisent-ils pas un langage que les gens ordinaires peuvent comprendre ? Ils créent des termes fantaisistes comme « assouplissement quantitatif » et « accommodation » pour faire croire aux gens que la Fed fait quelque chose de complexe et d’intelligent. Pourquoi ne pas utiliser les mots justes, comme impression monétaire et manipulation des taux d’intérêt ? Car le monde se rendrait alors compte de la supercherie, c’est pourquoi ils doivent cacher leurs actions derrière du Fedspeak incompréhensible. De toute manière, Janet Yellen sait que les taux d’intérêt négatifs seront probablement instaurés et que les États-Unis se joindront aux 13 pays qui les ont déjà.

La compétition visant à déterminer qui aura les taux les plus bas s’échauffe. La Suisse mène actuellement, à -0,75%. Mais la Suède veut les rattraper, et elle est maintenant à -0,5% (je vous jure qu’il ne s’agit que d’une coïncidence si je suis à la fois suédois et suisse !). L’économie suédoise se portant relativement bien, une réduction des taux n’est pas vraiment justifiée. Mais la raison officielle donnée par la Riksbank est que l’inflation est trop faible. Ils ne réalisent pas est que les taux bas ou négatifs ne stimulent pas l’économie. Cela décourage l’épargne et, donc, l’investissement aussi. Mais la vraie raison pour baisser les taux n’est pas la faible inflation, mais de gagner la course vers le bas des devises. La Suède et la Suisse sont en compétition, avec au moins onze autre pays qui ont des taux négatifs.

Les investisseurs ne devraient pas faire confiance aux bulles que sont les marchés

Les marchés financiers, pendant des années, ont ignoré la réalité économique et ont applaudi l’impression monétaire et la création de crédit. Cela fait longtemps que nous soulignons que ces fausses conditions amèneraient leur lot de larmes, et c’est ce qui arrive finalement depuis le début de 2016. Ce n’est que le début. Il n’y a pas encore de panique sur les marchés, mais cela viendra bientôt. La semaine dernière, j’ai rencontré plusieurs individus richissimes. Ils sont inquiets, mais pas au point de changer de stratégie d’investissement, qui est principalement constituée d’actions, d’obligations, de hedge funds et d’immobilier. Les hedge funds, en général, ont connu une mauvaise année 2015. Les actions et obligations sont évaluées de manière fantaisiste. Très peu d’investisseurs réalisent qu’ils ne pourraient obtenir que la moitié de la valeur dans les conditions actuelles du marché. Il est fascinant de voir le nombre d’investisseurs immobiliers qui croient détenir un actif qui protège leur patrimoine. Ils ne réalisent pas que la brique et le mortier n’ont quasiment aucune valeur lorsque les édifices sont vides et qu’ils n’offrent plus de source de revenus ».

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Rappel :

Le capitalisme ne s’écroulera pas un vendredi

Voir aussi :

Charles Gave : « Les banquiers centraux vont finir pendus sur la place publique »

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 52 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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10 commentaires pour La baguette magique des banques centrales n’aura pas d’effet (E. von Greyerz)

  1. Ping : La baguette magique des banques centrales n’aura pas d’effet (E. von Greyerz) |

  2. zorba44 dit :

    Bon : tout est vrai… que dire de plus ?
    Ah, oui …pendez les tous en place de Grève !

    Jean LENOIR

  3. cesar tichot dit :

    nous sommes dirigés par des experts économistes autoproclamés, des gourous de la haute finance, des milliers de spécialiste de l’économie et aujourd’hui nada , ceux sont des nullités que nous devrions accuser de crime contre l’humanité . « Une centaine d’années de mauvaise gestion aura mené à une misère économique et humaine qui pourrait durer des décennies, voire des siècles », avoue l’auteur de ce document. Un bon capitaine de navire n’est pas celui qui arrive à bon port quand la mer est calme mais celui qui prend la bonne décision en pleine tempête. Coté politicien c’est nullité sur toute la ligne. les fondamentaux économiques se sont pas protégés et font que la France et l’Europe sont à la merci des US exemples: en trois clic l’Europe serait déconnecté du système de carte bleue. visa mastercard . sur simple décision des US les DAB seront en panne si l’Europe se rebiffe contre les US en voulant sortir de la servilité. les US veulent imposer Tafta par le lobying mais aussi en rachetant les fleurons de l’industrie et du transport pour les dépouiller. etc….
    c’est au peuple de reprendre les rênes et prendre au sérieux la phrase ci dessus de Charles Gave

    • zorba44 dit :

      D’accord avec vous, les crimes financiers à l’échelle de l’humanité, sont des crimes contre l’humanité et doivent être traités comme tels.

      Jean LENOIR

  4. Nanker dit :

    « Il est fascinant de voir le nombre d’investisseurs immobiliers qui croient détenir un actif qui protège leur patrimoine. Ils ne réalisent pas que la brique et le mortier n’ont quasiment aucune valeur lorsque les édifices sont vides et qu’ils n’offrent plus de source de revenus »

    … et qu’en plus le préfet a réquisitionné votre bien immobilier vide pour y loger des migrants. C’est la petite spécificité française!
    Amha investir dans l’immobilier est aussi illusoire et dangereux que la Bourse ou l’assurance-vie.
    Regardez cette émission débile de M6 qu’est « Maison à vendre » c’est hyper-instructif. Que ce soit à Paris ou dans les régions on voit que les prix sont totalement surévalués et qu’il suffit que la crise revienne pour qu’on assiste à un effondrement de l’immobilier.

    Pas besoin d’être grand-clerc pour comprendre que payer 10000€ du mètre carré dans un coin aussi dénué de charme que la rue de Maubeuge à Paris c’est comme acheter des actions Deutsch Bank à 50€…

    • Trend dit :

      Exact,

      Paris est détenu en grande majorité par les banques et assurances et leur but est de ne pas faire chuter les prix de l’immobilier , mais jusqu’à quand , Jusqu’à leur chute ?

  5. brunoarf dit :

    Samedi 27 février 2016 :

    Le G20-Finances appelle à utiliser tous les outils pour soutenir l’économie, cite le choc d’un éventuel Brexit.

    Selon le G20-Finances, les cinq risques géopolitiques sont les suivants :

    1- La sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne (Brexit). Ce risque géopolitique est cité dans le communiqué final du G20, dès le premier paragraphe du texte.

    2- La volatilité des mouvements de capitaux, qui se déplacent d’une seconde à l’autre, d’un pays à l’autre, d’un continent à l’autre, et qui déséquilibrent toute l’économie mondiale.

    3- La chute des cours des matières premières.

    4- Les tensions géopolitiques accrues.

    5- L’afflux de migrants dans certaines régions (Turquie, Union Européenne).

    http://www.romandie.com/news/Le-G20Finances-appelle-a-utiliser-tous-les-outils-pour-soutenir-leconomie-cite-le-/680512.rom

    Conclusion :

    Le G20-Finances dit qu’il faut continuer à faire ce qui est fait sans interruption depuis septembre 2008 : les banques centrales doivent continuer à injecter des centaines de milliards dans le secteur financier.

    Depuis septembre 2008, c’est toujours la même politique de tarés.

    Depuis septembre 2008, on ne change pas une politique qui échoue.

    Cette politique ne sert à rien, elle ne résout aucun problème, elle n’empêche pas l’économie réelle de s’effondrer, … mais au moins elle gonfle des bulles boursières et des bulles obligataires ! Et lors de la prochaine crise, l’éclatement de toutes ces bulles sera dévastateur.

    Des génies.

    Les participants du G20-Finances sont des génies.

  6. theuric dit :

    Il est étonnant de constater que personne ne parle des causes premières de cette plus que crise.
    Et la première d’entre-elle est le déséquilibre effroyable qui fut créé depuis des décennies entre des industries quittant l’Occident, accueillies dans des pays aux émoluments moindres, ceci pour que soit vendu au même prix ces mêmes productions là où ces entreprises ont fermé avec monté du chômage et baisse des salaires, soit dans le même Occident, ceci avec un magnifique bénéfice.
    Là, nous pouvons dire que tout le monde est fautif, d’autant plus l’auteur du texte ci-dessus puisque celui-ci rejette cette faute première sur d’autres dont le seul tord, après tout, n’est que d’avoir cherché à lui sauver sa peau, de manière inefficace, certes, mais assidu.
    Parce que ce qui se produit maintenant n’est que l’aboutissement de cette folie, soit un krach industriel ou, dit autrement, une désindustrialisation mondiale généralisée.
    Ensuite, ensuite, il est vrai que nous aurions dû laisser le système s’effondrer en 2008, mais les mauvais penchants et mauvaises habitudes auraient repris dès que la situation se serait amélioré, quand bientôt ce seront ces apprentis sorciers qui auront totalement disparu, dont l’auteur de cette note.
    Ensuite, après que les U.S.A. auront éclaté et que l’U.E. aura suivit, nous pourrons reconstruire une économie plus saine avec un contrôle d’état renforcé de toutes les forces monétaires, ainsi que l’interdiction des spéculations oiseuses et ruineuses: on ne fait pas une politique à la corbeille, disait le général de Gaulle, alors autant la supprimer.
    Alors, le coco qui ne cesse de geindre en raison de la déflation en marche, qu’il croit seulement européenne ou Occidentale, qu’il espère pouvoir régler grâce à quelques ruses monétaires, cela ne servira à rien.
    Mais qu’il sèche ses larmes, c’est bien le monde dans son entier qui en est touché, la preuve en est la baisse du prix des matières premières.
    Quand à baisser les productions pétrolières pour en faire remonter leur prix, cela ne fera qu’accélérer cette désindustrialisation, tout simplement.
    Ces bons messieurs croient ainsi être meilleurs que les banquiers centraux, mais en fin de compte ils en connaissent tout autant que Madame Yellen et ont fait tout autant de sottises qu’elle, mais bien plus longtemps, sans rien voir ni comprendre non plus.
    Vous savez quoi?
    Les peuples n’auront même pas besoin de les virer à grands coups de pompes dans le cul, ces grands dadais se chargent très bien de leur propre ruine et, ce, depuis les années 80 au moins!

    • zorba44 dit :

      « ces grands dadais se chargent très bien de leur propre ruine et, ce, depuis les années 80 au moins ! »

      Tout est relatif (ne croyez-vous pas ?) alors que les prix des véhicules de grand luxe explose comme leur puissance ..que, bientôt; il sera ridicule d’avoir un yacht de moins de 300 ft sans ses deux piscines, son théâtre, sa salle de gym et sa piste d’atterrissage d’hélicoptère…

      Ils vivent comme des Louis XIV et ruinent le petit monde durablement …avant leur chute finale plus d’une génération plus tard …morale du crime économique organisé.

      Jean LENOIR

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