Les services secrets français savaient que Lafarge finançait l’Etat islamique en Syrie

Quand on lit les journalistes français, il faut parfois se pincer : fausse naïveté, cynisme ou stupidité absolue ? Sur la collusion entre l’appareil d’Etat français et les organisations terroristes, les preuves sont là depuis des années pour qui se donne la peine de chercher un peu… OD

« Jean-Claude Veillard, ancien directeur sûreté de Lafarge, fait partie des six dirigeants du cimentier français à avoir été mis en examen pour avoir versé d’importantes sommes d’argent, entre 2012 et 2014, à plusieurs groupes djihadistes dont l’Etat islamique (EI) dans le but de poursuivre les activités de la multinationale. La justice lui reproche, comme à ses anciens collègues, d’avoir exposé les salariés à de multiples menaces et d’avoir contribué au financement d’une organisation terroriste.

« Libération » révèle ce lundi que Jean-Claude Veillard, ancien commando marine, a été une source bien utile à la DGSE et a régulièrement informé les services de renseignements français (DRM, DGSE et DGSI) de la situation et des contacts établis entre l’EI et l’entreprise française. 

Ainsi, Jean-Claude Veillard, un « familier de la défense nationale », écrit « Libération » a rencontré 33 fois les différents services pour leur livrer des informations sur le terrain.

« La conversion, la taxe ou la vie »

Interrogé par la juge Charlotte Bilger, il estime qu’il était sans doute la seule source d’information pour la DGSE à ce moment-là, raconte le quotidien. Pour les échanges, la DGSE a créé une adresse mail dédiée : grosmarmotte@gmail.com. Dans un premier temps, en septembre 2014, Jean-Claude Veillard écrit à son destinataire et l’avise de sa future rencontre avec deux dirigeants kurdes en France. Quelques jours plus tard, l’EI prend d’assaut la cimenterie. 

Dans un mail, parmi des dizaines d’autres, Jean-Claude Veillard fait part de son inquiétude : « L’usine est maintenant occupée par Daech qui bénéficie de notre cantine, clinique et base de vie […] Nous cherchons maintenant une voie pour payer la ‘taxe’ car leur jugement est simple : la conversion, la taxe ou la vie. »

Dans un autre mail, il avertit la DGSE que l’un des principaux intermédiaires entre Lafarge et l’EI propose de « relancer l’usine sous le contrôle d »hommes d’affaires’ de Daech ». Le suivant explique que des représentants de Daech « ont commencé à établir des contacts avec certains employés » de Lafarge. A ce mail, la DGSE répond : « Nous sommes intéressés par tout élément sur les représentants de Daech en contact avec vos employés…Tels, mails, pseudo, descriptions,etc. »

« Ils engrangent les informations, c’est leur métier »

Deux personnes, le Norvégien Jacob Waerness et le Jordanien Ahmad Jaloubi, décrits comme des « gestionnaires de risques » de l’entreprise, par ailleurs anciens des services secrets dans leurs pays d’origine, étaient chargés de faire remonter les informations à partir des conducteurs des clients, des fournisseurs et des employés…

Jean-Claude Veillard assure avoir appris la réalité du financement en 2014. En a-t-il informé les services de renseignements ? Ceux-ci pouvaient-ils ignorer les remises d’argent aux groupes armés et aux djihadistes ? L’ancien cadre de Lafarge assure avoir donné « toutes les informations » et n’avoir fait « aucun tri ». « Ils engrangent les informations, c’est leur métier. »

Les contacts entre Jean-Claude Veillard et les services de renseignement n’ont rien d’exceptionnel. En revanche, ils soulèvent plusieurs questions : quand la DGSE a-elle été avertie des versements d’argents à l’EI ? Ces informations sont-elles parvenues jusqu’au ministère des Armées dont dépend la DGSE, voire jusqu’à l’Elysée ? »

Le Nouvel Obs, le 23 avril 2018 (via Crashdebug.fr)

Rappels :

Affaire Lafarge ou comment un cimentier en est arrivé à cacher une armée de l’ombre

Assad : Les mains de la France sont trempées dans le sang syrien

« Amitiés franco-terroristes », mensonges et crimes d’Etat, guerres de pillage au Moyen-Orient… Lisez Jean-Loup Izambert !

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 53 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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16 commentaires pour Les services secrets français savaient que Lafarge finançait l’Etat islamique en Syrie

  1. G Jaculebovich dit :

    Ces vermines de l’oligarchie ploutocratique doivent être jugées par un tribunal populaire national pour complicité de crimes mais aussi, jugés par un tribunal pénal international au motif de complicité de crimes contre l’humanité.

    Vu sur http://free.niooz.fr/les-services-secrets-francais-savaient-que-lafarge-financait-letat-islamique-en-syrie-24872010.shtml
    Le portail de la réinformation libre et non subventionnée.
    http://free.niooz.fr/

  2. zorba44 dit :

    Au lieu de donner les moyens aux forces internationales ou syriennes de réduire la poche de Daesch, on se réduit à payer la taxe.
    L’état français est coupable d’avoir laissé faire et, par là, signe son action machiavélique dans la guerre de Syrie …mais ça on le savait déjà depuis longtemps.

    Oui tous au TPI !

    Jean LENOIR

  3. Bernie dit :

    Combien de corps suppliciés coulés dans le ciment de LAFARGE ?

    La question mérite d’être posée aux responsables, directs ou indirects.

  4. trafapa dit :

    Lafarge n’a fait que suivre les injonctions des innommables . Lafarge a été un outil .

  5. roberto dit :

    Le groupe Lafarge a fait office de service de renseignement officieux de l’Etat français, pactisant avec les barbares de l’EI ; les politichiens doivent être traduits en justice et payer très cher pour cette infamie !!!

  6. Jean-Loup Izambert dit :

    J’aime bien la dernière question: « Ces informations sont-elles parvenues jusqu’au ministère des Armées dont dépend la DGSE, voire jusqu’à l’Elysée ? »… A mourir de rire quand on sait que c’est le président de l’époque Hollande qui ordonna la livraison de matériel et d’armes à ces groupes ( l’EI aimait bien les Famas…), a reçu certains de leurs trafiquants à l’Elysée et que le ministre qui supervisait toutes ces opérations n’est autre que Jean-Yves Le Drian. Pour ceux qui ont lu le tome 2 de 56, pas besoin du TPI pour poursuivre et juger les criminels Hollande et Le Drian: une juridiction criminelle française peut très bien le faire. Bon, d’accord, il faudrait pour cela que le système judiciaire français ne soit plus parmi les derniers des 51 pays du continent européen – devant le Kosovo, la Bosnie-Herzégovine, Malte…- pour son efficacité ( Cf toujours le tome 2 de 56). Mais attendez, à mon avis ce n’est que le début… L’associé permanent du crime d’Etat Le Drian va faire parler de lui…

    • zorba44 dit :

      Oui, s’il ne s’agissait pas de sang, ce serait à mourir de rires !

      Jean LENOIR

    • Jean VOLJEAN dit :

      @Jean-Loup Izambert
      Je ne sais si c’est vous derrière vos mots ici présents, mais si tel est le cas, toutes mes félicitations pour vos alertes et enquêtes. Cela fait du bien de savoir que les professionnels sont encore présents en cette période d’océan meRdiatique avec leurs journalopes des plumitifs nervis totalitaristes de la pensée inique via l’AFP (Agence Falsification & Propagande).

      Voici un copié / collé de Jean-Loup le renard du Crédit agricole que j’ai moi-même quitté après plus de 25 ans à me faire traire pour ces proxénètes et leur kékés dits « chef d’agence » et autre Président local.

      Premier journaliste à dénoncer l’implication de quarante banques européennes dans le plus grand krach boursier de la place de Genève en 1995, son enquête le conduit à publier son premier ouvrage sur la crise financière qui s’annonce: Le Krach des 40 banques (1998)18,19.

      Enquêtant sur le fonctionnement du groupe bancaire Crédit agricole société anonyme, il révèle un gigantesque détournement des réserves financières des banques coopératives locales et régionales de Crédit agricole mutuel au détriment des 5,7 millions de sociétaires propriétaires de la banque. Son investigation est publiée sous le titre Le Crédit agricole hors la loi ? (2001)20. Le 6 décembre 2001, le Crédit Agricole obtient par voie judiciaire que la parution du livre soit reportée. Le juge des référés estime, sans avoir lu le livre, que ce dernier pourrait « fausser les règles du marché » alors que la cotation en bourse du Crédit Agricole va débuter le 14 décembre 200121. Selon Libération, le livre, enquête journalistique documentée, révèle par exemple que « la banque, comme ses homologues, abuse des paradis fiscaux »22. Le livre connaît un beau succès malgré les pressions du groupe bancaire sur l’éditeur et les distributeurs – près de 10 000 exemplaires vendus dont 4000 en moins de quinze jours – et fait l’objet d’un film réalisé en 2002 avec la RTR, première chaîne d’État de la Fédération de Russie23.

      Au lendemain de la faillite du groupe Crédit lyonnais, dans Crédit lyonnais, la mascarade (2003) il décortique les liaisons entre dirigeants de banques, pouvoir politique et magistrature qui permettent de classer l’affaire rapidement dans une opacité totale24.

      Deux ans plus tard, il reprend son enquête sur le groupe Crédit agricole mutuel, révèle des montages suspects réalisés sous couvert des autorités pour privatiser la Caisse nationale du groupe, dénonce un réseau de blanchiment au sein de la banque, apporte de nouveaux faits sur les questions de la gestion des sociétés coopératives de banque au niveau mondial et écrit Les Démons du Crédit agricole (2005)25.

      Jean-Loup Izambert est également l’auteur de la première enquête journalistique sur le fonctionnement des organisations internationales du système onusien qui sera publiée sous le titre de ONU, violations humaines (2003)26. Mais son éditeur, la maison Carnot, rompt brutalement le contrat sans explication et refuse de lui payer ses droits d’auteur alors que (… suite et source)
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Loup_Izambert

      Crédit Sodome parodie pub TV Crédit Agricole.
      https://frclip.com/video/LDS7YoKKPjU/cr%C3%A9dit-sodome-parodie-pub-tv-cr%C3%A9dit-agricole.html

      https://frclip.com/rev/cr%C3%A9dit+agricole+parodie/

  7. Marius dit :

    Une seule phrase me vient à l’esprit:

    PENDEZ-LES HAUT ET COURT.

    • Nicolas Ducon-Gnangnan dit :

      Le gouverne-ment !
      Si cela n’est pas du soutien au terrorisme, je pendrai Fabius car il faudra bien que justice se fasse. Soit par la démocratie, soit par l’ochlocratie mais elle doit passer et faucher les coupables car en France il y a eu aussi des morts. Pour les autres pays, c’est le tribunal pénal international pour crimes contre l’humanité !
      Monsieur Gbagbo président légitime et destitué de Côte d’Ivoire est encore enfermé dans cette institution mondialiste dite TPI bien qu’aucune preuve réelle ne soit présentée contre lui. Alors, pourquoi Fabius, Sarko, Hollande, Mac-Ron et tous leurs kapos ne passent pas devant la justice prétendue de l’ONU ????
      Puisque rien n’est fait, puisque’il en est ainsi, que le peuple s’en charge !!

  8. Ping : Les services secrets français savaient que Lafarge finançait l’Etat islamique en Syrie — Olivier Demeulenaere – Regards sur l’économie – INSURRECTION PACIFIQUE

  9. Harry dit :

    Lafarge: les juteux conseils d’Alain Bauer

    Libération a révélé lundi les nombreux liens et contacts entretenus par le directeur de la sécurité du cimentier avec la DGSE ou la DGSI, comme avec le cabinet militaire de François Hollande à l’Elysée. Mais Lafarge, comme l’a raconté aux juges un cadre de l’entreprise mis en examen, faisait également appel à des consultants extérieurs: Antoine Sfeir, journaliste et politologue spécialisé sur le Moyen-Orient, et surtout une personnalité branchée directement sur le pouvoir : Alain Bauer.

    Connu pour être un travailleur infatigable tant il accumule les casquettes, ce dernier se présente avant tout comme criminologue et conseiller en sécurité. Lui qui fut – entre autres – président du Conseil national des activités de sécurité privée, l’organisme qui délivre les agréments aux sociétés de sécurité privée, donne en effet des conseils à de nombreuses sociétés, de la sphère publique comme du privé.

    C’est ainsi qu’il a oeuvré pour Lafarge « depuis 2007 », confirme-t-il à L’Express, et ce jusqu’en 2014. Depuis que le groupe a racheté l’entreprise égyptienne Orascom Cement, qui gérait l’usine de Jalabiya jusque-là, Alain Bauer suit la situation sur le site. Mais de loin, à l’entendre. « Lafarge ne nous a pas demandé de nous en occuper », assure Bauer.

    Satellites américains

    Un mail retrouvé par la justice évoque néanmoins des informations, liées directement à la situation de l’usine, que le criminologue avait fait passer au groupe. Le directeur du service sûreté écrit ainsi, le 17 novembre 2014, à un correspondant de la DGSE, deux mois après que l’usine a été abandonnée et livrée de fait à Daech :

    « Des informations contradictoires me parviennent de notre usine en Syrie. Selon le réseau interne il n’y a pas d’activités particulières. Les « bad guys » sont venus piller le matériel de casernement qui a été transféré sur Raqqah, mais rien de plus. Selon une autre source (Alain Bauer), l’usine serait en train d’être démantelée et des flux de véhicules sont visibles dans la zone. Cette dernière info serait extraite d’une ressource satellite US. Cette usine a une valeur de plus de 400 M d’euros et en cette période de bilans financiers et de fusion ce sujet est très sensible. Vous serait-il possible de m’aider à confirmer ou infirmer ces éléments. AB avait l’air très sûr de lui ».

    A L’Express, Alain Bauer, connu pour ses liens avec les services de renseignements américains, explique « avoir suivi l’usine pendant qu’elle était encerclée ». Mais « nous avons été soigneusement mis à l’écart de tout ça », ajoute-t-il. Selon lui, il aurait été uniquement sollicité par Lafarge « pour accompagner son opération de fusion avec Orascom en raison de problèmes concernant l’activité télécom de ce dernier, qui perturbait le processus ». « Le dispositif a été maintenu jusqu’en 2014 et a concerné divers sujets au Maghreb, en Afrique ou en Amérique du Sud ».

    Un million d’euros

    Alain Bauer assure ne jamais avoir informé qui que ce soit au sein du gouvernement. Il n’empêche : sa proximité notoirement connue avec Manuel Valls, ministre de l’Intérieur de 2012 à 2014, puis Premier ministre pendant la période cruciale, pose question. Car si les administrations – DGSE et DGSI principalement – ont été tenues au courant, rien ne permettait d’affirmer jusqu’à présent que l’information ait été diffusée jusqu’à l’échelon politique. Or, le lien intime et ancien unissant Bauer à Valls permet de se demander si le sommet de l’Etat n’aurait pas été malgré tout alerté en direct de l’évolution de la situation de Lafarge en Syrie et des graves compromissions auxquelles le groupe cimentier se serait livré afin de maintenir son exploitation sur place.

    Quoi qu’il en soit, le ciment de Lafarge aura rapporté à Alain Bauer une part non négligeable de son chiffre d’affaires. Selon nos informations, pour le prix de réunions et de conseils prodigués au PDG Bruno Laffont, l’expert en sécurité a facturé via sa société AB Conseil des sommes conséquentes : en 2013, 150 000 euros auxquels se sont ajoutés 35 000 euros virés par la filiale algérienne du groupe. Pour 2014, 100 000 euros ont été facturés. Au final, pas loin d’un million d’euros entre 2007 et 2014. L’intéressé, sollicité par L’Express alors qu’il était en voyage aux Etats-Unis, entend rester vague sur les sommes perçues : « Je ne me balade pas avec ma comptabilité sur moi ».

    https://www.lexpress.fr/actualite/societe/justice/lafarge-en-syrie-les-lucratifs-conseils-d-alain-bauer_2002208.html#BL6YSKHMJtDWbyKR.01

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