L’or continue de hanter notre système monétaire (J. Rickards)

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« Pendant un siècle, les élites ont travaillé pour éliminer l’or en tant que monnaie, à la fois physiquement et idéologiquement. Cela a commencé en 1914, avec l’entrée du Royaume-Uni dans la Première Guerre mondiale. La Banque d’Angleterre a voulu suspendre la convertibilité des billets de banque en or. Keynes a alors conseillé à la banque, à bon escient, de ne pas le faire. L’or est un matériau à quantité limitée, mais le crédit est élastique. 

En restant attaché à l’or, le Royaume-Uni pouvait maintenir son crédit, et financer l’effort de guerre. Cela c’est su. La Maison de Morgan [la banque J.P. Morgan, NdT] a organisé des emprunts massifs pour le Royaume-Uni, et aucun pour l’Allemagne. Ce financement était crucial, et a permis de soutenir le  Royaume-Uni jusqu’à ce que les États-Unis abandonnent leur neutralité et fassent pencher l’équilibre militaire en défaveur de l’Allemagne.

Malgré la convertibilité formelle de la livre sterling en or, la Banque d’Angleterre en a systématiquement découragé la conversion réelle, et cela a marché.

Les pièces d’or ont été retirées de la circulation et transformées en barres de 400 onces. Cette méthode limitait la propriété d’or aux gens suffisamment riches pour pouvoir s’acheter des lingots, et a confiné la présence de l’or aux coffres. Une disparition similaire de l’or en tant que monnaie en circulation a eu lieu aux États-Unis.

En 1933, le président américain Franklin Roosevelt a publié un décret faisant de la possession d’or un crime. FDR s’est basé sur Trading with the enemy Act de 1917 [Loi sur le commerce avec l’ennemi, NdT] pour justifier cette loi. Puisque les États-Unis n’étaient pas en guerre en 1933, l’ennemi était sans doute le peuple américain.

En 1971, le président américain Richard Nixon a aboli la convertibilité du dollar américain en or pour les partenaires commerciaux des États-Unis. Nixon avait promis que cette mesure serait temporaire. Quarante-cinq ans plus tard, elle est toujours en place.

En 1973, les pays du G7 et le FMI ont démonétisé l’or. Les membres du FMI n’étaient plus obligés de détenir des réserves d’or. L’or était dorénavant devenu un produit comme un autre. Le point de vue des élites financières était que l’or était fini.

Pourtant, comme le fantôme de Banquo, l’or insiste pour garder sa place à la table monétaire. Les États-Unis détiennent 8 133 tonnes d’or [Non audité depuis fort fort longtemps, NdT]. Les membres de la zone euro et la BCE en détiennent 10 788 tonnes. La Chine dit en détenir 1 788 tonnes, mais les chiffres réels sont plus près de 4 000 tonnes, sur la base de données fiables provenant des exportations de Hong Kong et de l’exploitation minière chinoise.

La Russie en a 1 447 tonnes, et en achète plus de 200 tonnes par an. Le Mexique, le Kazakhstan et le Vietnam, entre autres nations, ont augmenté leurs réserves d’or récemment. (Dommage pour le Royaume-Uni, qui a vendu plus de la moitié de son or à des prix au plus bas entre 1999 et 2002.)

Après des décennies comme vendeurs nets d’or, les banques centrales sont devenues des acheteurs depuis 2010. Une nouvelle ruée vers l’or a commencé.

Quels sont les moteurs de ce nouveau comportement vis à vis de l’or ? Dans certains cas, les banques centrales sont en train de se prémunir d’une inflation du dollar américain.

La Chine possède 3 200 milliards $ en réserve, dont plus de la moitié en dollars américains, principalement des bons du Trésor américain. Le dollar n’a pas de meilleur ami que la Chine, parce que sa richesse est thésaurisée en dollars. Pourtant, le risque d’inflation se profile. La Chine ne peut pas se débarrasser rapidement de ses bons du Trésor ; le marché en bons du Trésor est vaste, mais pas si vaste.

Si la vente de bons du Trésor chinois devenait une menace pour les intérêts américains, un président américain pourrait geler les comptes chinois par un simple coup de fil.

Les Chinois le savent. Ils sont coincés avec leurs dollars. Ils craignent, avec raison, que les États-Unis ne se débarrassent de cette dette de 19 000 milliards par l’inflation.

La solution de la Chine est donc d’acheter de l’or. Si l’inflation du dollar commence, les avoirs en bons du Trésor de la Chine vont dévaluer, mais le prix en dollars de son or va monter en flèche. Une grande réserve en or est un moyen de diversification prudent.

Les motifs de la Russie sont géopolitiques. L’or est l’arme du XXIe siècle pour les guerres financières.

Le dragon chinois

Les États-Unis contrôlent les systèmes de paiement en dollars et, avec l’aide des alliés européens, peuvent éjecter leurs adversaires du système de paiement international appelé Swift. L’or est à l’abri de telles agressions. L’or physique en votre possession ne peut pas être piraté, effacé, ou bloqué. Utiliser l’or est un moyen simple pour la Russie de régler ses comptes sans ingérence des États-Unis.

Certains pays acquièrent aussi de l’or en prévision d’un effondrement du système monétaire international. Le système s’est effondré trois fois au cours du siècle dernier. Chaque fois, les grandes puissances financières se sont réunies pour écrire de nouvelles règles.

Ces réunions se sont tenues à Gênes en 1922, à Bretton Woods en 1944, et à la Smithsonian Institution en 1971. Un système monétaire international a une durée de vie moyenne de 30 ans.

Trente ans ont passé depuis l’Accord du Louvre (une réévaluation de l’accord Smithsonian). Cela ne signifie pas que le système va s’effondrer demain, mais personne ne devrait être surpris si c’est le cas. Lorsque les pouvoirs financiers suivants se réuniront pour réformer le système, ce sera pour réformer le privilège exorbitant du dollar.

Le yuan chinois et le rouble russe ne sont pas de vraies monnaies de réserve. Les seules références possibles pour le nouveau système seront les droits de tirage spéciaux du FMI et l’or.

Les critiques affirment qu’il n’y a pas assez d’or pour soutenir le système financier. C’est n’importe quoi. Il y a toujours assez d’or, ce n’est qu’une question d’accord sur son prix.

Basé sur l’indice M1 de la Chine,  de la zone euro et des États-Unis, et adossé à 40% sur l’or, cela impliquerait un prix de l’or de $10 000 par once pour ne pas entrainer de déflation. A ce prix, un système monétaire stable pourrait être soutenu.

En ce qui concerne les élites monétaires, regardez ce qu’elles font, pas ce qu’elles disent. Alors que les élites dénigrent l’or à chaque occasion, elles l’achètent, le stockent, et se préparent pour le jour où posséder de l’or déterminera leur place à la table de la réforme du système monétaire international ».

James Rickards, The Telegraph, le 17 avril 2016

James Rickards est l’auteur du livre The New Case for Gold, publié aux éditions Portfolio Penguin.

Traduit par Wayan, relu par Nadine pour le Saker Francophone.

Rappel :

Vers une libération du cours de l’or

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 52 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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7 commentaires pour L’or continue de hanter notre système monétaire (J. Rickards)

  1. zorba44 dit :

    Assignats, billets de confiance, billets émis par les localités ou les chambres de commerce (France entre deux guerres), obligations, droits de tirage spéciaux, dettes, dettes et re-dettes, bitcoins.

    Tout cela suit une mode, mais au bout il y a la dégringolade. Le signataire attend que l’or soit à un dollar et l’argent à un cent pour tout rafler sur le marché et, plus encore, à crédit !

    Il l’a déjà écrit sur ce blog et « ne varietur » comme l’or depuis la nuit des temps.

    Jean LENOIR

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  3. Geraldine dit :

    Je pense de plus en plus qu’il faudra attendre l’effondrement (inévitable) du système bancaire US, pourri jusqu’à l’os, pour que la vérité du prix de l’or éclate enfin…

    • zorba44 dit :

      Vous serez récompensée de votre patience, au-delà de toutes vos espérances !

      Jean LENOIR

    • brunoarf dit :

      En août 1997, le banquier d’affaires Alain Minc publiait son livre le plus ahurissant : « La mondialisation heureuse. »

      Quand on lit ce livre aujourd’hui, on se rend compte qu’Alain Minc a passé sa vie à écrire des âneries.

      La mondialisation heureuse pour qui ?

      Réponse :

      La mondialisation heureuse … pour les 10 % les plus riches.

      Mais c’est la mondialisation MALHEUREUSE pour 90 % de la population.

      Sur le site internet forbes.com, Panos Mourdoukoutas écrit :

      Le rêve brisé : 90% des Américains sont dans une situation pire aujourd’hui qu’elle ne l’était au début des années 1970.

      http://www.forbes.com/sites/panosmourdoukoutas/2016/04/23/lost-dream-90-of-americans-are-worse-off-today-than-they-were-in-the-early-1970s/#7c72543e5dde

      Pour la vaste majorité des Américains, l’économie de leur pays est dans un état de stagnation prolongée, bien pire que celui du Japon. C’est en tout cas le constat lorsqu’on prend en compte les revenus réels, c’est-à-dire ajustés à l’inflation.

      90 % des Américains gagnent plus ou moins le même revenu réel qu’au début des années 70, d’après une étude récente publiée par le Levy Economic Institute. La stagnation économique du Japon remonte au début des années 90.

      Aux Etats-Unis, la stagnation économique n’a pas atteint les 10 % restants, qui ont assisté à une augmentation conséquente de leurs revenus réels durant la même période.

      Ce constat tranche avec celui des décennies qui ont précédé les années 70, soit à partir de la fin des années 40, lorsque les revenus réels des 2 groupes ont fortement augmenté durant la même période. Même si les 90 % connurent une progression plus élevée de leurs revenus que les 10 % les plus riches.

      Pour faire simple, pour la grande majorité des Américains, le rêve d’une vie meilleure s’est évaporé au début des années 70.

      Comment expliquer ce changement majeur dans la distribution de la richesse durant ces 4 dernières décennies ?

      Cette période a coïncidé avec l’ouverture grandissant de l’économie américaine au commerce mondial et aux investissements étrangers. La mondialisation est donc le premier suspect qui vient à l’esprit.

      L’ouverture économique a mis en concurrence les entrepreneurs et les travailleurs américains avec leurs pairs étrangers. Pour les 10 % les plus riches de la population, ceux qui disposent des compétences requises, l’ouverture de l’économie américaine fut une bonne chose, une source d’efficacité et d’opportunités qui se sont traduites par des revenus plus élevés.

      Pour les 90 % restants de la population, ceux qui ne disposent pas des compétences adéquates ou de compétence limitée, l’ouverture de l’économie américaine fut une mauvaise chose, une source de perte d’emploi et de revenus inférieurs.

      Mais un autre élément peut expliquer cette situation.

      Ces changements dans la distribution de la richesse se sont empirés après la Grande Récession, ce qui nous amène au second suspect : les politiques de taux planchers, qui ont dopé la valeur des actions et des obligations, profitant directement aux 10 %, les plus susceptibles de posséder ces actifs.

      Il ne faut donc pas s’étonner de l’énorme soutien dont jouissent Donald Trump et Bernie Sanders, qui accusent la mondialisation et Wall Street de tuer le rêve américain.

      Panos Mourdoukoutas.

      Regardez bien la figure 6, intitulée « Index of Real Average Income, 1945−2014 » :

      http://www.levyinstitute.org/pubs/sa_mar_16.pdf

  4. Nanker dit :

    A propos de la GB et du Canada :
    notre prochain président (Macron? Juppé?) liquidera-t-il les stocks d’or de la banque de France? Si nous installons « Goldman Sachs » Macron à l’Elysée cette éventualité deviendra une certitude…

  5. Alcide dit :

    Pour ceux qui souhaitent approfondir la notion de « monnaie  » du médiateur qui est actuellement utilisée par force , je me permets de recommander l’excellent Georges Lane qui est un de mes auteurs préféré:

    L’organisation monétaire déboussolée.
    Par Georges Lane
    http://blog.georgeslane.fr/category/13-Monnaie/page/46

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