Vers l’argent fondant (B. Bertez)

Pour se sauver le système est prêt à tout. A tout, sauf à perdre ses privilèges. Alors pourquoi pas, en effet, un véritable helicopter money ? Pourquoi pas le revenu universel ? Pourquoi pas la relance directe, massive, par les déficits et l’hyperinflation… pour contrer l’hydre de la déflation ? Evidemment, ce genre de politique, on sait comment ça commence, jamais comment ça finit… OD

« Si vous croyez que tout va bien, si vous croyez la propagande des élites, de leurs médias, et de leurs  gouvernements, alors vous n’avez aucune raison de lire ce texte. Fermez les yeux, dormez tranquille, faites l’autruche, nous vous réveillerons quand la crise montrera à nouveau son horrible tête.

Nous ne sommes pas sortis de la crise de 2009, au contraire, nous luttons pour ne pas y entrer à nouveau ! C’est le sens des volte-faces accomplies récemment, en décembre par les responsables de la conduite des affaires. Ils reconnaissent que la situation au lieu de s’améliorer comme espéré se détériore à nouveau.

Les remèdes néo-libéraux à la crise ont été :

-réduction des déficits budgétaires

-tentative de ralentir la progression des dettes des gouvernements

-austérité salariale

-amputation des bénéfices du welfare, c’est à dire destruction des prestations sociales

-rabotage des services publics

-flexibilisation de la main d’oeuvre

-déqualification de la main d’oeuvre

-mise a zéro des taux d’intérêt

-création de monnaie plus ou moins fausse

-gonflement des patrimoines boursiers des ultra riches et de leurs véhicules

-formation d’une myriade de bulles qui permettent l’illusion de la prospérité.

Ces remèdes n’ont produit qu’une croissance faible, mal répartie et surtout fragile. Dès le mois de décembre 2018, les Bourses se sont mises à chuter face à la multiplication des signes de ralentissement économique mondial. Tout le monde sait qu’une récession est probable et encore ce jour, certains prévisionnistes affirmaient que la probabilité en est de 90%.

Une chute de la Bourse de 20% en un mois et des signes de récession, voilà ce qui explique que les autorités prennent peur et envisagent de recourir à nouveau aux stimulants. Elles envisagent également de gonfler les dépenses fiscales c’est à dire de recommencer à élargir les déficits budgétaires.

Vos journaux et vos télés n’en parlent pas mais les discussions et les débats vont bon train sur la question de savoir ce que l’on va bien pouvoir faire pour éviter ou retarder la catastrophe.

Selon toute vraisemblance des coalitions de gauche, de fausse gauche vont prendre le pouvoir dans un avenir proche. Leur fonction objective sera de mettre en oeuvre, sous couverture de label de gauche bien sûr, les mesures qui sembleront nécessaires.

Il parait probable que seuls des gouvernements de gauche sont, ou seront capables de contrer l’irrésistible avance des populistes. Les gauches s’y préparent et c’est la raison pour laquelle elles ont adopté un peu partout dans les  grands pays développés une tonalité populiste. C’est pour capter la clientèle populiste bien sûr.

Attendez vous donc à savoir que l’on va lutter contre les inégalités, on va hausser les impôts sur les riches et même les moins riches, on va prendre des mesures spectaculaires pour dégonfler le mécontentement des classes moyennes et populaires. Comme le dit le FMI et Davos, on va être plus « inclusive ».

Les dépenses keynésiennes vont essayer de soutenir l’emploi, voire même de favoriser une de hausse des salaires, surtout les plus bas bien sûr. Bref on va tenter de soutenir la demande adressée aux économies. Nos systèmes peuvent encore moins supporter la déflation qu’en 2008. Pour cela on va creuser les déficits de façon jamais vue.

Comme cela va à l’encontre de ce qui a été fait jusqu’à présent on va inventer, diffuser de nouvelles théories et c’est pour cela que depuis quelque temps je vous parle de la MMT, la Modern Monetary Theory.

En effet comme on a lutté contre les  déficits et que des attardés comme Macron le font encore parce qu’ils n’ont pas compris  que c’était fini; donc comme on a lutté contre les déficits  il va être un peu délicat de faire passer l’ inverse; une augmentation de ces deficits. Il faut un tour de passe passe pour réussir  cela. Et le tour de passe passe consiste à sortir ou a ressortir une théorie monétaire qui avait justement vu le jour dans le milieu des années, le Chartalism, que l’on rebaptisé MMT, pour lui donner un air moderne.

L’utilité du Chartalism est que cette théorie est faite sur mesure, elle soutient :   

« A sovereign government cannot run out of its own currency.”

Ce qui, traduit, signifie qu’un gouvernement souverain ne peut jamais être à court de sa propre monnaie. Il peut toujours en imprimer. C’est à dire en tirer de son chapeau, c’est à  dire fabriquer de l’inflation des signes monétaires pour payer ses dettes et ses factures. Vous voyez cela n’a pas grand chose de neuf, mais quand c’est dit de façon compliquée, c’est mieux, cela trompe beaucoup de gens qui se croient savants.

Bref le chartalism que j’appelle souvent le charlatanisme soutient qu’un gouvernement peut enregistrer tous les déficits qu’il veut, s’endetter autant qu’il veut, il ne peut jamais tomber en faillite.

L’Etat a le monopole de la monnaie, il peut fixer la valeur nominale de la monnaie, créer autant de monnaie qu’il veut, distribuer cette monnaie aux entités non étatiques et ainsi stimuler la demande, créer des emplois et donc des revenus.

C’est l’idée de génie de Bernie Sanders, dont la conseillère Stephanie Kelton écrit : “The issuer of currency can never run out of money because it can always print or mint more dollars, pesos, rubles, yen, etc.”

L’émetteur de monnaie ne peut jamais manquer de sa propre monnaie, que ce soit des dollars, des pesos, des roubles ou des euros.

Donc creuser les déficits et augmenter les dettes du secteur public n’ont aucune importance ; on peut y aller. En tout cas on peut y aller tant qu’il reste des capacités de production disponibles dans l’économie et des gens à employer. On peut même verser le fameux Revenu Universel à ceux qui ne font rien, les fainéants copains de Macron qui refusent de traverser la rue…

L’une des idées qui en découle c’est que l’on peut créer un droit au travail et garantir un job à chacun, en tout cas à chaque personne qui en fait la demande. Soit le gouvernement l’emploiera, soit il paiera quelqu’un pour lui en donner.

Donc je vous disais que l’on va utiliser les gauches pour sauver ou prolonger le système, c’est à cela qu’elles servent, et tout ce qu’elles auront à faire, ce sera de reconnaître le simple fait que selon les Chartalists l’Etat qui émet sa propre monnaie ne peut pas faire faillite.

En fait avec le Chartalism, de la même façon que la Banque Centrale est le prêteur de dernier ressort, le gouvernement devient l’employeur de dernier ressort !

Ecoutons Bill Mitchell, économiste MMT “an open-ended public employment program that offers a job at a living (minimum) wage to anyone who wants to work but cannot find employment”….  The Job Guarantee jobs would ‘hire off the bottom’, in the sense that minimum wages are not in competition with the market-sector wage structure.

Le programme offrira du travail à tous ceux qui voudront travailler et ce sera fait au salaire minimum de manière à ne pas faire concurrence aux employeurs capitalistes.

En fait ce qui est proposé, c’ est de réactiver le Roosevelt New Deal des années 30 avec le WPA Works Progress Administration : construction de ponts, aéroports, barrages, hôpitaux, et routes.

Je pense que si vous nous suivez sur le caractère inéluctable de la prochaine crise, vous n’êtes nullement étonné que l’on arrive à des mesures aussi extrêmes ; il faut que le danger soit bien grand n’est-ce pas pour en arriver là !

Cela me fait penser aux mesures prises par le fameux Hartz qui a réformé le marché de l’emploi en Allemagne au début des années 2000. Hartz a réformé le marché de l’emploi  et réduit le chômage en paupérisant les travailleurs allemands, en les forçant à accepter des jobs très sous-payés comme les jobs ci dessus.

Je me demande si Macron n’a pas une idée de ce genre en tête pour sa campagne de réélection.

Donc comme je vous le disais la MMT, c’est à dire les déficits, le printing à tout va et l’hyperinflation sont l’une des solutions explorées par les élites face à la forte probabilité d’une rechute dans la crise avec regain de déflation et risque pour la stabilité financière et donc risque d’instabilité sociale.

L’autre voie est celle  de l’aggravation de la voie actuelle avec correction des erreurs de raisonnement d’une part et amplification des doses de remèdes.

L’erreur de raisonnement de Bernanke a été de croire que l’argent distribué par les banques centrales trouverait son chemin dans les économies réelles. Cela n’a pas eu lieu, la transmission comme on dit ne s’est pas faite. Donc il faut revenir à l’essence même de l’arrosage monétaire et pratiquer le vrai  « helicopter  money », celui qui fait tomber l’argent sur le secteur public et dans les poches des consommateurs. Au lieu de compter sur les  banques, les financiers et les ultra riches on les court-circuite et on donne l’argent directement à ceux qui le dépensent. C’est bien plus efficace que les QE !

Les déficits du gouvernement vont galoper, ils seront financés par la répression monétaire monstre : toute personne qui garde de l’argent est punie sévèrement.

C’est le sens, comme par hasard, d’une étude de la Fed de San Francisco qui vient d’être publiée : elle dit que l’on aurait dû en 2009 passer tout de suite et très durement aux taux d’intérêt négatifs.

Il faut, la prochaine fois, pratiquer des taux d’intérêt franchement négatifs, il faut spolier ceux qui gardent de l’argent et ne le dépensent pas. On instaure l’argent biodégradable, l’argent fondant.

Le visionnaire Albert Edwards de la Société Générale pense que l’étude de la Fed de San Francisco est un ballon d’essai.

Il croit comme nous à la prochaine crise, à son caractère ravageur et il anticipe plutôt ce genre de mesure radicale : un déficit budgétaire énorme de 15% et des taux d’intérêt très négatifs ».

Bruno Bertez, le 7 février 2019

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 54 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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6 commentaires pour Vers l’argent fondant (B. Bertez)

  1. zorba44 dit :

    Charlatans en tout genre !

    Jean LENOIR

  2. Catalan Christian dit :

    Des politiques de gauche vont être proposées -pour étouffer les populismes- reposant sur une veulerie décomplexée et faussement experte : des niveaux de déficits budgétaires jamais vus, sauf dans des pays en faillite, financés par une création monétaire sans limite préfixée. Conséquences : l’euthanasie des petits épargnants (je ne vise pas là, bien sûr, les ultra-riches et ceux qui se sont scandaleusement enrichis grâce à la crise), via des taux d’intérêts très négatifs et une hyper inflation qui rognera très vite tout capital épargné et dissuadera toute détention monétaire dans la durée (il faudra dépenser très rapidement l’argent distribué, sous peine qu’il perde très rapidement son pouvoir d’achat).
    Aujourd’hui, on pressent déjà la récupération de la révolte des gilets jaunes par l’extrême-gauche du système (CGT et LFI) et par des stratégies d’union de la gauche qui vont progressivement émerger ; nul doute que les gogos vont s’y laisser prendre, car la liberté n’a jamais intéressé, au fond, le commun des mortels, plutôt la facilité que la rigueur, plutôt la veulerie que le sens des responsabilités. En Marche vers demain, en marche vers la soumission. Robotisation + Transhumanisme + Destruction des monnaies + Revenu Universel distribué par les États = Fin de la liberté (je ne parle même pas de la démocratie agonisante et qui a historiquement vécu) et de l’homme tel que nous l’avons connu jusqu’à présent. Tout bien réfléchi, c’est l’évolution logique de l’esprit de la modernité.

    • MASTER T dit :

      Je pense que vous venez de résumer en la résolvant notre équation à une inconnue, soit la fin programmée des démocraties pour une hyper-centralisation gérée par les institutions supra nationales avec à la clé une monnaie « totalitairement » conçue pour être incontournable, traçable et profilable. Evidemment, la great experiment devrait mal finir avant la grande refonte monétaire prévue par le FMI et l’instauration consentie d’un NOUVEL ORDRE MONDIAL.

  3. josephhokayem dit :

    A reblogué ceci sur josephhokayem.

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