Qui se cache derrière la censure sur Facebook ?

« C’est une information passée quasiment inaperçue. Le 8 février 2017 Facebook annonçait la signature d’un partenariat avec huit médias français pour lutter contre les « fake news » (1). Ces huit médias sont l’Agence France-Presse (AFP), France Télévisions, France Médias Monde (France 24, RFI), BFM-TV, L’Express, 20 Minutes et nos deux préférés, Le Monde et Libération, créateurs du Décodex et de CheckNews. Pour résumer on y retrouve les médias d’État et d’autres qui appartiennent à l’oligarchie. De quoi garantir une indépendance totale au moment de vérifier tel ou tel contenu… Cet accord avec le géant américain est une grande victoire pour les médias mainstream qui n’ont cessé de dénoncer les « fake news » qui circulent sur le réseau social et qui ont, selon eux, notamment contribué à l’élection de Donald Trump. Ce dispositif a d’ailleurs été mis en place dès décembre 2016 aux États-Unis.

Il suffit seulement que deux des huit médias établissent qu’un contenu est « faux » pour que celui-ci soit noté comme « contesté » (voir photo) et que les algorithmes réduisent ou bloquent la propagation du « fake ». Selon Jérôme Fenoglio, directeur du « Monde », c’est même cet élément qui les a décidés. « Pour la première fois, il serait possible d’agir sur un algorithme quand un contenu pose un problème éditorial. » (1) Nous sommes heureux d’apprendre que nos « grands médias » français sont donc totalement opposés à la neutralité du net mais aussi qu’il y a bien une ligne éditoriale qui poserait un problème. Mais à qui ?!

C’est donc entre les mains des Décodeurs de Samuel Laurent et d’un journal qui a titré « Faites ce que vous voulez mais votez Macron » (6) que tient désormais notre liberté de nous informer sur un réseau social qui est devenu une véritable source d’information à part entière. Notez d’ailleurs que Facebook les présente comme des organismes vérificateurs « indépendants ». Mais indépendants vis-à-vis de qui ?

Le Canard Enchainé du 3 janvier 2018 (7) révèle également que Facebook rémunère désormais les vérificateurs et met à jour un intéressant conflit d’intérêts, le vice-président de Facebook Workplace chargé des partenariats, Julien Codorniou, est aussi… membre du conseil de surveillance du journal Le Monde (2) ! Bref, « un beau conte de fake » comme l’a titré le palmipède.

Google n’est pas en reste, puisqu’il a aussi participé à un programme de « fact checking » (vérification des faits) nommé « Crosscheck » en partenariat avec seize médias français, pendant la campagne électorale. À noter que le moteur de recherche en situation de quasi monopole considère de fait les articles des médias « alternatifs » comme « non fiables » et les rétrograde dans le référencement, alors que les articles des médias « dominants » sont mis en avant dans l’onglet « Actualités ». Via son Fonds pour l’Innovation Numérique de la Presse (FNIP), Google a d’ailleurs financé… le service de démontage de rumeurs du « Monde », Décodex, fin 2016 (4). La boucle est bouclée !

Ces dernières semaines la censure est passée à la vitesse supérieure avec de très nombreuses fermetures de pages et profils bloqués, la plupart en lien avec la mouvance antisioniste de l’idéologue controversé Alain Soral.

Dans le même temps les « grands médias » ont reçu un soutien de poids en la personne d’Emmanuel Macron, qui a annoncé une loi contre les « fake news » qui permettrait de poursuivre en justice les auteurs, supprimer le contenu visé et déréférencer voire fermer les sites concernés. Décidément le président n’a peur de rien, lui qui n’a pas hésité à mentir effrontément aux Français lors de la promulgation de la loi pour « la confiance dans la vie politique » (3).

Attention, il n’est pas ici question de nier le fait que de fausses informations circulent sur internet. Mais les médias mainstream peuvent-ils se permettre de s’ériger en chantre de la vertu et de l’honnêteté journalistique, eux qui ont par exemple relayé la propagande d’État sur la situation en Libye en 2011, afin de légitimer une guerre contre le régime de Mouammar Kadhafi ? Des informations, comme celle du massacre des populations civiles à Benghazi, démenties depuis, y compris par un rapport du parlement britannique de septembre 2016 (5) qui estime que Sarkozy était guidé par des intérêts financiers (pétrole), géopolitiques et personnels !

Affirmer, comme Emmanuel Macron lors de ses vœux à la presse, que « toutes les paroles ne se valent pas » est une attaque insupportable envers les principes fondamentaux de la démocratie que sont la liberté d’expression et la liberté de la presse. La possibilité de s’informer librement c’est avant tout la liberté de faire soi-même le tri dans les informations et donc de développer son esprit critique et son libre arbitre. Mais il y a néanmoins une bonne nouvelle. Vouloir imposer ce choix par la loi est un aveu d’échec (partiel) quant au processus d’infantilisation et d’endoctrinement des masses. L’idéologie néolibérale n’est pas (encore) la pensée unique, alors ne lâchez rien, informez-vous, indignez-vous ! »

Libre Actu, le 12 janvier 2018

Références :

  1. Huit médias français s’allient à Facebook contre les « fake news » : http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2017/02/06/huit-medias-francais-s-allient-a-facebook-dans-sa-lutte-contre-les-fake-news_5075054_3236.html
  2. Julien Codorniou, profil Linkedin : https://www.linkedin.com/in/julien/
  3. Le (gros) mensonge de Macron sur le casier judiciaire vierge : http://www.libreactu.fr/le-gros-mensonge-de-macron-sur-le-casier-judiciaire-vierge/
  4. Google finance de plus en plus l’innovation dans les médias: http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2016/11/17/google-finance-de-plus-en-plus-l-innovation-dans-les-medias_5032714_3236.html
  5. Rapport du parlement britannique sur l’intervention en Libye (voir pages 10 et 11) : https://publications.parliament.uk/pa/cm201617/cmselect/cmfaff/119/119.pdf
  6. Faites ce que vous voulez mais votez Macron : https://boutique.liberation.fr/products/samedi-06-et-07-mai-2017
  7. Entre « Le Monde » et Facebook, un beau conte de « fake » : http://www.libreactu.fr/wp-content/uploads/2018/01/Le-Monde-et-Facebook.jpg

Rappels :

Propagande : submergés par le “populisme”, ils inventent les “fake news”

Macron annonce une loi contre les “fake news” : BFMTV, TF1, Libération, Le Monde, etc. menacés ?

“Fake news” : Google et Facebook accroissent leur censure du Net

“Fake news” (suite) : Le PDG de Google, Eric Schmidt, assume la censure à venir

Terrorisme : Google pense pour vous !

 

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 54 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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10 commentaires pour Qui se cache derrière la censure sur Facebook ?

  1. Para Bellum dit :

    Il a beaucoup souffert…
    Le culte de la souffrance et sa transmission…

    Emmanuel Macron a fait de la lutte contre les fausses informations un combat personnel.

    Rumeurs sur son homosexualité, sur la détention d’un compte offshore aux Bahamas ou sur une déclaration insincère de son patrimoine… Emmanuel Macron a été le plus ciblé des candidats à l’élection présidentielle par les fake news, résume Le Parisien qui dévoile toute la stratégie mise en oeuvre par l’actuel président de la République pour lutter contre les fausses rumeurs le concernant. Car si Emmanuel Macron a annoncé, lors de ses voeux à la presse le 3 janvier, son intention de proposer une loi sur les fake news « dans les semaines à venir », cela fait bien longtemps qu’il s’est attaqué au sujet, rapporte le quotidien.

    http://www.leparisien.fr/politique/projet-de-loi-contre-les-fake-news-le-combat-personnel-de-macron-16-01-2018-7502949.php

    Tout doit être prêt pour les européennes 2019.

    Une refonte qui coûte cher. Alors que Mark Zuckerberg a annoncé jeudi,11 janvier 2018, la refonte prochaine du fil d’actualité de Facebook, cette décision lui a fait perdre 3,3 milliards de dollars, de sa fortune personnelle, raconte ce samedi The Independent.

    Après une baisse de la valeur des titres de Facebook avant l’ouverture des marchés américains, vendredi, à la fermeture, les titres se négociaient à 179,37 dollars contre 187,77 dollars, jeudi, soit une baisse de 4,4%.

    Dans une lettre ouverte publiée, jeudi sur le réseau social, Mark Zuckerberg, avait laissé entendre que la refonte du fil d’actualité allait coûter de l’argent au géant californien. En effet, la réduction de la présence des marques et des médias sur le fil devrait entraîner la perte de recettes publicitaires à court terme.

    Dans cette lettre, Zuckerberg, affirme vouloir privilégier le « bien-être » de ses deux milliards d’utilisateurs. Il avait déjà cité plusieurs études montrant que les interactions avec des proches favorisent le bien-être, bien plus que le fait de lire des articles de presse.

    Les articles de presses permettent de faire des liens…des parallèles…

    Des raccourcis…

    C’est emmerdant.

    L’une des premières promesses d’Internet, un avantage potentiel clé, était sa capacité à équilibrer les disparités, à permettre aux plus démuni-e-s de communiquer aussi librement et puissamment que les puissant-e-s, et à s’organiser politiquement par des moyens beaucoup plus efficaces. Celles et ceux qui appellent sans cesse des sociétés telles que Facebook et Twitter à censurer des contenus mettent sérieusement en danger ces valeurs, peu importe la justesse de leurs motivations. Difficile d’imaginer scénario plus en contradiction avec la promesse d’Internet que la réunion de dirigeants de Facebook avec le gouvernement israélien pour décider ce que les Palestinien-ne-s seront autorisé-e-s ou non à dire.

    http://www.etatdexception.net/facebook-collabore-actuellement-avec-le-gouvernement-israelien-pour-determiner-ce-qui-devrait-etre-censure/

    Où est le problème…il n’y a que des avantages…

    La presse recevra plus de subventions si besoins…

    Renforçant encore plus l’emprise..

    http://www.actufinance.fr/actu/aides-journaux-subventions-presse-6967604.html

    Nous sommes tous palestiniens…

    Sauf les Stiniens…bien-sûr.

  2. zorba44 dit :

    Ce qui est un comble c’est l’assimilation de certains mots du langage à des fake news : se déclarer anti-sioniste c’est de l’antisémitisme et c’est interdit.
    Se déclarer anti-macroniste c’est nier le concept de pureté morale et cela va devenir interdit.

    Il va falloir jouer sur les mots et sur l’aure tôt graphe pour compliquer la taache des sans soeurs.

    Cordialement

    Jean LENOIR

  3. Marius dit :

    Bientôt Facebook devra s’appeler FAKEbook… tout y sera préventivement lavé à l’eau de javel.

  4. Ping : Qui se cache derrière la censure sur Facebook ? – Virginie Jeanjacquot

  5. xavib dit :

    Twitter et ses employés ne sont pas en reste… par le truchement du « shadow ban »

    https://francais.rt.com/international/47308-ex-employes-twitter-admettent-shadow-ban

  6. zorba44 dit :

    Mes amis, une suggestion (pour les anglicistes) regardez ce week-end le film THE POST sur

    http://www.watch32.com.

    Le Washington Post …le champion des news à ne jamais sortir, selon Nixon !

    Ayez désormais l’esprit du Washington Post, publiez en vrac et par tombereau entier vos fakes news en leur faisant à tous un bras d’honneur…

    Jean LENOIR

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