Politiques : le juteux business des conférences

Grasses prébendes pour services rendus à la patrie aux lobbies…  OD

« Barack Obama, qui était samedi à Paris, monnaie désormais fort cher ses interventions. Une pratique anglo-saxonne de moins en moins taboue chez nous.

Un discours de moins d’une heure pour 400 000 $ (336 200 €) : beaucoup d’ex-chefs d’Etat en ont rêvé, Barack Obama l’a fait. Samedi, à la Maison de la radio (Paris XVIe) où il a prononcé son speech, l’ancien président américain a fait un tabac. Les Napoléons, ce réseau d’influence créé par des publicitaires français, n’ont pas regretté le cachet de superstar qui a été déboursé (mais par qui ?) pour une telle exclusivité. «Mais tout le monde est gagnant, explique un lobbyiste parisien spécialiste de ce type d’événements. Obama, qui pourra ainsi financer sa future fondation. Les organisateurs, qui ont vu affluer les médias. Leurs clients et invités, qui seront reconnaissants d’un moment si prestigieux.»

En France, ce recyclage de grands leaders politiques — plus ou moins — retirés de la vie publique en conférenciers de luxe reste assez inhabituel. Mais dans le monde anglo-saxon, ce business a pignon sur rue. Vous voulez vous «payer» un (ex)-maître du monde pour une conférence ou un colloque ? Consultez sur Internet le catalogue du Washington Speakers Bureau. Y figurent George W. Bush, Bill et Hillary Clinton, Jimmy Carter (ex-président et Nobel de la paix), les Britanniques Tony Blair ou David Cameron, l’ex-patron de la Commission européenne José Manuel Barroso ainsi que… Nicolas Sarkozy et François Hollande. Une fois votre choix effectué, cliquez sur le tarif que vous êtes prêt à consacrer. Trois catégories : de 7 500 à 15 000 $ (6 300 à 12 600 €), de 15 000 à 40 000 $ (de 12 600 à 33 600 €), plus de 40 000 $. Inutile de préciser que, pour les têtes d’affiche, c’est la dernière qu’il faut cocher. «Clinton ou Blair, parmi les plus prisés, facturent de 150 000 à 250 000 €, voire beaucoup plus, leurs prestations », reprend notre spécialiste. Champion du genre, Bill Clinton aurait ainsi amassé depuis son départ de la Maison-Blanche en 2001 plus de 75 M$ (63 M€), selon CNN.

Les folles prétentions de l’ex-président Lula

Attention toutefois à ne pas être trop gourmand. «Nous souhaitions avoir l’ancien président du Brésil Lula pour un colloque sur la pauvreté et le Nouveau Monde, raconte un communicant français. Son agent a commencé par demander 80 000 €, nous avons réussi à baisser à 70 000. Mais il a alors réclamé des billets d’avion pour son entourage, une suite dans un palace parisien, faisant grimper l’addition à 120 000 €. Du coup, on s’est rabattu sur un Prix Nobel, moins cher et moins exigeant.» Sur ce marché à part, tout se négocie. «C’est un package, détaille un praticien. Il y a le tarif pour le discours — une heure/une heure et demie — puis on ajoute un petit déjeuner ou un dîner en comité restreint offert par l’entreprise commanditaire à son top management ou ses clients fidèles, soit 10 000 à 20 000 € supplémentaires.»

Côté français, Giscard a été le premier président à suivre les traces des Anglo-Saxons… mais en toute discrétion. «A l’époque, un homme politique entamant une seconde carrière en monnayant son prestige, c’était un mélange des genres très mal vu», confie un ex-ministre de Mitterrand… qui donne lui-même des conférences. Et Alain Juppé ne soulignait-il pas récemment que lui, lorsqu’il s’exprimait devant un cercle privé, «c’était gratuit». Une façon de critiquer sur ce terrain de l’argent son rival Sarkozy.

Ce dernier et son successeur François Hollande sont désormais en pointe sur ce marché. «Leurs échecs électoraux ne jouent pas, leur valeur internationale est déconnectée de leur valeur interne, décrypte non sans cynisme un spécialiste. Chez nous, personne ne paierait pour les écouter, mais à l’étranger tous deux gardent l’image de présidents qui ont géré des crises dures : Géorgie, Libye, Mali, terrorisme…» De même, un Védrine ou un Villepin, qui incarnent un certain âge d’or de la diplomatie française, sont assez cotés — même si un ex-ministre vaudra toujours moins qu’un ex-chef d’Etat ».

Henri Vernet, Le Parisien.fr, le 3 décembre 2017

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 54 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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12 commentaires pour Politiques : le juteux business des conférences

  1. josephhokayem dit :

    A reblogué ceci sur josephhokayem.

  2. ZyklonB@msn.com dit :

    Cf. Mon précédent message. Tous ces Untermenschen auront des comptes à rendre le moment venu et le moment avance, avance… Bien plus vite qu’ils ne l’imaginent…

  3. SOS dit :

    Le règne du fric et la trahison de ses concitoyens comme mode privilégié d’enrichissement. Beurk….

  4. zorba44 dit :

    Vous donnez combien au signataire pour aller leur flanquer un pain sur leur sale gueule ?!

    Jean LENOIR

    • Dom le dodo dit :

      Mais Jean, vous n’êtes pas assez connu (anciens chefs des tas ou 1er sinistres); cependant,, on pourrait y aller ensemble!
      Euh aussi, permettez-moi de vous reprendre sur l’orthographe: « sales gueules » ça prend un S, non?

  5. 20-100 dit :

    Il faut étudier sérieusement la mécanique de ces conférences de politiciens à la retraite. Il est fort probable qu’il s’agisse de corruption inversée. Au lieu de rémunérer les politiciens avant qu’ils n’agissent, les corrupteurs les rémunèrent in tempore non suspecto, à savoir une fois les politiciens partis à la retraite.Ils ont servi la cause, ils reçoivent leur matabiche sous forme de rémunérations farfelues pour des conférences ridicules, c’est déclaré publiquement et c’est tellement énorme que ça paraît normal…

    • Oui, c’est exactement ce que je laissais entendre dans ma phrase liminaire… Merci d’avoir développé, c’est encore plus clair ainsi.

    • gérard dit :

      c’est ce que Marc Dugain l’écrivain,décrivait dans sa récente trilogie politique.Ces conférences sont effectivement du blanchissement de commissions.A partir du moment ou le lobbyisme est devenu un métier officiel et respectable,rien de trop étonnant.Un de ceux qui a donné le plus de conférences est il me semble Tony Blair avec Bill Clinton aussi.

  6. brunoarf dit :

    Partout, les nationalistes explosent leur score.

    Le XXIe siècle sera nationaliste.

    Dans les années qui viennent, les passions nationalistes vont disloquer les constructions politiques déjà existantes.

    Préparons-nous à subir toutes ces dislocations.

    Lundi 4 décembre 2017 :

    Corse : les nationalistes en tête au 1er tour des élections territoriales.

    La liste nationaliste Pè a Corsica (Pour la Corse), qui rassemble les autonomistes de Gilles Simeoni et les indépendantistes de Jean-Guy Talamoni, devance celle de la droite régionaliste de Jean-Martin Mondoloni.

    La nouvelle instance inédite corse, née de la fusion des deux conseils départementaux et de la collectivité territoriale, sera-t-elle aux mains des nationalistes ? Il y a de fortes chances à en croire les résultats définitifs du premier tour des élections territoriales.

    https://www.lesechos.fr/politique-societe/regions/030974287701-corse-les-nationalistes-en-tete-1er-tour-des-elections-territoriales-2135256.php

  7. Nanker dit :

    Je ne suis pas un homme d’argent 😆 aussi ce que je retiens c’est l’incroyable veulerie de notre classe politique française qui va se prosterner devant Obama en réclamant son susucre.

    Obama le « droneur » en chef qui a fait des milliers de victimes innocentes aux 4 coins de la planète sous prétexte de lutte contre le terrorisme… On fait de Poutine un réprouvé alors qu’il a fait 10 fois moins de victimes collatérales en Syrie mais Obama est lui considéré comme un messie par des crétins comme Hollande ou Hidalgo.
    L’Histoire jugera cruellement ce couple d’abrutis… Quant à Obama le Gandhi des bobs-crétins il est intouchable.

  8. Tourange dit :

    Les Napoléons ,c’est bien trouvé si l’on songe à l’état de la FRANCE après le passage du corse .

  9. Dom le dodo dit :

    Voudrai bien m’en payer un, des (ex)-maitres du monde, serai même prêt à y mettre deux balles (par tête de pipe); 10 et le onzième est gratuit?
    … A moins que… Frère Guillotin… Prends-toi z’en mains, c’est ton destin ! (Souhaitons que ce soit pour bientôt)

    Pour La Tache Qui Rit de Tulles, en m’attaquant allah finance, j’irai même jusqu’à une ‘pièce de 7,50 euros’, mais c’est perso que je la mettrai dans la ‘tirelire’, histoire de réduire les coûts!;-)

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