« Je pense que l’empire américain est déjà bien fini. Mais comme il n’a pas encore subi de stress-test sérieux, personne ne s’en rend compte » (Dmitry Orlov)

Si je devais décrire la situation internationale actuelle en utilisant un seul mot, le mot « chaos » serait un choix assez décent – bien que ce ne soit pas le seul. Chaos en Ukraine, chaos au Venezuela, chaos partout où l’Empire est impliqué à quelque titre que ce soit et, bien sûr, chaos aux États-Unis. Mais vous ne le sauriez en écoutant les chefs qui parlent et d’autres « experts » qui remplissent à peu près la même fonction pour l’Empire que l’orchestre qui a exercé sur le Titanic : distraire le plus longtemps possible de la catastrophe qui se développe.

Préambule

J’ai décidé de me tourner vers l’expert incontesté de l’effondrement social et politique, Dmitry Orlov, que j’ai toujours admiré pour ses analyses très logiques, non idéologiques et comparatives sur l’effondrement de l’URSS et des États-Unis. Le fait que ses détracteurs doivent avoir recours à des attaques ad hominem grossières et, franchement stupides, me convainc encore que le point de vue de Dmitry doit être largement partagé. Dmitry a très gentiment accepté de répondre à mes questions de manière assez détaillée, ce dont je lui suis très reconnaissant. J’espère que vous trouverez cet entretien aussi intéressant que je l’ai trouvé moi-même.

The Saker


[…]

The Saker : Vous avez récemment écrit un article intitulé « La nef des fous prend-elle l’eau ? », dans lequel vous discutez du niveau élevé de stupidité dans la politique américaine moderne ? J’ai une question simple pour vous : pensez-vous que l’Empire peut survivre à Trump et, si oui, pour combien de temps ?

Dmitry Orlov : Je pense que l’empire américain est déjà largement terminé, mais il n’a pas encore été soumis à un stress-test sérieux, et personne ne se rend compte que c’est le cas. Quelque chose se produira qui laissera le centre du pouvoir complètement humilié, incapable d’accepter cette humiliation et de faire des ajustements. Les choses vont se détériorer à partir de là, car tous les membres du gouvernement font de leur mieux, dans les médias, pour prétendre que le problème n’existe pas. J’espère que le personnel militaire américain actuellement dispersé sur toute la planète ne sera pas simplement abandonné à son sort une fois que l’argent sera épuisé, mais je ne serais pas trop surpris que ce soit le cas.

The Saker : Enfin, une question similaire mais fondamentalement différente : les États-Unis – par opposition à l’Empire – peuvent-ils survivre à Trump et, dans l’affirmative, comment ? Y aura-t-il une guerre civile ? Un coup militaire ? Une insurrection ? Des grèves ? Une version américaine des gilets jaunes ?

Dmitry Orlov : Les États-Unis, en tant qu’ensemble d’institutions servant les intérêts d’un nombre réduit de personnes, continueront probablement à fonctionner pendant un certain temps. La question est : qui sera inclus et qui ne le sera pas ? Il ne fait guère de doute que les retraités, en tant que catégorie, n’ont rien à attendre des États-Unis : leur retraite, qu’elle soit publique ou privée, a déjà été dépensée. Il ne fait aucun doute que les jeunes, qui ont déjà été saignés par des perspectives d’emploi médiocres et des prêts étudiants grotesques, n’ont rien à espérer non plus.

Mais, comme je l’ai déjà dit, les États-Unis ne sont pas un pays mais un country club. Les membres ont leurs privilèges et se moquent bien de la vie de ceux qui sont dans le pays mais ne sont pas membres du club. Les récentes initiatives visant à laisser entrer tous les citoyens et à permettre aux non-citoyens de voter démontrent amplement que la citoyenneté américaine en soi ne compte absolument pour rien. Le seul droit de naissance d’un citoyen américain est de vivre comme un clodo dans la rue, entouré par d’autres clodos, dont beaucoup sont des étrangers venant de pays ce que Trump a qualifié de « pays trous à rats ».

Il sera intéressant de voir comment le public et les fonctionnaires, en tant que groupe, réagiront à la constatation que les retraites promises n’existent plus ; peut-être que cela fera basculer tout le système dans la mort. Et une fois que la bulle de la fracturation hydraulique sera crevée et qu’un autre tiers de la population découvrira qu’elle n’a plus les moyens de conduire, cela pourrait aussi forcer une sorte de réinitialisation. Mais alors tout le système de police militarisé est conçu pour écraser toute sorte de rébellion, et la plupart des gens le savent. Étant donné le choix entre la mort certaine et la drogue, la plupart des gens choisiront cette dernière solution.

Et ainsi, Trump ou pas Trump, nous allons avoir encore plus de choses identiques : des jeunes spécialistes brillants en technologies de l’information, en trottinette, sifflant dans la rue, passant devant des tas de quasi-cadavres humains baignant dans leurs excréments ; des femmes au foyer botoxées achetant des produits bio contrefaits tandis que des personnes affamées à l’arrière du magasin fouillent dans les bennes à ordures ; des citoyens inquiets exigeant que les migrants soient autorisés à venir, puis appelant les flics dès que ceux-ci installent des tentes sur leur pelouse ou sonnent à la porte et demandent à utiliser les toilettes ; les vieux couples aisés, qui rêvent de se rendre dans une résidence tropicale pour gringo, dans une mangrove où ils seront débités à la machette et jetés comme nourriture aux poissons ; et tous croyant que les choses sont merveilleuses parce que le marché boursier se porte si bien.

À ce rythme, quand la fin des USA arrivera, la plupart des gens ne seront pas en mesure de le remarquer tandis que les autres ne seront pas capables de supporter ce genre d’informations bouleversantes et choisiront de les ignorer. Tout le monde veut savoir comment se terminera l’histoire, mais ce type d’information n’est probablement pas bon pour la santé mentale de qui que ce soit. Le climat mental aux États-Unis est déjà assez malade. Pourquoi devrions-nous vouloir le rendre pire ?

Le Saker : Dmitry, merci beaucoup pour votre temps et pour cet entretien des plus intéressants !

The Saker, le 16 avril 2019 (via Unz review)

Traduit par jj, relu par Catherine pour le Saker Francophone

Lire l’intégralité de l’entretien (incluant de grands développements sur l’Ukraine, l’Union européenne et la Russie) sur le Saker Francophone

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 54 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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5 commentaires pour « Je pense que l’empire américain est déjà bien fini. Mais comme il n’a pas encore subi de stress-test sérieux, personne ne s’en rend compte » (Dmitry Orlov)

  1. roc dit :

    Dmitry Orlov vois les USA comme Trump les montre et non comme Trump les reconstruit !
    Poutine en son temps a mis 10 a 12 ans avant de pouvoir redresser la barre et Trump ne reste pas inactif .

  2. Oz dit :

    « Le fait que ses détracteurs doivent avoir recours à des attaques ad hominem grossières et, franchement stupides, me convainc encore que le point de vue de Dmitry doit être largement partagé. »
    J’ai envie de dire : lui aussi

  3. Oz dit :

    Superbe interview de Alexis Cossette Trudel :

    • Oz dit :

      Précision : cette interview traite de Trump, JFK, 11 septembre 2001 inside job, pizza gate, julia assange, NSA.

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