3 contre-vérités économiques avec lesquelles la génération Y a grandi…

Un petit article sympathique, qui va dans la bonne direction à défaut d’aller totalement au fond des choses… OD

« Un flux informatif continue de conditionner notre esprit critique et participe à l’acceptation de mesures économiques qui sont pourtant néfastes pour le plus grand nombre.

Qu’on le veuille ou non, nos opinions politiques sont formatées par ce que nos gouvernants nous rabâchent dans les médias au quotidien.

A tel point que de nombreuses contre-vérités aient pu se propager et devenir consensuelles auprès de ma génération sans qu’aucune preuve scientifique ou empirique ne soit venue les confirmer.

Un flux informatif qui continue de conditionner notre esprit critique, qu’importe le niveau d’études qui est le nôtre et qui participe à l’acceptation de mesures économiques qui sont pourtant néfastes pour le plus grand nombre.

Voici donc 3 contre-vérités, généralement méconnues de ma génération et qu’il est urgent de démystifier :

Assouplir le code du travail ne réduit pas le chômage

Nos gouvernements successifs nous ont rabâché depuis 20 ans que la seule solution pour faire baisser le chômage de masse passait par assouplir le droit du travail et ainsi « libérer les énergies ». L’exemple allemand étant souvent cité comme un cas évident de succès dans ce domaine.

Ma génération a donc grandi avec cette idée que le droit du travail serait trop protecteur, contraignant et que cela empêchait les patrons d’embaucher.

Une excellente aubaine pour tous ceux qui s’efforcent d’induire dans notre schéma de pensée la flexi-sécurité comme condition sinequanone pour le redémarrage de la machine économique.

Alors que la vérité se trouve ailleurs.

Depuis 30 ans, les études faites sur le sujet par la Banque Mondiale, le FMI ou encore l’OCDE n’ont mis en évidence aucune influence de ces mesures sur la baisse du chômage et nous disent même, à l’inverse, que la fléxi-sécurité s’avère être surtout un catalyseur de précarité et d’inégalités de revenus, et la réalité allemande en est même le meilleur exemple.

En effet, l’Allemagne de Merkel, son taux de croissance enviable de 1,9%, son excédent commercial record (252,9 Md€) et son taux de chômage au plus bas (5,8%) cache surtout une explosion de la précarité sans précédent. 30% des allemands se situent en effet en dessous du seuil de précarité, tout en possédant un emploi.

Une situation qui s’explique entre autres par les réformes du marché du travail menées par l’ancien chancelier Gerhard Schröder et en particulier par la création des emblématiques mini-jobs non soumis aux cotisations sociales. Très proche idéologiquement du projet présidentiel d’Emmanuel Macron, et dont l’ubérisation en est une forme encore plus évoluée (dégradante ?).

Aucune évidence ne prouve donc que la révision de nos acquis sociaux favoriserait la baisse du chômage, et pourtant notre gouvernement continue son forcing idéologique avec la prochaine loi du travail, qui vise surtout à créer une pression sociale supplémentaire sur les travailleurs.

Une réalité qu’il est important de savoir dénoncer !

La dette n’est pas due à un Etat français trop dépensier

Autre mythe qui a grandi avec ma génération et que l’on doit aussi au prêt à penser, c’est cette idée que l’Etat français vit au dessus de ses moyens.

A l’image d’un bon père de famille, on nous a rabâché au quotidien que l’état français dépenserait plus que ce qu’il collecte, et que par conséquent, il devrait désormais accepter de réduire son train de vie.

Voici un argument rempli de bon sens auquel n’importe qui pourrait y adhérer, et qui permet depuis des décennies de légitimer des coupes budgétaires indécentes dans l’éducation, la sécurité, l’innovation, la santé ou le social, notamment.

Alors que s’il est vrai que le budget de l’État est en déficit depuis 25 ans, et que la dette publique représente aujourd’hui 98 % du PIB (vs 20% en 1974), ce que l’on sait moins c’est que pour comprendre ce déficit, il ne faut pas regarder vers les dépenses, mais plutôt vers les recettes.

Comme le dit très bien Patrick Saurin, depuis 30 ans, les dépenses de l’État sont restées globalement stables. Elles ont même plutôt baissé (-3pts du PIB) et ce sont, à l’inverse, les recettes qui ont elles chuté, avec une diminution drastique du montant d’impôts collectés par l’État, dû aux cadeaux fiscaux faits par les gouvernements successifs.

L’État s’est en effet, volontairement séparé d’une importante source de recettes, (488 milliards € ces 30 dernières années), sans oublier l’évasion fiscale, évaluée pour la France, entre 60 et 80 milliards d’euros par an.

Une réalité que l’on est très peu de ma génération à réussir à décrypter, ce qui continue de faire propager le mythe de l’état trop dépensier sans qu’il soit justifié.

Les cadeaux fiscaux aux entreprises ne créent pas plus d’emplois

Une des raisons qui ont poussé l’Etat français à autoriser autant de cadeaux fiscaux (et qui ont engendré la dette que l’on connaît aujourd’hui), c’est ce que nos politiques appellent « l’aide à l’emploi ». L’idée selon laquelle, des cadeaux fiscaux aux entreprises seraient nécessaires pour relancer l’emploi.

Ainsi, nous avons vu mandat après mandat, nos gouvernants justifier les crédits d’impôts et autres boucliers fiscaux, par cette nécessité absolue de donner à ceux qui ont les clés de la machine économique, plus de moyens pour qu’ils puissent se décider à l’activer.

Ce fut bien évidemment un leurre et le CICE en est le meilleur exemple.

Ce cadeau fiscal de 41 milliards d’euros, fait chaque année aux entreprises, instauré par Hollande et son Ministre de l’économie Emmanuel Macron, pour dynamiser le recrutement, s’avère aujourd’hui être un échec cuisant, n’ayant absolument pas fait augmenter le nombre de postes crées (le chômage ayant augmenté de 30% au cours du dernier mandat).

Alors qu’un calcul rapide (proposé par osonscauser.com) permet à chacun de comprendre que ces 41 milliards, s’ils avaient servi à embaucher des fonctionnaires au salaire médian, auraient, par conséquent, permis de créer environ 2,5 millions d’emplois publics, et pour ainsi dire, résorbé le chômage en France.

Nous avons donc ici un cas flagrant, de cadeau fiscal ayant augmenté la dette et n’ayant pas apporté aucun résultat pour l’emploi.

Mais, comme pour d’autres mesures similaires engagées par les gouvernements précédents, et comme le dit très bien Paul Jorion, la réalité c’est que ces cadeaux fiscaux bénéficient essentiellement les grands groupes et finissent la plupart du temps par financer des dividendes à leurs actionnaires, plutôt que la création de nouveaux emplois.

Une réalité qui reste souvent trop opaque à ma génération habituée au prêt à penser et qui a pourtant des conséquences pratiques sur le quotidien de chacun d’entre nous.

En bref :

Ce n’est pas le code du travail qui est trop strict et qui empêche les entreprises d’embaucher d’une façon générale. La flexi-sécurité n’est donc pas la solution pour résorber le chômage.

Le travail disparaît, se raréfie, et au lieu de voir en la précarité une façon de responsabiliser les individus et les opposer les uns aux autre, il grand est temps pour notre génération d’envisager la fin du travail comme un projet collectif, ou la collectivité doit financer un revenu décent (food stamps, etc…) pour ceux dont le travail aura été remplacé par la machine ou le logiciel.

Et pour cela, il nous faut un Etat plus fort, capable de lutter pour les intérêts de tous à l’inverse des politiques économiques actuelles.

Pour qu’il y ait un Etat plus fort, il est indispensable de dénoncer le mensonge de la dette qui fragilise notre pays, justifie les coupes budgétaires et des cadeaux fiscaux infertiles pour l’économie.

A l’inverse, notre génération doit se mobiliser pour disposer davantage de moyens afin d’être en mesure de financer les palliatifs aux injustices sociales que crée la mondialisation, et cela passe par plus d’investissement dans l’école, la santé, le social, et les aides à l’innovation ».

Michael Dias, Hufftington Post France, le 17 octobre 2017

Quelques rappels :

Eloi Laurent : « En 40 ans, aucune baisse du chômage n’a jamais été liée à la flexibilité »

Comment récupérer 200 milliards d’euros sans imposer aux Français une cure d’austérité

Macron offre une Porsche Cayenne à 280.000 Français ! Les plus riches, évidemment…

Tout ce qui ne va pas dans l’économie… en un graphique

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 52 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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17 commentaires pour 3 contre-vérités économiques avec lesquelles la génération Y a grandi…

  1. Bernie dit :

    Bien vu l’article, bonne introduction au décrassage des esprits.

    Espérons que ça augure d’une prise de conscience plus large !

  2. lorsI dit :

    la dette est due a la loi du 3janvier 1973 dite pompidou /giscard

    • zorba44 dit :

      C’est bien de le rappeler car c’est parfaitement exact. Cette année-là des traîtres à l’intérêt de la France ont confié la dette aux banques.

      Jean LENOIR

    • patrick dit :

      Cette loi n’y est pour rien , elle ne faisait que reprendre et mettre noir sur blanc des procédés déjà utilisée.
      N’oublions pas le fait principal de cette période : le premier choc pétrolier avec la fin progressive de l’énergie abondante et quasiment gratuite sur laquelle repose notre mode de vie. Aucun gouvernement n’ayant le courage d’annoncer que la fête est finie , il a fallu s’endetter pour compenser.

    • asics13 dit :

      Et Rothschild.

  3. zorba44 dit :

    Diminuer les salaires, diminuer les recettes de l’Etat, c’est donc et seulement diminuer les revenus disponibles pour vivre. Au bout de cela la balance se fait avec l’augmentation du chômage en truquant honteusement les statistiques.

    A terme tout devient flat ! y compris …l’encéphalogramme !

    Jean LENOIR

  4. xavib dit :

    Le problème central n’est pas trop de dépenses publiques mais pas assez de recettes fiscales c’est exactement ça.
    Et on sait d’où ça vient.

    • patrick dit :

      pourquoi dépenser de l’argent que l’on n’a pas ?
      si les recettes baissent il faut baisser les dépenses ou s’endetter, pas plus compliqué que ça
      on peut aussi se poser la question du rôle de l’état et le imiter au strict nécessaire en supprimant tous les trucs et les machins qui ne font que gaspiller l’argent du contribuable sans rien lui apporter.

  5. brunoarf dit :

    République tchèque : résultats des élections législatives :

    Le mouvement populiste du « Trump tchèque » remporte les législatives.

    1- Le mouvement populiste ANO du milliardaire Andrej Babis a remporté haut la main les élections législatives de vendredi et samedi en République tchèque en raflant 29,6% des suffrages exprimés,

    2- les libéraux du Parti démocratique civique (ODS) sont crédités de 11,3%,

    3- la version tchèque du Parti pirate obtient 10,8 %,

    4- la formation d’extrême droite Liberté et démocratie directe (SPD) obtient 10,6%,

    5- le Parti social démocrate (ČSSD) du Premier ministre sortant, Bohuslav Sobotka, tombe à 7,3%, son score le plus bas depuis 1993 et la dissolution de la Tchécoslovaquie,

    6- les chrétiens démocrates (KDU-ČSL), partenaire de Sobotka dans la coalition sortante, ne sont crédités que de 5,8% des voix.

    http://www.rts.ch/info/monde/9018379-le-mouvement-populiste-du-trump-tcheque-remporte-les-legislatives.html

  6. SC dit :

    Un tissu d’anneries, ça commence fort avec « le budget de l’État est en déficit depuis 25 ans » ou « depuis 30 ans, les dépenses de l’État sont restées globalement stables. Elles ont même plutôt baissé »

    • Bernie dit :

      Des centaines de milliards qui échappent à l’impôt dans les paradis fiscaux et autres niches fiscales, ça vous dit quelque chose?

      Plus les 50 milliards annuels de dépenses budgétaires qui vont directement dans les caisses des banques privées au titre des intérêts de la dette… alors que la Banque de France avançait autrefois ces sommes au Trésor à intérêt quasi nul… est-ce que ça vous parle aussi ?

      • patrick dit :

        Une partie de la dette est de l’assurance vie , les intérêts permettent de rémunérer cette épargne mais en cas de défaut ( probable ) sur la dette les épargnants français seront ruinés.

    • patrick dit :

      45 ans de déficit , et 57% du PIB en dépenses publiques 🙂
      on hurle sur 41 milliards du CICE , la cour des comptes a révélé que les entreprises acquittaient 233 taxes et contributions diverses et variées pour 776 milliards d’euro !!! nous sommes en pleine tempête d’ultra-libéralisme sauvage.

  7. Jojo dit :

    « flexibilité » c’est le petit nom qui se veut rassurant de l’esclavage de la force de travail (ou « ressources humaines » comme disent les actionnaires)
    A force de flexibilité on en arrive à tous les droits pour l’employeur , zéro droit pour l’employé ; la caricature de cette situation étant l’incroyable « contrat zéro heure »….

  8. téléphobe dit :

    Contrat Zéro Heure + Taux négatifs + Migrons par millions => Plein Emploi !?!?
    Le ‘think-tank’ « Téléphobe Stratégie » va soumettre au gouvernement une directive qui stipule que, je cite : « Seuls ceux qui travaillent gratuitement auront désormais le droit de ‘veauter' ». ;o)

  9. hugeus dit :

    « Pour qu’il y ait un Etat plus fort ».
    Tout est résumé en une phrase ! Donc 57% ce n’est pas assez, c’est ça ? Quand on sera à 100%, tout ira mieux ! Mais alors, que n’émigrez-vous au Venezuela ? Du grand n’importe-quoi. Après ceux qui ont nuit debout, voilà la diarrhée verbale de ceux qui continuent de nuire, mais assis derrière leur ordinateur.
    Que se passe-t-il dans la tête du patron du blog pour diffuser un article pareil… C’est un test pour mesurer le taux d’absurdité que vos lecteurs sont capables d’avaler ? Pas compris…

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