Réapprendre à s’auto-subvenir, au moins en partie

Un texte intéressant sur la fragilité du système et la nécessité d’un retour à une certaine autonomie. Trouvé sur le blog de Bruno Bertez, avec une note introductive de ce dernier, à lire également. OD

autosubsistance-autonomie

Cher lecteur,

Prenez votre téléphone.

Il a sans doute été dessiné en Californie. Les pièces ont été assemblées en Chine, l’écran et le processeur viennent de Corée, eux-même contiennent certains matériaux provenant d’Afrique du Sud. Votre service client se trouve en Irlande et vous-même probablement en France.

Il en va de même pour presque tous les objets qui vous entourent :

  • Cette table en bois de Russie, envoyé en Chine pour y être découpé auquel on ajoute des vis provenant d’Europe de l’Est et livré en France pour une entreprise Suédoise ;
  • Un yaourt à la mangue, dont le fruit a été cueilli en Inde, le lait trait en Allemagne, la recette élaborée en France dans un pot provenant de république tchèque et vendu en Pologne pour un géant de l’agro-alimentaire Suisse.
  • Une chemise taillée au Bangladesh avec du coton américain, une teinture indienne, une coupe italienne et vendue en Asie.

Si vous deviez enlever de votre supermarché tous les articles pour lesquels au moins une opération a été faite hors de l’Europe… Il n’y resterait pas grand chose. Et je ne vous parle même pas des produits 100% made-in-France.

Prenez l’exemple du poulet et des volailles : elles sont difficiles à importer. Les normes sanitaires sont particulièrement contraignantes et le transport compliqué. Pourtant 30 à 40% du poulet que nous consommons est importé… principalement du Brésil et de Thaïlande.

De manière générale, les biens qui nous entourent ont souvent nécessité des opérations dans de nombreuses monnaies différentes : Yen japonais, Dollar américain, Yuan chinois, Real Brésilien, Rouble russe, Euro… Ainsi que des centaines de monnaies locales.

La réalité est que c’est un cauchemar financier et comptable.

Comment définir le prix de votre téléphone alors que le coût de la batterie peut varier du simple au double selon l’évolution des taux de change ? Comment prévoir votre approvisionnement en matière première pour l’année qui vient sans savoir combien il vous en coûtera réellement ?

Bien sûr le problème ne date pas d’hier et cela fait bien longtemps qu’une solution par défaut a été trouvée.

Quelle monnaie pour le monde ?

Rappelez-vous les 3 fonctions d’une monnaie :

  • Compter : Une monnaie vous permet de comparer les valeurs d’une baguette à 1€ et d’un steak à 5€ ;
  • Stocker : la monnaie est une réserve de valeur qui permet de différer la production de valeur de sa dépense par exemple pour des vacances, votre retraite ou des temps de vaches maigres ;
  • Échanger : la monnaie vous permet d’acheter et de vendre des biens et services. Votre boulanger refusera sans doute d’être payé en bonbons mais jamais en euros.

Voilà comment ces fonctions sont prises en charges dans le système international : Le dollar est l’unité de compte. le prix du baril de pétrole saoudien est en dollar de même que la comptabilité des groupes internationaux.

La réserve de valeur est déjà plus compliquée : si votre entreprise française —dont les coûts de fonctionnement sont en euros— vend ses produits en dollars, ses revenus peuvent varier fortement selon les cours de change. Il lui est difficile de conserver la valeur créée au niveau mondial. C’est un risque important, le risque de change, pour lequel les banques ont développé des systèmes d’assurance complexes, qui représentent la part du lion des produits dérivés :

L’entreprise française qui veut exporter son produit en dollar contractera une assurance auprès de sa banque afin de garantir son taux. De son côté, la banque contractera elle-même un produit dérivé particulier, « un swap de change » pour couvrir le risque de change.

Mais le vrai problème est la fonction d’échange.

Nous en revenons au problème de liquidité.

La majorité des échanges mondiaux sont libellés en dollars. Même si la Chine importe du pétrole saoudien, l’échange se fera en dollars et non en yuans ou en riyals saoudiens.

Il faut donc que la Chine et l’Arabie saoudite aient des dollars en stock.

Où trouvent-elles ces « dollars » ?

Au niveau mondial la création de ces « dollars » provient du déficit de la balance des paiements américaine. Grossièrement, il faut que l’Amérique importe plus qu’elle n’exporte (en biens et en capitaux) pour que plus de dollars sortent des États-Unis qu’il n’en rentre chaque année, ce qu’elle fait constamment depuis 1971.

Là est le problème.

Tant que la croissance mondiale était tirée par la consommation et le déficit américains, il y avait une corrélation entre la création monétaire mondiale aussi tenue soit-elle et l’activité économique mondiale.

À partir du moment où les États-Unis ne sont plus le moteur de la croissance mondiale, cela veut dire qu’ils « exportent » moins de dollars qu’il n’en faudrait pour faire fonctionner l’économie mondiale.

Vous pouvez donc vous retrouver dans la situation où la Chine, la Turquie, l’Arabie saoudite même se retrouvent en panne à cause du manque de « dollars ».

Et c’est exactement ce qui est en train de se passer.

C’est-là une raison sérieuse pour expliquer l’échec des pays en développement dont je vous parlait hier à développer leur marché intérieur : elles n’ont pas eu accès aux financements, aux liquidités pour opérer cette transition.

À ce propos, si vous vous demandez pourquoi les Chinois et les Qataris sont les seul à accepter d’investir dans Deutsche Bank, vous avez maintenant la raison : il s’agit de mettre la main sur les opérateurs de la finance mondiale.

Cela serait malheureusement trop simple si cela s’arrêtait-là.

Pour pallier le manque de « dollars » les banques, et en particulier Deutsche Bank, ont développé un système d’une complexité incroyable par le biais des produits dérivés.

Je ne peux rentrer dans les détails de ce système de comptabilité plus mathématique qu’économique dans cette simple chronique amateure.

Mais retenez une chose : le dollar a échoué à devenir la monnaie mondiale.

Nous vivons dans une économie mondialisée avec des monnaies régionalisées.

Nous avons développé des prodiges de complexité pour maintenir un statu quo le plus longtemps possible. Mais quand la mer se retire, peu importe la solidité du bateau…

Il faut soit une monnaie mondiale soit une économie démondialisée.

Le dollar aurait pu il y a 5 ou 6 devenir la monnaie mondiale si les Américains en avaient eu le courage. Les nouvelles ambitions impérialistes de la Russie, le chaos politique des États-Unis et la situation paradoxalement affaiblie d’une Chine qui s’affirment rendent un tel mouvement aujourd’hui impossible.

On cite souvent des DTS « Droit de tirage Spéciaux », censés prendre le relais comme monnaie mondiale. Ce panier de devises a été créé par le FMI, mais les quotas sont si faibles qu’ils ne peuvent prétendre au titre de monnaie mondiale.

Il faut donc prendre extrêmement au sérieux l’éventualité d’un mouvement de démondialisation par manque de monnaie mondiale.

Et cela implique des choses très pratiques pour votre quotidien.

Démondialisation au quotidien

Imaginez 2 villes séparées par un grand fleuve, l’une entourée de champs fertiles et l’autre de forêts giboyeuses. Pendant des années ces deux villes échangent bois et céréales grâce à un grand pont.

Le jour où celui-ci s’effondre : que se passe-t-il ? Les habitants des champs sauront-ils se passer du bois des habitants des forêts et inversement ?

Il faut alors réapprendre à s’auto-subvenir, au moins en partie.

Il ne m’appartient pas de juger si un tel mouvement serait bon ou non, il est en revanche à prévoir une période chaotique pour passer d’un état à un autre et mieux vaut s’y préparer.

Bien cela n’est pas sûr et n’arriverait pas du jour au lendemain mais il y a là une grande fragilité du système et peut-être n’est-il pas inutile de prendre quelques précautions.

Cela prend des aspects assez simples et même vertueux :

  • Achetez de l’or —encore et toujours— : c’est la seule monnaie à traverser toutes les crises depuis des millénaires ;
  • Faites quelques réserves, cela n’est jamais inutile. Rappelez-vous la grève contre la loi travail et les longues queues à la pompe ou la désorganisation après une grosse tempête. Ces choses arrivent.
  • Essayez autant que possible de vous fournir localement : cela aura la double vertu de stimuler l’économie autour de chez vous en plus de vous assurez une « continuité de service » ainsi qu’un quotidien plus agréable et solidaire. Cela concerne aussi bien :
    • l’achat de vos fruits et légumes auprès du producteur le plus proche plutôt que dans les allées anonymes d’un supermarché ;
    • de manière générale, la redécouverte du petit commerce et même de l’entraide entre voisins et proches ;
    • La redécouverte de la qualité, de biens robustes et réparables plutôt que des objets importés de mauvaises qualité que l’on rachète tous les 2 ans ;
    • votre source de chauffage : en Grèce, au coeur de la crise la demande de poêles à bois explosa, aussi bien chez les riches que chez les ménages les plus modestes. La forêt est une source d’énergie bien plus sûre que le mazout, le gaz ou l’électricité.

 Notez bien que ce n’est pas juste une injonction morale ou un voeu pieux. Tout ceci est en train de se développer en ce moment même.

Cela se passe maintenant.

Regardez le développement des paniers de fruits et légumes livrés directement par le producteur, les initiatives de « voisins vigilants », les plateformes de financement participatif, de partages de voiture, de logement, de savoir, de bateau… le retour de l’artisanat, du bricolage, des potagers…

Mes proches me disent souvent que je suis la personne la plus déprimante de leur entourage : je suis le porteur de mauvaises nouvelles. Oui c’est vrai. Les temps sont durs ? Je n’y peux rien… et vous non plus. Eh bien arrêtez de vous lamenter et préparez-vous. Il ne s’agit pas de vous enterrer bien au contraire mais de faire l’effort de redécouvrir un mode de vie simple et sain. D’arrêter de dépendre d’un système à bout de souffle.

Je crois au profond de moi que cette démarche est bonne.

À votre bonne fortune,

Blog de Bruno Bertez, le 20 octobre 2016

A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 51 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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15 commentaires pour Réapprendre à s’auto-subvenir, au moins en partie

  1. Ping : Laleph : Actualite alternative

  2. Alcide dit :

    On va bien rire quand on verra débouler tout ces types qui ne peuvent pas tenir une tronçonneuse et veulent quand même se chauffer dans leur maison de campagne qui n’a plus d’eau courante…

  3. zorba44 dit :

    Un jour, c’était il y a cinq ans environ, le signataire achetait un rumsteak dans une enseigne spécialisée bien connue de viande en Nouvelle-Zélande…
    Seulement la barquette indiquait que la viande provenait …d’Australie située à 2000 km de là – il s’agissait de viande fraîche, pas de produit en décongélation !
    La caissière, sans doute étudiante, souriante et intelligente, de remarquer que c’était fou dans un pays au trente millions de bovins pour un peu plus de quatre millions d’habitants de faire venir de la viande d’Australie et de la vendre juste un poil au-dessous du prix du bovin national !

    Pour le goût la viande d’Australie est incomparable …mais c’est un non sens d’acheter d’un pays assez lointain pour qu’elle doive voyager en avion.

    Autre exemple, des vignobles locaux connus vendent du pinot noir français dans leur bouteille …ou diverses sortes de raisins d’origine chilienne.

    La bataille des prix et des prises de marché fait rage et seul le dérèglement des monnaies, les inégalités sociales (quand ce n’est pas l’esclavage pur et simple) ont favorisé un mouvement de déflation des coûts qui déflate, in fine, la consommation, le travail et le capital.

    Descartes …ils ont tout fou, tous fous ceux qui décident cela car, également in fine, ils seront entraînés dans la déconfiture sociale, l’éclatement des monnaies et l’affaissement sans précédent du capital !

    Jean LENOIR

  4. super local dit :

    donc au final, c’est les survivalistes et autres hippies décroissants qui ont raison.
    Plutôt les survivalistes que les hippies, car dans le chaos, se défendre sera probablement nécessaire, donc les hippies drogués pacifistes von juste servir de viande bio aux autres.

    Tel est le mouvement qui se réamorce : consommer local qu’on vous hurle à la télé.
    Mauvaise nouvelle pour les drogués du i-phone… ses matériaux proviennent d’une énorme quantité de pays. Un iphone local n’existe pas.

  5. bioman dit :

    L’autonomie n’est pas un choix; c’est une nécessité pour une société où la croissance n’existe plus parce que les ressources sont limitées et finies, et la dette exponentielle….comme la population mondiale.

    • Alcide dit :

      Je suis bien de votre avis.
      La Mondialisation Heureuse ne peut fonctionner qu’avec une énergie abondante et bon marché couplée avec un pouvoir d’achat croissant de la majorité.
      Or la globalisation des échanges facilite l’importation de biens bon marchés puisque issus de la délocalisation de l’appareil productif lui-même puissant créateur de paupérisation de la classe moyenne ex-productive et dorénavant largement au chômage.
      Les services locaux ne pouvant subsister que comme activité absorbant le surplus à l’ensemble et donc voués à disparaître.

      • zorba44 dit :

        C’est bien ce qu’il y aura de bon …la disparition des services administratifs et leurs parasites à règlementations multiples et bouffeuses de temps. Il leur faudra, à tous ces gens, apprendre à manier la pioche et tous les bons outils à main.

        Acheter un âne et une carriole c’est, aussi, devenir le MORY du bitume demain (au hasard, le nom, ne sachant pas si la maison existe toujours) …et quelle poésie retrouvée !

        Jean LENOIR

  6. Duc datura dit :

    échanger son travail contre un autre travail avec une monnaie connue de tous: le Kwh. Rien de plus banal. Ce qui est le plus surprenant c’est que les improductifs ont réussit à convaincre les productifs qu’ils étaient les plus méritants. Travailles bien à l’école mon fils, tu seras improductif.

  7. Ping : Réapprendre à s’auto-subven...

  8. Danse dit :

    C’est fou, il emploie le mot ESPOIR à la place du mot ILLUSION.
    Et il nous dit de ne pas espérer !!!
    Qu’est-ce qui pourrait mieux servir le système prédateur que cette confusion ?

    • Espoir ? dit :

      Qui emploie le mot espoir ? Je suis l’auteur du texte et l’espoir ne fait pas vraiment partie de mon vocabulaire, non pas que je sois désespéré mais l’observation m’intéresse bien plus qu’une hypothétique projection affective.

      • Danse dit :

        Peu importe qui est l’auteur. Il n’y a aucune mise en cause personnelle dans ma démarche. (https://olivierdemeulenaere.wordpress.com/2016/09/04/banques-centrales-nationaliser-economie/#comment-33604). Je n’ai d’ailleurs pas eu le temps de commenter cet article.

        Texte relevé dans l’introduction de l’article :

        « L’autre problême, symétrique, c’est l’espoir, on espère touujours être plus intelligent que les autres et faire mieux qu’eux. »

        « Ce que vous devez comprendre, c’est que rien n’est linéaire, il y a des mouvements de sens contraires, des répits, des pauses et que c’est sur ces mouvements intermédiaires que les autorités jouent pour entretenir l’espoir. Cet espoir qui , dans nos convictions n’est absolument pas une stratégie. Dans notre conception , l’espoir est votre ennemi, il vous garantit la ruine et le déclassement social. »

        Ma proposition de modification :

        « L’autre problême, symétrique, c’est L’ILLUSION, on CROIT trop souvent être plus intelligent que les autres et faire mieux qu’eux. »

        « Ce que vous devez comprendre, c’est que rien n’est linéaire, il y a des mouvements de sens contraires, des répits, des pauses et que c’est sur ces mouvements intermédiaires que les autorités jouent pour entretenir l’illusion. Cette illusion qui , dans nos convictions n’est absolument pas une stratégie. Dans notre conception , l’illusion est votre ennemie, elle vous garantit la ruine et le déclassement social. »

        Quelle différence ce changement de mots fait-il pour nous ?
        Quelle différence pour les prédateurs de l’Humanité ?

  9. c'est la guerre civile, groupons-nous et demain.... dit :

    Je sens quand même que ça va être brutal quand tous les chasseurs de pokemon vont apprendre qu’ils auront pas la version gold et que les amateurs de i-pad vont devoir apprendre à refaire pousser des patates pour se sustenter…
    à mon avis, tout ce petit monde, et d’autres, iront se servir dans les champs et ce sera la guerre civile car qui aura les moyens de subvenir à tous ces affamés rien que sur le local ?

    mon avis… stockez des armes, de la bouffe et n’hésitez pas à sauver votre vie quoi qu’il en coûte. Je vous conseille en 1 l’excellent film idiocracy, et en 2 un film « the rover »

  10. Survivor, the eye of the tiger dit :

    Vu la situation actuelle, je crois que les Attali Soros et cons-sorts ont réussi leur démonstration philosophique par l’absurde.
    Je précise: après la WW2 , comme les « cons » du peuple n’ont toujours pas arrêté de faire des gosses comme des putain de lapins, les enluminés ont décidé d’agir brutalement en envoyant l’humanité ad patres sous son propre poids… toutes vannes ouvertes, épuisons allègrement la planète. Et le nouvel ordre mondial s’imposera de lui-même comme la seule solution rationnelle aux problèmes de surpopulation si on ne veut pas détruire la terre et toute forme de vie s’y trouvant. (cf le film Le survivant de 1971 avec les gens de « la Famille »… même pas besoin de guerre mondiale russie/USA, mais ils ne se priveront pas de ce plaisir pour effrayer le peuple)

    Chapeau bas les illuminés, vous êtes tellement plus lumineux que le reste du monde !
    Leur projet est de transformer le reste de l’humanité en moutons décérébrés, comme cette fameuse « Famille », ou en « genrhumain » comme on dit chez ploucs de cocos.

    …. mon avis… sortez vos ailes (et les dents!) et devenez une légende !

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