« La guerre contre la terreur est en fait une guerre POUR la terreur » (B. Guigue)

Etats-Unis, France, Grande-Bretagne. « Quel autre pays dans le monde, outre ces trois-là, peut se vanter d’avoir fait autant de guerres chez les autres, imposé autant de sanctions économiques, déstabilisé autant de nations souveraines ? » Israël, sans doute ? Cet oubli de taille mis à part, Bruno Guigue nous livre ici une analyse très claire et très lucide de la pseudo-guerre contre le terrorisme. OD

© REUTERS/Matt Sullivan

« Alors que la crise au Yémen se poursuit, l’analyste politique Bruno Guigue revient sur 17 ans de guerre contre la terreur menée par les Etats-Unis, arguant qu’il s’agit en réalité, au Moyen-Orient, d’une «guerre pour la terreur».

Avec cette arrogance perceptible à l’œil nu chez ceux qui se croient sortis de la cuisse de Jupiter, les dirigeants occidentaux aiment se prévaloir des valeurs morales universelles – ou supposées telles – pour donner des leçons à toute la planète. Ils distribuent les bons et les mauvais points, les châtiments et les récompenses, comme s’ils étaient à la place du dieu Minos qui, dans un mythe cher à Platon, soupèse les âmes des défunts avant de les expédier dans le Tartare. Mais sauf preuve du contraire, ces juges infaillibles du bien et du mal, censeurs autoproclamés du reste de l’humanité, sont loin d’être des divinités antiques. Nous avons pu mesurer, au contraire, à quel point ces représentants d’un impérialisme cynique sont «humains, trop humains», et l’expérience nous a montré qu’ils appliquaient surtout le principe : «Faites toujours ce que je dis, mais ne faites jamais ce que je fais.»

« 76 pays au total ont fait l’objet de la généreuse croisade anti-terroriste menée par les USA »

Une étude récemment publiée par l’Institut Watson (Brown University, USA) a révélé que les Etats-Unis avaient dépensé 5 900 milliards de dollars depuis le 11 septembre 2001 pour «guerre contre la terreur». Engagée dans 76 pays, soit 39% des Etats de la planète, cette guerre héroïque du Bien contre le Mal a coûté une fortune colossale qui correspond au PIB annuel cumulé de la France et du Royaume-Uni. Mais ce n’est pas le pire : elle peut également se vanter d’un bilan humain hors compétition. D’après cette étude, entre 480 000 et 507 000 personnes ont été tuées dans les opérations menées par les Etats-Unis en Irak, en Afghanistan et au Pakistan durant cette période. A ces victimes directes de la guerre menée par Washington, les auteurs de l’étude estiment qu’il faut ajouter les victimes indirectes, beaucoup plus nombreuses. Ce demi-million de morts n’est donc qu’une estimation extrêmement basse, la face émergée de l’iceberg. Car 76 pays au total ont fait l’objet de la généreuse croisade anti-terroriste menée par les USA, et la comptabilité de ces victimes immolées sur l’autel du Bien, si elle était poussée jusqu’à son terme, donnerait le vertige.

Car on devrait aussi ajouter, malheureusement, les victimes des embargos meurtriers décrétés par les pays riches contre les pays pauvres, et notamment celui qui fut infligé à l’Irak et provoqua la mort d’un million cinq cent mille enfants dont Madeleine Albright, secrétaire d’État et icône mondiale des droits de l’homme, disait que c’était «le prix à payer». Mais l’essentiel, pour l’Occident, n’est-il pas d’avoir bonne conscience ? Au lendemain de l’attaque nucléaire contre Hiroshima et Nagasaki qui fit 220 000 morts – en toute inutilité sur le plan militaire –, les généraux américains prirent l’habitude de fêter l’événement en mangeant un gâteau en forme de champignon atomique en compagnie de leurs familles réjouies. Enracinée dans l’inconscient collectif d’une nation élue de Dieu, cette identité présumée avec le Bien ne risque pas de souffrir d’un obscur alignement de chiffres, d’une comptabilité macabre qui est de mesure nulle face à l’immensité des bienfaits dont la nation exemplaire irradie le monde ébahi. Et puis, que valent quelques millions de morts dans des pays lointains tant que l’Amérique s’imagine qu’elle continue à jouir – à crédit – de l’american way of life ?

« Le camp du Bien n’est jamais à court d’arguties dès qu’il s’agit de s’exonérer de ses crimes »

Frappé de stupeur par un tel bilan, un esprit naïf serait peut-être tenté de supposer que la lutte contre les méchants terroristes menée par Washington, au moins, a rencontré quelque succès. Mais où faut-il jeter le regard pour observer un effet positif de cette grandiose entreprise menée par les chevaliers blancs de la démocratie ? En fait, le seul endroit de la planète où les terroristes ont vraiment reçu un coup sur le museau est la Syrie, c’est-à-dire un Etat allié de la Russie – qui a fortement contribué à la destruction de l’appareil terroriste financé par les alliés de Washington – et un Etat honni et combattu par les Etats-Unis, qui ont cyniquement laissé Daech s’emparer de Palmyre en 2014. Partout ailleurs, la gangrène terroriste s’est répandue au même rythme que l’intervention américaine, comme si les coupeurs de têtes étaient arrivés dans les fourgons de l’US Army et de ses suppôts. C’est sans doute pour opposer un démenti à cette cruelle réalité que Donald Trump, avec un aplomb stupéfiant, a osé accuser l’Iran d’être la matrice du terrorisme au Moyen-Orient. Travers notoire du discours officiel en Occident, cette pratique de l’inversion maligne – qui consiste à attribuer à son adversaire la responsabilité de ses propres turpitudes – a probablement atteint en 2018 son acmé historique.

Mais ce n’était pas suffisant, et le camp du Bien n’est jamais à court d’arguties dès qu’il s’agit de s’exonérer de ses crimes. Plus subtil que l’inversion maligne – qui a quand même tendance à frôler le grotesque –, la thèse de l’erreur stratégique – par définition involontaire – a de fervents partisans dans la sphère de l’expertise occidentale. Au vu des résultats de la guerre présumée contre la terreur, les fournisseurs habituels en filet d’eau tiède qui occupent les plateaux télévisés répondent généralement que cette guerre était juste, mais qu’elle a été conduite en dépit du bon sens. Il fallait combattre les terroristes, bien sûr, mais intelligemment. A propos de la Syrie, par exemple, de présumés experts expliquent que l’Occident a été victime d’une «illusion» funeste, qu’on n’a pas compris les rapports de forces locaux, que les agents de la CIA ne comprennent pas l’arabe, bref qu’il y a eu défaillance de l’expertise, et que si l’on avait écouté les vrais experts on n’en serait pas là. Si on lit entre les lignes, les dirigeants de nos vaillantes démocraties ne voulaient pas causer de tels dégâts, leurs intentions étaient pures, mais ils eurent de mauvais conseillers et de mauvais exécutants. Le point aveugle de cette thèse, évidemment, c’est qu’elle confond méconnaissance des réalités et cynisme politique, et insiste sur la première pour occulter la seconde.

« On ne comprend pas la politique occidentale dans la région si l’on refuse d’admettre que la guerre contre la terreur était en fait une guerre pour la terreur »

Fréquemment invoqué pour étayer une critique «soft» et inoffensive de la politique occidentale, cet argument fallacieux de «l’illusion» ou de «l’erreur» a beau avoir pignon sur rue, il est particulièrement toxique. Il jette une fausse clarté sur ce qu’il prétend expliquer, il en occulte la réalité ultime. La prétendue guerre contre la terreur n’a pas échoué parce qu’elle fut conduite par des ignares ou des lourdauds. Loin d’être une guerre contre les terroristes, elle avait manifestement d’autres cibles, et il suffit d’énumérer les interventions impérialistes menées depuis 2001 pour les identifier. Créée avec l’appui de la CIA pour combattre le communisme en Afghanistan, Al-Qaïda n’a jamais souffert de l’hostilité de Washington au cours de son histoire – pas plus que ses avatars successifs (Al-Nosra, Daech) arrosés de pétrodollars et fournis en moyens militaires par les pétromonarchies du Golfe. Et il serait digne, de la part du Département d’État, de réparer une injustice flagrante en versant à la veuve de Ben Laden une pension de réversion amplement méritée, compte tenu des bons et loyaux services rendus par le meilleur agent recruteur de la CIA.

Non seulement le terrorisme ne s’est jamais aussi bien porté depuis que les USA prétendent le combattre, mais les Etats souverains qui l’affrontent pour de vrai – aujourd’hui comme hier – figuraient depuis longtemps sur la liste noire des faucons du Pentagone. Afghanistan envahi, Irak laminé, Libye pulvérisée, Soudan tronçonné, Syrie agressée, Iran sanctionné, Yémen affamé : la guerre contre la terreur est l’alibi d’une destruction méthodique des structures étatiques du «grand Moyen-Orient», pour reprendre l’expression de Michel Raimbaud. On ne comprend pas la politique occidentale dans la région si l’on refuse d’admettre que la guerre contre la terreur était en fait une guerre pour la terreur, destinée à perpétuer le chaos dans une partie du monde aussi riche en puits de pétrole qu’en peuples récalcitrants. Contrairement au discours convenu des chancelleries occidentales sur «notre ennemi mortel, l’islamisme radical» – discours destiné aux naïfs –, les coupeurs de tête n’ont jamais causé le moindre tort à l’hégémonie américaine, qui a précisément besoin de leur nocivité pour se perpétuer. A la fois mercenaires et boucs-émissaires, les djihadistes en tous genres ont fourni sa piétaille-kleenex à l’empire du crime.

« Les Etats-Unis battent tous les records, mais leurs supplétifs français et britannique, ces roquets de l’Empire, ne sont pas en reste dans l’exécution du crime de masse »

Insupportable, la morgue moralisatrice des dirigeants occidentaux est l’écran de fumée qu’ils jettent complaisamment sur les tombereaux de cadavres dont ils sont responsables. C’est non seulement une insulte à l’intelligence des peuples qui les écoutent, mais surtout – c’est de loin le plus grave – une ignominie à l’égard des peuples qu’ils ont condamnés à la mort ou à la misère. Dans cette entreprise mortifère où le false flag est la règle et le bombardement aveugle le mode opératoire, de Kaboul à Bagdad, de Tripoli à Sanaa et de Mossoul à Damas, les Etats-Unis battent tous les records, mais leurs supplétifs français et britannique, ces roquets de l’Empire, ne sont pas en reste dans l’exécution du crime de masse. Quel autre pays dans le monde, outre ces trois-là, peut se vanter d’avoir fait autant de guerres chez les autres, imposé autant de sanctions économiques, déstabilisé autant de nations souveraines ? S’ils avaient une vague idée de ce qu’est le patriotisme, leurs citoyens descendraient dans la rue pour imposer la fin de cet acharnement criminel contre des populations qui ne leur ont rien fait, et dont certaines avaient même la candeur de croire aux valeurs usurpées par un Occident failli ».

Bruno Guigue, RT France, le 19 novembre 2018

Quelques rappels :

“Mensonge, fausse bannière et vidéos”, une politique américaine (B. Guigue)

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 54 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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3 commentaires pour « La guerre contre la terreur est en fait une guerre POUR la terreur » (B. Guigue)

  1. zorba44 dit :

    Ah non, par pitié nous ne voulons pas être le peuple « sorti de la cuisse de Jupiter »…

    Cette blague mise à part les peuples cités ne sont pas forcément bien. Ils deviennent même névrosés en raison des actions de leurs dirigeants.

    C’est pourquoi, sans doute, les votes deviennent chiches à proportion car beaucoup « ne consentent plus » à devoir choisir des élites qui méprisent convictions et valeurs.

    Passé un certain stade, tyrannie aidant, il ne faut pas s’étonner de mouvements tel que celui des gilets jaunes dont on espère qu’il va balayer les miasmes qui font si mal.

    Jean LENOIR

  2. Alcide dit :

    Pourquoi la guerre ?
    Pour être en conformité avec ça:

    Ce qui suit est une conférence du rabbin David Bar-Hayim, dont la biographie et le visage légèrement souriant se trouvent sur Wikipedia . Pour nos besoins, seul le premier paragraphe suffira. Il est dit que Bar-Hayim est un  » rabbin orthodoxe israélien qui dirige l’Institut Shilo (Machon Shilo), un tribunal rabbinique et un institut d’éducation juive basés à Jérusalem et dédiés à la Torah d’Israël « .

    http://www.myvi.ru/watch/Why-are-the-Rabbis-Silent-about-Gaza_RMl1JJ_ftUy7fjzY7Ehgug2

    Voici les déclarations clés du début de cette conférence postées le long de leur horodatage afin que vous puissiez vérifier leur authenticité:

    09:20 La Torah enseigne que la vie d’un Juif est plus précieuse que la vie d’un non-Juif.
    10:00 Dieu (HaShem) préfère les Juifs aux non-Juifs et leur accorde un statut spécial.
    11h00 L’idée que les Juifs et les non-Juifs sont également précieux pour Dieu contredit l’esprit de la Torah du début à la fin.
    16:40 Selon Bar Shimon, Yochia (alias Rashbi), « le meilleur des non-juifs devrait être tué au combat », car, de même que les juifs ne peuvent pas savoir si un serpent s’approchant de vous est venimeux ou non, ils ne peuvent pas savoir quel non-juif est un danger pour alors.
    25:16 Les Juifs doivent supposer qu’il est probable que les non-Juifs qu’ils rencontrent ne respectent pas les lois Noahide.
    25:33 Ceux qui ne respectent pas les sept lois Noahide sont donc coupables d’un crime capital
    25:49 “Avoda Zara”, c’est-à-dire idolâtre signifiant Christianisme était l’infraction la plus courante.

    Humanisme Juif , extraits:

    1:22:00 si sauver un non-juif ne donne pas une bonne mine aux Juifs, alors le Juif devrait mentir sur ses motivations

    Il est donc normal de laisser mourir un non-juif et, s’il est mis au défi, de mentir!

    Le concept clé est simple: les Juifs sont plus importants pour Dieu et donc pour eux-mêmes que les non-Juifs. C’est pourquoi

    1:00:30 il n’est pas nécessaire de retourner un objet perdu à un non-juif
    1:17:40 Les Juifs peuvent lever le sabbat pour sauver un Juif, mais pas un non-Juif, car les Juifs ne considèrent pas toutes les vies comme égales .

    Vous ressentez l’amour ?

    Traduction Google de:
    A Crash Course on the True Causes of ‘Anti-Semitism’ – Part 1
    The Saker
    https://russia-insider.com/en/crash-course-true-causes-anti-semitism-part-1/ri25062

    Tout est clairement dit ainsi toute autre discussion ou tentative d’explication est perte de temps.
    Ceux qui ne respectent pas les sept lois Noahide sont coupables de crime capital et doivent être exécutes.
    Peu importe la méthode tactique sur le terrain , la terreur , les vaccins adjuvantés obligatoires , les chemtrails, etc…

  3. Danse dit :

    « TOUT EST CLAIREMENT DIT AINSI TOUTE AUTRE DISCUSSION OU TENTATIVE D’EXPLICATION EST PERTE DE TEMPS. »
    En effet, avant d’accuser encore et encore « la France » comme un perroquet, pour le plus grand bénéfice du système prédateur qui s’emploie à la faire crever, il serait peut-être lucide de pointer du doigt ceux qui en tiennent les manettes et accusent toujours « la France » pour couvrir leurs traces.

    Merci Alcide pour avoir pris le temps de rétablir « CET OUBLI DE TAILLE » détecté par Olivier dans l’article de Bruno Guigue.
    Article que je n’ai pas pris le temps de lire, étant déjà largement saturée de la propagande d’AUTO-FLAGELLATION ANTI-FRANCE de bobo lâche et aisé, répandue par cet auteur qui n’a pas encore compris qu’il est un COLLABO, tout comme le sont les perroquets anti-France qui ne cessent de vouloir flageller « les Français » d’avoir élu Macron, juste parce qu’ils veulent continuer mordicus à ne pas savoir que les élections ont été truquées.
    (Ils veulent seulement savoir que TOUT le reste est truqué, mais pas les élections, hein : il faudrait avoir le courage de voir la vérité en face, et se bouger.)

    Merci Olivier pour la majorité des autres articles que vous avez publiés ces derniers jours, et que je n’ai pas eu le temps de commenter, pourtant j’aurais bien voulu.

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