Crise des migrants : l’éternel retour des années 30

« Connaissez-vous le point Godwin et l’argument « reductio ad hitlerum » ? L’OJIM a présenté cette théorie et ce concept que l’on peut résumer de la façon suivante : très rapidement dans une conversation, votre interlocuteur coupe court au débat, en ramenant les arguments adverses à ceux du nazisme. La discussion est interrompue par une pirouette grossière, sans avoir à poursuivre la moindre véritable argumentation. Il n’y a alors plus de choix possible : il faut éviter la comparaison avec les « heures les plus sombres de l’histoire » et rejeter le mal absolu qui se présenterait à nous.

Par médias interposés, la deuxième guerre mondiale est souvent convoquée pour nous convaincre que la maîtrise de l’immigration est assimilable aux atrocités commises durant cette période. L’argument massue aboutit à faire comprendre qu’il n’y a pas de débat : il s’agit de choisir le bien et de se détourner du mal. Illustration par les termes utilisés dans les médias.

Les rafles

Quand des clandestins sub sahariens sont expulsés d’Algérie, il s’agit pour RFI d’une « nouvelle rafle de migrants ». Au camp de migrants du nord de Paris, Houssam affirme à Libération en 2016 que « depuis le 31 juillet, c’est la 26e rafle, on dénombre 4 000 interpellations et 439 obligations de quitter le territoire français ». En janvier 2018, le gouvernement belge tente d’éviter qu’un parc dans le centre de Bruxelles se transforme en Calais bis. L’Obs nous informe à ce sujet que «  des “rafles” anti-migrants ont lieu ». Faire respecter le principe de nationalité et renvoyer ceux qui sont illégalement sur le territoire constituerait donc une « rafle » de sinistre mémoire. CQFD.

Les camps de concentration

Des centres ont été mis en place en Europe afin de permettre l’instruction des demandes d’asile et de ne pas laisser s’installer des clandestins aux motivations économiques qu’il sera très difficile, voire impossible, de renvoyer dans leur pays. En Libye, de nombreux migrants attendent de rallier clandestinement l’Europe par la méditerranée. Ces freins à la libre circulation déplaisent fortement à des personnes parfois éminentes et des médias qui utilisent le vocable de « camp de concentration ».

Concernant la situation en Europe, Mediapart faisait état dès août 2013 d’un « révolte dans un camp de concentration pour migrants en Grèce ». En avril 2017, Ouest-France nous informe que « le souverain pontife est revenu sur sa visite l’année dernière d’un camp de migrants installé sur l’île grecque de Lesbos ». « Le pape François fustige les “camps de concentration” pour migrants ».

Le 5 juillet, Marianne évoque la « prise de tête chez les bureaucrates allemands pour ne pas dire le mot “camp” ». « Alors que l’Allemagne se prépare à introduire des centres de rétention de réfugiés, le pays est renvoyé à son passé. (…) comment parler de ces centres à la frontière sans évoquer le mot “camp”, qui rappelle trop les camps de concentration nazis de la Seconde guerre mondiale ? ».

Le Monde mentionne le 11 juillet les propositions du ministre de l’intérieur autrichien M. Kickl de regrouper les demandeurs d’asile de “manière concentrée”. « Cette expression plus que malheureuse, rappelant les camps de concentration nazis, lui avait valu un rappel à l’ordre du président de la République, Alexander Van der Bellen ».

Concernant la situation en Libye, France Info est catégorique et titre un article : « la Libye est devenue une sorte de camp de concentration à ciel ouvert ». La question posée par le journaliste de la radio publique à un « chercheur spécialiste des flux migratoires » semble déjà contenir la réponse : « Pourquoi les pays européens sont-ils responsables de la situation des migrants en Libye ? ». En écho, le site Infomigrants nous informe que « les conditions de vie des migrants (sont) comparables à celles des “camps de concentration” ».

L’exode des migrants comparable à celui des juifs dans les années 30

Le site Arrêts sur images s’interroge : « Des milliers de réfugiés sur les routes franchissant les montages pour passer les frontières, refoulés par des nations recroquevillées qui craignent la submersion. Il y a exactement 80 ans, jour pour jour, en juillet 1938 s’ouvrait la conférence d’Evian, qui devait s’achever sur un constat implacable : personne dans le monde ne voulait accueillir les Juifs persécutés par Hitler, ni les opposants politiques anti-nazis. Quelles ressemblances, quelles différences, entre deux époques (1938 et aujourd’hui), entre les deux traitements médiatiques des réfugiés d’hier et des migrants d’aujourd’hui ».

L’Obs donne le 29 juin la parole à un des spécialistes préférés des médias quand il s’agit d’avoir un avis « autorisé » sur les migrants, François Héran. Le sociologue affirme : « Les derniers arrivés servent toujours de boucs émissaires ». Evoquant l’Aquarius, « je songe aussi au “Saint-Louis”, parti de Hambourg en mai 1939 avec 963 juifs allemands et qui tente vainement d’accoster à Cuba, aux Etats-Unis et au Canada ».

La déportation

La Provence reproduit le 9 juillet une déclaration du Président de la République : « Jamais la France n’acceptera les solutions de facilité que d’aucuns aujourd’hui proposent qui consisteraient à organiser des déportations, à travers l’Europe, pour aller mettre dans je ne sais quel camp, à ses frontières ou en son sein ou ailleurs, les étrangers” non admis en France ». Le site Infomigrants donne la parole à une ONG pro-migrants au sujet des morts sur la route de l’Europe. La « déportation » est également mentionnée : « tous ces décès sont le résultat de la militarisation des frontières de l’Union européenne (UE), des lois sur l’asile, et des politiques de détention et de déportation ».

Les crimes de masse

La Provence interviewe un universitaire au sujet de l’Aquarius. Celui-ci affirme de façon sentencieuse : « Le processus de déshumanisation permet au pire d’arriver ». « Ce type de tragédie alerte car, dans l’Histoire, il est souvent annonciateur de malheur pour tous. On voit bien le chemin qui peut être pris par nos sociétés. L’engrenage qui se nourrit d’extrémisme identitaire conduit à la déshumanisation et – le passé est là pour nous le rappeler – aux pires crimes de masse ».

Le refus de l’Italie d’accueillir l’Aquarius pourrait donc selon l’universitaire aboutir aux « pires crimes de masse ». Pas un mot par contre sur le « pont migratoire » en méditerranée où les passeurs et les ONG ont chacun un rôle bien défini, avec des embarcations de plus en plus précaires transportant des clandestins et avec les morts qui s’ensuivent.

Chantage éthique

À lire les termes employés, on pourrait penser que l’Europe s’est barricadée dans une forteresse. Oubliés les 750 000 migrants accostés sur les côtes italiennes depuis 2010 cités par Le Figaro. Oubliés les 1,6 millions clandestins arrivés depuis 2015 par la mer en Europe cités par Boursorama sur la base de chiffres de l’UNHCR.

Rafles, camps de concentration, exode, crimes de masse : tous ces mots sont empruntés à la deuxième guerre mondiale, sans qu’il soit nécessaire de l’évoquer. Leur usage converge dans une forme de chantage éthique visant à disqualifier toute opposition aux flux incontrôlés d’immigration. Ces mots clefs sont lancés comme des arguments d’autorité pour venir à bout des réticences. Pour ne citer qu’un exemple, l’Aquarius a croisé à proximité immédiate des côtes de pays africains sans que les médias évoquent la possibilité d’y accoster. Le silence des accusateurs patentés a été éloquent. L’Aquarius comparé au navire le Saint Louis ne pouvait avoir qu’une seule destination : l’Europe. A défaut, la décision de refuser qu’il accoste dans un pays européen aurait relevé du totalitarisme.

Rares sont les commentateurs qui remettent en cause le bien-fondé de la « grande migration ». Parmi les quelques voix qui détonnent, on peut citer celle de l’historien Pierre Vermeren dans une récente tribune dans le Figaro : «  Il est exceptionnel que les victimes de la faim ou des catastrophes climatiques prennent la route, car la migration est un processus économique coûteux qui doit être financé (par les gouvernements, les familles ou les mafias). La migration concerne des individus plutôt aisés des sociétés en développement ». « Cette politique, qui est à l’œuvre en dépit des réticences de plus en plus marquées des peuples d’Europe, n’améliore vraiment ni le sort de l’Afrique ni celui de l’Europe ». « La mobilité des hommes rebaptisés « migrants » est un des rouages de la grande machine économique mondiale. C’est une explication de la promotion d’un modèle, meurtrier, qui favorise si peu le développement du continent africain ».

Mais élargir le champ de réflexion aboutit à remettre en cause une lecture unique de la crise migratoire, avec d’un côté les « résistants » favorables à l’ouverture des frontières, et de l’autre les collabos qui prônent le repli sur soi. Un procédé binaire mais efficace. Julien Dray ne justifiait-il pas sur BFM TV l’usage du terme « rafle » pour qualifier les expulsions de clandestins de centres d’hébergement par le fait qu’« en France, on est obligé de faire le “buzz”, d’employer des mots provocateurs pour être entendu ». Efficace pour faire le buzz, peut-être, adéquat, peut-être pas… »

Ojim.fr, le 19 juillet 2018

Rappels :

Après migrants, réfugiés et accueil : Détresse, le nouveau mot qui justifie l’invasion de l’Europe

[Francis Cousin] Immigration, terrorisme, destruction de la Syrie : le chaos organisé par et pour le capital

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 53 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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11 commentaires pour Crise des migrants : l’éternel retour des années 30

  1. zoé dit :

    Il faudrait surtout s’intéresser à la corruption permanente à tous les niveaux qui règne dans ces pays où les gens fuient Si l’on continue de laisser entrer tous les migrants, on nous demandera bientôt de les accueillir chez vous.

  2. ghislain dit :

    Bonjour, odieux chantage au racisme et à la xénophobie doublé d’un renvoi aux « heures les plus sombres de notre Histoire » … ces manipulations sont vraiment ignobles!

  3. zorba44 dit :

    Il serait grand temps qu’on se décontamine de cette communication orientée vers le lavage de cerveaux !

    Jean LENOIR

  4. Trend dit :

    Ce type de communication utilisé par les différents types de médias n’a que pour but de faire du tirage ou de l’audimat.
    Concernant camps de concentration ( pas extermination) les allemands sont des amateurs à coté des anglais en Afrique du Sud.Demandez à Barack Obama ce qu’il en pense ….

  5. brunoarf dit :

    A propos de la partition :

    Nos pays ne sont pas éternels.

    Des pays meurent, d’autres pays naissent, d’anciennes frontières disparaissent, des nouvelles frontières apparaissent, … tout change toujours.

    Au Ve siècle, les barbares ont envahi l’Empire romain, qui était déjà en pleine décadence.

    Les peuples barbares ont complètement disloqué l’Empire romain. Ils ont créé LA PARTITION DE L’EMPIRE ROMAIN. Ils ont créé des nouveaux royaumes barbares :

    En vert, au nord-ouest de l’Espagne, le Royaume des Suèves.
    En gris clair, le Royaume des Wisigoths.
    En rose foncé, le Royaume des Burgondes.
    En vert clair, le Royaume d’Odoacre.
    En bleu, le Royaume des Ostrogoths.
    En marron, le Royaume des Gépides.
    En gris foncé, le Royaume des Ruges.
    En orange, le Royaume des Alamans.
    En violet, le Royaume des Francs.
    Etc.

    Le président de la République François Hollande a accordé des dizaines d’heures d’entretiens aux journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme. Leurs dialogues ont été enregistrés et ensuite publiés dans le livre « Un président ne devrait pas dire ça ».

    La phrase la plus importante prononcée par le président de la République François Hollande est à la page 592 :

    « Comment on peut faire que la France vive ensemble, comment on peut redonner un lien entre tous les Français, comment on peut éviter la partition ? Car c’est quand même ça qui est en train de se produire : la partition. »

    Conclusion :

    La partition de la France, voilà le grand sujet.

    La partition de la France sera le sujet qui marquera le XXIe siècle.

    • Dcembre dit :

      Les barbares étaient financés. Les migrants aussi… par nos taxes et impôts cette fois! Nous payons pour nous faire envahir. Un taux de crétinité tel que ça pourrait bien marcher!…

  6. Justy dit :

    Pourquoi l’argument des  » heures les plus sombres  » fonctionne – il toujours aussi bien chez nous ? Gageons que le jour ou Micron se trouvera vraiment en difficulté , il lui suffira de faire un petit tour à Oradour . Peu de gens mettent en doute la version officielle de cette tuerie. Et pourquoi quantité d’archives concernant ce massacre ne sont toujours pas accessibles ? Et si la « résistance » avait volontairement ou involontairement déclenché cet horrible massacre ?
    L’éducation nationale ,entre les mains de qui l’on sait depuis cette période , continue à façonner le cerveaux des futurs électeurs de la république . Les gaullistes et les communistes ont été complices du mensonge ; ils le sont hélas toujours et les autres le sont par intérêt .

  7. Marc dit :

    Cela prouve bien une fois de plus que tous les médias mainstream « collaborent » activement avec les partisans milliardaires de la mondialisation sans frontière !….Les « journaleux » de ces médias mainstream ne vont pas mordre en effet « la main qui les nourrit…souvent grassement » !!! « 

  8. Ping : Crise des migrants : l’éternel retour des années 30 – Le blog A Lupus un regard hagard sur Lécocomics et ses finances

  9. Dcembre dit :

    A reblogué ceci sur Chez Dcembreet a ajouté:
    Ces manipulations sont vraiment ignobles!…

  10. josephhokayem dit :

    A reblogué ceci sur josephhokayem.

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