Gilets jaunes An 0

La réaction de Michel Onfray à l’acte 53 des Gilets jaunes :

« Il n’y eut pas de premier anniversaire des gilets-jaunes car, pour l’heure, l’enfant est dans le coma.

Il y eut juste le double anniversaire fêté par l’avers et le revers de la même médaille : les blacks-blocks (qui prétendent lutter contre le pouvoir macronien…) et le pouvoir macronien (qui prétend lutter contre les blacks-blocks…) alors qu’ils se montrent dans cette aventure copains comme cochons.

Car ces deux là ont bien fait les choses ! Le Préfet de police, c’est-à-dire le pouvoir, a sciemment laissé place d’Italie, d’où devait partir la manifestation autorisée, un supermarché de projectiles à disposition des casseurs. Il y avait là tout ce qu’un nihiliste peut se réjouir de trouver pour casser, détruire, briser, ravager, ruiner, dévaster, saccager, désoler, incendier, brûler, détruire. Le pouvoir n’a pas fourni l’essence, c’eût été trop gros, mais il a offert les matériaux inflammables en ne les protégeant pas dès le matin du jour de la manifestation.

Passons sur la bêtise crasse des journalistes dont l’un d’entre eux commentait l’incendie d’un prétendu tracteur alors qu’il s’agissait d’une micro-pelle, il est vrai que dans les écoles de journalistes on n’apprend pas le monde mais la façon d’en tordre les images. Les mêmes avaient jadis pris un trans-palette pour un engin de chantier… Ils savent distinguer Libération du Monde (un truc infaillible : seule la typographie change…) mais pas les outils des prolétaires entre eux.

Les mêmes s’imposent de ne pas commenter une image pourtant très visible de deux casseurs tout de noir vêtus qui courent vers un cordon de CRS qui s’ouvre à leur arrivée et se referme sur eux avant que les deux compères ne finissent noyés probablement parmi les leurs… Étonnante scène où ceux qui se présentent comme des adversaires se retrouvent fondus dans un même bloc politique ! N’y avait-il pas là matière à nourrir autrement les interminables débats avec les mêmes éditorialistes qui débitent les mêmes sornettes depuis un an ? Spécialistes autoproclamés  de la gauche radicale ou des mouvements sociaux, des questions de maintien de l’ordre et de la classe politique compris…

Je reste stupéfait de constater que des forfaits puissent être commis en direct et soient visibles sur les chaines d’information continue sans qu’un seul fonctionnaire de police n’informe qui de droit pour arrêter les choses ! J’ai beaucoup dit que j’avais été étonné (enfin, façon de parler…) que l’on puisse prendre le temps de laisser dépaver l’avenue des Champs-Elysées devant les caméras de BFM TV en sachant très bien que la destination de ses projectiles serait la tête des gendarmes et des policiers ou les vitrines de luxe de l’avenue en question !

Le Renseignement français négligerait le premier d’entre eux, à savoir les images in situ de dégradations diffusées en direct ? Étonnant… De la même manière qu’avec le dépavage, les journalistes pouvaient filmer les détériorations dans l’Arc de triomphe, mais la police ne pouvait pas poursuivre ceux que les journalistes suivaient ? Bizarre…

Cela n’est pourtant pas faute de nous montrer en boucle les images des brigades motorisées en quantité semblable ou presque à celles du défilé des obsèques de Johnny : à quoi bon ces patrouilles de motards célébrées pour leur mobilité, leur capacité à se déplacer rapidement et à se trouver vite fait bien fait sur les lieux si on ne voit aucune de ces motos avec leurs soldatesque sur le théâtre des opérations ?

Les journalistes filment les black-blocks qui vandalisent la plaque commémorative du maréchal Juin, l’homme des combats antifascistes et antinazis, mais il n’y a pas un seul fonctionnaire des Renseignements généraux qui soit capable, en regardant la télévision, de fournir l’information et de mandater qui de droit pour dépêcher sur place les hommes capables d’intercepter les acteurs de cet acte et, de ce fait, d’en empêcher la réalisation jusqu’au bout ? Ces brigades de motos circulent, elles sont dans un périmètre très concentré, moins d’une ou deux minutes seraient nécessaires pour se retrouver in situ, et on ne les voit jamais, sauf à pétarader dans Paris sur le principe d’une manifestation bonhomme de motards contre la dangerosité des rails de sécurité…

Si les choses ne se passent pas ainsi, qui y a intérêt ? La réponse est simple : tous ceux qui souhaitent associer les gilets-jaunes à ce vandalisme la plupart du temps gauchiste (j’y ai vu un drapeau palestinien lors de cette manifestation, pas sûr que cette cause soit prioritairement celle des gilets-jaunes…). Les macroniens en tête…

Quand on ne veut pas répondre par le dialogue social aux revendications fondées des gilets-jaunes, on méprise, on insulte, on salit, on tabasse, on matraque, on énuclée, on emprisonne, on gaze (le pauvre chéri Alexis Corbières, qui trouve des mérites à la guillotine jacobine et qui arbore un portrait de Lénine dans son salon, se plaignait dimanche matin, à l’heure de la messe, d’avoir dû pleurer à cause des lacrymogènes…), on poursuit les manifestants jusque dans les hôpitaux avant de les présenter comme des saccageurs de blocs opératoires et puis, si cela ne suffit pas, on laisse tout faire pour qu’un signe d’égalité soit apposé entre violences urbaines et gilets-jaunes.

On imagine qu’un vandale arborant ostensiblement les couleurs du Rassemblement national serait rapidement mis hors d’état de nuire, interpellé sans ménagement et filmé en long, en large et en travers… On saurait bien vite son nom, qui il est, quand il a adhéré au FN pour la première fois, etc, etc. Au lieu de cela, poubelles en feu, véhicules incendiés, automobiles retournées, abri bus détruits, kiosques détériorés, tractopelle ou scooters  brûlés, rien de tout cela n’est empêché puisque tout cela même doit être montré sur toutes les télévisions de France et de Navarre. Ne faut-il pas donner des gages à l’Empire maastrichtien, préparer les municipales et ne pas perdre de vue les présidentielles ?

Le jaune des gilets-jaunes fait hélas de plus en plus songer à la couleur des gens trahis et trompés !

On  a peu vu cette couleur lors de cette manifestation, et la chose fut peu dite. En revanche on a sorti un élément de langage du chapeau de l’Elysée : les « ultra-jaunes » vandalisaient ! C’était le nom du forfait. Le réel disait-il ostensiblement que la couleur dominante n’était pas le jaune chez ces casseurs, mais le noir, peu importe, le contre-argument avait été fourbi chez Macron: les gilets-jaunes ne portent plus le gilet jaune pour éviter d’être pris pour des gilets-jaunes. Imparable ! « S’ils sont noirs, c’est donc bien la preuve qu’ils sont jaunes », aurait pu dire Castaner qui, lui pourtant plus qu’un autre, sait à la fois ce que signifie être noir et ce que signifie être jaune.

J’ai juste une pensée pour les gilets -jaunes des ronds-points auxquels je redis mon affection : ils doivent se ronger les sangs que les blacks-blocks et leur copain Macron, mais pas seulement eux, qu’on songe à la gauche dite radicale qui s’est jetée sur eux comme la vérole sur le bas clergé, leur aient volé leur colère en leur laissant leur misère ».

Michel Onfray, le 17 novembre 2019

A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 54 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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11 commentaires pour Gilets jaunes An 0

  1. j’y ai vu un drapeau palestinien lors de cette manifestation, pas sûr que cette cause soit prioritairement celle des gilets-jaunes…
    =*=
    J’ai juste une pensée pour les gilets -jaunes des ronds-points auxquels je redis mon affection : ils doivent se ronger les sangs que les blacks-blocks et leur copain Macron, mais pas seulement eux, qu’on songe à la gauche dite radicale qui s’est jetée sur eux comme la vérole sur le bas clergé, leur aient volé leur colère en leur laissant leur misère »
    =*=

    Dans les 2 cas, je ne puis être d’accord avec MO.

    Beaucoup de gens étaient déjà éveillés en enfilant un Gilet Jaune le 17 novembre 2018, et pour d’autres se fut une manière d’allumer leur petite lumière intérieure, leur petit flamme, d’une prise de conscience politique collective.

    Sur les Ronds-Points, il s’est beaucoup échangé la Pédagogie des opprimés que grâce à R71, j’ai pu mettre au format PDF, ainsi que leur Manifeste politique pour la société des sociétés. Je le sais car nous avons eu des retours en ce sens. (Comme Branco avait eu des retours sur la lecture de son PDF « Le crépuscule de Macron », comme quoi…)

    C’est pourquoi, à la demande de R71 pour fêter l’An I du MdGJ, j’ai confectionné 2 nouveaux PDF fondateurs ; La Société du spectacle de Guy Debord et le Municipalisme libertaire que vous trouverez en lecture, téléchargement, impression libres et gratuits dans ce billet de présentation et qui témoigne, pour le moins, qu’on ne se ronge pas les sangs ► https://jbl1960blog.wordpress.com/2019/11/17/ni-par-macron-ni-par-personne-on-ne-veut-pas-etre-gouverne-e-s-2-textes-fondamentaux-au-format-pdf/

    Oui, c’est vrai, ça balbutie et titube mais nous ne sommes nullement dans le coma !
    Nous sommes souvent sans les dents, les miennes sont très éparpillées, je l’avoue, mais nous avons un cerveau, et on s’en sert…
    JBL

  2. zorba44 dit :

    La survie des GJ, leur légitime survie (les classes moyennes le comprendront bientôt) réside dans un changement de stratégie.

    Atomiser les actions par quelques dizaines ou centaines de locaux sur des milliers de sites. Ils auront en face d’eux des policiers et gendarmes qu’ils côtoient au quotidien – et non des brutes anonymes de répression sauvage…

    Merci à eux de continuer le juste combat face à un Tyran pourri dans son corps et son esprit et toute sa clique.

    Jean LENOIR

    • Robert dit :

      Je partage votre point de vue Jean. Mais le « point final » de tout cela, s’il se produit, sera parisien ou ne sera pas…

    • Oui Jean, des milliers, voire des dizaines de milliers de manifestations et d’actions locales, changeantes et donc imprévisibles… une sorte de guérilla moderne (sans armes évidemment).

      Je crois qu’on en avait parlé il y a quelque temps déjà.

      C’est la seule façon de gagner cette guerre : épuiser un pouvoir totalement illégitime.

      • Robert dit :

        Oui Olivier, ce président est légalement élu (par une minorité car 20 % du corps électoral) mais illégitime dans les faits !

      • zorba44 dit :

        Absolument… oui « sans armes évidemment » comme le camp adverse …bien sûr !

        Jean LENOIR

  3. Franck dit :

    Comment appelait on les black-blocks sous le régime hitlérien déjà ?
    Ah oui! les chemises noires!
    Tout point commun ou similitude serait fortuite…

    • zorba44 dit :

      Les chemises noires c’était côté Mussolini… Le régime hitlérien avait ses chemises brunes depuis 1925 avec Röhm pour chef.

      Les chemises brunes affectionnaient les amitiés viriles (n’est-ce-pas le Tyran ?), ce qui leur sera fatal quant au prétexte …et ses membres seront assassinés par les SS lors de la nuit des longs couteaux, sur l’ordre d’Hitler.

      Röhm sera exécuté en prison un peu plus tard.

      Jean LENOIR

  4. yoananda dit :

    C’est simple. Il ne faut pas faire avec ou contre l’état, mais à coté. C’est d’ailleurs ce que font les gilets jaunes et en cela, il y a de l’espoir. Loin du cirque médiatique, la lame de fond se prépare.

  5. Marc dit :

    Dans mon club de randonnée de retraités, je m’évertue à répéter que la police a des ordres pour être volontairement laxiste avec les blacks-blocks et autres antifas, les laissant s’infiltrer parmi les gilets jaunes et que ce sont eux qui sont à l’origine de la casse !….Tout ça pour décrédibiliser le mouvement des gilets jaunes aux yeux de l’opinion publique…Malheureusement de nombreuses personnes ont du mal à comprendre cette manipulation permanente du « bon peuple » naïf. il faut dire que le pouvoir macronien bénéficie de l’appui total des « journaleux » des médias traditionnels !…Or il faut le répéter sans cesse « Celui qui contrôle les médias traditionnels contrôle de fait le bulletin de vote de l’électeur  » !!!!!!!!

    • Robert dit :

      Les casseurs sont effectivement utiles pour décrédibiliser le mouvement des GJ aux yeux de l’opinion, mais également pour dissuader des GJ pacifiques de venir aux manifestations, par crainte d’affrontements. Cela explique largement la mansuétude à peine masquée des pouvoirs publics à leur encontre…

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