Privatisation des barrages hydroélectriques, l’énorme scandale

L’Union européenne l’impose… mais seule la France se soumet !

Il faut bien que l’Etat engraisse les actionnaires privés… au nom de la “concurrence libre et non faussée”. OD

(Osons Causer, 11 avril 2018)

SOURCES :

[ LES BARRAGES : UNE SOURCE D’ELECTRICITE IDEALE ]

Les barrages hydroélectriques produisent, chaque année, 12.5 % de l’électricité française. Cette énergie est 100% renouvelable. Elle est produite grâce à la chute de l’eau qui entraîne des turbines produisant, sur le modèle de la dynamo, de l’électricité. En résumé tant qu’il y a de l’eau (dans le réservoir ou le long de la rivière) il y a de l’électricité.

Une électricité pas chère :
Cette électricité est idéale pour deux raisons. D’abord, une fois les investissements amortis – c’est-à-dire les barrages payés – l’électricité ne coûte plus rien. Un rapport de l’ADEME montre ainsi qu’une fois retranchés les investissements nécessaires à la construction d’un barrage – c’est à dire au bout de 30 ans – l’électricité hydraulique est très peu chère à produire. Nos barrages ont, en moyenne, 50 ans et près de 70% d’entre eux sont déjà amortis – ont plus de 30 ans. Ainsi, l’électricité hydraulique ne coûte plus qu’entre 20 et 30 € le MWh (Rapport parlementaire 2013). Elle est ainsi plus de deux fois moins chère que l’éolien ou le gaz et se classe, même dans les estimations les plus basses de ses coûts, devant l’électricité nucléaire. C’est donc une énergie extrêmement économique.

Une électricité idéale pour faire face aux pics de consommation :

De plus, et ce point est extrêmement important, l’énergie hydraulique occupe une place essentielle dans notre mix énergétique. En effet, l’eau des barrages peut être relâchée quand on veut ce qui permet d’utiliser les barrages aux moments où on en a le plus besoin : au moment des pics de consommation. Les barrages, grâce à cette flexibilité, fournissent ainsi les deux tiers de notre énergie  dite “de pointe ou d’extrême pointe”, parfaitement complémentaire des autres énergies renouvelables dites “intermittentes”. Le Rapport parlementaire de 2013 en donne un exemple éloquent : “La centrale de Grand’Maison, en Isère, offre par exemple une puissance de 1 800 MW – l’équivalent de deux réacteurs nucléaires – mobilisables en trois minutes seulement. De telles propriétés sont précieuses dans le contexte énergétique européen”.

La rente hydraulique d’1.25 milliard :

Enfin, l’électricité hydraulique offre une rente importante à EDF. Le rapport parlementaire de 2013 est extrêmement clair. Citons le : “ La Direction générale de l’énergie et du climat estime l’excédent brut d’exploitation pour l’ensemble du parc amorti à 2,5 milliards d’euros par an. Si l’on retranche les investissements à réaliser et une rémunération économiquement raisonnable des capitaux, la rente hydroélectrique pourrait représenter jusqu’à 50 % de cette valeur, soit 1,25 milliard d’euros par an” .

Les chiffres clefs sur les barrages :

https://www.edf.fr/groupe-edf/espaces-dedies/l-energie-de-a-a-z/tout-sur-l-energie/produire-de-l-electricite/l-hydraulique-en-chiffres

Une fois les barrages amortis, l’électricité hydraulique est extrêmement peu chère ( P.13 )
http://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/20140407_Synthese-publique-couts-ref-prod-electrique.pdf

Age du parc : près de 70% des barrages sont amortis (ont plus de 30 ans)

https://www.planetoscope.com/energie-hydraulique/1378-production-d-energie-hydraulique-en-france.html

Rapport parlementaire de 2013 :
1) “les experts évaluent le coût de production de l’énergie hydraulique à 20 – 30 € le MWh (P.33)”
2)  “les barrages, une énergie flexible idéale” (P.10)
3) La rente hydraulique : 1.25 milliard d’euros annuels (P.33)

http://www.assemblee-nationale.fr/14/pdf/rap-info/i1404.pdf

 

[ LES EXIGENCES DE LA COMMISSION ]

La Commission Européenne, au nom du principe de “concurrence libre et non faussée”, entend s’attaquer à l’ensemble des monopoles publics. Dans le cas de la France, après avoir remis en question les monopoles de France Télécom, de Gaz de France, d’Air France, de La Poste et de la SNCF, elle entend “ouvrir à la concurrence” le marché de la production d’électricité hydraulique.

Cette demande vise particulièrement EDF. EDF, entreprise publique, contrôle plus de 80% des barrages français – la part restante est contrôlée par Engie, ex GDF. Pour la Commission, il est impensable qu’une entreprise publique contrôle une si grande part d’un marché rentable : la production d’hydroélectricité. Ainsi, en octobre 2015, la Commission émet une mise en demeure officielle ordonnant à la France d’ouvrir à la concurrence ce marché ou, à défaut, de justifier le quasi monopole public d’EDF sur ce marché.

Cette mise en demeure, qui n’est pas censée être publique (ce qui est, en soit, scandaleux), a été révélée par Mediapart. C’est ce texte qui est invoquée par le gouvernement pour justifier la privatisation.

Si la France ne fait rien pour “régulariser sa situation, la Commission Européenne peut infliger une amende importante au gouvernement français. Cette mise en demeure, renouvelée en 2017, est l’argument qu’utilise Hulot au Sénat pour justifier la privatisation inéluctable des barrages.

2015 : première mise en demeure de la Commission (document Mediapart) :

https://fr.scribd.com/document/288313399/lettre-dg-4#download&from_embed

L’article de Mediapart : excellente synthèse des enjeux de la privatisation :

https://www.mediapart.fr/journal/economie/031115/vers-la-privatisation-des-barrages-au-nom-de-la-concurrence?onglet=full

2017 : la Commission remet la pression sur la France ( P.4 )

http://ec.europa.eu/competition/publications/annual_management_plan/amp_2017_en.pdf

Au Sénat, Hulot, en juillet 2017, accepte la décision de la Commission comme inéluctable : à terme, il faudra privatiser les barrages (voir la réponse du ministre à la question de Lanislas Poniatowski) :

http://www.senat.fr/compte-rendu-commissions/20170717/eco.html

 

[ LE CHOIX RECENT DE MACRON : PAS + DE 60% DU MARCHE A EDF ]

En février 2018, Macron a annoncé ouvrir 150 concessions de barrages à la concurrence. Se pliant ainsi à la demande de la Commission, il a choisi une règle radicale. Même si EDF formule une offre plus sûre, moins chère et plus efficace que ses concurrents, elle ne pourra remporter plus de 60% des lots mis en concurrence.
On voit ici que ces privatisations relèvent d’une stricte soumission aux demandes de la Commission : l’opérateur historique, EDF, doit voir ses parts de marché dans l’hydroélectricité se réduire, quand bien même il serait le mieux placé économiquement.

L’excellent article de synthèse de Libération :

http://www.liberation.fr/france/2018/03/12/barrages-un-coup-de-prive-dans-l-eau_1635665

Total pourrait se positionner :

https://www.la-croix.com/Economie/France/salaries-barrages-manifestent-contre-projets-privatisation-2018-03-13-1200920477?from_univers=lacroix

 

[ LE GOUVERNEMENT FRANCAIS EST LE SEUL A CEDER A LA COMMISSION : DES SOLUTIONS EXISTENT ]

La France est le seul pays européen à avoir accepté de privatiser son hydroélectricité.

Deux points méritent d’être notés. D’abord, il faut apprendre des exemples de nos voisins européens. La Suède, l’Allemagne, la Slovénie (et beaucoup d’autres pays) ont réussi, chacun à leur manière, à garder les barrages, payé par les citoyens, dans le giron public. Pour comprendre le détail de ces solutions, il faut regarder le détail du Rapport parlementaire de 2013 (voté par les députés PS et UMP de la Commission des affaires économiques de l’Assemblée Nationale). Ce rapport envisage 4 scénarios, tous compatibles avec le droit européen, qui aurait permis de sortir les barrages du droit européen de la concurrence. Malheureusement, aucun n’a été retenu.

Ensuite, il faut comprendre comment la France a décidé de céder à la pression de Bruxelles. Là, l’article de Mediapart de 2015 est indispensable. Il interviewe Delphine Batho, ancienne ministre de l’écologie, et montre toute la fourberie de François Hollande sur ce dossier. On y voit notamment explicité le rôle des fonctionnaires de Bercy, et du ministre d’alors Emmanuel Macron, dans cette reculade unique en Europe.

Le rapport parlementaire de 2013 :

1) Les exemples allemands (P.26)

2) Les scénarios proposées par les parlementaires (P.43 et suivantes) :

http://www.assemblee-nationale.fr/14/pdf/rap-info/i1404.pdf

L’article de Mediapart :

https://www.mediapart.fr/journal/economie/031115/vers-la-privatisation-des-barrages-au-nom-de-la-concurrence?onglet=full

Osons Causer, le 11 avril 2018

Rappels :

Privatisations-trahisons : Malgré les promesses, la France abandonne son gaz

Le gouvernement va lancer la privatisation d’Aéroports de Paris

Alstom : Qui ne veut pas gagner des millions ?

Etat/ sociétés d’autoroutes : un accord secret à plusieurs milliards d’euros

Quand l’Etat dilapide les bijoux de famille

 

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 53 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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10 commentaires pour Privatisation des barrages hydroélectriques, l’énorme scandale

  1. zorba44 dit :

    Qui va fixer le prix du kWh de la houille blanche vendue à EDF ? Et demain qui va payer la dette publique lorsque la banqueroute sera là ?

    Macron au service de la Haute Finance, obnubilé par l’argent à en perdre tout bon sens et équité, bref (mais ça on le savait !) un sale vendu.

    Jean LENOIR

  2. Robert dit :

    En élisant un banquier à quoi donc pouvaient s’attendre les Français ? La politique de la France se fait maintenant « à la corbeille » !

  3. Anaïs dit :

    Suez et Nestlé géreront (avec grands profits) notre eau courante et notre eau de boisson, Total s’occupera de nos barrages hydro-électriques et de notre environnement…. bref le paradis sur terre !

  4. enzola dit :

    Je vois d’ici les pénuries organisées pour faire monter les prix et les factures et doper les cours de Bourse !
    Macron n’est qu’un Félon…

  5. Igor dit :

    On parle de vente,c’est le premier scandale, mais pas du prix, ce serait étonnant que cela soit rendu public, ainsi que les commissions, c’est le deuxième scandale beacoup plus gros. …entre amis il faut bien s’aider…..

  6. Danse dit :

    Ce n’est que l’aboutissement d’un scénario de l’Agenda 21 qui a consisté à faire détruire des centaines de barrages hydroélectriques depuis des années au nom du droit des poissons à la libre circulation dans les rivières.
    Je ne plaisante pas. D’anciens moulins construits au XVIIIe siècle ont été aussi éliminés du paysage, du moins leurs propriétaires ont été enjoints de faire des travaux hors de leur portée pour construire des passages pour les poissons. Une forme d’expropriation vicieuse dont est spécialiste l’Agenda 21. Des retenues d’eau poissonneuses, subissant la sécheresse en été, ont été asséchées à cause de ce système qui empêche la régulation du niveau d’eau dans les rivières. Les poissons ont crevé, mais dans leur droit rétabli.
    Des communes ont été inondées par des crues qui ne se seraient pas produites

    L’objectif derrière le rideau de fumée du droit des poissons à disposer des rivières était de SUPPRIMER TOUTES LES PRODUCTIONS D’ÉNERGIE ÉLECTRIQUE LOCALES et INDÉPENDANTES.
    Maintenant, on passe à la phase monopole du privé sur la fourniture électrique : on passe au mode esclavage officiel car la dictature veut contrôler toute la consommation électrique des esclaves.

    « RÉSERVES D’EAU en cas de sécheresse, ÉCRÊTEMENT DES CRUES, PRODUCTION D’ÉLECTRICITÉ…
    A écouter les opposants à l’arasement des barrages du lac de Vézins et de la Roche-qui-Boit, ces ouvrages semblent avoir beaucoup de qualités. Et pourtant, le gouvernement a décidé de les détruire. »

    « Le sort de CENTAINES D’OUVRAGES HYDRAULIQUES EN FRANCE est ainsi scellé par l’application de la notion de continuité écologique des cours d’eau, émanation des lois « Grenelle » de 2009 et 2010. L’ENJEU EST DE RÉTABLIR LA CIRCULATION DES POISSONS et le transport des sédiments. »

    Des manifestants contre la destruction des barrages du Sud …
    http://r.duckduckgo.com/l/?kh=-1&uddg=http%3A%2F%2Fwww.agri-culture.fr%2Farticle%2Fruralite%2Fdes-manifestants-contre-la-destruction-des-barrages-du-sud-manche

  7. Bernie dit :

    Rien que pour ça Macron devrait être destitué et jugé pour Haute Trahison.

    • zorba44 dit :

      En dehors de la révolution, vous semblez ignorer que Macron, sa clique et la cour sont intouchables !…
      Ils ont été élus et poursuivent des politiques dans le sens de leurs seuls intérêts …où est la Haute Trahison ?!

      Jean LENOIR

  8. brunoarf dit :

    Mardi 4 septembre 2018 :

    Sondage : avec 31 % de satisfaits, Macron fait pire que Hollande à la même époque.

    Après une série de couacs meurtriers, le chef de l’Etat perd des points dans toutes les catégories, à droite comme à gauche. Il ne réunit que 31 % des satisfaits. Seule sa base lui reste fidèle. 

    C’est l’inversion des courbes, mais pas celle que François Hollande attendait. Pour la première fois depuis le début de son mandat, Emmanuel Macron fait pire que son prédécesseur en terme de popularité. D’après le baromètre Ifop-Fiducial pour Paris Match paru ce mardi, Emmanuel Macron ne réunit que 31 % de satisfaits, contre 32 % pour François Hollande en septembre 2013.

    https://www.bfmtv.com/politique/sondage-avec-31percent-de-satisfaits-macron-fait-pire-que-hollande-a-la-meme-epoque-1517030.html

  9. brunoarf dit :

    Des DRH dans les écoles pour recruter les professeurs ? La privatisation de l’école en marche.

    Jean-Michel Blanquer veut renforcer les DRH, pour accroître la mobilité et la contractualisation des professeurs. Si cela ne concerne que 10% des enseignants, le ver libéral est dans le fruit. L’institution «école» va-t-elle devenir une start-up ?

    La marche vers la privatisation de l’école semble bel et bien confirmée par Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale. Sur RTL, le 30 août, Jean-Michel Blanquer affirme vouloir développer la gestion des ressources humaines de proximité dans les établissements scolaires, afin d’apporter «une gestion des ressources humaines qui soit humaine à l’Education nationale», décrite par Jean-Michel Blanquer comme une «machine».
     
    Dans une institution publique telle que l’école, dans laquelle les professeurs réussissent à entrer de manière théoriquement définitive après un concours, le secteur des ressources humaines, comme il existe dans les entreprises privées, devrait a priori être plutôt réduit. Jean-Michel Blanquer semble penser le contraire. «Les écoles, les collèges et les lycées pourront demander la création de postes à profil échappant à l’affectation aveugle de la machine», ajoute ainsi le ministre.

    Pourtant, le gouvernement a confirmé en juin le gel du point d’indice pour 2019 du salaire des enseignants titulaires : difficile de croire que cette mesure enrayera la crise des vocations, notamment dans les zones sensibles, alors que les académies manquent déjà de professeurs. Dès lors, il semble clair que ce sont avant tout les contractuels que l’Education nationale cherche à attirer, tout en maintenant une pression accrue sur les titulaires.

    https://francais.rt.com/france/53658-rh-dans-ecoles-pour-recruter-professeurs-privatisation-ecole-marche

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