« Les investisseurs se tournent vers l’or pour se protéger contre l’implosion du système financier » (Geert Noels)

« Les dernières fois que les prix de l’or ont autant grimpé remontent à 2011, quand la zone euro menaçait d’imploser, et à 2008, quand le système financier menaçait de s’effondrer, souligne l’économiste Geert Noels (Econopolis).

La guerre commerciale s’est manifestée à nouveau sur les marchés financiers après deux mois d’accalmie. Il a fallu un tweet du président américain Donald Trump pour raviver les craintes des investisseurs. En imposant des droits de douane supplémentaires sur les biens chinois importés pas encore ciblés par ses précédentes taxes, il a déclenché une réaction violente sur les marchés d’actions, d’obligations et de devises. La Chine a rétorqué en dévalorisant sa monnaie, afin d’atténuer l’impact des sanctions douanières américaines. Les Etats-Unis, en face, n’ont pas de volonté affichée de faire baisser le coût du dollar, même si Donald Trump presse la Réserve fédérale américaine à baisser davantage ses taux d’intérêt, ce qui pourrait faire baisser le billet vert face aux autres devises. Geert Noels, économiste chez Econopolis, estime que l’action des banques centrales cache un autre problème, celui de l’endettement des États. Il estime aussi que la guerre commerciale va finir par rattraper les Etats-Unis ».

Sommes-nous dans un nouveau tournant de la guerre commerciale, avec, en sous-jacent, une guerre des devises ?

Typiquement, une politique pareille se déroule en plusieurs étapes. On assiste à un jeu de domino qui s’effondre progressivement avec un impact direct sur certains pays. Mais les Etats-Unis ont sous-estimé l’impact de leur politique sur certains secteurs américains. Le choc provoqué par la guerre commerciale est mondial. Au début de l’année passée, l’impact de celle-ci s’est avéré très visible en Asie et dans les pays émergents. Puis, ce fut au tour de l’industrie européenne, surtout en Allemagne. Après cette première vague, les effets se font ressentir aux Etats-Unis. Le dernier indice ISM manufacturier du pays a été publié aux bords du niveau de 50, ce qui représente une frontière symbolique. L’économie américaine est en phase de décélération. Alors, même les Etats-Unis sont touchés par l’impact de la guerre commerciale. Mais vu que cette guerre est avant tout idéologique, je ne vois pas comment celle-ci pourrait s’adoucir. Le Président américain n’a pas entamé celle-ci avec une vision à court terme. On a sous-estimé Donald Trump. On pensait qu’il voulait des résultats à court terme. Mais Trump n’est pas diplomate, ni raisonnable. Il est têtu.

Ceci signifie-t-il que la guerre commerciale va durer encore longtemps ?

Aussi longtemps que Donald Trump va camper sur ses positions, la guerre commerciale va continuer. Le Président américain ne montre aucune ambition de vouloir diminuer la pression sur la Chine. Et l’Empire du Milieu ne montre aucune volonté de reculer sur un point. Tout le monde a sous-estimé le côté idéologique, non rationnel de Donald Trump. Quoique si on partage l’idéologie du Président américain, on peut trouver son action rationnelle. Mais une telle guerre commerciale ne fait pas de gagnants. L’impact est beaucoup plus important car elle provoque un choc économique et une décélération industrielle.

La réaction des marchés, en particulier celle du marché obligataire avec des taux négatifs pour les dix ans belge et allemand, est donc compréhensible dans ce contexte ?

Le marché anticipe déjà une forte correction économique. Les taux obligataires actuels s’avèrent déjà exceptionnels. Sur les marchés obligataires, la réaction à l’impact sur la croissance économique s’est manifestée par une courbe des taux négative en Allemagne. C’est historiquement exceptionnel, alors que nous ne sommes pas en récession. Le ralentissement économique n’a pas encore touché les Etats-Unis et pourtant, on teste des niveaux de taux exceptionnellement bas. Or, les banques centrales parlaient encore il y a quelques mois de normaliser les taux d’intérêt. Six mois plus tard, elles ont remballé leurs arguments et adopté un ton encore plus accommodant. Or, les effets négatifs ont été nombreux. Les banques sont déstabilisées, les investisseurs institutionnels comme les compagnies d’assurances et les fonds de pension sont aussi touchés. Cela a créé une bulle d’actifs. On a pris des risques exceptionnels pour stabiliser le système financier.

Les banques centrales, comme la Réserve fédérale américaine, invoquent la guerre commerciale pour baisser leurs taux d’intérêt. Est-ce la seule raison ?

La ligne est directe entre les taux d’intérêt et le rendement des obligations d’État. Mais les banques centrales utilisent l’excuse de la guerre commerciale pour régler les problèmes d’endettement des États. L’excuse est excellente pour une politique monétaire non orthodoxe. La Banque centrale européenne porte l’attention sur la guerre commerciale, mais le vrai problème se trouve du côté de l’endettement des pays de la zone euro et de certaines banques, dont une institution en Allemagne. Les explications de la Banque centrale européenne ne sont pas transparentes, ni très cohérentes.

Est-ce que les banques centrales, en particulier en Europe, peuvent se permettre de baisser encore les taux d’intérêt ?

Elles peuvent continuer à baisser les taux d’intérêt jusqu’à un niveau qui ne soit plus tenable. Regardez la progression des prix de l’or. Ceux-ci ne cessent de grimper alors que l’actif n’est pas aimé par les investisseurs institutionnels ni pas les banques centrales. Les cours du métal jaune progressent car les investisseurs sont inquiets. Ils se tournent vers les actifs alternatifs, contre l’implosion du système financier. La dernière fois que les prix de l’or ont grimpé de la sorte remonte à 2011, au moment où la zone euro menaçait d’imploser, et en 2008, où le système financier menaçait de s’effondrer. En Europe, on touche l’open high avec les prix de l’or. La situation est exceptionnelle. Aujourd’hui, on a un Président américain qui donne ses explications de politique sur Twitter. C’est exceptionnel et déstabilisant pour le système financier.

Comment des taux d’intérêt négatifs peuvent-ils relancer la croissance économique ?

S’il y avait un livre d’économie qui explique qu’il faut des taux d’intérêt négatifs pour relancer la croissance économique à long terme, ça se saurait. Il y aurait alors longtemps qu’on aurait dû adopter des taux négatifs. Mais il faudrait réécrire tous les manuels d’économie. Une telle politique est farfelue. Il n’y a pas de raccourci pour relancer la croissance économique. On voit que la discipline est absente dans toute décision économique et financière actuelle. Or, on a vu qu’au Japon, où depuis plusieurs décennies, les taux d’intérêt sont négatifs, l’économie ne s’est pas sortie de sa spirale baissière. On peut essayer de faire croire que des taux d’intérêt négatifs sont une bonne chose pour la croissance économique. Mais ce n’est pas un raccourci pour une croissance durable.

Le problème de l’endettement des États est donc celui qui agite les banques centrales ?

Le taux d’endettement des Etats-Unis depuis 2008 n’a pas évolué dans le bon sens. Les données restent les mêmes. D’ailleurs, le Fonds monétaire international recommence à tirer la sonnette d’alarme sur le niveau d’endettement des États dans le monde.

La réaction des marchés d’actions est-elle aussi légitime dans ce contexte ?

La réaction des investisseurs est légitime dans le contexte actuel des taux d’intérêt, au regard de la situation économique. On assiste à un effet de taux et un effet de levier qui jouent beaucoup. Même sur les échéances à long terme, on assiste à des taux négatifs. Le taux belge à trente ans s’élève actuellement à 0,70%. Cela signifie que l’investisseur place à trente ans son argent et subit une érosion de son capital. Il récupérera 80% de celui-ci à terme alors que l’inflation se situe actuellement proche de l’objectif de 2% de la Banque centrale européenne. Dans le passé, on a connu un taux à trente ans à 3-4% stable avec une inflation à plus de 2%. À un taux de 0,7%, cela change tous les paramètres financiers des investisseurs.

Peut-on imaginer que le taux belge à trente ans tombe, lui aussi, en négatif, et que la courbe des taux belges rejoigne celle des taux allemands, en négatif ?

Si la Banque centrale européenne se met à acheter des échéances longues, ce n’est pas exclu. On est en terra incognita. Or, les compagnies d’assurances et les fonds de pension sont obligés d’acheter du papier étatique, et cela les désespère. Aujourd’hui, quand je regarde les taux d’intérêt, je me demande comment le système financier peut rester stable. Il ne faut pas oublier qu’il y a six mois, les banques centrales promettaient une normalisation de leur politique monétaire. Ce n’est plus le cas.

L’Echo.be, le 9 août 2019

Rappels :

Les globalistes n’ont besoin que d’un événement majeur de plus pour finir le travail de sabotage de l’économie (B. Smith)

Tout va très bien Madame la marquise, il faut seulement, seulement que je vous dise…

Lire aussi :

La Fed et la BCE sont en mode panique (E. von Greyerz)

A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 54 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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9 commentaires pour « Les investisseurs se tournent vers l’or pour se protéger contre l’implosion du système financier » (Geert Noels)

  1. Silber110 dit :

    L’Argent Métal est le meilleur Or.

  2. zorba44 dit :

    Dollar : « Adieu l’Emile je t’aimais bien (…) adieu l’Antoine j’t’aimais pas bien tu sais… »

    Donald s’en branle, il ne veut pas le savoir mais son pays est moribond… La fête du dollar se termine ! L’étau se resserre…

    Jean LENOIR

  3. zorba44 dit :

    Un corolaire plus sérieux…

    https://fr.finance.yahoo.com/actualites/industrie-r%C3%A9cession-s-aggrave-concerne-121334193.html

    et inquiétant, qui n’est pas fait pour nous surprendre.

    La déflation du système financier est une ponction sur les finances des consommateurs qui, ipso facto, débouche sur la récession. Les acteurs économiques vont peut-être tenter de se rattraper par l’inflation des prix ?

    …Cela ne durera pas, car la valse des dominos apparaît comme de plus en plus probable.

    Sortez vos parapluies !

    Jean LENOIR

  4. Ping : « Les investisseurs se tournent vers l’or pour se protéger contre l’implosion du système fi nancier » (Geert Noels) | Boycott

  5. Charlie dit :

    Intéressant à noter aussi la corrélation de l’or et du bitcoin…

    https://cryptonaute.fr/cours-bitcoin-fortement-correle-prix-or/

    • zorba44 dit :

      Je n’ai pas trouvé exactement une corrélation : depuis un bon mois le bitcoin a des mouvements assez brutaux plutôt décorrélés avec ceux de l’or qui évolue plus tranquillement… L’or monte un peu, le bitcoin se tasse franchement, un petit tassement de l’or voyant, par opposition, le bitcoin à la hausse.
      Il est vraisemblable sinon possible que des spéculateurs fassent le yo-yo entre les deux
      entités.

      Jean LENOIR

  6. Igor dit :

    Article curieux , depuis 2008 c’est comme ça. …pas un mot sur la faillite de la faillite de la deutsche bank, je pensais bêtement que les même causes provoquaient les mêmes conséquences. ..

  7. Robert dit :

    L’ or est une valeur spéculative : par le passé, les baisses ont alterné avec les hausses. Il est clair que la haute finance « joue » avec l’or… Lequel devient de plus en plus une valeur-refuge.

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