Attali : « La prochaine crise financière »

Ecoutons Maître Jacques. Il écrit trop vite, sans se relire, dit souvent beaucoup de bêtises, propose des solutions inacceptables, mais dans son prêchi-prêcha mondialiste se nichent toujours quelques anticipations fondamentales, puisées à la source.  OD

« Etre optimiste, ce n’est pas penser qu’il n’y a pas de problèmes, mais que les problèmes ont une solution.
Ainsi de la plupart des enjeux que le monde affronte en ce moment. Tous, ou presque, sont immenses. Tous ont encore des solutions. Même les plus terribles, (tels l’asphyxie des océans, le réchauffement climatique, ou le manque d’eau potable) sont encore a notre portée.

A côté de ces enjeux majeurs, mettant en cause l’existence même de l’humanité et dont on commence a s inquiéter, il en est d’autres, plus circonscrits, dont on s’occupe moins encore, comme si le temps allait tout seul leur apporter une solution. Ainsi de l’accueil des migrants en Europe, qui arrivent de plus en plus nombreux, dont personne ne veut s’occuper, comme si le temps suffirait à régler leur situation dans un sens ou dans un autre. Il n’en est rien naturellement . Et il faudra bien, un jour, se décider a accueillir décemment ceux qu’evidemment on ne renverra pas dans l’enfer de leurs pays d’origine.

Parmi ces problèmes, il en est un dont on parle aujourd’hui encore moins que des autres: la prochaine crise économique et financière mondiale.

De fait, tout se passe comme si on pensait aujourd’hui qu’il n’y aurait plus jamais de crise économique et financière. Et que le risque était définitivement écarté.

De fait, aucun indice n’annonce son imminence :

La croissance semble partout de retour. Le chômage se réduit, plus ou moins vite selon les pays.
Des législations prudentielles ont tiré les leçons des crises précédentes, et créé les conditions d’une résilience des banques internationales, à qui on a imposé de disposer de davantage de fonds propres, par prudence.

Enfin, le progres technique semble annoncer un eldorado chaque jour plus merveilleux.

Et pourtant, il serait absurde d’imaginer que, dans la mondialisation sauvage actuelle, les crises financières soient a jamais exclues. Plus, même, les signes d’une crise prochaine sont bien la.

1. D’abord, la dette publique et privée est plus élevée que jamais, reportant sur les generations suivantes le financement du maintien de notre niveau de vie: l’endettement public et privé des 44 pays les plus riches atteint 235 % du PIB contre 190 % en 2007. En particulier, les dettes des étudiants américains et des banques chinoises sont hors de contrôle. Sans même compter les creances que les retraités feront valoir le jour venu, et que personne ne comptabilise.

2. Les valorisations des actions des entreprises sont demesurees. Et plus encore, les plus récentes fusions ou acquisitions se font à des multiples sans commune mesure avec les profits que ces firmes pourront jamais réaliser. Et ce sont ces valorisations, totalement artificielles, qui conduisent a ne pas s’inquiéter du montant des dettes dont elles sont les contreparties.

3. La législation américaine sur les banques, mis en place après la crise financière de 2007, va être allégée, donnant aux institutions américaines un avantage sur leurs concurrentes américaines et les poussant a prendre de nouveaux risques, alourdissant encore a terme l’endettement general.

4. Ni la croissance mondiale, ni l’inflation ne sont ni ne seront au rendez vous pour avaler de telles dettes.
Dans un mois, dans un an, dans dix ans, les prêteurs se rendront compte que leur creances pourraient ne pas être honorés et ils commenceront a prendre peur. Cela partira d’un incident plus ou moins mineur, en Italie, aux états unis, en Chine ou au Moyen Orient.

Les banques centrales arrêteront de se comporter comme des Madoff legaux et réduiront les credits gratuits qu’ils accordent aujourd’hui aux banques. Les gouvernements et les entreprises verront le coût de leurs emprunts augmenter massivement et certains devront faire des économies massives, sous peine de faillite. La crise reviendra, avec le chômage et la baisse du pouvoir d’achat.

Chacun, gouvernement, entreprise ou même particulier, peut encore s’y préparer : en réduisant d’urgence toutes les dettes a taux variables et en vendant ce qui doit l’être au plus haut.

Mais ces comportement , s’ils sont universels, précipiteront la crise, au lieu de la limiter. Comme dans une salle de bal où il y a une seule entrée: si tout le monde s’y précipite, la catastrophe devient inévitable.

Il serait donc temps d’organiser cela. De penser collectivement, calmement, à réduire l’endettement, et à mettre en place de vraies législations financières internationalement appliquées.

C’est de cela que le G20 aurait du parler. C’est de cela que les gouvernements devraient s’occuper, s’ils avaient vraiment a cœur l’intérêt des générations suivantes.

Naturellement, on ne le fera pas. Seuls les optimistes lucides s’en sortiront ».

Jacques Attali, le 24 juillet 2017

Rappels :

UE : Projet d’un gel préventif des dépôts pour éviter les paniques bancaires

Philippe Béchade : la finance ou le royaume des fake news

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 52 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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6 commentaires pour Attali : « La prochaine crise financière »

  1. A A à FBN dit :

    Si j’ai bien compris, il faut vite se barrer du bal de la spéculation boursière avant que le carrosse redevienne citrouille. Et faire vite car il n’y a qu’une seule porte de sortie avant le gel des comptes en banque.

    Vendez donc vos actions et placements boursiers ou autrement dit, vos pantalons unijambistes 😉
    tant que des cons veulent acheter.
    Et n’oubliez pas que dans peu de temps un compte courant dans une banque deviendra lui aussi un actif toxique.

    • rodez21 dit :

      @ A A à FBN

       »tant que des cons veulent acheter … »
      Avec de l’argent gratuit fourni par les banques centrales du monde entier.
      Ama les cons auxquels je pense, peuvent rester con bien plus longtemps que nous, nous pourrons rester solvables et le stock de pantalons pour unijambiste est je crois déjà bien shorté (sans jeux de mots).

       »Et n’oubliez pas que dans peu de temps un compte courant dans une banque deviendra lui aussi un actif toxique. »
      Mais c’est hélas, déjà le cas. Essayez donc de retirer 50 000 euros en espèces de votre compte bancaire ou de régler l’achat d’une voiture neuve en cash, passage obligatoire par la case TRACFIN.

  2. rodez21 dit :

    C’est somme toute plutôt drôle,

    Jacques ATTALI nous met en garde contre les effets délétères des politiques mises en place depuis des années par une oligarchie qu’il n’a jamais cessé de conseiller.

    Je le cite :  »Comme dans une salle de bal où il y a une seule entrée: si tout le monde s’y précipite, la catastrophe devient inévitable. »

    Je dirais plutôt qu’il y a plusieurs portes de sortie, seulement connues d’un tout petit nombre d’initiés.

  3. zorba44 dit :

    Franchement Jacou Attila-Attali, comme votre « fils » spirituel Macrophage, …tout et son contraire dans une même page.
    Qui va gagner : Docteur Jekyll ou Mr Hyde ?
    Parions voulez-vous ?!

    Jean LENOIR

  4. Nanker dit :

    « Jacques ATTALI nous met en garde contre les effets délétères des politiques mises en place depuis des années par une oligarchie qu’il n’a jamais cessé de conseiller »

    De SON point de vue ça n’est pas contradictoire puisqu’il ne vise pas l’intérêt général mais celui du 1% : les bulles qui ont éclaté en 2008 ont auparavant permis à ses amis de gagner des milliards. Et la politique du taux 0% mise en place pour sortir de cette crise ont encore permis aux potes d’Attali de s’en mettre plein les poches.

    Maintenant Jacquot leur dit : « sortez du risqué (la Bourse) placez tout sur du sûr (les obligations allemandes) . Vous ferez un malheur quand les indices boursiers auront baissé de 40% et que vous raflerez des paquets d’actions à prix bradés ».

    Et c’est ce qui va se passer…

    • rodez21 dit :

      Et c’est ce qui va se passer…
      Jacquot lirait-il dans le marc de café ?
      La BCE, la FED, la BOJ s’apprêteraient-elles à refermer le robinet à liquidités …
      Se serait on lassé de racheter les titres des sociétés que ces messieurs dirigent, veulent-ils rafler la mise ?
      Pour sortir de la crise de 1929, il a fallut une guerre pour relancer le marché.

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