Citigroup ou le lobbying ordinaire des banques à Washington

Citigroup ou le lobbying ordinaire des banques à Washington« La loi est censée empêcher une redite du krach financier de 2008, et pourtant, ce sont les premières victimes de la crise, les banques, qui sont à la manœuvre à Washington pour vider au maximum le Dodd-Frank Act de sa substance.

Selon des informations dévoilées jeudi par le New York Times, des recommandations émanant de Citigroup figurent, mot pour mot, dans un projet de loi visant à modérer certaines dispositions de la loi sur la régulation bancaire. Sur 85 lignes de texte, plus de 70 sont directement inspirées des recommandations de Citigroup, dénonce le quotidien américain, « deux paragraphes ont même été copiés mot pour mot ».

La manœuvre est grossière, mais elle témoigne d’un climat de confiance qui semble être de retour pour de bon à Wall Street. Pratiqué à visage découvert dans les couloirs du Congrès, le lobbying du secteur bancaire se traduit également en espèces sonnantes et trébuchantes. Si un parlementaire appuie un texte pro-banques, il pourra compter sur un soutien financier généreux lors des prochaines élections, ou sur de larges contributions lors de ses opérations habituelles de fund raising.

Le nombre de lobbyistes mobilisés sur le sujet est impressionnant, mais extrêmement déséquilibré : The Nation, hebdomadaire progressiste, a publié en avril un schéma qui met en évidence que, sur 20 lobbyistes envoyés à Washington en 2012 pour défendre le Dodd-Frank Act, plus de 400 ont été dépêchés par les grandes banques pour faire contrepoids. Inutile de préciser qui a le plus de chances de l’emporter. Et ce n’est que la partie immergée de l’iceberg, explique le magazine : il faut compter aussi avec les avocats, les chercheurs, les relations presse, et tous les think tanks prêts à appuyer les demandes d’une partie ou de l’autre.

Les desiderata de Citigroup portent principalement sur le trading des produits dérivés : il s’agit pour la banque de faire annuler une disposition de la loi qui interdit l’échange de certains de ces produits entre les grandes banques, ce afin de ne pas les fragiliser et risquer de nouvelles faillites. A écouter les géants bancaires, leur travail est d’utilité publique, une porte-parole va même jusqu’à souligner, dans le NYT, que « (notre) opinion est partagée non seulement par le secteur, mais par des leaders tel le président de la Réserve fédérale, Ben Bernanke ».

Peut-être, admet le NYT. Sauf que Citigroup fait partie des plus gros distributeurs aux Etats-Unis de credit default swaps, produits structurés hautement spéculatifs qui ont joué un rôle important dans l’effondrement des marchés en 2008 : son exposition est de 3000 milliards de dollars, logés dans une entité spéciale, Citibank N.A., qui bénéficie d’une assurance fédérale. « Sur ces 3 000 milliards, près de 2 000 sont adossés à des sociétés ou d’autres entités notées en catégorie ‘spéculatif' », dénonce le journal. Ce sont autant de produits qui, selon le Dodd-Frank Act, doivent sortir de la structure garantie par l’Etat. Les pertes à assumer en cas de nouvelles perturbations sur ce marché seraient, pour Citigroup, considérables.

L’histoire pourrait aussi avoir des répercussions à l’international, alors que les Etats-Unis se sont lancés dans des négociations serrées sur ses relations commerciales avec l’Union européenne. Or Citigroup, ainsi que d’autres banques (JPMorgan, AIG notamment), fait partie de la Coalition of Service Industries, qui milite activement pour que ces négociations débouchent sur des règles qui, à tout le moins, ne les pénalisent pas. Surtout, ils se battent pour écarter la moindre disposition qui pourrait avoir une application extra-territoriale, comme cela serait le cas concernant le trading de produits dérivés.

Les positions européenne et américaine, extrêmement éloignées l’une de l’autre sur le sujet, devraient être la principale pierre d’achoppement de ces négociations, que les deux parties espèrent boucler en 2015″.

Audrey Fournier, economieamericaine.blog.lemonde.fr, le 27 mai 2013

Rappels :

Les banques ont pipé les dés (Myret Zaki)

Quand, pour la dernière fois, avez-vous intenté un procès à une grande banque de Wall Street ?

Les Intouchables

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 54 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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13 commentaires pour Citigroup ou le lobbying ordinaire des banques à Washington

  1. JACK dit :

    Et on nomme cela une démocratie, foutaise des foutaises. Nous ne vivons même pas dans un Etat de Droit, sinon la quasi totalité des patrons des grandes banques devraient être en prison.

  2. N.O.M dit :

     » Il est déjà bien suffisant que les gens sachent qu’il y a eu une élection. Les gens qui votent ne décident rien. Ce sont ceux qui comptent les votes qui décident de tout. » Joseph Staline ( 1879 – 1953 ).

    Les contribuables britanniques paient pour assurer la sécurité du Bilderberg. actualidad.rt.com.

  3. Ping : Citigroup ou le lobbying ordinaire des banques à Washington - gastraudiome

  4. N.O.M dit :

    Comment peut on se rendre compte que le manège ne va pas durer ?

    Surproduction mondiale de voitures. http//www.leblogdewendy.com

  5. Ping : Citigroup ou le lobbying ordinaire des banques ...

  6. brunoarf dit :

    La réunion annuelle du Groupe de Bilderberg réunira les ploutocrates ci-dessous :

    http://www.telegraph.co.uk/news/politics/10095943/Osborne-Clarke-and-Balls-to-attend-Bilderberg-Group-meeting.html

    (il y a 9 ploutocrates français qui participeront à la réunion ; ces 9 ploutocrates sont proches de l’UMP, ou alors ils sont membres de l’UMP :
    – Henri de Castries, Chairman and CEO, AXA Group
    – Nicolas Barré, Managing Editor, Les Echos
    – Nicolas Baverez, Partner, Gibson, Dunn & Crutcher LLP
    – Olivier de Bavinchove, Commandant du Corps Européen (Eurocorps)
    – François Fillon, Former French Prime Minister
    – Christine Lagarde, Managing Director, International Monetary Fund
    – Thierry de Montbrial, President, French Institute for International Relations
    – Valérie Pécresse, French MP
    – Jean-Dominique Senard, CEO, Michelin Group)

  7. zorba44 dit :

    Je t’achète, tu te vends, il se régale, nous nous vautrons, vous ? vous « trinquez », ils finissent par se rebeller.

    Jean LENOIR

  8. brunoarf dit :

    L’économiste Jean-Claude Werrebrouck a publié un livre très important : « Banques centrales : indépendance ou soumission ? », édité chez Yves Michel.

    Sur son blog, Jean-Claude Werrebrouck constate que les Etats européens sont aujourd’hui insolvables, et que les grandes banques européennes sont, elles-aussi, insolvables.

    Quel est le seul organisme qui empêche l’effondrement ?

    En Europe, le seul organisme qui fait encore tenir debout le château de cartes s’appelle … la Banque Centrale Européenne.

    Lisez cet extrait de l’article de Jean-Claude Werrebrouck :

    La banque centrale française est bien évidemment plongée dans le système européen de banques centrales et, de ce point de vue, l’Etat qui lui correspond sera de plus en plus tenté de cesser l’aventure ordo libérale. Les rentiers ont massivement profité de ce qu’on a appelé la fin de la « répression financière », mais, parce que dans la tradition française la liberté ne se réduit pas à la propriété et au marché, c’est dans ce dernier pays que la rente financière prend les risques les plus importants, d’où l’attachement considérable des milieux qui en profitent à ce qu’on appelle le « couple franco-allemand ». La banque de France, devenue objet étranger dans son propre pays, sera de plus en plus soumise à de très fortes contraintes impulsées par la crise et la tradition culturelle française.

    Mais l’Allemagne elle-même, sera contrariée dans sa tradition culturelle. Déjà le comportement de la BCE n’est plus en accord avec la grande tradition ordo-libérale. Alors que, naguère, la banque centrale, qu’elle soit européenne ou simplement allemande, se devait d’être l’équivalent d’une cour suprême ou un conseil constitutionnel veillant à la sanctuarisation de la monnaie – exactement comme le principe d’indépendance de la justice et de respect du droit – la BCE est devenue dépendante d’intérêts privés et publics : le système bancaire européen devenu massivement insolvable, qu’il faut aider, et les Etats européens eux-aussi insolvables et qu’il faut, au moins de manière détournée, aussi aider.

    http://www.lacrisedesannees2010.com/article-banques-centrales-la-fin-de-l-universalite-des-valeurs-germaniques-118080235.html

  9. zorba44 dit :

    @Brunoarf

    La BCE est une gigantesque décharge en bordure de falaise. Les banques sont des cohortes de bennes à ordure qui viennent y déposer leurs déchets toxiques.
    Nous sommes bien d’accord pour ce qu’il en adviendra : un déversement dans la mer (de l’économie) en la déréglant pour des siècles ou à jamais…

    Jean LENOIR

    • N.O.M dit :

      A jamais ? c’est ce qu’ils espèrent, mais ça n’est pas comme cela que les choses vont se dérouler.

  10. Trend dit :

    Citi es tombé en faillite trois fois sur les trentes dernières années et à chaque fois recapitalisée et l’action multipliée par 10 !! ( inversément quand une action est en grande forme on la splitte pour sa liquidité, tandis que pour la Citi si l’on ne l’avais pas multipliée par 10 ,on parlerait aujourd »hui de « Penny » stock

  11. Jack dit :

    A lire de toute urgence : Le Forum Monétaire de Genève !

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