Le temps du « everything bubble » (B. Bertez)

« Nous avons avancé il y a déjà 18 ans que la production de bulles était devenue une pratique institutionnalisée pour les banques centrales. Cela signifie que pour nous ce n’est plus de la politique monétaire non conventionnelle, c’est de la politique monétaire normale.

Cette pratique est une nécessité depuis que la finance a été dérégulée.

Elle est la conséquence logique, l’aboutissement du processus de dérégulation de nos sociétés. Car la dérégulation financière n’est qu’une partie de la dérégulation de nos sociétés, une partie essentielle, permissive mais une partie tout de même.

Le mouvement général de nos sociétés c’est la relativisation de tout.

La relativisation qui consiste à tuer tous les invariants tombés du ciel, à tuer Dieu, les invariants divins si on veut et à les flexibiliser: plus rien ne vaut quoi que ce soit en soi , tout vaut le résultat de la confrontation de l’offre et de la demande.

Et vous savez comme moi que l’offre et la demande cela se fabrique ! On a même réussi à faire désirer un Macron.

Autrement dit on a fait redescendre Dieu sur terre, on a dit aux gens maintenant vous êtes Dieu, vous êtes les maîtres et on leur a fait croire que c’était une main invisible mais terrestre qui ordonnait tout.

Bien entendu c’est faux car la main invisible c’est celle des Maîtres, celle des élites, celle des 1%; mais la descente du pouvoir de Dieu sur la terre a accompli sa tâche : la destruction de tout ce qui de prés ou de loin pouvait constituer une référence susceptible de s’opposer aux élites. On ne peut même plus se révolter au nom de la Vérité, ils en ont détruit jusqu’au fondement dans la post-modernité et l’hyper-capitalisme. L’Ancien c’était le règne de la Vérité, le post-moderne c’est le règne de l’Opinion.

En matière financière, tout cela a donné le processus de titrisation, qui permet la mise sur la marché des engagements contractuels et transforme ainsi du fixe en du variable soumis aux caprices des animal spirits.

La titrisation est au coeur du processus de désancrage de toutes les valeurs puisqu’elle permet de les mettre sur les marchés et ainsi de les faire varier au gré  des besoins des Maitres.

La titrisation était indispensable depuis le décrochage du dollar par rapport à l’or.

Le décrochage du dollar permettait de supprimer les limites à la création de dollars. La titrisation suivie de la mise sur le marché de toutes les variables économiques permet de repousser toutes les limites qui autrement  auraient découlé de  la finitude, de la rareté, de la rentabilité, de la profitabilité et du surendettement.

Car, bien peu le savent, le marché en général n’a pas seulement pour fonction de découvrir des prix et d’allouer,  sa fonction principale (secrète)  c’est de détruire; détruire ce qui n’a plus de valeur sociale ou ce qui ne convient plus aux Maitres. Ainsi le marché du travail a pour fonction de détruire la valeur du travail de ceux qui sont insuffisamment productifs ou exploitables ! La fonction des marchés est de tout rendre bio-dégradable, de tuer le passé, d’effacer le passé. Si une dette cotée sur un marché n’est plus remboursable alors le marché, tranquillement met sa valeur, sa cote, à zéro.

Pour les régulateurs, le fixe, c’est l’ennemi, tout  doit devenir variable afin qu’ils puissent exercer leurs pouvoirs. Leurs pouvoirs sont fondés sur la destruction du fixe et la flexibilisation des invariants. On retrouve le credo du modernisme : souplesse des échines et flexibilité des désirs !

La mutation du fixe en variable, c’est ce qui a été fait pour la monnaie, pour les valeurs en général, les valeurs morales, les moeurs, etc. Le naturel qui était un invariant comme le genre, le sexe, a été nié, tout est devenu culturel, au choix !

Je pense que vous avez compris : le pouvoir des apprentis sorciers, celui des autorités, celui des élites passe par la destruction des pouvoirs naturels , des normes, des vérités anciennes. Ce qui est fixe est en dehors d’eux, hors de leur pouvoir donc c’ est un obstacle. Tout doit devenir incertain, frivole, désancré, c’est la condition pour qu’ils puissent manipuler, faire à la main. Le règne de L’Oréal passe par cette étape de destruction du fixe des moeurs, des genres, des sexes, des canons de la beauté, des outils naturels de la

Vous comprenez en passant l’utilité des migrations, l’utilité des glissements de sexe, l’utilité des transferts et transfuges de toutes sortes: cela instaure la malléabilité, les possibilités d’apprentissage, même de ceux qui sont contre nature. Tout cela contribue à tuer les moules, les modèles , seuls sont tolérés les modèles fluctuants.

Le mouvement général de nos sociétés vers la frivolité, vers l’arbitraire et le relatif se retrouve en matière monétaire et financière; c’est maintenant le fondement de la régulation.

Nous avons appelé cela « la régulation par les bulles ». Une bulle est une sorte de réceptacle, de réservoir que les banquiers centraux remplissent en fonction de leurs besoins et de leurs objectifs et dont ils organisent ensuite la destruction.

Le schéma est toujours  le même: création monétaire, production de crédit, déversement du crédit sur une cible, un réservoir ou un véhicule donnés, formation d’une bulle de prix sur ce véhicule, puis raréfaction volontaire, contraction pilotée du crédit et éclatement de la bulle, enfin sauve qui peut, panique  qui remet les compteurs à zéro et détruit tout ce qui est excédentaire.

On souffle, on fabrique la bulle, on l’éclate et on nettoie.  C’est ce qui a été magistralement expliqué par Greenspan.

Cette pratique remplace les outils anciens de régulation.

La régulation ancienne était douce, « soft », humaine , la régulation actuelle est fondée sur la violence, le mensonge. Elle est asymétrique car lors de la formation des bulles, les ultra riches sont au premier rang. Ils  se sont encore enrichis et lors de la phase préparatoire à l’éclatement, ils ont vendu, disséminé leurs risques sur le public et ses institutions comme les caisses de retraites. Nous sommes dans cette phase de dissémination du risque des ultra riches sur ceux qui ont le moins vocation à le supporter, on appelle cette phase en Bourse : « le papier passe des mains fortes aux mains faibles.

Le fondement de cette pratique, c’est la fabrication de bulles de crédit puisque le crédit c’est ce qui permet de créer du pouvoir d’achat quand il est insuffisant, et produit des effets de richesses quand les dettes ne sont plus recouvrables et les débiteurs  plus solvables.

Le gros problème que devaient résoudre les régulateurs était celui de l’accumulation des dettes ; à force de s’accumuler, les dettes forment un stock, le stock devient trop lourd et il finit par constituer un boulet aux pieds des économies. Comme le recours à l’inflation des prix des biens, services et des salaires est interdit à cause de l’impératif de maintien des taux d’intérêt bas, la solution c’est la destruction périodique du stock de dettes. Dans le passé on faisait des « jubilees », destructions volontaires et « maîtrisées » du stock de dettes ; dans le présent on laisse se former des bulles dont on sait qu’elles finiront par crever.

La formation de bulles est facilitée par la mise sur les marchés de tout ce qui a un prix, il suffit ensuite de créer du crédit, de la monnaie et faire en sorte que les flux se dirigent là ou on veut fabriquer la bulle. Il suffit dirais-je de brancher la loterie.

Un jour c’est la dette des pays en développement, un autre c’est l’immobilier, un autre encore c’est le secteur de l’internet et des telcos, un autre encore c’est celui des réseaux sociaux et de l’AI, un autre encore c’est celui des fonds d’Etat, un autre enfin, c’est le stade actuel,  c’est celui de tout en bulles, du « everything bubble ».

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Rappel :

La valse des trillions rend dérisoire la souveraineté démocratique…

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 53 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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Un commentaire pour Le temps du « everything bubble » (B. Bertez)

  1. Nanker dit :

    Indispensable Bruno Bertez…

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