Philippe Herlin : Au secours, le refroidissement monétaire s’accentue !

« Au moment où toute la planète vient de se réunir à Paris pour lutter contre le réchauffement climatique avec la COP21, un refroidissement menace le monde, d’une autre nature cependant, le refroidissement monétaire. En effet, selon la Fed de Saint Louis, qui gère ces statistiques, la vitesse de circulation de la monnaie aux Etats-Unis n’a jamais été aussi basse. Après une grande stabilité durant trente ans, de 1960 jusqu’en 1990, cette vélocité de la monnaie se met à grimper pour ensuite s’effondrer en 2000-2002, se redresser ensuite, puis chuter de plus belle à partir de 2007.

refroidissement-accentue

 

A chaque fois que la banque centrale américaine baisse ses taux à zéro, et lance des QE, au prétexte d’éviter une crise économique (en 2000-2001 suite au krach des valeurs Internet et des attentats du 11 septembre, en 2008 suite à la crise des subprimes), la vitesse de la circulation de la monnaie s’effondre. Il y a donc plus de monnaie dans le système, mais qui circule moins vite, les deux effets s’annulent pour un résultat final qui ne change pas grand chose par rapport à la situation précédente.

On connait la raison de ce phénomène : la monnaie ainsi créée ne va pas dans l’économie réelle, elle reste dans le circuit bancaire, s’investit sur les marchés financiers, et retourne même, pour une grande part, dans les coffres de la banque centrale. Plutôt que d’augmenter les crédits à une économie qui ne redémarre pas, ou même de prêter à d’autres institutions financières, les banques préfèrent placer cet argent en toute sécurité à la banque centrale, ou jouer avec sur les marchés. Le phénomène est identique en Europe et au Japon, où les banques centrales sont également adeptes du taux zéro et des QE. Des bulles se créent sur les marchés des actifs tandis que l’économie réelle voit sa croissance – sa « température » – stagner à zéro. S’il fallait un graphique pour traduire la totale inefficacité des politiques des banques centrales, le voici.

Ces politiques hasardeuses des banques centrales comportent cependant un risque, celui d’une augmentation brutale de cette vitesse de circulation. Car la Fed, la BCE ou la BoJ ne la contrôlent pas directement, celle-ci dépend du comportement des agents économiques. Toutes choses égales par ailleurs, si elle augmente brusquement, les prix dérapent, et la situation devient rapidement irrattrapable. Au refroidissement succéderait la surchauffe ! La seule action possible pour les banques centrales serait alors d’augmenter rapidement et significativement leurs taux d’intérêt, ce qui provoquerait un cataclysme (les charges d’emprunt pour l’Etat exploseraient, les ménages et les entreprises endettés se retrouveraient en faillite, la valeur des bons du Trésor dans les bilans des banques et des assurances s’effondrerait…). Et cette vitesse, elle peut se modifier instantanément avec des facteurs psychologiques (perte de confiance dans la monnaie). Nous n’y sommes pas, mais le risque existe. Voici l’équilibre précaire se lequel se trouvent les « politiques monétaires » actuelles, soit l’inefficacité, soit le cataclysme.

En attendant, nul ne sait jusqu’où cette vitesse de circulation de la monnaie va tomber, si à un moment un rebond va se produire, ou si la « température » de l’argent va continuer à baisser. Ce sera sans doute l’une des découvertes de l’année 2016. Sur ce, malgré tout, bonne année à vous tous ! »

Philippe Herlin, Goldbroker.fr, le 31 décembre 2015

A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 51 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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6 commentaires pour Philippe Herlin : Au secours, le refroidissement monétaire s’accentue !

  1. zorba44 dit :

    Dans l’hypothèse où la vitesse de rotation de la terre tomberait à zéro, on peut estimer avec les lois de la physique que la terre se précipiterait vers le soleil.
    Plus prosaïquement la collision des banques avec leurs clients verrait l’établissement de bails-in généralisés…

    Jean LENOIR

  2. Christian ROBERT dit :

    Excellent article.

  3. Nanker dit :

    « les deux effets s’annulent pour un résultat final qui ne change pas grand chose par rapport à la situation précédente »

    A un « détail » près : les ultra-riches captent 99% de la richesse créée ne laissant que quelques miettes au reste de la population.
    Le QE (ou planche à billets) vise à préserver l’ordre financier/oligarchique établi alors que (comme le rappelle le grand Bertez) lors d’une période de crise on devrait plutôt en profiter pour euthanasier les entités financières qui ont failli ou trahi.

    A ce titre la coqueluche des médias bobos, l’intouchable Obama restera dans l’Histoire comme le fils spirituel de l’inepte Herbert Hoover, celui qui n’avait rien compris à la crise de 1929.

    • Très juste. Mais Philippe Herlin ne parlait en l’occurrence que de l’effet sur l’économie réelle.

    • Gregory 2 R dit :

      Bonjour Olivier,
      Comme je vous l’avais mentionné lors de votre intervention après la projection du film « L’Oracle » en décembre 2015, une solution pourrait être l’application du « Chicago Plan Revisited » de Jaromir Benes et (surtout) Michael Kumhof, disponible sur le site du FMI : https://www.imf.org/external/pubs/ft/wp/2012/wp12202.pdf

      Résumé (en anglais) :

      At the height of the Great Depression a number of leading U.S. economists advanced a
      proposal for monetary reform that became known as the Chicago Plan. It envisaged the
      separation of the monetary and credit functions of the banking system, by requiring 100% reserve backing for deposits. Irving Fisher (1936) claimed the following advantages for this plan:
      (1) Much better control of a major source of business cycle fluctuations, sudden increases and contractions of bank credit and of the supply of bank-created money.
      (2) Complete elimination of bank runs.
      (3) Dramatic reduction of the (net) public debt.
      (4) Dramatic reduction of private debt, as money creation no longer requires simultaneous debt creation.
      We study these claims by embedding a comprehensive and carefully calibrated model of the banking system in a DSGE model of the U.S. economy. We find support for all four of Fisher’s claims. Furthermore, output gains approach 10 percent, and steady state inflation can drop to zero without posing problems for the conduct of monetary policy.

      Nous touchons ici à mon sens au cœur du problème du système financier à réserve fractionnaire, et retirer aux banques commerciales le droit quasi divin de créer l’argent à partir de rien pour le prêter moyennant intérêts ne va probablement pas plaire du tout a nos amis banquiers. Le dernier président s’y étant frotté s’appelait JFK…

      J’espère de tout cœur que le processus lancé en Suisse à ce sujet aboutira et deviendra un exemple au niveau international.

      J’en profite aussi pour vous présenter tous mes vœux pour cette nouvelle année et vous remercier pour votre héroïque travail d’information.

      Bien à vous,

      Gregory

      • Merci Gregory. Je me souviens en effet de notre échange… A mon tour de vous présenter tous mes voeux pour cette nouvelle année.

        P.S. Personnellement je ne crois pas au succès du projet de référendum suisse, mais il ne faut pas désespérer, un jour peut-être les conditions auront assez évolué…

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