Vachement moi ! Le monde d’après COVID-19…

Je ne m’appelle pas « 13-NRV ».

Mon vrai prénom est Paul, mais comme tout le monde dans mon école, j’avais hérité d’un surnom qui correspondait à la fin de mon code-barres.

Le mien, on me l’avait tatoué dans la paume de la main lorsque j’étais entré à la petite école et il s’écrivait XWZ1972W13-NRV. Je le connaissais par cœur. J’aimais bien mon surnom, même si « T1ZEN » m’aurait mieux convenu. Mais je n’étais pas le plus mal loti. Mon voisin de classe s’appelait « 1Q9 » : ça c’est dur !

Ce code était bien pratique pour les adultes qui s’occupaient de nous. Depuis qu’il était devenu obligatoire dans tous les établissements du pays, on gagnait un temps fou.

Chaque matin, en arrivant, tous les élèves tendaient la main à monsieur Verzy, le concierge. Derrière la vitre de sa loge, ce gros bonhomme chauve qui passait ses journées à boiter et à s’éponger le front, même en plein hiver, était armé d’un appareil en forme de grande sucette. Il le passait devant le code de chacun d’entre nous et aussitôt l’ordinateur posé à ses côtés enregistrait tout ce qu’il y avait à savoir pour la journée : si on mangeait à la cantine, si on allait à l’étude, qui venait nous chercher à seize heures trente, mais aussi nos absences des mois passés, toutes nos notes depuis les petites classes, nos allergies, notre adresse, notre numéro de téléphone, l’âge de nos parents, leur métier, les dents de lait qu’il nous restait, le nombre de chewing-gums que nous avions collés sous les tables, la quantité de petits pois lancés à la cantine, et même le décompte exact des lignes de punition copiées depuis la maternelle.

Ce qui était génial, c’est qu’on pouvait choisir la couleur. Le mien était violet. Avec ça tatoué sur ma peau blanche, j’avais l’impression d’être un super héros en mission sur Mars.

Et puis nous n’avions plus à nous creuser la tête pour trouver des surnoms aux copains. Il suffisait de lire le code.

Oui, j’avais toujours trouvé ce code bien pratique.

Jusqu’à ce qu’un étrange événement me fasse changer d’avis.


Emmanuel Bourdier, « Vachement moi ! » (Nathan, 2010)

A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 56 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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5 commentaires pour Vachement moi ! Le monde d’après COVID-19…

  1. kanopus dit :

    Prémonitoire, clairvoyant, burlesque et désopilant, certes !
    Et, en s’informant sur la famille Bovidé, une malicieuse critique
    des techniques et de ses mortifères conséquences… !
    Présentement, Monsieur Verzy pouvant être remplacé par
    un impersonnel scanner à… moutons devenus !

  2. Ping : Ils veulent vous retirer vos enfants ; les laisserons-nous faire ? Évangile (calendrier orthodoxe) du jour : (Jean, 3) 19 Et ce jugement c’est que, la lumière étant venue dans le monde, les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, par

  3. Ping : Encouragés par notre bêtise, ils veulent nous retirer les enfants ; les laisserons-nous faire ? Évangile (calendrier orthodoxe) du jour : (Jean, 3) 19 Et ce jugement c’est que, la lumière étant venue dans le monde, les hommes ont préféré les

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