L’Asie nage dans l’argent (Richard Dupaul)

L'Asie nage dans l'argent Richard Dupaul

Quel contraste avec l’Europe

« Environ 4300 milliards US. C’est le montant actuel des réserves monétaires des pays asiatiques, selon la Banque mondiale. Un bas de laine colossal qui, malgré les apparences, dérange de plus en plus la Chine, la Corée du Sud et d’autres pays émergents, car ce magot – alimenté surtout par la spéculation – gonfle artificiellement leurs devises et menace les exportations.

Pas facile d’être populaire parfois. La Corée du Sud et d’autres pays asiatiques en savent quelque chose.

Dans le but de décourager les spéculateurs qui affluent au pays, la Banque de Corée du Sud a dû réduire ses taux d’intérêt jeudi, emboîtant le pas à d’autres banques centrales qui tentent ainsi de dégonfler des devises trop fortes qui freinent leurs exportations.

Outre la banque coréenne, les autorités monétaires de l’Inde, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande ont abaissé leurs taux de référence depuis 15 jours, et d’autres pays, dont la Thaïlande et les Philippines, menacent de faire la même chose.

Le but de ces interventions : freiner les flux gigantesques de capitaux spéculatifs qui déferlent cette année sur la région asiatique, conséquence surtout des politiques ultra-accommodantes de la Réserve fédérale américaine, de la Banque du Japon et de la Banque centrale européenne qui inondent littéralement le marché mondial de liquidités.

Une bonne partie de cet argent, constatent les experts, dérive jusqu’en Asie.

4300 milliards US !

Faut-il rappeler que les banques centrales aux Etats-Unis (Fed), en Europe (BCE) et au Japon ont ramené leurs taux d’intérêt à des creux historiques, proches de zéro. Sans oublier que, par des opérations financières, elles injectent des milliards dans le système financier pour requinquer l’économie.

Bref, l’argent coule à flots.

Or, les faibles taux d’intérêt compliquent la vie des gestionnaires de fonds et des spéculateurs qui cherchent à placer de l’argent dans des placements sûrs et liquides offrant de bons rendements. Aussi, beaucoup d’investisseurs se tournent tout naturellement vers l’Orient pour dénicher les plus belles prises.

«L’Asie est toujours l’endroit où l’on trouve de la croissance. C’est de ce côté qu’on va diriger l’argent», résume la firme Nomura dans une note financière. En fait, il faut parler d’un tsunami de fric.

Selon les calculs de la Banque mondiale, les sommes investies dans les fonds obligataires asiatiques – des instruments financiers liquides et généralement fiables – ont bondi de 42% (en un an) au premier trimestre de 2013 pour atteindre 64 milliards US.

Une hausse prévisible. Car, à titre d’exemple, les taux sur les obligations en Corée du Sud et en Thaïlande sont deux à trois points de pourcentage plus élevés qu’en Europe ou aux Etats-Unis ces temps-ci. Donc un gage de succès, avec de meilleurs rendements et la sécurité en prime.

Et si on comptabilise les entrées de fonds de toutes sortes, les flux de capitaux étrangers sont encore plus imposants. Si bien que les réserves monétaires des pays asiatiques ont grimpé de 120 milliards US en un trimestre, portant leur bas de laine (excluant le Japon) à 4300 milliards US ! toujours selon la Banque mondiale.

Évidemment, un tel torrent monétaire alimente la demande pour les devises locales. Dans le cas de la Corée du Sud, le won s’est apprécié de 24% par rapport au yen japonais en six mois.

De quoi déplaire aux Samsung, Hyundai et autres exportateurs coréens, qui perdent du terrain contre des concurrents profitant d’une monnaie affaiblie. La croissance de l’économie sud-coréenne est ressortie à 2% l’an dernier, le plus faible taux en trois ans, en raison surtout des exportations au ralenti.

A l’inverse, Toyota vient d’annoncer que ses profits avaient triplé l’an dernier. La raison? Le constructeur japonais ne le crie pas sur les toits, mais il profite de la faiblesse du yen – tombé à un creux de quatre ans vendredi contre le dollar américain – qui rend la marque Toyota plus attrayante et gonfle ses revenus en devises étrangères.

Aussi, les banques centrales coréenne, indienne et australienne en ont assez. Elles abaissent les taux d’intérêt afin de refouler les investissements spéculatifs – appelés «hot money» à Wall Street – qui ont le don d’entrer mais aussi de sortir rapidement d’un pays.

La Chine aussi

En dépit de ses réserves monétaires de 3400 milliards US, les plus grandes du monde, la Chine également ne s’amuse plus à la vue de ces vagues d’argent «chaud» qui s’abattent sur ses côtes.

La banque centrale chinoise vient d’annoncer des mesures pour freiner les capitaux spéculatifs qui menacent d’alimenter une envolée du yuan, la monnaie nationale.

Les chiffres les plus récents du commerce extérieur chinois ont beau montrer une hausse de 15% des exportations en avril – une hausse supérieure aux prévisions qui semble rassurante à première vue -, pour des économistes, ce bilan dissimule des flux spéculatifs enregistrés comme des transactions commerciales.

En réalité, les investissements spéculatifs étrangers sur les marchés chinois auraient atteint 180 milliards US au premier trimestre, selon des estimations. Une grosse déferlante d’argent, en somme, qui fait craindre l’émergence d’une bulle spéculative.

Les experts de Royal Bank of Scotland (RBS) estiment que la croissance réelle des exportations de la Chine n’a été que de 5,7% en avril, impliquant que les 9 points d’écart avec le chiffre officiel représenteraient des transactions commerciales fictives permettant aux étrangers d’augmenter leurs avoirs financiers en yuans.

Donc, avis aux spéculateurs : l’alerte au tsunami a été donnée. Les autorités asiatiques vous ont à l’oeil ».

———————-

Réserves monétaires (et en or)

(au 31 décembre 2012 en milliards US)

1. Chine 3120

2. Japon 1351

3. Union européenne 864

4. Arabie saoudite 627

5. Russie 538

19. États-Unis (31 décembre 2011) 148

31. Canada 66

Source: CIA World Factbook

Richard Dupaul, La Presse, le 13 mai 2013 (via Le Blog à Lupus)

A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 56 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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12 commentaires pour L’Asie nage dans l’argent (Richard Dupaul)

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  3. zorba44 dit :

    Voilà qui a des analogies avec le krach de la tulipe en février 1637 en Hollande. Plus personne ne veut des promesses du dollar….et tous les freins se mettent en place pour leur éviter de choisir l’Asie et de meilleurs taux.

    Le 6 février 1637 éclata la première bulle spéculative de l’histoire ! Depuis la taille des bulles ne cesse d’augmenter et leurs conséquences désastreuses.

    Jean LENOIR

  4. N.O.M dit :

    Le système tient sur la confiance et notamment par la production de richesses économiques. Ce sont deux facteurs importants pour qu’une monnaie fiduciaire perdure. Les ménages épargnent par peur de l’avenir et nous sommes passés, tenez- vous bien, à 1326 destructions d’emplois par jour en France. L’hyperinflation est uniquement le fruit d’une perte de confiance générale. L’Asie va devoir investir rapidement dans du tangible pour ne pas se retrouver avec de gigantesques réserves de monnaies atomisées. on va se rendre compte de la quantité de fausse monnaie créée par les banques centrales lorsque la bulle financière va se déverser sur l’économie réelle. C’est la perte de confiance des peuples dans le système qui va accélérer le mouvement et cela se rapproche.

    • Exact. L’hyper-endettement de l’Occident entraînera à terme une fuite devant la monnaie fiduciaire et un basculement vers les actifs réels. La confiance est la clé du système, et lorsqu’elle s’envolera…

  5. zorba44 dit :

    Olivier bonjour,

    Je crois aussi que la constriction face à la consommation au profit d’actifs de sécurité, a pour origine la prise de conscience du coût de l’hyper-socialisation du système économique et des coûts également des challenges devenus impossibles à réaliser (réchauffement climatique, pollution et empoisonnement des sols, démantèlement des centrales nucléaires et raréfaction des matières premières …pour n’en citer que quelques-un).
    C’est le very small qui, à défaut d’être beautiful, va devenir le canot de sauvetage de ceux qui vont au bout du raisonnement.
    Nul, qui ne veut pas ignorer la situation, sait qu’elle ne peut plus être maîtrisée…

    La première pierre n’est pas à lancer contre les individus (et pourtant c’est sur eux qu’on tirera et pourquoi Obama voudrait la limitation des armes à feu… car sans celle-ci il est piégé – alors qu’en France on voudrait interdire le tir sportif sous le prétexte fallacieux qu’il circule des armes dans la criminalité ?) mais contre les politiques qui sont responsables de cela.

    Amitiés

    Jean

  6. nick tesla dit :

    Quel seront les secteurs de replis pour l’argent des marchés vers l’économie réelle ? L’or et l’argent, l’immobilier ? le pétrole ? La nourriture ?
    Je suis bien curieux de savoir d’ou va venir le déclencheur, un bank run ?

    • N.O.M dit :

      – L’or et l’Argent métal pour les banques centrales de Rothschild.
      – L’immobilier pour une caste de milliardaires qui prennent possession des centres villes repoussant les familles dans les quartiers périphériques.
      – Matières premières ( pétrole, uranium, mines de métaux, etc… ) pour les multinationales par la guerre ( Irak, Afghanistan, Libye, Mali, Syrie, etc… ).
      – La nourriture par le contrôle total des semences au travers des multinationales agro semencières et de transformation (Monsanto, Cargills, etc…) et des terres cultivables par des hedge funds qui investissent dans des millions d’hectares dans le monde ( Ukraine, Roumanie, Amérique latine, etc… ). Vous en avez aussi l’exemple par la vente de très grands cru du vignoble français vers de gros investisseurs étrangers et notamment chinois.
      – Le secteur public qui est notre bien commun tombe dans de gigantesques monopoles privés ( la santé, les retraites, les transports en commun, etc… ).
      – L’art et notamment par les pillages des pays en guerre.
      – Prise de contrôle du potentiel productif humain par l’appauvrissement et la destruction de la classe moyenne ( inflation, augmentation des impôts et des taxes, etc…). Cela fait plusieurs années que ce processus est en marche, mais il va s’accélérer par la perte totale de confiance dans un système qui ne peut plus se relever. Un bon indicateur est par exemple la consommation des ménages.

      C’est pourtant clair :  » Quelque chose doit remplacer les gouvernements, et l’industrie privée me semble l’entité adéquate pour le faire. » David Rockefeller.

       » Qui contrôle la nourriture contrôle les peuples, qui contrôle l’énergie contrôle les nations, qui contrôle l’argent contrôle le monde. » Henry Kissinger.

       » Pour obtenir le contrôle total, deux ingrédients sont essentiels : une banque centrale, et un impôt progressif, pour que les gens ne s’en rendent pas compte. » Karl Marx.

      Le petit problème, si l’on additionne cela à l’inflation cachée, c’est que les gens commencent à s’en rendre compte et que l’augmentation exponentielle du chômage cristallise les angoisses, ce qui nous amène à une perte de confiance générale qui se terminera dans la panique puis dans la colère.

    • N.O.M dit :

      Pour un Bank Run, le parlement va voter la loi Moscovici le 6 juin. Après ils pourront se servir.

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