L’or contre la répression (Bruno Bertez)

« Le surendettement des Etats et du secteur financier tournerait à la catastrophe si les taux d’intérêt venaient à monter. Le but des politiques monétaires de tous les pays développés est de maintenir les taux d’intérêt réels bas, très bas, afin de tenter de faire tenir le système et d’honorer les dettes. Le maintien de taux d’intérêt à des niveaux très bas, malgré les risques réels d’insolvabilité et les certitudes de l’accélération de l’inflation, s’obtient par des politiques dites de répression financière.

Les banques centrales forcent à la baisse des taux par leurs politiques de création de liquidités, leurs politiques de taux zéro, leurs achats de titres des govies, leur stimulation de la prise de risque, leurs promesses de « puts » généralisés, etc.

L’objectif est de faire rouler la bicyclette, permettre aux Etats de rouler, « roll », leurs dettes, bref de tenir. Il s’agit de canaliser le maximum de fonds, d’épargne, au profit des gouvernements pour leur éviter la défaillance.

La répression financière est normalement pratiquée en temps de guerre ; les gouvernements ont alors l’excuse de la catastrophe pour l’imposer. Ils s’autorisent alors toute la panoplie, taux d’intérêt réels négatifs spoliateurs, obligation réglementaire de souscrire aux emprunts publics pour les compagnies d’assurance, les fonds de retraites, les caisses d’épargne, etc. Plafonnement de la rémunération de toutes les autres formes d’épargne qui pourraient faire concurrence aux emprunts d’Etat et gêner le fonctionnement de l’entonnoir.

Dans la période actuelle marquée par la crise de la finance gouvernementale, la répression financière se généralise. La mesure la plus évidente est le maintien de taux d’intérêt réels négatifs, les autres mesures sont moins visibles, mais elles prolifèrent…

Ainsi, dans les pays périphériques européens on a commencé à faire main basse sur les fonds de pension, incité à souscrire aux emprunts d’Etat, plafonné les rémunérations des placements concurrents des obligations souveraines.

La réglementation Bâle 3 vise à assurer la répression financière au niveau des banques en faisant un traitement de faveur aux fonds d’Etat dans les ratios, la Grande-Bretagne est même allée plus loin en imposant des souscriptions obligatoires.

Le sens général de la répression financière est simple :

– capturer, bloquer, canaliser l’épargne vers le financement direct ou indirect de l’Etat

– sous-payer, sous-rémunérer cette épargne.

Quand les mesures douces sont insuffisantes, on ajoute les réductions à la liberté des mouvements de capitaux, les souscriptions obligatoires, etc. Pour mettre en place ces politiques prédatrices et liberticides, les gouvernements, avec l’aide des médias, préparent le terrain en encerclant leur ennemi, les riches, on les désigne, on les stigmatise, exactement comme on le fait dans le cas des guerres pour fabriquer un ennemi et se donner des justifications de l’attaquer.

Une fois l’ennemi isolé, on peut, avec le soutien du public et la bonne conscience du prédateur, l’attaquer.

Nous sommes dans cette phase en Europe : répression financière douce, prise de quelques mesures pas trop voyantes, fabrication et isolement du futur ennemi que l’on projette de dépouiller.

La répression financière produit deux résultats :

– baisse du coût de la dette des Etats

– maintien de la possibilité de rouler ces dettes lorsqu’elles viennent à échéance.

Tous les pays industrialisés pratiquent la répression douce, tous les emprunts d’Etat à 5 ans ont un rendement réel négatif ; tous, sauf l’Italie, la France et le Japon ont des taux négatifs sur le 10 ans. Et encore, bien sûr, il s’agit de taux réels calculés sur la base des chiffres officiels de l’inflation !

La répression douce, cela est déjà bien, mais largement insuffisant, c’est en quelque sorte, simplement, un kick the can.

Les Etats gagnent du temps, sans plus.

La répression financière doit être complétée, on ne peut rester éternellement dans cette situation d’asphyxie économique et sociale.

Il faut donc la compléter. Comment ?

C’est très simple, dans le second temps, il faut, tout en prétendant lutter contre l’inflation, favoriser la hausse des prix !

La hausse des prix rend les taux d’intérêt réels tellement négatifs qu’elle équivaut à un prélèvement sur le capital, et surtout elle produit une croissance nominale, fictive, du GDP qui fait baisser les fameux ratios de dette sur GDP, les ratios d’endettement.

A force d’inflation, la dette finit, en valeur relative,  par devenir soutenable.

Par ailleurs, grâce à l’inflation, les revenus nominaux, apparents, augmentent, ce qui bien sûr, permet, par non-actualisation ou actualisation insuffisante des barèmes, d’augmenter la pression fiscale.

Grâce à la préparation préalable à la spoliation des riches, à la fabrication de l’ennemi, la surtaxation passe également comme une lettre à la poste.

La répression financière est toujours, a toujours été, et sera toujours suivie de l’accélération de l’inflation. Voilà ce que l’on vous cache, voilà ce que l’on ne veut pas que vous sachiez. Car l’inflation, pour être efficace, doit être inattendue, elle doit constituer une surprise !

Il n’est certainement pas encore temps de franchir les étapes clairement spoliatrices de la répression financière. Nous sommes, sauf pour les périphériques européens, et quelques pays sur le bord dont  la France, nous sommes encore dans la phase de répression dite douce.

Le calendrier est un calendrier de moyen terme, disons 2 à 3 ans.

Vous comprenez mieux pourquoi on s’oriente vers  les contrôles de mouvements de capitaux, vers la pénalisation de l’expatriation fiscale, pourquoi on vous dissuade chaque jour d’acheter de l’or pour vous protéger etc. Tout est cohérent, au service d’un but évident, passer à la phase deux de la répression financière.

Bien entendu, tout cela ne touchera que les classes moyennes et moyennes supérieures. Les classes supérieures, dites kleptocratiques, sont expertes en ingénierie financière, bien conseillées par les fameuses banques qui sont à l’origine de la crise, elles peuvent payer honoraires et commissions. Il  n’y aura rien à spolier de ce côté. Et puis, depuis longtemps, elles sont délocalisées. Or, contre les bailleurs de fonds étrangers, on ne peut pas grand-chose, car, si on les menace, les capitaux fuient. Déjà les chinois boudent, à la suite de la répression douce, les emprunts d’Etat des pays qui exagèrent la spoliation. Ce qui est visé est l’épargne domestique évidemment.

Le pays qui nous semble le plus en avance sous l’angle de la répression est à notre avis la Grande-Bretagne, elle est déjà dans la forte inflation contre laquelle on prétend lutter, mais que l’on favorise.

Capture de l’épargne, taux réels négatifs, accélération de l’inflation, fiscalité abusive, voilà le programme en cours. Et il est encore dans la phase douce, lente, de démarrage. Il va prendre de la force et va devenir irrésistible au fur et à mesure que le social va se détériorer et qu’il va donner aux politiques la fausse légitimité dont ils ont besoin pour aller plus loin.

Vous comprenez maintenant pourquoi au niveau du système tout est fait pour décourager les achats d’or. L’or, c’est la fuite qui permet d’échapper au système de la répression, il permet d’échapper à la capture, il permet d’échapper à l’inflation et à la confiscation.

Les acheteurs et détenteurs d’or sont les ennemis. Nous vous avons expliqué plus haut comment on fabriquait ses ennemis pour les stigmatiser, les isoler, s’autoriser à les  dépouiller.

A ce propos, nous vous signalons un ouvrage exceptionnel de Pierre Conesa, ancien directeur adjoint de la Délégation aux Affaires Stratégiques du ministère de la Défense français. Le titre est « La fabrication de l’ennemi » ou comment tuer avec sa conscience pour soi. Le parallèle avec la désignation des ennemis sociaux dont nous vous parlons est frappant.

Le monde politique, bancaire, administratif a depuis longtemps désigné les détenteurs d’or comme les ennemis.

“Pour préserver la crédibilité du dollar en tant que monnaie fiduciaire, il est nécessaire de freiner la hausse des monnaies dures que représentent l’or et l’argent. C’est pourquoi, à l’issue du discours de Ben Bernanke, les traders forex apprenaient que JP Morgan, l’une des principale bullion banks de la Fed, a vendu au Nymex quelque 15.000 contrats à terme sur l’or, soit 1,5 million d’onces de métal jaune d’une valeur d’environ 2,5 milliards de dollars. Faisant refluer les cours de l’or d’environ 30 dollars en une séance, de même que, par effet domino, ceux de l’argent.” (source Agefi mars 12)

Pour l’instant, là aussi, on est dans la stigmatisation douce. On critique l’or, son utilité monétaire.    

Ceux qui critiquent l’or et son utilité monétaire se placent, vous le remarquez, toujours du même côté, celui du soi-disant intérêt général.

On est toujours dans ce que l’on appelle  la « public policy ». On met en avant des abstractions, des généralités, sans évidemment les définir, les expliciter et donc les soumettre à l’analyse critique.

C’est le principe du recours à la soi-disant évidence, lequel n’a pas son pareil pour asseoir les bases du Pouvoir et la domination/spoliation des citoyens. C’est toujours le fameux « il faut » tombé du ciel.

A la faveur du  « il faut », tout est permis à celui qui s’auto-décrète être le Deus ex Machina. Les lois liberticides, les confiscations, contrôles, prédations, bref le  « il faut » est l’arme préférée du terrorisme d’Etat.

L’or, dans le système, entretiendrait la déflation.

Faut-il lutter contre la déflation alors qu’elle a le mérite de bonifier le pouvoir d’achat des salaires, des épargnes, etc. ? Alors qu’elle ne fait que traduire l’inéluctable progrès économique qui fait que la productivité augmente et les coûts baissent ?

Pas évident. Cela mérite débat. Pourquoi ne pas préciser que nos sociétés sont intolérantes à la déflation parce que les débiteurs en souffriraient? Leur souffrance est-elle plus digne d’intérêt que celle des salariés, celle des épargnants, celle des retraités? A voir. Est-il normal de favoriser les menteurs, voleurs, prédateurs, confiscateurs, qui parient sur le nominalisme spoliateur des contrats ? Voire.

Est-il judicieux dans un monde qui soi-disant se préoccupe de la finitude des ressources d’entretenir une mauvaise allocation de ces ressources rares par le crédit abusif, la mauvaise allocation du capital ; est-il normal de continuer à gaver l’oie du crédit auto alors que ce secteur est l’un des plus grands gaspilleurs, pollueurs, extincteurs de ressources rares ? Le secteur de l’automobile est l’une des composantes majeures du crédit, de la dette, dans nos sociétés.

Faut-il encourager l’inflation-tax pratiquée par les govies pour acheter les voix lors des élections? Achat démago, destructeur des bases de la société, du consensus national, de la famille, de l’investissement productif ? Faut-il encourager les comportements spéculatifs, les faux calculs économiques, inflater la fortune des kleptocrates? Faut-il détruire les économies de classes moyennes pour ensuite, face à la dépendance ainsi créée, leur faire l’aumône d’allocations infamantes, faut-il en faire, eux qui ont eu la dignité de travailleurs, en faire des assistés ?

Voilà quelques exemples des questions que l’on escamote dans le fameux  « IL FAUT » des Pouvoirs, dans la mystification du faux intérêt général, somme des intérêts particuliers des banquiers, du personnel politique, de son administration, des profiteurs kleptocratiques, et de tous ceux que nous oublions.

En quoi l’institutionnalisation du mensonge inflationniste favorise-t-il le vrai consensus démocratique, le respect des contrats, base de toute société, le juste calcul économique, la constitution de l’indispensable l’épargne, l’équité des transferts intergénérationnels. En quoi la propriété, condition sine qua none de la liberté, est-elle servie par l’inflation ?

Il faut tenter d’éliminer l’or du système, tout simplement parce que l’or, c’est ce qui met une limite à l’inflation des dettes, à l’inflation des monnaies, à la répression, bref, une limite à la tyrannie des pseudo-démocraties sur les citoyens ».

Bruno Bertez, Le blog à Lupus, le 26 mars 2012

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 54 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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5 commentaires pour L’or contre la répression (Bruno Bertez)

  1. BA dit :

    Mercredi 28 mars 2012 :

    L’Espagne prendra-t-elle le chemin de la Grèce ?

    Dans les milieux économiques, certains observateurs le redoutent déjà. L’Espagne, en effet, peine à se relever de la crise économique. Le pays renoue avec la récession. Au 1er trimestre 2012, l’activité s’est de nouveau contractée. Consommation des ménages en baisse, chômage en hausse… Le gouvernement de Mariano Rajoy promet de nouvelles mesures d’austérité.

    Les mauvaises nouvelles s’accumulent pour le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy. Non seulement le pays suit de nouveau la pente de la récesion, comme son petit voisin portugais, mais il est désigné comme le mauvais élève de l’Union européenne, un véritable sujet de préoccupation, pour citer un dirigeant à Bruxelles. D’autant que la prime de risque espagnole s’est envolée, tout comme la dette publique qui était jusqu’ici raisonnable.

    En clair, l’Espagne souffre ces jours-ci d’une crise de confiance à l’étranger, et ce pour une raison principale : son déficit public ne devait être que de 6 % du PIB, or il est de 8 % du PIB, ce qui va obliger le nouveau gouvernement de droite à faire des coupes terribles dans les dépenses publiques pour abaisser le déficit à 5,3 % d’ici la fin de l’année.

    C’est tout le défi de Mariano Rajoy : prouver à Bruxelles qu’il est capable de pareils coups de ciseaux, à hauteur de 35 milliards d’euros, tout en contrôlant une rébellion sociale de plus en plus forte.

    http://www.rfi.fr/europe/20120328-espagne-prendra-t-elle-chemin-Gr%C3%A8ce

    • CaustiCity dit :

      La France aussi prendra le chemin de la Grèce … dès le 16 avril (sur l’EUREX) ou au + tard le 7 mai.

  2. matbee dit :

    Dans la même veine que Bertez, dans le Figaro Bourse : « La BCE dépouille les épargnants pour sauver les banques »

    « La rémunération réelle de l’épargne est devenue négative. C’est la conséquence du déluge de liquidités monétaires émises à Francfort. »

    Explication :

    « Ces opérations, dites LTRO (Long-Term Refinancing Operations), ont été saluées comme un coup de génie de Mario Draghi, le nouveau président de la BCE. «Nous savons de façon certaine que nous avons évité un credit crunch majeur, une crise de financement majeure», a-t-il pu déclarer sans fausse modestie. L’ancien vice président de Goldman Sachs ne fait qu’exprimer le soulagement de la profession bancaire et des gouvernements européens eux-mêmes, dont les dettes souveraines semblent se financer plus aisément.

    Mais on n’a pas suffisamment examiné toutes les conséquences pratiques d’un tel déluge d’argent. Ces 1 020 milliards d’euros créés ex nihilo en faveur des banques sont l’équivalent de plus d’une année d’épargne pour les 332 millions d’habitants de l’Euroland (850 milliards d’euros, soit 2560 euros en moyenne par personne). Or on ne construit pas un barrage contre le Pacifique: les avoirs des ménages européens se trouvent noyés dans un océan de liquidités à prix bradé. Les épargnants sont floués. »

    http://bourse.lefigaro.fr/indices-actions/actu-conseils/la-bce-d-pouille-les-pargnants-pour-sauver-les-banques-168915

  3. zorba44 dit :

    Spoliation généralisée par la création monétaire… en des mots un peu différents d’un commentaire d’un autre post.

    Jean LENOIR

    • Homer Simpson dit :

      Entre la banqueroute généralisée (menant à la guerre et la famine) et l’inflation imposée au plus grand nombre (menant à un quotidien pénible, mais pas insurmontable), les géants / gérants ont choisi (ce qu’ils vont imposer aux politiques et aux électeurs)… Reste à prier pour qu’ils n’échouent pas (n’en déplaisent aux Cassandres marxistes de France, de Navarre et d’ailleurs).

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