Le scandale Gibelin dans l’affaire Benalla (J. Sapir)

« Le lundi 23 juillet M. Alain Gibelin, directeur de la DOPC, indiquait devant la commissions des lois, constituée en commission d’enquête dans le cadre de ce que l’on appelle « l’affaire Benalla », que ce dernier avait participé, entre le 2 et le 18 mai, à des réunions préparatoires à la sécurisation de déplacements de Macron, ce qui contredit l’idée de mise à pied de 15 jours censée avoir été appliquée à cette période. Il faisait alors sa déclaration sous serment.

Dans la nuit du 23 au 24, un communiqué de l’Elysée démentait les propos de M. Gibelin. On apprenait le 24 au matin que M. Gibelin avait rédigé une lettre à l’attention de Yaël Braun-Pivet, la présidente de la Commission des lois qui préside actuellement la commission d’enquête parlementaire sur l’affaire Benalla. Dans sa missive, Alain Gibelin revient sur ses déclarations de la veille et dit avoir mal compris la question qui lui était posée par Marine Le Pen : il affirme qu’il pensait que la présidente du Rassemblement national évoquait la période allant du 2 mai au 18 juillet, et non du 2 mai au 18 mai. Le courrier devait être envoyé dans la journée.

Pour avoir écouté le témoignage de M. Gibelin, on peut constater qu’un silence de mort règne à ce moment dans la salle. Mme Le Pen répète sa question à trois reprises. M. Gibelin ne varie pas dans ses réponses. On voit mal comment M. Gibelin aurait pu mal comprendre, ou mal entendre, les questions posées de manière très claire par Mme Le Pen.

Bien entendu, ce rétropédalage est pain béni pour l’Elysée et pour les députés LREM. Richard Ferrand, chef du groupe LREM à l’Assemblée nationale, lors de la réunion de groupe qui s’est tenue à huis clos ce mardi matin à l’Assemblée nationale, est largement revenu sur ce « rétropédalage ». Le chef de file des députés marcheurs en a profité pour «faire un point musclé» et pour rassurer ses troupes qui donnaient des signes de faiblesse. Il a basé son argumentaire sur deux points : après avoir rappelé que les agissements d’Alexandre Benalla «étaient inacceptables, il s’est inquiété du «mensonge» qui est selon lui «entretenu» par plusieurs protagonistes de cette affaire.

Pourtant, ce « rétropédalage » pourrait bien s’avérer fragile. Des responsables syndicaux CFDT de la Police, qui sont entendus et qui le seront encore demain 25 juillet, ont confirmé quant à eux la présence de M. Benalla aux réunions indiquées antérieurement par M. Gibelin. Ces réunions ont certainement données lieux à des procès-verbaux. Il ne reste plus qu’à attendre que ces procès-verbaux soient communiqués à la commission d’enquête.

De tout cela, il convient de retenir trois choses.

Tout d’abord, il pèse maintenant sur l’Elysée une suspicion de « subornation de témoin ». Ceci constitue un délit. La subornation de témoin constitue en effet un délit intentionnel relevant de la corruption. Ce délit est prévu et réprimé par l’article 434-15 du code pénal. Ce dernier le définit comme suit : « Le fait d’user de promesses, offres, présents, pressions, menaces, voies de fait, manœuvres ou artifices au cours d’une procédure ou en vue d’une demande ou défense en justice afin de déterminer autrui soit à faire ou délivrer une déposition, une déclaration ou une attestation mensongère, soit à s’abstenir de faire ou délivrer une déposition, une déclaration ou une attestation, est puni de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende, même si la subornation n’est pas suivie d’effet »[1].

Le reste de la déposition de M. Gibelin n’est pas concerné par sa rétractation. Or, il a déclaré que M. Benalla, contrairement à ce qui avait été affirmé, n’avait pas l’autorisation d’être sur le terrain avec les forces de l’ordre. Donc, sur ce point aussi, il y a eu un mensonge de l’Elysée.

Enfin, la communication désastreuse de l’Elysée, mais aussi du gouvernement, faites d’omission, de retards dans la reconnaissance des faits, voire de la volonté de cacher ces mêmes faits à l’opinion publique, justifie amplement le dépôt d’une motion de censure pour forcer le gouvernement à s’expliquer sur ce point. Ce dépôt a été fait le 24 juillet par le groupe parlementaire des « Républicains ». Le groupe de la « France Insoumise » a décidé de s’y associer. Il faut espérer que toutes les oppositions s’y associeront aussi pour obliger le Premier-ministre à parler, puisque le Président de la République, qui est pourtant concerné au premier chef tant par les agissements de M. Benalla que par les tentatives de camouflages qui ont suivi, se tait. On ne saurait trop remarquer que ce silence est révélateur d’un manque de courage ou à tout le moins d’un manque de maturité de la part du Président ».

Jacques Sapir, le 24 juillet 2018

Rappels :

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 53 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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4 commentaires pour Le scandale Gibelin dans l’affaire Benalla (J. Sapir)

  1. Eric83 dit :

    Et ce n’est pas l’audition du Général Bio-Farina qui va arrangé la situation puisque ce matin, devant la Commission d’enquête de l’Assemblée Nationale, il a affirmé avoir participé à un déjeuner le 25 avril avec Mr Benalla et Mr Gibelin et que ces derniers ont échangé sur les équipements dont Mr Benalla disposerait à la manifestation du 1er mai !

    Heureusement que les auditions se font sous serment ! Qu’est-ce que ce serait si ne n’était pas le cas.

  2. AfterChèvre dit :

    Cette raie publique est une véritable pyramide mafieuse, à tous les niveaux ;o)

  3. spitfire007 dit :

    Du coup à l’Assemblée ils veulent le ré-auditionner !

  4. 663vacancedautomne dit :

    Ce qu’il y a de tragique et d’inquiétant dans cette affaire d’une exceptionnelle et inédite gravité (mettant en cause directement l’autorité de l’Etat)c’est que M.le président s’exprime ou ne s’exprime pas cela revient au même.Mes premières inquiétudes se trouvent confirmées:nous nous orientons vers une crise de régime,vers une vacance du pouvoir.Le parlement que ceux qui nous gouvernent veulent amputer deviendra vraisemblablement le centre,le cœur véritable du pouvoir.Cela est d’ailleurs prévu par la constitution.La commission du Sénat commence à jouer plus ou moins ce rôle d’ultime instance de légitimité du pouvoir national.Tout indique que le pouvoir exécutif,littéralement tétanisé,réduit à avancer ou bredouiller de prétendues « explications » toutes plus ridicules et grotesques les unes que les autres (je ne savais pas,je n’étais pas au courant,ce sont des fake news,personne n’en parle,tout le monde jalouse M.Macron,c’est le feuilleton de l’été…etc),à diffuser des mensonges d’Etat,se trouve condamné à perdre le contrôle de la situation.Le processus de délégitimation du pouvoir exécutif est en route,en marche.Un processus qu’il paraît impossible d’enrayer.

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