La France est-elle en train d’hypothéquer son stock d’or ?

« A l’heure où la plupart des grandes banques centrales accumulent de l’or pour se prémunir contre une nouvelle crise financière, la Banque de France a monté un dispositif visant à échanger et à prêter les réserves détenues à Paris. Une entreprise inédite qui interroge et inquiète.

C’est ce qu’on appelle une annonce en catimini. En octobre dernier, dans une petite revue anglaise spécialisée (The Alchemist), le tout nouveau sous-gouverneur de la Banque de France – Sylvie Goulard – annonçait l’utilisation prochaine du stock d’or gardé dans les coffres de l’institution, jusqu’ici soigneusement tenu à l’écart du marché. Dans ce document, elle expliquait avoir passé un partenariat « avec une grande banque commerciale active dans le marché de l’or ». Quelques semaines plus tard, l’agence Reuters précisait que la banque en question était l’organisme américain JP Morgan, l’un des principaux spéculateurs sur le marché des matières premières et des monnaies.

Peu diserte sur le sujet, Sylvie Goulard faisait néanmoins mention de prêts d’or à des établissements financiers et d’échanges or-devises avec d’autres institutions. Elle se félicitait également sur tout un paragraphe de la rénovation des coffres parisiens de la Banque, qui permet désormais d’utiliser des chariots élévateurs puissants et qui facilite les manipulations et le transport des lingots…

Pas de communiqués officiels

Le but ? Officiellement, il consiste à refaire de Paris « une place de marché clef pour l’or ». Et puis ? De gagner un (tout) petit peu d’argent en utilisant le métal précieux détenu dans les coffres. Pour des informations plus précises, et des communiqués officiels, le quidam attendra. Christian Eugène, ancien responsable du service de l’endettement international à la Banque de France déclare :

« Je suis un peu étonné car l’essentiel du stock d’or appartient tout de même à l’Etat. Utiliser ce patrimoine ne me paraît pas une bonne idée, surtout dans un contexte financier rempli de risques ».

Mais Sylvie Goulard veut aller vite, très vite. En interne, elle s’est constituée un cabinet afin de ne pas se retrouver dépendante des services opérationnels. « C’est nouveau, personne n’avait jamais fait ça avant » souligne un connaisseur de l’institution. En cas de nomination de l’actuel premier gouverneur à la tête de la BCE, certains la voient déjà devenir chef de la plus puissante institution financière du pays.

Aussi peu connue soit-elle du grand public, celle qui a été propulsée sous-gouverneur en janvier 2018 par décret du président de la République a un passé politique déjà très rempli. En mai 2017, dans la foulée de l’élection d’Emmanuel Macron, elle était nommée ministre des Armées ; aussitôt, elle ne cachait pas sa volonté de remanier l’armée française dans le seul but de construire une défense européenne intégrée. Elle démissionnera quatre semaines plus tard. Entretemps, son passé de ‘consultante’ aux revenus mirobolants de l’Institut Berggruen – un lobby américain visant à accélérer « l’intégration européenne » – était sorti dans la presse, tandis que son nom était cité dans une présomption d’emplois fictifs du Modem au Parlement européen.

L’étonnant parcours du sous-gouverneur

Son militantisme pour la création d’un Etat central sur le continent vient de loin, et elle ne s’en cache pas. Conseiller politique de Romano Prodi à la Commission européenne entre 2001 et 2004, elle a présidé le Mouvement européen entre 2006 et 2010. Cette année-là, elle créait avec les députés Daniel Cohn-Bendit et Guy Verhofstadt le groupe Spinelli, une structure qui militait notamment pour la diminution des relations bilatérales entre Etats afin de mieux centraliser le pouvoir à Bruxelles. Partisane du CETA, un vaste traité commercial avec le Canada, Sylvie Goulard a cosigné en 2012 ‘De la démocratie en Europe’ avec le très fédéraliste Mario Monti, homme politique qui dirigeait alors le gouvernement italien.

La précipitation avec laquelle la sous-gouverneur veut utiliser nos réserves d’or peut interroger. « Faire des prêts sur l’or ou des swaps [échanges de devises contre de l’or] revient à gager ce stock, à l’hypothéquer. Il est clair que lancer des opérations sur l’or revient à en perdre la propriété pleine et entière. Nous n’avons plus alors la possession du bien pour qu’il serve de garantie à autre chose », prévient Christian Eugène.

A qui serviront ces prêts et ces échanges ? A quelles fins ? Un début de réponse se trouve peut-être du côté de New-York et de Londres. En effet, ces ‘hypothèques’ sur l’or sont menées depuis longtemps par les systèmes bancaires américain et anglais, avec en pointe des établissements comme … JP Morgan. Depuis 20 ans, une grande association américaine, le Gold anti-trust action commitee (GATA), se bat pour que la nature exacte des opérations soit rendue publique. Selon cet organisme, les interventions sur le marché de l’or sont destinées à étouffer le cours du métal précieux, afin que celui-ci ne soit pas perçu comme un concurrent de la première devise du monde, le dollar. « En faisant cela, le système n’est pas freiné et il peut continuer d’émettre de la monnaie à l’infini. Cela lui permet de contrôler les marchés » estime Chris Powell, son secrétaire général.

« Faire des prêts sur l’or ou des swaps revient à hypothéquer ce stock ».

En vendant l’or à découvert, les plus gros établissements financiers s’assureraient que les masses de monnaie qu’ils créent ne se détournent pas vers le métal précieux, mais continuent au contraire de se déverser sur les titres de dette publique et privée. Pour nourrir la machine ad vitam aeternam… Côté pile, les Etats-Unis affichent depuis des décennies les mêmes quantités officielles de métal précieux dans leurs coffres. Côté face, ils utiliseraient ce stock (via des certificats) pour pousser le prix vers le bas, afin que l’ancien étalon monétaire ne supplante pas le dollar dans l’esprit des utilisateurs. Néanmoins, l’or garanti par les certificats peut être un jour réclamé, prévient le GATA.

Les dizaines de documents et de témoignages réunis par l’association américaine tendent à prouver que l’or demeure un actif essentiel dans le système monétaire actuel. « Les opérations de prêts ou les swaps sur l’or ne sont pas anodins, ils servent à quelque chose, ajoute Chris Powell. Mais les banques centrales ne veulent pas que le marché libre connaisse l’ampleur de ces opérations, car ce sont des informations extrêmement sensibles ». En décembre dernier, à l’occasion d’une procédure judiciaire aux Etats-Unis, un trader de … JP Morgan a avoué avoir manipulé le marché des métaux précieux pendant des années. Il a affirmé avoir agi avec son équipe, après avoir été formé par des traders plus anciens au sein de la même banque, et au su de sa hiérarchie.

Aux dernières nouvelles, le stock d’or total que la Banque de France conserve officiellement dans ses coffres s’élève à 2436 tonnes. Servira-t-il à soutenir le dollar ? L’euro ? Ou les grandes banques privées, comme l’article du Alchemist le suggérait ? Dans un passé récent, l’actuel sous-gouverneur a montré une véritable appétence pour les sujets financiers en lien avec la centralisation des pouvoirs à Bruxelles. Lors de son passage au Parlement européen entre 2009 et 2017, Sylvie Goulard a été rapporteur ou co-rapporteur de plusieurs textes législatifs déterminants, comme celui visant à créer un mécanisme européen de supervision financière, ou cet autre à forte portée sur l’Union bancaire dans la zone euro.

L’or, un actif monétaire très sensible

La sous-gouverneur a même été à l’initiative d’un rapport sur les euro-obligations, ces titres de dette fédérale que la Commission européenne souhaiterait émettre un jour pour trouver des financements de manière indépendante, sans dépendre des transferts d’argent effectués par les Etats nationaux. Des euro-obligations qui, en l’absence d’impôts européens, pourraient par exemple avoir besoin d’un stock d’or pour asseoir leur légitimité. « Mais le marché de l’or est très opaque. Il est difficile de savoir d’où partent les transactions et chez qui elles arrivent » précise un trader en matières premières.

Une chose est sûre : l’idée de mobiliser le stock d’or français va à l’encontre de ce que font les autres grandes banques centrales de la planète (Etats-Unis mis à part). Depuis la crise financière de 2008, qui avait vu des montagnes de titres de dette perdre toute valeur, les banques centrales sont devenues acheteuses de métal précieux, et elles le conservent précieusement. La Russie a ainsi multiplié son stock d’or par 4 en dix ans, tandis que des rumeurs persistantes prêtent à la Chine une stratégie visant à dépasser les réserves officiellement détenues par les Etats-Unis. D’autres nations – la Turquie, l’Inde, l’Indonésie, la Pologne, etc. – se sont mises à racheter de l’or ces dernières années après avoir longtemps été absentes du marché. Mieux : des gouvernements possédant de l’or stocké à l’étranger ont demandé le rapatriement de leurs lingots afin d’en avoir la pleine propriété. C’est ainsi que l’Allemagne a obtenu (difficilement et progressivement) le retour de son or entreposé aux Etats-Unis ».

Lire la suite sur Politique Magazine

Addendum : 

Il semblerait que Politique Magazine se soit largement inspiré de deux articles de Philippe Herlin sur le sujet, sans le citer.

Lire ici :

L’or de la France en collatéral à des opérations financières : encore une fake news ?

Rappels :

Les économies émergentes accumulent de l’or en prévision de l’effondrement du système monétaire fondé sur le dollar

Pierre Jovanovic : « Une révolution ou une guerre civile »

Sylvie Goulard recasée à la Banque de France !

Sylvie Goulard, ministre des Armées : « Je ne me sens pas française »

A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 54 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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9 commentaires pour La France est-elle en train d’hypothéquer son stock d’or ?

  1. Jojo le gilet jaune dit :

    C’est véritablement de la haute trahison! mais doit on s’en étonner, après alstom/GE, ou dernièrement la tentative de mariage forcé alstom/siemens, ou encore l’ouverture à la privatisation de nos barrages…

  2. zorba44 dit :

    Le pouvoir de nuisance de Sylvie Goulard est sans limite et cela n’est pas une théorie du complot mais le résultat du simple examen de ses liens monnayés avec les States et de ses « exactions » dans différents postes et positions.

    L’or va donc servir à l’Etat français à se procurer du fric, et, comme n’importe quel actif (Alstom ? aéroport de Toulouse ? etc etc) est destiné à sortir du pays le jour où on ne remboursera pas… (et c’est plutôt la veille que demain !).

    Une trahison de plus et un crime de plus contre l’économie.

    Vite un flashball entre les deux yeux !

    Jean LENOIR

  3. Nanker dit :

    J’en ai parlé ici il y a quelque temps et c’est bien évidemment un dossier à surveiller de TRES près, Goulard la corrompue étant au service exclusif des Ricains et pas des Français. A noter qu’une certaine Isabelle Strauss-Kahn s’était efforcée de résister aux pressions entre autres de parlementaires (!?) lui conseillant fermement de vendre l’or de la BdF, qui soi disant ne sert à rien et ne rapporte rien. Mais apparemment elle n’est plus là pour protéger notre trésor national.

    Et il ne faut pas penser que cette liquidation ne pourrait jamais arriver : Sarko avait bien vendu (alors que les cours étaient au plus bas!) 500 tonnes d’or de la BdF et ce dans l’indifférence quasi-générale…

  4. Nanker dit :

    Je viens de feuilleter ce n° d’Alchemist et il contient un article de cette fameuse Isabelle Strauss-Kahn. Problème : elle est bien présentée comme **ancienne** cadre de la BdF. Autrement dit il en doit plus y avoir grand monde là-bas pour s’opposer aux vues prédatrices de la Goulard (soutenue en secret par Jupiter le mondialiste?).
    Il va falloir se mobiliser et mettre un peu de pression citoyenne sinon nous allons finir comme le Venezuela : on transfert son or à l’étranger comme collatéral et quand on veut le récupérer l’institution qui en avait la garde (la banque d’Angleterre dans ce cas précis) répond « pas possible… »
    Une possibilité serait de profiter des Journées du Patrimoine de la mi-septembre pour aller asticoter le personnel de la BdF sur le sujet. Au bout de la 300ème interrogation sur le thème « alors on va brader le bien des Français? » la Goulard et ses sbires comprendront qu’ils ne pourront commettre leur forfait sans qu’il ne soit remarqué…

  5. Abroz60 dit :

    Ça sent le roussi chez Ferrand en Bretagne et pas un mot au JT ce soir.
    Et chez la Goulard c’est pour quand?

    • zorba44 dit :

      Ferrand est un fils de p… franc-mac et véreux qui n’a que ce qu’il mérite. N’importe comment la loi du feu fera justice au peuple… cette justice qui protège ces brigands !

      Pour la Goulard ce serait comme chez la Mère Poulard avec un flambage au Calva…

      Il n’y a pas que les radars qui peuvent flamber et tous les domiciles des élus et des prédateurs sont connus…

      Jean LENOIR

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