Eric Holder, l’agent double de Wall Street, sort du bois (Matt Taibbi)

Eric Holder, l’agent double de Wall Street, sort du bois _ Histoires de bankster

« Eric Holder est revenu travailler pour son ancienne société, le poids lourd des défenseurs de délinquants en col blanc Covington & Burling. L’ancien procureur général a préféré ce poste à celui de juge, disant ne pas être encore prêt pour la tour d’ivoire. « Je veux faire partie du jeu », a-t-il expliqué au « National Law Journal », comme un mauvais présage.

Holder va reprendre son partenariat lucratif (il a gagné 2.5 millions la dernière année qu’il y a travaillé) et s’installer dans un bureau dont on raconte – ce n’est pas une blague – qu’on l’a laissé vide en attendant son retour.

Cette histoire de bureau est peut-être inexacte, mais au point où nous en sommes, qu’est-ce qu’on en a à faire ? Bien plus problématique est le parcours extraordinaire d’un des plus grand agents doubles de l’histoire qu’Holder vient d’accomplir. Pendant 6 ans, sous le brillant déguisement de procureur général des Etats Unis, il travaillait en fait sous bonne couverture, style DiCaprio dans « Les Infiltrés », comme le meilleur avocat de la défense que Wall Street ait jamais connu.

Holder refuse de reconnaître qu’il y ait quoi que ce soit de malsain dans le fait de retourner dans l’un des cabinets d’avocats favoris de Wall Street après avoir passé 6 ans à laisser toutes les banques se sortir l’une après l’autre de monstrueuses affaires d’escroquerie, d’évasion fiscale, de manipulation de marché, de blanchiment d’argent, de corruption, ou d’autres accusations.

« Ce n’est pas parce que je suis chez Covington que je vais abandonner le travail d’intérêt public », a-t-il déclaré à CNN. En ajoutant pour National Law Review que la principale raison de son retour dans le privé était son « désir de restituer à la communauté. »

« La société promeut le bénévolat, et être engagé dans la vie civique de ce pays est cohérent avec ma vision du monde selon laquelle les avocats doivent être socialement actifs », dit-il.

Bien. Il retourne chez Covington & Burling en raison de l’encouragement au bénévolat que promeut cette firme.

Voilà un gars qui vient de passer 6 ans à concocter des transactions pas trop pénibles pour à peu près toutes les banques « Trop grosses pour faire faillite » dans le monde. Et maintenant il revient dans une société qui représente les intérêts de chacune de ces mêmes banques : Morgan Stanley, Wells Fargo, Chase, Bank of America et Citigroup, pour n’en citer que quelques-unes.

Collectivement, les décisions qu’il a prises dans son bureau ont fait économiser à ces banques une somme qu’il est impossible de calculer avec exactitude. Mais même en ignorant les hausses massives du cours de leurs actions une fois ces accords conclus, ses services ont certainement fait gagner un paquet de milliards de dollars à Wall Street.

Désormais, il va probablement récupérer une tétrachiée de pognon de ces mêmes banquiers. C’est l’un des plus gros quiproquos de l’histoire du service gouvernemental. Il est certes arrivé une fois qu’un membre du congrès, Billy Tauzin, a accepté un boulot de lobbyiste pour l’industrie pharmaceutique à 2 millions de dollars par an quelques semaines à peine après qu’il ait permis de faire passer la loi révoltante dite des « indemnités pour prescription de médicaments »; mais ce que Holder vient de faire fait vraiment passer Tauzin pour un mec qui a volé une fois et une seule quelques billets pour un match des Redskins.

Sous cet angle, dire aux journalistes que tu reviens chez Covington & Burling pour être « impliqué dans la vie civique de ce pays » a l’air d’une blague qu’on doit tous avaler, un peu comme s’il annonçait qu’il revient pour obtenir un doctorat à l’université de Suce-Moi.

Holder n’en a pas l’air, mais il a été un révolutionnaire. Il a institutionnalisé une approche de la justice criminelle à deux vitesses, en créant tout simplement un système d’indulgences dans lequel les sociétés les plus riches du monde paient leur péchés en liquide et échappent aux peines plus sévères prévues par la loi.

Voici les 5 piliers de la révolution d’Holder

Premièrement : avoir été incapable d’obtenir une seule condamnation en justice dans la moindre affaire liée à la crise financière. La seule tentative de quelque importance effectuée par son Département de la Justice concernait une bande de pieds nickelés de la Bear Stearns du nom de Ralph Cioffi et Matthew Tannin, qui s’étaient échangé des mails dans lesquels ils confiaient que le marché du subprime était « cuit », alors qu’ils disaient tout autre chose à leurs clients pour garder leurs investissements.

Après qu’un jury les eut tous les deux acquittés début 2009, le Département de la Justice de Holder temporisa. Des sources internes m’ont dit au fil des ans que tant Holder que son adjoint, son pote Lanny Breuer, un autre ancien de Covington & Burling, étaient obsédés par la victoire et refusaient de courir le risque de voir un jury se mettre en travers de leur chemin. L’affaire Cioffi-Tannin a donc été la dernière de la crise financière qu’ils aient osé porter jusqu’au tribunal – à peu près toutes les autres se sont terminées par des accords transactionnels.

Deuxièmement : Holder est connu pour être l’inventeur d’un concept nommé « dommages collatéraux », en vertu duquel l’Etat peut rechercher des alternatives non judiciaires pour les sociétés s’il pense qu’il pourrait en résulter trop de « dommages collatéraux ». La banque britannique HSBC, qui a reconnu des blanchiments d’argent massifs, et la banque suisse UBS, qui s’est fait prendre à truquer le benchmark des taux d’intérêts du Libor, sont des exemples de sociétés qui ont échappé à de vigoureuses poursuites en raison des craintes ostensibles de Holder et de ses laquais concernant des conséquences susceptibles d’altérer les marchés.

Il est important de constater que ces deux banques ont été plus tard impliquées dans des scandales encore plus graves, générant des critiques selon lesquelles des punitions plus sévères la première fois auraient empêché ces nouveaux dommages. Loretta Lynch, qui a succédé à Holder, a même été obligée de retoquer l’accord de Holder avec l’UBS car il n’était pas assez punitif. Il est important de noter que Holder, avant de devenir procureur général, représentait l’UBS chez Covington & Burling.

Les politiques laxistes de Holder ont été mises en place à un moment où des potes du gouvernement comme Tim Geithner et Ben Bernanke utilisaient l’argent des renflouements pour fusionner des entreprises en difficulté et créer des méga-sociétés encore plus grosses. La Chase et la Wells Fargo, qui ont avalé Washington Mutual et Wachovia au cours de reprises subventionnées par l’Etat, ont été des prototypes de la méga-banque moderne. Donc, en collant l’étiquette « Dommage collatéraux » sur ces méga-banques « Trop grosses pour faire faillite », Holder a créé les « Trop grosses pour aller en prison ». C’est une part capitale de son héritage, la création d’une classe non-emprisonnable.

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 51 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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7 commentaires pour Eric Holder, l’agent double de Wall Street, sort du bois (Matt Taibbi)

  1. matbee dit :

    Greed and Money is my mistresses… Horrible mistresses…

  2. Ping : Eric Holder, l’agent double de Wall Street, sort du bois (Matt Taibbi) Actualités

  3. zorba44 dit :

    Que septembre apporte avec lui le tsunami obligataire qu’on nous annonce et que ces mecs soient balayés par sa vague destructrice, laminés, éclatés, atomisés. Qu’en n’en retrouve plus rien et que les manuels d’histoire du futur les inscrivent dans le panthéon des voyous !

    Jean LENOIR

  4. raimanet dit :

    A reblogué ceci sur Boycott.

  5. Nanker dit :

    Il serait bon qu’un éditeur (Agone par exemple) traduise et publie les articles **remarquables** que Taibbi a publiés dans « Rolling Stone » depuis le début de la crise en 2008.
    Cela aurait (entre autres) le mérite d’ouvrir les yeux des crétins qui croient toujours qu’Obama a (ou a eu) pour ambition d’assainir la finance mondiale.

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