France : Encore une horrible campagne présidentielle – L’Etat profond monte à la surface (D. Johnstone)

Un excellent article, clair et pénétrant, de l’Américaine Diana Johnstone, l’auteur – notamment – de Hillary Clinton. La Reine du Chaos. OD

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« Comme si la campagne présidentielle américaine n’avait pas été assez pénible, en voici une autre : en France.

Le système en France est très différent du système américain, avec de nombreux candidats en concurrence sur deux tours, la plupart capable de s’exprimer fort bien, même parfois en abordant de vraies questions politiques. Leur temps de passage gratuit à la télévision réduit l’influence de l’argent. Le premier tour le 23 avril désignera les deux finalistes pour l’élection du 7 mai, ce qui permet un plus grand choix qu’aux Etats-Unis.

Et malgré la supériorité de leur système, les chefs de file de la classe politique veulent singer les mœurs de l’Empire, jusqu’à se faire l’écho du thème qui a dominé le show 2016 outre-Atlantique : les Russes diaboliques s’en prennent à notre merveilleuse démocratie.

L’imitation du système américain a commencé avec les « primaires » tenues par les deux principaux partis de gouvernement qui aspirent manifestement à devenir les équivalents des Démocrates et des Républicains dans un système à deux partis. Le parti de droite de l’ancien président Nicolas Sarkozy s’est déjà rebaptisé Les Républicains et les dirigeants du soi-disant parti socialiste n’attendent qu’une occasion de se proclamer Les Démocrates. Mais au train où vont les choses, ni l’un ni l’autre ne semblent sûrs  de l’emporter cette fois-ci.

Etant donné l’impopularité du gouvernement socialiste du président sortant François Hollande, les Républicains ont longtemps été considérés comme les favoris naturels pour battre Marine Le Pen, que tous les sondages donnent en tête au premier tour. Dans une perspective aussi prometteuse, la primaire des Républicains a suscité plus du double de votants volontaires (tenus de verser une menue obole et de faire allégeance aux « valeurs » du parti afin de pouvoir voter) que celle des socialistes. Sarkozy fut éliminé, mais plus surprenant, le favori le fut aussi, le fiable maire de Bordeaux Alain Juppé, qui caracolait en tête des sondages et des éditoriaux de la presse.

Les valeurs familiales de Fillon

En une surprenante manifestation de vaste désenchantement public envers la scène politique, les électeurs Républicains ont accordé la victoire haut la main à l’ancien premier ministre François Fillon, un catholique pratiquant à la politique domestique ultra-néolibérale : réduction de l’impôt sur les revenus des sociétés, coupes drastiques dans les allocations sociales, y compris l’assurance maladie – accélérant ce que les gouvernements précédents ont fait, mais plus franchement. Ce qui est moins conventionnel, Fillon condamne fortement la politique antirusse actuelle. Il dévie aussi de la détermination du gouvernement socialiste à renverser Assad en exprimant sa sympathie pour les chrétiens harcelés en Syrie et pour leur protecteur, qui se trouve être le gouvernement d’Assad.

Fillon a l’allure respectable d’une personne à qui on peut donner le bon Dieu sans confession. Comme thème de campagne, il a mis l’accent sur sa capacité vertueuse à lutter contre la corruption.

Mal lui en a pris ! Voilà que le 25 janvier, l’hebdomadaire semi-satirique Le Canard enchaîné a tiré les premiers coups de feu d’une campagne médiatique en cours conçue pour détruire l’image de Monsieur Propre, en révélant que sa femme, la Britannique Penelope, a reçu un salaire mirobolant pour lui servir d’assistante. Comme Penelope est connue comme femme au foyer qui élève leurs enfants à la campagne, l’existence de cet emploi est sérieusement mis en doute. Fillon a aussi rétribué comme avocat son fils pour des tâches non spécifiées, et sa fille pour prétendument l’aider à écrire un livre. En un sens, ces allégations prouvent la force des valeurs familiales du candidat conservateur. Mais sa cote a chuté et il risque des poursuites pénales pour fraude.

Le scandale est réel, mais le choix du moment est suspect. Les faits datent de plusieurs années, et le moment de leur révélation est bien calculé pour assurer sa défaite. En outre, le lendemain même des révélations du Canard enchaîné, une enquête judiciaire a été ouverte. Vu tous les tripatouillages non divulgués et les crimes de sang non résolus commis par ceux qui contrôlent l’état français au fil des années, surtout durant ses guerres à l’étranger, enrichir sa famille peut sembler relativement mineur. Mais ce n’est pas ainsi que le public le voit.

Cui bono ?

On tient en général pour acquis que, bien que la candidate du Front national, Marine Le Pen, soit constamment en tête des sondages, quiconque arrivera second l’emportera au second tour parce que la classe politique et les organes de presse établis se rallieront au cri de « Sauvons la république ! ». La peur du Front national comme « menace pour la république » est devenue une sorte de racket de protection pour les partis établis, puisqu’il stigmatise comme inacceptable un vaste pan de leur opposition. Dans le passé, les deux principaux partis ont été en connivence sournoise pour renforcer le Front national afin de prendre des votes à leurs adversaires.

De sorte que faire tomber Fillon accroît les chances que le candidat d’un parti socialiste à présent complètement discrédité puisse se retrouver comme par magie en seconde position, comme le chevalier qui pourfendra le dragon Le Pen. Mais qui, au juste, est le candidat socialiste ? Ce n’est pas clair. Il y a le candidat officiel du parti socialiste, Benoît Hamon. Mais le sous-produit indépendant de l’administration Hollande, Emmanuel Macron, « ni de droite ni de gauche », obtient le soutien de la droite du parti socialiste ainsi que de la plupart de l’élite globaliste néolibérale.

Macron est le vainqueur programmé. Mais d’abord, un coup d’œil à son opposition à gauche. Avec moins de dix pour cent de popularité, François Hollande s’est rendu à contrecœur aux objurgations de ses collègues pour éviter l’humiliation d’une cuisante défaite s’il briguait un second mandat. La primaire peu fréquentée du parti socialiste devait choisir le farouchement pro-Israélien premier ministre Manuel Valls. Ou sinon, sur sa gauche, Arnaud Montebourg, une espèce de Warren Beatty de la politique française, notoire pour ses liaisons romantiques et ses plaidoyers en faveur de la ré-industrialisation de la France.

Mais de nouveau, surprise ! Le vainqueur fut un terne et peu connu tâcheron du parti, Benoît Hamon, qui chevaucha la vague de mécontentement populaire pour apparaître comme un critique et une alternative « de gauche » à un gouvernement socialiste qui a trahi toutes les promesses faites par Hollande de combattre « la finance » et, au lieu de cela, a attaqué les droits des travailleurs. Hamon a pimenté sa revendication d’homme de gauche en présentant un truc à la mode ailleurs en Europe mais une nouveauté dans le discours politique français : « le revenu de base universel ». L’idée de donner à chaque citoyen une allocation, la même pour tous, peut sembler attrayante pour les jeunes qui ont de la difficulté à trouver un emploi. Mais cette idée, appuyée par Milton Friedman et les autres apôtres du capitalisme financier débridé, est en fait un piège. Le projet tient pour acquis que le non-emploi est permanent, contrairement aux projets visant à créer des emplois ou à partager le travail. Il serait financé en remplaçant toute une panoplie d’allocations sociales, au nom de « l’élimination de la bureaucratie » et de « la liberté de consommation ». Le projet achèverait l’affaiblissement de la classe ouvrière comme force politique, en détruisant le capital social commun représenté par les services publics, et en partageant les classes dépendantes entre travailleurs payés et consommateurs oisifs.

Il y a peu de chance que le revenu universel devienne un point sérieux à l’ordre du jour de la politique française. Pour le moment, la revendication de radicalité de Hamon sert à détourner les électeurs du candidat de gauche indépendant Jean-Luc Mélenchon. L’un et l’autre rivalisent pour le soutien des verts et des militants du parti communiste français, lequel a perdu toute capacité à définir ses propres positions.

La gauche divisée

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Photo © Stéphane Burlot

Orateur impressionnant, Mélenchon s’est fait connaître en 2005 en tant qu’opposant de premier plan à la proposition de constitution européenne, qui fut rejetée clairement par les Français dans un referendum mais fut néanmoins adoptée sous un autre nom par l’assemblée nationale française. Comme beaucoup de gens de gauche en France, Mélenchon est un ancien trotskiste (tendance posadiste, plus sensible aux révolutions du tiers monde que ses rivales) passé au parti socialiste qu’il a quitté en 2008 pour fonder le Parti de gauche. Il a sporadiquement courtisé le parti communiste à la dérive pour qu’il le rejoigne dans le Front de gauche, puis s’est proclamé le candidat pour la présidence d’un nouveau mouvement indépendant appelé « La France insoumise ». Mélenchon est combatif envers la presse française docile, alors qu’il défend des positions non orthodoxes, par exemple en faisant les louanges de Chavez ou en rejetant la politique étrangère russophobe actuelle de la France. Contrairement au conventionnel Hamon, qui suit la ligne du parti socialiste, Mélenchon veut que la France quitte l’euro et l’OTAN.

Il y a deux très fortes personnalités dans cette compétition: Mélenchon à gauche et son adversaire de choix, Marine Le Pen, à droite. Dans le passé, leur rivalité dans les élections locales les a empêchés l’un et l’autre de gagner, alors même qu’elle arrivait en tête. Leurs positions en matière de politique étrangère sont difficiles à départager : critique de l’Union européenne, désir de quitter l’OTAN, bonnes relations avec la Russie.

Comme tous deux dévient de la ligne établie, ils sont tous deux dénoncés comme « populistes », un terme qui en est venu à vouloir dire quiconque fait davantage attention à ce que veulent les gens ordinaires qu’à ce que l’Establishment édicte.

En matière de politique sociale, de préservation des services sociaux et des droits des travailleurs, Le Pen est bien à la gauche de Fillon. Mais le stigmate attaché au Front national comme parti d’extrême-droite demeure, bien que, avec son proche conseiller Florian Philippot, Marine Le Pen ait écarté son père, Jean-Marie, et ajusté la ligne du parti pour attirer les électeurs de la classe ouvrière. La principale relique du vieux Front national est son hostilité envers l’immigration, qui à présent se concentre sur la peur des terroristes islamiques. Les tueries terroristes de Paris et de Nice ont rendu ces positions plus populaires qu’elles ne l’étaient. Dans son effort de surmonter la réputation d’antisémite de son père, Marine Le Pen fait de son mieux pour courtiser la communauté juive, aidée par son rejet de l’islam « ostentatoire », allant jusqu’à réclamer l’interdiction de porter un foulard musulman en public.

Un second tour entre Mélenchon et Le Pen serait une rencontre entre une gauche ravivée et une droite revivifiée, un vrai changement loin de l’orthodoxie politique qui a aliéné une bonne partie de l’électorat. Cela pourrait rendre la politique excitante de nouveau. Alors que le mécontentement populaire envers « le système » grandit, il a été suggéré (par le mensuel non-conformiste Causeur d’Elizabeth Lévy) que l’antisystème Mélenchon pourrait bien avoir la meilleure chance de battre l’antisystème Le Pen en s’attirant les voix de la classe ouvrière.

Comment fabriquer un consensus

Mais l’establishment néolibéral, pro-OTAN et pro-Union européenne, s’active à empêcher que cela n’arrive. Sur toutes les couvertures de magazines comme dans tous les talkshows, les médias ont montré leur allégeance à un candidat modéré « Nouveau ! Amélioré ! » vendu au public comme un produit de consommation. A ses rassemblements, de jeunes volontaires soigneusement entraînés et placés en vue des caméras accueillent la moindre vague déclaration de l’orateur de clameurs délirantes en agitant des drapeaux et en scandant « Ma ! Cron ! Président ! » avant d’aller en boîte faire la fête offerte pour les récompenser. Jamais un candidat sérieux à la présidence n’a autant ressemblé à un robot, en ce sens que c’est une création artificielle conçue par des experts pour une tâche spécifique.

Emmanuel Macron était un banquier d’affaires de premier plan qui gagnait des millions au service de la banque Rothschild, quand, en 2007, à l’âge de 29 ans, ce brillant jeune économiste fut invité dans la cour des grands par Jacques Attali, un gourou immensément influent, dont le conseil depuis les années 1980 a joué un rôle central dans la conversion du parti socialiste au globalisme néolibéral procapitaliste. Attali le fit entrer dans son groupe de réflexion privé, la Commission pour la libération de la croissance française, qui avait aidé à la conception des « 300 propositions pour changer la France » présentées au président Sarkozy un an plus tard comme un projet de gouvernement. Sarkozy a échoué à les mettre en œuvre toutes, par crainte de révoltes syndicales, mais les socialistes soi-disant de gauche ont pu se permettre des mesures antisyndicales drastiques grâce à leur discours plus lénifiant.

Lequel discours fut illustré par le candidat présidentiel François Hollande en 2012 quand il suscita l’enthousiasme en déclarant dans une réunion publique : « Mon ennemi réel c’est le monde de la finance ! » La gauche applaudit et vota pour lui. Entretemps, par précaution, il avait dépêché Macron à Londres pour rassurer l’élite financière de la City qu’il ne s’agissait que d’un discours électoral.

Après son élection, Hollande fit entrer Macron dans son équipe. Ensuite, il lui fut confié un poste gouvernemental à consonance super moderne comme ministre de l’économie, de l’industrie et du numérique en 2014. Avec le charme terne d’un mannequin de grand magasin, Macron a éclipsé son irascible collègue, le premier ministre Manuel Valls, dans leur rivalité silencieuse pour succéder à leur patron, le président Hollande. Macron s’est acquis l’affection des grandes entreprises en donnant à ses réformes antisyndicales un air jeune, propre et « progressiste ». En fait, il a quasiment suivi l’agenda d’Attali.

Le thème, c’est « la compétitivité ». Dans un monde globalisé, un pays doit attirer du capital d’investissement pour être concurrentiel, et pour cela il est nécessaire d’abaisser les coûts du travail. Une façon classique de ce faire, c’est d’encourager l’immigration. Avec la montée des politiques identitaires, la gauche est mieux placée que la droite pour justifier une immigration massive en termes moraux, comme une mesure humanitaire. C’est une raison pour laquelle le parti démocrate aux Etats-Unis et le parti socialiste en France sont devenus les partenaires politiques du globalisme néolibéral. Ensemble, ils ont changé les perspectives de la gauche officielle de mesures structurelles promouvant l’égalité économique en des mesures morales promouvant l’égalité des minorités et de la majorité.

Seulement l’an dernier, Macron a fondé (ou on a fondé pour lui) son mouvement politique, baptisé « En marche ! » et caractérisé par des réunions publiques avec de jeunes groupies portant des T-shirts Macron. Au bout de trois mois, il a senti le besoin de diriger la nation et il a annoncé sa candidature à la présidence. De nombreuses personnalités ont déserté le bateau socialiste échoué et rejoignent Macon, dont la forte ressemblance politique à Hillary Clinton suggère que c’est lui qui peut montrer la voie afin de créer un parti démocrate français sur le modèle américain. Hillary a certes perdu, mais elle reste la favorite de l’OTANistan. Et bien évidemment, la couverture médiatique américaine confirme cette notion. Un coup d’œil au papier extatique de Robert Zaretsky dans Foreign Policy acclamant « le politicien français anglophone et germanophile que l’Europe attendait » ne laisse aucun doute : Macron est bien le chouchou de l’élite globalisante transatlantique.

Pour le moment, Macron est second seulement de Marine Le Pen dans les sondages, qui montrent aussi qu’il la vaincra haut la main au second tour. Toutefois, son charme soigneusement manufacturé est vulnérable à une plus grande information publique sur ses liens étroits avec l’élite économique.

La faute aux Russes

Face à cette éventualité, il existe une frappe préventive, importée directement des Etats-Unis : c’est la faute aux Russes !

Qu’ont fait les Russes de si terrible ? En gros, ils ont fait savoir qu’ils avaient une préférence pour des amis plutôt que pour des ennemis comme chefs de gouvernement. La belle affaire ! Les médias d’information russes critiquent, ou interviewent des gens qui critiquent, les candidats hostiles à Moscou. Rien de bien extraordinaire, là encore.

A titre d’exemple de cette ingérence choquante, qui prétendument risque de saborder la république française et les valeurs occidentales, l’agence d’information russe Sputnik a interviewé un membre républicain du parlement français, Nicolas Dhuicq, qui a osé dire que Macron pourrait être « un agent du système financier américain ». Ce qui est pour le moins évident. Mais le tollé qui en est résulté a fait l’impasse sur ce détail pour accuser les médias étatiques russes de « commencer à faire circuler des rumeurs selon lesquelles Macron a eu une affaire extra maritale homosexuelle » (The EU Observer, 13 février 2017). En fait, cette « calomnie sexuelle » circulait déjà surtout dans les milieux homosexuels de Paris, pour lesquels le scandale, s’il en est un, n’est pas l’orientation sexuelle prêtée à Macron mais plutôt le fait qu’il la nie. L’ancien maire de Paris, Bertrand Delanoë, était ouvertement homosexuel ; le bras droit de Marine Le Pen, Florian Philippot, est homosexuel ; en France, être homosexuel n’est pas un problème.

Macron est soutenu par un « lobby homo très fortuné », aurait affirmé Dhuicq. Tout le monde sait de qui il s’agit : Pierre Bergé, le riche et influent directeur commercial d’Yves Saint Laurent, la personnification du radical chic, farouche partisan de la gestation pour autrui, un sujet brûlant en France, et la vraie controverse derrière l’opposition ratée au mariage homosexuel.

L’Etat profond monte à la surface

L’étonnante adoption en France de la campagne antirusse américaine montre une lutte titanesque pour le contrôle de la « narration » – la version de la réalité internationale consommée par la masse des gens qui n’ont pas les moyens d’entreprendre leurs propres recherches. Le contrôle de la narration est le cœur critique de ce que Washington décrit comme sa « puissance douce ». La puissance dure peut livrer des guerres et renverser des gouvernements. La puissance douce explique aux quidams pourquoi c’était la bonne chose à faire. Les Etats-Unis peuvent littéralement tout se permettre aussi longtemps qu’ils peuvent raconter l’histoire à leur avantage, sans risque d’être contredits de façon crédible. En ce qui concerne les points sensibles du monde, que ce soit l’Irak, la Libye ou l’Ukraine, le contrôle de la narration est fondamentalement exercé par le partenariat entre les services de renseignement et les médias. Les services de renseignement écrivent l’histoire et les grands médias la racontent.

Ensemble, les sources anonymes de « l’Etat profond » et les médias de masse ont pris l’habitude de contrôler la narration racontée au public. Ils ne veulent pas abandonner ce pouvoir. Et ils ne veulent assurément pas le voir contesté par des outsiders – notamment par les médias russes qui racontent une histoire différente.

C’est une des raisons de la campagne extraordinaire en cours pour dénoncer les médias russes et autres médias alternatifs comme diffuseurs de « fausses nouvelles », afin de discréditer des sources rivales. L’existence même de la chaîne d’information internationale russe RT a suscité une hostilité immédiate : comment les Russes osent-ils se mêler de notre version de la réalité ! Hillary Clinton avait mis en garde contre RT quand elle était secrétaire d’état et son successeur John Kerry a dénoncé la chaîne comme « un mégaphone de propagande ». Ce que nous disons est vrai ; ce qu’ils disent ne peut être que de la propagande.

La dénonciation des médias russes et de la prétendue « ingérence russe dans nos élections » est une invention majeure de la campagne Clinton, qui a ensuite infecté le discours public en Europe occidentale. Cette accusation est un exemple évident de double standard, ou de projection, étant donné que l’espionnage américain de tous, y compris les alliés, et l’ingérence américaine dans les élections à l’étranger sont de notoriété publique.

La campagne dénonçant les « fausses nouvelles » émanant de Moscou bat son plein en France comme en Allemagne à l’approche des élections. C’est cette accusation qui empoisonne la campagne, pas les médias russes. L’accusation que Marine Le Pen est « la candidate de Moscou » est non seulement supposée ruiner ses chances, mais c’est aussi un ballon d’essai pour susciter une possible « révolution de couleur » si d’aventure elle gagnait l’élection du 7 mai. L’ingérence de la CIA dans les élections étrangères est loin de se limiter à des bulletins d’information controversés.

En l’absence d’une authentique menace russe en Europe, affirmer que les médias russes « empiètent sur notre démocratie » revient à désigner la Russie comme un ennemi agressif et, par-là même, à justifier l’énorme accroissement du potentiel militaire de l’OTAN dans le nord-est de l’Europe, ce qui ravive le militarisme allemand et dévie la richesse nationale vers l’industrie d’armement.

D’une certaine façon, l’élection française est une extension de l’élection américaine, dans laquelle l’Etat profond a perdu sa candidate préférée, mais pas le pouvoir. Les mêmes forces sont à l’œuvre ici, soutenant Macron comme un Clinton français, mais prêtes à stigmatiser tout opposant comme un instrument de Moscou.

Ce qui s’est passé ces derniers mois a confirmé l’existence d’un Etat profond qui est non seulement national mais transatlantique et aspire à être global. La campagne antirusse est une révélation. Elle révèle à bien des gens qu’il y a réellement un Etat profond, un orchestre transatlantique qui joue le même air sans chef d’orchestre apparent. Le terme « Etat profond » apparaît soudain même dans le discours des fidèles au système, comme une réalité qui ne peut être niée, même s’il est difficile de la définir avec précision. Au lieu de Complexe militaro-industriel, on devrait peut-être l’appeler Complexe médiatico-cum-renseignement-militaro-industriel (Military Industrial Media Intelligence Complex – MIMIC en anglais). Son pouvoir est énorme, mais reconnaître qu’il existe est le premier pas pour nous libérer de son emprise ».

Diana Johnstone, Counterpunch, le 17 février 2017

Traduit par Marcel Barang pour Arrêt sur Info

Articles de Diana Johnstone : http://arretsurinfo.ch/authors/diana-johnstone/

Lire aussi :

Présidentielle française : les Russes attaquent !

Quelques rappels :

Macron, hologramme de Hollande et de la finance mondialiste

Chez Macron tout est bidon

Fillon et Macron, le parti du pognon (B. Guigue)

Mondialisation 2.0 : Pourquoi le Système peut jouer la carte Marine Le Pen

Jacques Sapir : « La crise européenne profitera massivement à Jean-Luc Mélenchon et à Marine Le Pen »

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 52 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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23 commentaires pour France : Encore une horrible campagne présidentielle – L’Etat profond monte à la surface (D. Johnstone)

  1. Robert dit :

    Merci pour cette excellente synthèse. Tout est dit…

  2. Geraldine dit :

    Article limpide ! Merci Olivier.

  3. zorba44 dit :

    On ne peut qu’abonder dans le sens du commentaire de Robert. La mimique (traduction de MIMIC!) est un outil redoutable mais le tout est de savoir si les cerveaux apeurés des veautants ne vont pas se transformer en véritables électeurs faisant fi de la conformité et de la crainte du changement…
    Jamais deux sans trois… (merluchon ou le pêne là est la question !)
    …Acceptons en l’augure.

    Jean LENOIR

  4. Excellente analyse oui. Il est toujours intéressant de ce poser la question « cui bono » c’est même la seule qui vaille finalement se poser, dans ce système là, j’entends. Pas mal avait dit, qu’une fois la pantalonnade des « élections » piège à « ons » Zuniennes terminée. Le cirque électoral se déplacerait en France, puis au Mexique, puis au Canada… Voilà, voilà, voilà… Alors, même si j’espère qu’in fine les peuples se réveilleront et claqueront un NON aux museaux des bovins dominants ► https://jbl1960blog.wordpress.com/2017/01/12/lheure-du-reveil-des-peuples-a-sonne/ Je crois qu’on va subir le nouveau maitre, ou la nouvelle maitresse pour 2017 que les mougeons vont se choisir, mais pour autant, je continue d’affiner ma réflexion, hors système, puisque je suis une invisible. Et une fourmi ! Fourmi (dotée d’une conscience) nous sommes ; Fourmi nous demeurerons, comme me le faisait remarquer Résistance71 ce que j’ai intégré en conclusion de mon billet du jour ► https://jbl1960blog.wordpress.com/2017/02/21/addendum-au-pdf-des-extraits-du-livre-publications-du-dr-a-ezzat/ Qui m’embarque beaucoup plus loin que le bazar quotidien savamment orchestré pour nous maintenir dans l’illusion démocratique qu’est la votation par la bande de « ons » La Maréchal, nous voilà, incluse…

  5. JuifErrant dit :

    Magnifique article, merci ! Tout y est excellemment résumé.

  6. dvds dit :

    On finira surement et malheureusement avec un duel MLP – MACRON, et donc avec « le politicien français anglophone et germanophile que l’Europe attendait » comme président… Les casseroles de la famille LEPEN et leurs amis excessifs feront élire l’autre candidat comme toujours. Dommage que NDA ne soit pas plus visible et même bailloné par la presse soumise aux intérêts de la mondialisation. D’ailleurs TF1 ne le prévoit même pas dans son pseudo débat du 20/03. Hallucinant!

    • enzo dit :

      Pas du tout. Vous oubliez qu’il y a la possibilité (ce blog l’a exposé) que le système, ou son avant-garde londonienne, ait déjà choisi Marine Le Pen…

    • zorba44 dit :

      Ne pariez donc pas votre chemise sur le résultat d’autant que Bayrou pointe aussi son nez pour atomiser les résultats un peu plus…

      Jean LENOIR

    • @dvds

      Je ne crois pas qu’il y aura un second tour Le Pen-Macron, mais concernant le débat du 20 mars sur TF1 vous avez entièrement raison, c’est scandaleux. Et ça prouve une nouvelle fois à quel point les élections sont verrouillées par le système.

      Il y a les « GRANDS » candidats, c’est-à-dire ceux qui sont agréés par le système ; et les « PETITS » candidats, ceux dont on ne veut pas car ils risqueraient de troubler le jeu. Si les « petits » candidats parviennent, malgré les obstacles, à réunir les conditions requises, on s’arrange pour les neutraliser en réduisant leur exposition médiatique au strict minimum.

      Dans une démocratie réelle, TOUS les candidats qui ont obtenu les 500 parrainages (la date limite étant le 17 mars) seraient invités à participer à ce débat !

      Nicolas Dupont-Aignan : « J’appelle les Français à boycotter TF1 »

      Pour Nicolas Dupont-Aignan, la décision de TF1 est « une mauvaise nouvelle pour la démocratie. Cela veut dire qu’une chaîne privée sélectionne les candidats avant les Français », a-t-il insisté. « Et je remarque que le critère de sélection est totalement arbitraire puisqu’il repose sur les sondages et qu’ils ont pris ceux qui étaient au-dessus de 10%. Or, les primaires ont démontré que les Français désavouaient totalement les sondages. » [c’est que les sondages sont le plus souvent bidonnés ! OD]

      « C’est insensé ce qui se passe. Et moi j’appelle tous les Français à boycotter cette chaîne », a-t-il lancé mardi soir sur Europe 1. « Parce qu’ils vivent des recettes publicitaires. Et si chaque Français qui ne partage pas cette conception de la démocratie éteint son téléviseur au moment de cette recette publicitaire, on va revenir à la démocratie. »

  7. zorba44 dit :

    Election Trump …suite et fin ?!

    https://fr.news.yahoo.com/destitution-hillary-clinton-010500901.html

    Effet boomerang …en pleine poire des Clinton ! The Duck a lâché ses chiens…
    Avec pour conséquence, calmer les activistes démocrates !

    Jean LENOIR

  8. Ping : France : Encore une horrible campagne présidentielle – L’Etat profond monte à la surface (D. Johnstone) |

    • zorba44 dit :

      Excellent article, plein d’humour.. sur le néant ! Merci

      Jean LENOIR

      • le dodo dom dit :

        On remplace le « Zéro qui rit » par le néant (même assisté par le Blayrou): c’est vrai que ça va mieux en France dixit l’âne batte de l’Elysee sur sa fin; ouste, dehors; et vive MLP (Marine Le Plein 😉 )

      • le dodo dom dit :

        Ce matin, sur la RTS (radio (d’état) Suisse), à propos de « l’alliance » blayrou / macro,  » l’un est un peu à droite, l’autre est un peu à gauche »: c’est comme les Burnes, une de chaque côté de la bite! Ils sont malhonnêtes, je suis malpoli ! (hier, sans le vouloir, j’ai écrit macro, en oubliant le N (sans doute prémonitoire, le N de Néant ?)

  9. Pierson dit :

    – Article véridique : rien à retoucher ! Je voudrais pas paraître redondant.
    Bayrou ( combien de divisions ? lol !) se vend pour 1 plat de lentilles avant de dîner au Crif ( les absents gardent leurs chances pour l’élection pestilentielle ) dans la même soirée .. Macron reste la roue de secours l’Oligarchie alors que les autres tocards seront largués au 1er tour ( https://www.youtube.com/watch?v=2HG6orJMZl8&t=1s ). Mais ces partis discrédités ne sont pas propriétaires des voix de leurs électeurs écoeurés qui ont bien envie de les sanctionner. Je ne suis pas étonné de voir l’UE qui dirige tout, absente des mass-médias dans cette campagne.. mais la supercherie et les masques tomberont dès que l’UPR s’invitera dans cette campagne. Rien n’est définitif malgré leurs sondages bidonnés !

  10. salah dit :

    L’article résume assez bien le climat qui règne actuellement sur la scène politique et qui décrit en effet un système en pleine dérive totalitaire et les médias complaisants participent activement à la propagande.
    Cependant, il existe un parti o combien important que tous les grands médias feignent d’ignorer et lui appliquent une censure féroce, vraiment du jamais vu, parce que son président dit la vérité aux français et ce parti connait une ascension fulgurante malgré le silence des médias. ce parti c’est l’UPR et son président est François Asselineau. Il est le seul à s’adresser à l’intelligence des français en leur expliquant les causes réelles du désastre contrairement à tous les autres candidats qui trompent les français et leur promettent de faux espoirs.
    Je me permets aussi de rajouter (ou plutôt de rectifier) que Mr Mélenchon ne veut absolument pas que la France quitte l’UE ou l’Euro ni même d’ailleurs Mme Le Pen mais proposent de renégocier les traités, cela s’appelle mentir aux français car on ne peut changer les traités qu’à l’unanimité des 28 états membres, donc impossible.
    Le jour où Mr Asselineau apparaîtra devant les français, ça fera l’effet d’une bombe.

  11. ppm00 dit :

    J’avoue ne pas avoir tout lu. « Diviser pour régner » en résumé 😉 ça fonctionne encore…

  12. Robert dit :

    Olivier, vous ne pensez pas à un second tour MLP-Macron… Quel est votre pronostic ?

    • J’ai mis un billet sur MLP-Fillon ou MLP-Mélenchon (par exemple si Hamon/Jadot s’effacent à son profit).

      Cela dit, il peut se passer encore tellement de choses avec la bande de faussaires qui dirigent le pays…

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