Fabrique du consentement : selon un sondage, un Français sur deux favorable à un gouvernement militaire…

… En cas d’attaques terroristes, bien sûr !

Après l’épisode de la célébration médiatique du général Pierre de Villiers, nos manipulateurs de l’ombre ont encore recours à un “sondage”, cet instrument pervers de la démocratie d’opinion, pour préparer les esprits à la prochaine carte qu’ils pourraient abattre : un “attentat terroriste” conduisant à une énergique reprise en mains par l’armée et à la suppression (“temporaire”) des libertés publiques. L’état d’urgence de Hollande et de Valls n’aurait alors été qu’un avant-goût de ce qui nous attend : une solution radicale pour mater ces « factieux », ces « casseurs », et même ces « terroristes » de Gilets jaunes qui refusent de rentrer dans le rang… OD

« Face au risque terroriste, 55 % de nos compatriotes sont favorables à de nouvelles mesures d’exception « pour mieux assurer la sécurité des Français quitte à limiter leurs libertés », contre 44 % qui s’y opposent. En cas de nouveaux attentats, un Français sur deux soutient même l’idée de nommer, de manière temporaire, un militaire à la tête du pays. Voici les résultats frappants d’un sondage Odoxa effectué en février sur un échantillon de 1 002 Français représentatifs de la population française adulte. L’étude a été commandée par JC Lattès, éditeur qui publie le 1er mars Article 36 du journaliste Henri Vernet, un roman de politique-fiction imaginant que les militaires prennent le contrôle du pays.

C’est une tendance musclée que l’on voit monter dans les démocraties occidentales. En octobre dernier, un sondage de l’Ifop montrait déjà que 41 % des Français seraient en faveur d’« un pouvoir politique autoritaire » pour réformer en profondeur le pays face au déclin. Comme nous l’expliquait le politologue de Harvard Yascha Mounk, auteur du Peuple contre la démocratie (éditions de l’Observatoire), « en 1995, seul un Américain sur seize pensait qu’un régime militaire constituait un bon système de gouvernement ; aujourd’hui, c’est un sur six. En France aussi, il y a vingtaine d’années, 35 % de la population estimait qu’un dirigeant “musclé” qui ne serait pas limité par le Parlement ou des élections serait une bonne chose. En 2017, les dernières données nous disent qu’ils sont désormais près d’un sur deux ! » D’un côté, on constate que les jeunes sont moins attachés à la démocratie libérale – et plus ouverts à un régime autoritaire – que la génération qui a connu la Seconde Guerre mondiale. De l’autre, la montée du terrorisme islamique a alimenté une demande croissante de sécurité au détriment des libertés.

« Allez, mon général, quand est-ce que vous prenez le pouvoir ? »

Selon le sondage Odoxa, pour six Français sur dix, la France est ainsi « en guerre » contre le terrorisme. Et l’armée est de très loin l’institution à laquelle nos compatriotes font le plus confiance dans cette lutte contre le terrorisme (54 %), devant la police (20 %), la justice (20 %), l’Europe (8 %) ou le gouvernement (7 %). Le sondage Odoxa montre d’ailleurs de fortes divergences selon la sensibilité politique des personnes interrogées. Chez les sympathisants de La République en marche, ils ne sont « que » 25 % à se dire « tout à fait d’accord » ou « plutôt d’accord » sur l’hypothèse de nommer un militaire à la tête du pays en cas de nouveaux attentats terroristes. Sans surprise, les soutiens de Marine Le Pen marquent l’adhésion la plus forte (71 %) à ce recours à un homme fort, suivis des Républicains (58 %).

En revanche, parmi les sympathisants LREM, ils sont 67 % à être favorables à des mesures d’exception pour mieux assurer la sécurité des Français, là où les sympathisants du Rassemblement national ne sont que 60 %. C’est chez les partisans de La France insoumise que l’on retrouve la plus forte réticence à des mesures d’exception, avec 67 % d’entre eux qui s’y opposent, contre 57 % chez les socialistes.

Rédacteur en chef adjoint au Parisien, Henri Vernet a eu l’idée de son roman Article 36 au moment où la France se trouvait touchée par des attentats à répétition. « Je me suis rendu compte qu’il y avait en France la possibilité de proclamer l’état de siège avec l’article 36 de la Constitution, c’est-à-dire un recours à l’armée. Ce sont quand même des pouvoirs extrêmement importants en matière de restauration de l’ordre, avec des tribunaux militaires pour juger des actes liés à la sécurité de l’État. C’est un régime exceptionnel dont on ne parle jamais, une survivance du XIXe siècle, époque où l’armée maintenait l’ordre et où il y avait une défiance des politiques vis-à-vis de la police. Ce livre est une fiction, mais j’ai enquêté. J’ai vu des constitutionnalistes, des avocats, des responsables militaires. »

Dans son intrigue, le président de la République fait appel à un homme providentiel pour en finir avec le terrorisme et des désordres en France. Un général populaire qui a des airs de l’ancien chef d’état-major des armées Pierre de Villiers. « Les militaires ont gagné une extraordinaire popularité. Il faut voir le succès des bouquins de De Villiers, les files d’attente incroyables quand il fait des dédicaces. Il y a un vrai engouement pour les valeurs militaires. J’ai entendu des formules du type “Allez, mon général, quand est-ce que prenez le pouvoir ?” », explique Henri Vernet.

Alerte

Pour le journaliste, les Français ont repris l’idée, d’abord émise par les responsables politiques, que nous serions en guerre contre le terrorisme. « Là où ils sont logiques, c’est qu’ils vont jusqu’au bout. Puisque c’est la guerre, quoi de plus naturel que de confier les rênes du pays, pour un temps provisoire, à un militaire. C’est quand même extraordinaire quand on pense qu’il y a encore quelques années, c’était l’antimilitarisme qui prévalait, à l’image du Grand Duduche de Cabu ! Les militaires, dès qu’ils se mêlaient à la politique, étaient vus comme des putschistes. Cette image s’est complètement retournée, d’abord avec les actions humanitaires de l’armée, puis avec le terrorisme ».

Le sondage Odoxa entre aussi en résonance avec l’actualité des Gilets jaunes. En décembre, Christophe Chalençon réclamait la démission du gouvernement d’Édouard Philippe et la nomination du général de Villiers. « C’est un thème qui rôde chez les Gilets jaunes. Et symboliquement, de l’autre côté, quand le gouvernement sent qu’il est débordé, avec un ras-le-bol des Français face aux casses du samedi, Benjamin Griveaux évoque le renfort de la mission Sentinelle. Bien sûr, les militaires sont déjà dans les rues et il ne s’agit pas de maintien de l’ordre, mais le symbole est très fort. On met en valeur les militaires dans un contexte de crise sociale. Ça traduit bien quelque chose dans l’air du temps. La réalité aujourd’hui va presque plus loin que mon roman », assure Henri Vernet, avant de conclure : « En France, on aime bien le culte du chef, de l’homme providentiel. Ça reste prégnant. Le roman est aussi une façon de donner l’alerte. Attention, il ne faut pas trop jouer avec la démocratie. Les démocraties sont fragilisées, et le césarisme n’est jamais loin »… »

Le Point.fr, le 28 mars 2019

Rappel :

Pourquoi Ruquier a-t-il ciré d’un coeur léger les bottes du général de Villiers ?

Nous y voilà… Gilets jaunes = terroristes !

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 54 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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20 commentaires pour Fabrique du consentement : selon un sondage, un Français sur deux favorable à un gouvernement militaire…

  1. JPP dit :

    Macron nous l’avait dit: « Il faut penser printemps »… Ce qui passait pour une fadaise avait peut-être un sens plus profond !

    Après les « printemps arabes »…. le « printemps français » ?
    Qui sera notre général al-Sissi ?

  2. ManuDémission dit :

  3. zorba44 dit :

    Quand on voit ce qu’est devenu Cuba en cinquante années de castrisme, il n’y a vraiment pas à suivre un modèle semblable pour redresser un pays.

    Saint-Cyr n’est pas une grande école de gestion …et la gestion cela ne s’organise pas par la force !

    Une vraie mauvaise idée, même si les résultats de ce sondage sont sans doute bidouillés, comme d’hab !

    Jean LENOIR

    • Danse dit :

      Vous avez sans doute voulu dire, « en cinquante années de blocus américain » ?

      Il y a cinquante ans, les États-Unis décrétaient le blocus de Cuba
      https://www.investigaction.net/fr/Il-y-a-cinquante-ans-les-Etats/

      Au nom de la « lutte contre le communisme » d’abord, puis de « la défense des droits de l’homme », la plus grande puissance au monde, les États-Unis, livre à une toute petite île, Cuba, une guerre économique sans pitié. Le blocus américain contre Cuba dure depuis cinquante ans, violant toutes les lois et traités internationaux.

    • Danse dit :

      « Les pertes occasionnées par l’embargo à l’économie cubaine s’élevaient en 2014 à plus de 116 milliards de dollars. »
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Embargo_des_États-Unis_contre_Cuba

      N’êtes-vous pas étonné que Cuba vive encore après 50 ans d’acharnement à la tuer, et soit même capable d’envoyer des médecins partout dans le « tiers-monde » soigner les peuples en difficulté ?

    • Danse dit :

      Blocus de Cuba : un crime qui dure — Antonio Bermudez (2018)
      https://www.legrandsoir.info/blocus-de-cuba-un-crime-qui-dure.html

      L’Assemblée générale de l’ONU a adopté le premier novembre dernier une résolution à la quasi-unanimité, appelant à la levée du blocus décrété il y a soixante ans par les États-Unis contre Cuba, avec 191 voix pour et deux voix contre, celles des États-Unis et d’Israël.

      • zorba44 dit :

        Ce qui est un scandale Danse, c’est que Castro avait des appuis, y compris l’URSS.
        Castro avait le pouvoir de dénoncer et de faire fermer Guantanamo et pouvait obtenir le soutien de quelques états sud-américains.

        Pourquoi n’a-t-il rien fait ?

        Jean LENOIR

      • Danse dit :

        Votre blague est excellente

  4. Robert dit :

    Les moutons ont besoin d’un berger… ou d’un père fouettard !

  5. brunoarf dit :

    En septembre 2008, toutes les banques européennes étaient en faillite. Dans la panique, les Etats européens ont dépensé des centaines de milliards d’euros pour sauver les banques de la faillite.

    Entre 2008 et 2017, les Etats européens ont versé 1459 milliards d’euros en capital aux banques privées. De plus, les Etats européens ont versé 3659 milliards d’euros en trésorerie aux banques privées.

    Problème : les Etats européens n’avaient pas tous ces milliards. Donc ils ont dû emprunter des centaines de milliards d’euros supplémentaires.

    Conséquence : ces renflouements ont permis de sauver ces banques, mais au prix d’un gonflement de la dette publique, transformant la crise bancaire en crise de la dette européenne.

    Lisez cet article :

    http://www.lefigaro.fr/conjoncture/bruxelles-se-penche-sur-les-aides-versees-aux-banques-durant-la-crise-de-2008-20190328

  6. Eric83 dit :

    Maintenir les citoyens dans l’ignorance, première étape de la fabrication du consentement.

    Une question éclairante pour un sondage : « Comment et pourquoi la France est-elle le pays occidental qui a subi le plus d’attentats meurtriers ces dernières années ? »

  7. Xavier_ dit :

    La formulation du sondage est très, TRES curieuse.
    « Si la France était confrontée à de nouveaux attentats terroristes, seriez-vous favorables à un militaire à la tête du pays ? » A un gouvernement militaire ‘temporaire’, donc.
    Drôle de question, non ?
    Quand on connaît les accointances de l’Occident avec Al-Quaeda et Daech en Syrie … Et que jamais, Jamais!, ces gens-là ne laisseront la « démocratie » leur échapper.

    Dans le même temps – coïncidence ? :
    « Lyon: une ligne du métro fermée en raison d’une simulation d’attentat.
    (Publié le 27/03/2019)
    Les couloirs du métro seront le théâtre d’une simulation d’attentat.
    La ville de Lyon organise demain soir à partir de 21h45 un exercice de sécurité civile sur la ligne C du métro. Une attaque d’hommes armés sur les quais et une prise d’otage feront partie de la mise en scène de cet entraînement. »
    http://www.lefigaro.fr/flash-actu/lyon-une-ligne-du-metro-fermee-en-raison-d-une-simulation-d-attentat-20190327

    Dire qu’il y a encore des gens qui pensent que la révolte des Gilets Jaunes a été voulue et alimentée par les Hommes de l’Ombre !
    Tout cela à cause d’une couverture de ‘The Economist’ qu’ils interprêtent sans même s’en rendre compte !

  8. Richard dit :

    Et en plus ceux qui cassent (et que la police laisse casser, sur ordre) ce ne sont pas les GJ mais les black blocs !

  9. lucmars dit :

    J’ai le sentiment que les réponses favorables recouvrent aussi des attentes allant au-delà de la seule question sécuritaire, anti-terrorisme…

  10. Robert dit :

    On ne se refait pas, ce n’est pas nouveau dans l’histoire de France ! En 1940 un militaire est devenu le père de la Patrie, et en 1958 un autre est devenu le sauveur de la République …

    • Alcide dit :

      Certes Robert, ils étaient militaires MAIS aussi honnêtes, patriotes avec la volonté farouche de défendre la France et les Français.
      Les zozos actuels sont des traîtres Franc-Maçons passés au crible de l’adhésion à l’OTAN irréversible ( donc incroyablement des militaires Français qui acceptent docilement d’être sous le commandement US !! ) et proposés par le Bilderberg Club ou le système rothschildien dont ils sont stipendiés.
      Je pense qu’il y a matière à différence, non ?
      Car il y a bien des militaires Français qui actuellement sont complices des crimes de guerre en Syrie comme ils furent complice de génocide lors de la campagne honteuse et illégale de bombardement de civils Serbes.
      Nous pouvons espérer que tous les militaires Français ne sont pas des crapules de cet acabit.

      • Danse dit :

        100% Alcide.
        Et surtout, par cette campagne de matraquage on essaie de nous faire croire que nous voulons un gouvernement à poigne, donc militaire ou « de droite » au sens « continuation de la destruction de notre pays par les mêmes, avec encore plus d’autorité s’exerçant sur nos vies »…
        Cette campagne mensongère sert à cacher que ce que nous voulons en réalité, c’est le RIC. Ce que nous voulons, c’est exercer notre autorité sur les gens qui eux, prétendent continuer par tous les moyens à exercer un pouvoir sur nous.

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