L’erreur économique fondamentale de Trump (B. Bertez)

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Donald Trump a fait campagne sur un leurre, pour ne pas dire un mensonge : Les Etats-Unis seraient les grands perdants de la mondialisation et du libre-échange… et dépenseraient beaucoup trop à assurer la paix dans le monde. Le diagnostic est naturellement biaisé : Ce ne sont pas les Etats-Unis, mais les classes moyennes américaines qui ont, ces derniers temps seulement, perdu au grand jeu impérialiste. Depuis 1945, les privilèges de l’Empire (monétaire avec dollar, militaire avec le Pentagone) avaient permis aux Américains de vivre aux crochets de la planète. Mais avec le gigantesque transfert de richesses qui a été organisé à partir des années 80 par la caste des dominants, ceux qu’on appelle l’oligarchie ou les élites, le travail est parti à l’étranger, les inégalités ont explosé et l’Amérique profonde s’est retrouvée privée de sa prospérité passée. Si Trump a bien été mis au pouvoir par la fraction des élites mondialistes qui veut mettre fin au statut mondial du dollar et à l’Empire US, alors oui, Bruno Bertez a raison, le retour sur terre va être brutal pour l’ensemble de la population américaine, qui n’y est pas du tout préparée. Il faudra travailler, investir, produire, épargner… Cependant Trump n’est pas dans l’erreur, il est parfaitement au courant. Et le pari de Trump et de ses puissants soutiens est qu’aidée par la forte baisse du dollar, le dégonflement de la sphère financière et un certain protectionnisme contre le dumping des pays à faible coût de production, l’industrie américaine aura ensuite les moyens de redécoller, et les Etats-Unis de retrouver à terme le chemin d’une vraie croissance, saine et réelle. Mais auparavant ce sera dur, très dur… OD

« Nous avons expliqué que le régime, dit de Trump, était confus, enrobé de contradictions et qu’un jour il se décanterait. On finira par arriver à l’essentiel, à l’os. La diversité des affirmations et des propositions obscurcit quasi tout et il faut dire que les cris d’orfraie des anti-Trump bien mal pensants ne facilitent pas le travail de clarification.

Un effort de simplification s’impose. Nous partirons de l’essentiel : America First. C’est simple : Trump part de l’idée que le reste du monde, le ROW,  profite, exploite, pille les Etats-Unis. C’est décliné sous toutes les formes.

Quelle est la réalité ? Celle qui est incontournable, puisqu’il suffit de lire les chiffres : les Etats-Unis vivent à crédit ! Ils maintiennent un niveau de vie supérieur à ce qu’ils peuvent s’offrir par eux-mêmes grâce au crédit. Les échanges commerciaux des USA sont structurellement déficitaires. Les USA échangent des biens réels, des biens et des services à bon compte, en contrepartie de reconnaissance de dettes. Reconnaissances de dettes dont la masse ne se réduit jamais et qu’ils n’ont visiblement pas l’intention de rembourser. En plus, ils ont quasi mis à zéro en réel le taux de l’intérêt, ces dettes ne leur coûtent rien !

Au stade où les USA en sont,  seul le public et les naïfs croient encore au mythe du remboursement, les créanciers eux, n’y croient plus. Le public américain ne sait faire qu’une chose : consommer, il est «accro» à la consommation, c’est culturel, c’est le sens de sa vie, si on ose dire. Comme le disait Arthur Burns : «on peut toujours compter sur le consommateur américain !»

Le niveau de vie américain ne serait pas ce qu’il est, si les producteurs du reste du monde (ROW) n’avaient pas un besoin impératif  de mettre leur population au travail afin de la faire tenir tranquille. Les échanges mondiaux, contrairement à la doxa, ne sont pas fondés sur les prix et la justice/équité,  mais sur la dissymétrie.  Les politiciens du ROW acceptent l’échange inégal, ils surexploitent leurs travailleurs  à des fins de stabilité sociale, et donc pour rester en place sans révolution. Sans être pendus.

Si Trump prenait vraiment les mesures qui découlent de ses présupposés, alors le niveau de vie américain s’effondrerait, soit par pénuries/rationnements, soit par inflation. Le protectionnisme, nous avons déjà développé cette idée, va finir par tuer, ce que l’on appelle Bretton Woods II, c’est à dire le recyclage des déficits américains et il va mettre fin au paradoxe du joueur de billes de Rueff.  Par ailleurs, les liquidités internationales vont se contracter, ce qui ne va pas favoriser les affaires.

Un choix plus protectionniste, plus isolationniste, est possible, mais alors, il faut dire la vérité au peuple américain : «il va y avoir un moment difficile à passer, un moment churchillien.» Le Free Lunch sur lequel les Américains se gavent depuis Nixon va disparaître, voilà ce qu’il faut oser dire à ses citoyens, cela aura des avantages, mais cela aura un prix. Il faudra ajouter et préciser : «nous bénéficions de Free Lunchs et nous sommes subventionnés, cela nous permet de maintenir notre niveau de vie élevé et aussi nos coûts de reproduction de la main d’œuvre bas».

Ce que Trump et ses conseils simplets et bien sûr le peuple ne comprennent pas, c’est que le système est dissymétrique au profit du plus fort, au bénéfice de celui qui fixe les règles du jeu et que ce système permet aux USA de pomper de la richesse réelle mondiale en échange de pseudo richesses virtuelles. En échange de vent.

Il faut oser dire aux citoyens américains : vous vivez à crédit, vous vivez d’importation du travail des autres, si vous voulez changer, alors, il vous faut épargner, apprendre, investir, produire.

Il faut les préparer à une baisse probable du dollar, du marché financier, des actions, des bonds, donc à l’inverse de l’effet de richesse.

Personne n’est préparé à cela ».

Bruno Bertez, le 31 janvier 2017

Rappels :

Le fondateur d’Alibaba aux Américains : Personne ne “vole” votre travail, vous dépensez trop en guerres

La bulle, arme atomique contre Trump et contre vous (B. Bertez)

Trump président : la victoire du peuple sur l’establishment US, pas sur les vraies élites mondialistes

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 52 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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14 commentaires pour L’erreur économique fondamentale de Trump (B. Bertez)

  1. zorba44 dit :

    Le constat est net et sans bavure …mais Trump a clairement indiqué que la valeur du dollar était trop élevée.

    Même un simplet économique sait ce que veut dire un dollar trop élevé : tous les produits d’importation vont s’apprécier, grosso modo, d’un pourcentage proche de la dévaluation – dans un premier temps. Dans un deuxième temps, le Duck a été très clair, les produits d’exportation américains se protégeront de droits de douane dans deux cas de figure : premièrement s’il y a dumping des exportateurs traditionnels, ensuite pour le second segment celui des exportations américaines si celles-ci ne font pas l’objet d’accords bilatéraux – en clair si les ricains trouvent qu’on n’achète pas assez leurs produits.
    A défaut d’accords on reste dans la guerre économique, même chose si les multinationales ne sont pas dociles et n’investissent pas dans la reconstruction des structures de production aux USA.

    On est entré dans l’air du « je te tiens, tu me tiens par la barbichette, le premier de nous deux… »

    Jean LENOIR

  2. Anabelle dit :

    C’est fou ce changement de discours de la part des escronomistes ces dernières années !!!
    Visiblement, ils ne supportent pas de n’avoir strictement rien compris dans leur discipline.

    Un peu comme O.Delamarche et ses petits copains qui sont les premiers à vomir sur la politique monétaire.
    Alors qu’ils étaient les premiers, en 2008 et 2009, à pleurer comme des enfants pour que les banques centrales impriment des billets.
    Certainement pour les sauver de leurs placements foireux…

    Heureusement que la population a la mémoire courte…

    Qui sont véritablement les traîtres ?

  3. Pollock dit :

    Plutôt que de chercher des boucs émissaires et se fâcher avec le monde entier, Trump devrait parler vrai aux américains, faire un état des lieux objectif de l’état de délabrement de l’économie , expliquer que le chemin sera long et douloureux mais que la renaissance est à ce prix. Pour l’heure , c’est tout le contraire et c’est de mauvaise augure pour la suite.

    • jeanmonti dit :

      Très juste Pollock, mais il vaudrait expliquer cela aussi en France…pour l’instant je ne vois personne !!!

      • zorba44 dit :

        Mais si, mais si… Filou premier …mais encore faut-il qu’il soit élu ce franc-maque pourri…
        ce chantre de la droiture en politique !

        Jean LENOIR

  4. lamourfou777 dit :

    Bonjour, en complément des informations d’Olivier, nous vous proposons avec son autorisation notre Revue de presse quotidienne :

    Revue de presse du jour comprenant l’actualité nationale et internationale de ce mercredi 1 février 2017

    Est disponible dans la section Revue de presse de Crashdebug.fr
    https://www.crashdebug.fr/revue-de-presse

    Et toujours des documentaires exclusif en intégralité :
    La Stratégie du Choc (Naomi Klein) : Le documentaire

    https://www.crashdebug.fr/dossiers/10685-la-strate-gie-du-choc-naomi-klein-le-documentaire

    Ainsi que l’actualité en temps réel 7j/7 et 24h/24
    https://www.crashdebug.fr/defcon-room

    Merci Olivier,

    Amicalement,

    f.

  5. Ping : L’erreur économique fondamentale de Trump (B. Bertez) |

  6. Saluons tout d’abord le courage d’un homme qui ose braver de front les élites mondialistes. Même si les Etats-Unis sont les principaux artisans de la construction mondialiste, il n’en reste pas moins que le peuple américain n’est pas forcément identifiable à ses élites corrompues, qui comme en Europe, ont trahi les intérêts vitaux de leur pays.

    Après tout, Trump est la figure de proue de la révolte populaire américaine, après des années de laminage économique provoquée par les élites mondialistes, qui ont décide de tiers-mondiser les Etats-Unis, sous prétexte de les insérer dans le nouvel ordre mondial onusien.

    Certes Trump est pris dans des contradictions dont il aura du mal à se dégager, à commencer par l’opposition du « big business » qui essaie de préserver par tous les moyens l’accès au marchés mondiaux qui ont été colonisées par les multinationales américaines sous la protection vigilante de l’OTAN.

    Mais il n’en reste pas moins que Trump essaie de redonner un pouvoir économique à des classes moyennes laminées par des décennies de trahison mondialiste. Trump se positionne résolument comme un libéral favorable à la libre entreprise sous la protection de l’Etat, qui se pose en garant de l’unité nationale contre les lobbies des multinationales et les organisations internationales qui essaient d’imposer la gouvernance mondialiste.

    « The power to determine the quantity of money… is too important, too pervasive, to be exercised by a few people, however public-spirited, if there is any feasible alternative. There is no need for such arbitrary power… Any system which gives so much power and so much discretion to a few men, [so] that mistakes – excusable or not – can have such far reaching effects, is a bad system. It is a bad system to believers in freedom just because it gives a few men such power without any effective check by the body politic – this is the key political argument against an independent central bank. »
    — Milton Friedman
    (1912-2006) Nobel Prize-winning economist, economic advisor to President Ronald Reagan, « ultimate guru of the free-market system »

    • lemodere dit :

      Milton Friedman est la référence absolue « des boys de Chicago ». Ce Monsieur a été responsable de toutes les tourmentes subies par l’Amérique Latine et ailleurs. Il n’y va pas par quatre chemins: Détruire tous les systémes pour les remplacer par un Etat zéro.On ne connait que trés bien les sinistres périodes où des gamins de Chicago ont été dépêchés pour servir de conseillers aux dictateurs et aux juntes militaires. Méme Margaret Thatcher a été appelée à faire quelque chose pour une totale dérégulation.L’opportunité lui avait été offerte par la guerre des Malouines.
      Ainsi toutes les déréglementations ont besoin d’une ‘thérapie de choc’ pour s’imposer quand le psychisme de la population est complètement happé par les événements délibérément provoqués

  7. The Real Story Behind Donald Trump’s Wealth

  8. Nanker dit :

    M. Jaisson content de vous revoir ici…

  9. lemodere dit :

    Les déclarations de M Trump ont fait trembler le monde. Il s’en est pris à tout le monde (voir lamrani.over-blog.com M Trump et l’insomnie du monde) que je viens juste de publier. Ensuite il serait question de publier un autre article dans deux jours au maximum intitulé « les USA disposent ils réellement de moyens assez coercitifs pour asservir le monde? où on aura la surprise de découvrir que les facteurs de puissance de l’Amérique sont en méme temps les causes de sa faiblesse. En résumé ce sont les USA qui ont plus besoin des autres et non pas l’inverse

  10. ta mère dit :

    Cet article est basé sur un point vue, il y en a d’autres, suffit de relever un peu la tête (au sens propre comme au sens figuré)
    Le citoyen américain va devoir produire, cad fabriquer des choses réelles dont les gens ont besoin. Ca tombe bien, ce que veulent les gens, c’est un vrai boulot (et pas un fucking job) et un salaire.
    Ensuite il va devoir consommer américain, cad acheter ce que son compatriote aura produit.
    Ca tombe bien, ce qu’aiment fondamentalement les gens, c’est le patriotisme.
    Et oui, ça va annihiler le commerce international et l’économie irréelle. Donc les dérives qui en découlent : l’exploitation des pays émergents, la dette, les produits dérivés, et toutes ces conneries qui sont en réalité des conséquences et non des causes, malgré ce que l’auteur et d’autres veulent nous faire croire.
    Et oui, ça va booster le commerce régional et l’économie réelle. Donc les bienfaits qui en découlent : la fierté, la dignité, la croissance.
    Ainsi les USA s’attaquent désormais aux causes et non aux conséquences : la stratégie est bonne et la spirale vertueuse.
    Si en plus l’état réduit les dépenses inutiles, taxe les produits dumpés et lance une campagne de grands travaux, comment voulez vous que ça se passe mal.
    Allez, plus haut le menton…

    • lemodere dit :

      Vous avez mentionné le travail avec une productivité: consommer ce qu’on a produit. C’est à partir de cette activité (produire et consommer) que l’on peut calculer le PIB. Mais comment peut on le calculer en présence des transactions financières stériles (ne produisant rien que du virtuel: spéculations diverses, marché à terme etc..) qui génèrent des milliards de dollars en une seule journée.
      Les forces réelles productives se retrouvent à la merci des spéculateurs réduisant à néant la fameuse théorie de l’offre et de la demande qui normalement se réalise entre des acteurs réels pour un besoin réel dans une situation de concurrence parfaite.
      Pour un changement profitant aux producteurs et consommateurs, l’élimination des intermédiaires parasites est obligatoire. Mais ceux ci ont déja pris le contrôle de toute la planète grace à la complicité directe et indirecte des dirigeants qui sont issus eux mêmes de ce milieu ou vont l’intégrer à l’expiration de leur mandat .OMC- CRDI et enfin le projet du Grand Marché Transatlantique « GMT » ne sont que des manifestations de la puissance d’un consortium qui sait ce qu’il fait au dépend des peuples plutot préoccupés par l’érosion du niveau de vie et par la précarité de l’emploi.

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