Un éditorial que vous ne lirez nulle part ailleurs. Si les peuples le comprenaient, ils feraient la Révolution (B. Bertez)

« Voici un papier que vous ne lirez nulle part ailleurs.

C’est l’exposé clair, non truqué de la situation économique, financière et monétaire dans laquelle les banquiers centraux et leurs complices des gouvernements nous ont mis.

Pour tout résumer, cette situation est une impasse et pour en sortir il faut prendre de nouveaux risques, des risques colossaux.

Il faut mettre en danger le système financier en allant plus loin dans les aberrations sur les taux et le bilan des banques ; il faut aller plus loin dans les déficits et l’insolvabilité ; et il faut aller plus loin dans les inégalités entre ceux qui ont des patrimoines et ceux qui n’en n’ont pas.

Il faut prendre le risque de détruire nos systèmes et arrangements politiques en gonflant le populisme et enfin il faut aller plus loin dans l’imprudence géopolitique.

Je le répète solennellement ; dans cette voie, dans ces voies il n’y a qu’une issue : la guerre, la vraie pas la froide ou la tiède. Et les irresponsables la préparent ; ils nous mettent dans l’engrenage, regardez ce qui se passe avec l’Otan qui progresse à l’est !

La guerre accomplira la fonction brutale de destruction de richesses fictives et de fausses valeurs, à laquelle nous n’avons pas eu le courage de nous résoudre volontairement, de façon civilisée.

Je vous le répète à longueur de colonnes, les banquiers centraux sont terrorisés, tétanisés à l’idée que la récession est inéluctable, qu’elle montrera sa tête horrible un jour ou l’autre et qu’à ce moment viendra ce que l’on appelle l’heure des comptes, The Day of Reckoning.

Reprenons notre ouvrage, il n’est jamais inutile de recommencer en remontant le temps.

Les banques centrales ont échoué : depuis 2009 la croissance normale n’est jamais réapparue.

  • Il n’y a pas eu de reprise en « V » après la crise de 2009.
  • les « Green Shoots », les « Jeunes Pousses » n’ont jamais pris racine, elles ont pourri sur place.
  • au lieu de se diriger vers la sortie, vers l’Exit des politiques exceptionnelles, il a fallu refaire des QE et s’enfoncer encore plus dans la baisse des taux, dans le gonflement du bilan de la Fed, bref il a fallu s’enraciner dans l’anormal
  • le non conventionnel a provoqué une longue, très longue et très puissante hausse des marchés financiers, de l’immobilier, de l’ingénierie financière, un puissant gonflement des prises de risque

La surévaluation des marchés financiers est la double conséquence  de l’échec :

  1. l’économie n’est jamais repartie assez fort pour rattraper les anticipations  boursières.
  1. les politiques non conventionnelles ont duré trop longtemps, un marché vicieux, déconnecté de l’économie s’est installé et il n’a plus été régi que par le Pavlov monétaire.

Le phénomène d’apprentissage pervers des marchés « addicts » aux largesses monétaires a fait déraper les bourses, vers le haut. Elles ont suivi la pente de l’intoxication monétaire en montant sans cesse pendant 11 ans.

Quand une nième reflation concertée provoquée par la peur de l’éclatement de la bulle chinoise en 2016 a été déclenchée, les autorités ont commis une colossale erreur, elles se sont fait piéger : elles  ont cru que cette fois c’était la bonne, elles ont cru que la croissance simultanée, synchronisée à laquelle elles assistaient était la bonne, la vraie, qu’elle était enfin revenue et que l’inflation allait s’enclencher.

Hélas, ce fut une erreur, une terrible erreur de plus car ces espoirs, pour qui savait ou regarder, ces espoirs étaient des mirages, il n’ont tenu que pendant moins de 18 mois;  jusqu’au début de 2018 , et la rechute s’est dessinée en Septembre 2018.

Les autorités noyées dans leurs erreurs ont donc cru à contretemps que le moment était venu de tenter de normaliser  les politiques monétaires, de les mettre « en auto pilote » selon l’incroyable expression imprudente de Powell.

Les unes, comme la Fed ont essayé de normaliser et les autres en ont parlé : cela a suffi,  les marchés se sont effondrés.

Les actions ont chuté de 20% en quelques jours et les primes de risque se sont dilatées, les marchés de risque se sont mis en berne , les tuyaux se sont à nouveau colmatés. Bref la crise a refait surface sous les glissements des plaques tectoniques.

Il a fallu du temps à Powell pour admettre sa terrible erreur, il a d’abord annoncé une pause dans la normalisation, puis il l’a définitivement écarté, puis il s’est décidé à reflater.

Sous la conduite de la Fed, une nième-plus-une-fois on a reflaté » , baissé les taux, injectant des liquidités « repos-non QE », provoquant un nouveau round de hausse boursière et de nouveaux records déraisonnables ; le tout alors que les profits baissent et que les indicateurs économiques plongent.

Rechute colossale dans la divergence entre l’Imaginaire boursier et le Réel de l’économie productive.

Nous en sommes là et les autorités sont dans l’impasse.

Elles savent :

  • que les espoirs de reprise doivent être abandonnés,
  • que la croissance restera longtemps médiocre et faible .
  • que l’inflation ne repartira pas.
  • que les armes monétaires ont épuisé leurs apparents bienfaits temporaires
  • que les coûts de ces armes monétaires sont colossaux, et qu’ils se rapprochent
  • qu’elles ne peuvent plus espérer remonter les taux, normaliser et reconstituer leur arsenal de lutte contre les récessions
  • que si la récession arrive alors les marchés vont comprendre que les autorités ont épuisé leurs ressources, que ce n’était qu’une illusion de toute puissance, les marchés vont chuter en cascade.
  • que ne pouvant remonter les taux, alors la marge de manoeuvre face à la prochaine récession est trop faible: il faut disposer d’une marge de baisse des taux de 5 points et on ne dispose que d’une marge de moins de 2 points (1,75%)!
  • que les  marchés ont compris et assimilé tout cela
  • que les  marchés sont cyniques et qu’ils tiennent les autorités en otage

et…

  • que le temps presse.

Non seulement la conjoncture se dégrade spontanément, conformément à son cycle, mais maintenant il y a la menace du coronavirus laquelle a précipité la Chine, le bloc asiatique, le Japon dans la récession plus ou moins avouée et que tout cela gagne l’Europe par le biais du commerce extérieur et de l’Allemagne .

Les indicateurs économiques se dégradent à une vitesse folle, et… les marchés financiers sont à des niveaux records, archi records tant en cours et prix qu’en valorisations des chiffres d’affaires, cash flows, bénéfices et dividendes.

Le fossé qui sépare l’économie réelle et les anticipations contenues dans les marchés est devenu un gouffre dont le fond est à un niveau 50% plus bas ! Et une baisse de 15% seulement des bourses décapitalise plus d’un cinquième des établissements financiers !

Et les opérateurs marchent, que dis-je courent allègrement vers le gouffre, conduits par de aveugles qui sont persuadés que cette fois encore les autorités monétaires sauveront le monde et surtout sauveront leurs mises de jeu spéculatif.

Les élites vous dis-je sont affolées, on le voit à la multiplication des émergences, des déclarations, des divergences et aux incohérences. Les incohérences montrent qu’il n’y a pas de fil conducteur, que c’est le plus grand désordre. Les grands prêtres bafouillent, font des lapsus.

Il y a au moins trois écoles.

La première est celle qui professe sous la conduite du Financial Times qu’il faut à toute vitesse cesser d’espérer dans les remèdes monétaires et mettre en place des politiques budgétaires de stimulation, re-augmenter les déficits et multiplier les dépenses, le FMI , la BCE, Laurence Summers défendent ce point de vue.

La seconde école a peur que les déficits ne fassent basculer le système par excès de dettes et perte de confiance. Elle craint que tout cela ne crée une spirale sinistre que l’on ne pourra plus contrôler.

Cette école qui est celle de Bernanke et Yellen plaide pour un approfondissement du monétaire coûte que coûte. On n’en a pas fait assez il faut oser aller plus loin charger l’hélicoptère, le faire savoir, et arroser les marchés financiers par la mise des taux à zéro, par la reprise des QE, par les achats de nouveaux titres à long terme comme les actions, les ETF, éventuellement il faudra acheter toute quantité de tires à long terme pour « capper » les taux. Bref on fera baisser et on contrôlera les taux longs sans risque tout en contrôlant le prix du risque en achetant les véhicules de risque. Il s’agira d’éviter la dilatation en chaîne de primes et le colmatage des canalisations financières d’une part, puis économiques d’autre  part.

La troisième école est la planche de salut des « Gauches » modernes, celle qui affirme que l’on peut faire les deux à la fois, monétaire et budgétaire, grâce à la MMT, la  Modern Monetary Theory. Elle permet de recreuser les déficits, de distribuer le revenu universel, sans se poser la question de leur financement, de maintenir la stimulation monétaire par la création de fausse monnaie à volonté par le couple Banque Centrale/Trésor Public,  ainsi elle soutient à la fois l’économie et la finance, sans douleur.

On a trouvé le free lunch perpétuel, on rase toujours gratis. C’est ce qui débouche je le dis tout de suite sur la destruction de la monnaie telle que nous la connaissons encore.

Ci dessous, une des émergences des débats souterrains. Hier vous avez vu celle de Lagarde qui réclame du déficit budgétaire.

Le plaidoyer de Yellen est conforme à sa position depuis qu’elle l’a exposée en août 2016, elle sait que c’est le commencement de la fin et qu’il faut s’enfoncer dans la Grande Aventure, et abandonner tout espoir ; il faut tout monétiser, tout acheter comme le font les Japonais ; et ainsi, non seulement on soutient un peu l’économie mais surtout on empêche la Bourse de s’effondrer, on sauve les capitalo-spéculateurs sur le dos des peuples en détruisant leur monnaie !

Acheter les actions, les ETF, les dettes des entreprises c’est faire remonter tout le risque du système au niveau de l’actif du bilan de l’Institut d’Emission, c’est tuer délibérément la monnaie et préparer la future monnaie mondiale, celle dont rêve le journal phare des Rothschild depuis 1988 : The Economist.

Yellen propose d’acheter les actions et les dettes et les dérivés  des entreprises !

Bruno Bertez, le 18 février 2020

A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 55 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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6 commentaires pour Un éditorial que vous ne lirez nulle part ailleurs. Si les peuples le comprenaient, ils feraient la Révolution (B. Bertez)

  1. Jean-Claude dit :

    Largest Shipping Decline Since 2009 And That’s Before Coronavirus

    https://www.zerohedge.com/markets/largest-shipping-decline-2009-and-thats-coronavirus

  2. rodez21 dit :

    Acheter les actions, les ETF, les dettes des entreprises c’est faire remonter tout le risque du système au niveau de l’actif du bilan de l’Institut d’Emission, c’est tuer délibérément la monnaie et préparer la future monnaie mondiale, celle dont rêve le journal phare des Rothschild depuis 1988.

    Pour in fine, avec cette nouvelle monnaie, pouvoir acheter des biens de consommation de plus en plus chers car produits avec des matières 1ère de plus en plus rare, ce qui ne pourra qu’aboutir à une monumentale dépression.

  3. zorba44 dit :

    Cela fait plus de dix ans que des plans financiers tout aussi irresponsables que marqués d’une profonde débilité ont cassé un à un les mécanismes économiques – ce qui apparaît très clairement dans cet article.

    Les conséquences de l’effondrement financier avec l’explosion de toutes les bulles est pire que cela : l’existence des humains ne sera plus que locale dans un contexte de destruction du commerce, de tarissement de l’eau et de l’énergie, des échanges et des modes de transport. Et ce sera la boucherie !

    D’un côté il y aura les humains plus ou moins confinés dans les villes et les mégalopoles mais pas au sens de l’isolement imposé par la pandémie du coronavirus, et de l’autre, ceux des campagnes reculées qui devront faire face avec ce qu’elles ont, Et ce sera un peu de solidarité mais aussi une profonde défiance !

    Quant aux Rotent et Chient ils peuvent se la carrer dans le cul leur monnaie mondiale !

    Jean LENOIR

  4. hitch dit :

    C’est drôle qu’ils réclament maintenant de lâcher toutes les vannes pour faire des déficits….alors que ces connards nous ont serré le kiki toutes ces années au nom de la nécessaire austérité et des 3% de Bruxelles !!!
    Sont à hurler ces guignols.

    • zorba44 dit :

      Un politique ou un oligarque de la finance qui panique a tendance au grand n’importe quoi…

      Tout se passe comme si un automobiliste, surpris par une succession de plaques de verglas, va monter sur son frein …et peut-être sur le platane qui se précipitera sur son capot ou sur son flan !

      Jean LENOIR

  5. Nanker dit :

    « préparer la future monnaie mondiale, celle dont rêve le journal phare des Rothschild depuis 1988 »

    Certes mais nous ne sommes plus en 1988! Vous croyez que les Russes et les Chinois, qui eux se préparent à gager leur monnaie sur l’actif tangible absolu cad l’or, vont accepter d’entrer dans la guignolade de cette monnaie mondiale dont le seul but est de sauver l’oligarchie anglo-américaine mourante? Non. A la rigueur pourront entrer dans l’arnaque en plus du couple susnommé les esclaves habituels que sont les Européens et les Japonais.

    Donc Russes et Chinois seront rétifs (euphémisme) à l’idée de se laisser dépecer pour que l’axe Londres-Washington puisse vivre encore 100 ans… Ce qui nous amène à l’autre éventualité développée par Bertez : la guerre, la vraie la dure celle qui fait des morts.

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