Jim Grant, expert de Wall Street : « Ça finira mal pour beaucoup de gens »

« … L’or est loin d’être le meilleur investissement. L’or et l’argent sont stériles, comme Aristote nous le rappellerait. Il ne paie pas de dividendes ni de revenu. Donc, gardez à l’esprit que l’or est un placement non conventionnel. Voilà pourquoi je ne veux pas dire que c’est la seule et unique chose dans laquelle les gens devraient placer leurs avoirs. Mais pour moi, l’or est un moyen très rapide d’investir dans le désordre monétaire. »

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Jim Grant : « pour la première fois depuis plus de 3000 ans les taux d’intérêt sont négatifs »

Source : ZeroHedge, le 23 août 2016 (traduction Le Saker francophone)

« James Grant est expert de Wall Street et rédacteur en chef du bulletin d’investissement Interest Rate Observer Grant, il met en garde contre un accident sur la dette souveraine, il est également perplexe au sujet des actions de la Banque nationale suisse et a un point de vue original concernant les paris sur l’or.

Depuis les programmes d’achat d’obligations de plusieurs milliards jusqu’aux taux d’intérêt négatifs, et probablement bientôt l’argent par hélicoptère, partout dans le monde, les banques centrales font des expériences avec des mesures de plus en plus extrêmes pour stimuler une économie atone. Cela finira en larmes, croit James Grant. L’éditeur de la pensée forte de l’emblématique bulletin de Wall Street Interest Rate Observer Grant est l’un des critiques les plus ardents en ce qui concerne la politique monétaire super facile. Hautement compétent dans l’histoire financière, M. Grant met en garde contre la course imprudente au rendement aujourd’hui et voit l’un des plus grands risques à venir dans la dette publique. Il a également des doutes sur les investissements massifs que la Banque nationale suisse engage sur le marché boursier américain ».

Interview

− Jim, pendant plus de trois décennies Grant a observé les taux d’intérêt. Y a-t-il encore quelque chose à observer avec des taux aussi faibles ?

− Les taux d’intérêt peuvent être presque invisibles mais il y a encore beaucoup de choses à observer. Je constate qu’ils sont en diminution et que ce recul est à l’origine d’un grand nombre de troubles parce que les gens qui ont besoin de revenus sont à la poursuite effrénée du peu de rendement qui reste.

− Quelles sont les conséquences de cela ?

− Cela me rappelle le grand journaliste anglais de l’époque victorienne Walter Bagehot. Il a dit que « John Law peut tout supporter, mais il ne supporte pas 2%, ce qui signifie que les taux d’intérêt très bas induisent la spéculation et l’investissement irresponsable et une mauvaise répartition du capital. » Je pense donc que l’épigraphe de Bagehot est très opportune aujourd’hui.

− John Law a été le principal responsable de la grande bulle du Mississippi qui a provoqué un effondrement économique chaotique en France au début du XVIIIe siècle. Comment l’histoire va-t-elle se terminer cette fois-ci ?

La fin se révélera très mauvaise pour beaucoup de gens. Si les cadres de l’assurance et de la réassurance suisse lisent ceci maintenant, ils pourraient rouler les yeux et être frustrés d’entendre une réprimande américaine à partir d’une distance de 3000 miles sur le risque de courir après le rendement. Après tout, si vous êtes dans les affaires d’appariement du passif à long terme avec des actifs à long terme, vous n’avez pas d’autre choix que de souhaiter un monde meilleur et plus sensible. Mais vous devez prendre le monde tel qu’il est et le monde d’aujourd’hui est stérile en revenus d’intérêts. Le fait est que les temps sont très risqués.

− Où voyez-vous les plus grands risques ?

− Pour moi, la dette souveraine est en tête des marchés surévalués dans le monde entier. Vous ne gagnez rien, ou moins que rien, pour le privilège de prêter votre argent à un gouvernement qui a promis de déprécier la monnaie dans laquelle vous investissez. Les Banques centrales du monde entier cherchent à atteindre un taux d’inflation de 2% ou plus et vous prêtez certainement à beaucoup moins de 2% et dans de nombreux cas, à moins de 0% nominal. L’expérience de perdre de l’argent est commune lorsque l’on investit. Mais où est l’intérêt si la certitude de la perte est là avant même que votre chèque soit encaissé ? Voilà la situation avec la dette souveraine en ce moment.

− Sur une base mondiale, plus d’un tiers de la dette souveraine est déjà à un rendement inférieur à zéro.

− Ce n’est pas tout à fait un best-seller, mais un livre très important intitulé L’Histoire des taux d’intérêt. Il a été écrit par Sidney Homer et Richard Sylla. Sidney Homer n’est plus avec nous, mais Richard Sylla est vivant et bien portant à l’Université de New York. Donc, je l’ai appelé et lui ai dit : «Richard, j’ai lu beaucoup de pages, mais pas toutes, dans votre livre qui retrace l’histoire des taux d’intérêt à partir de 3 000 avant JC jusqu’à nos jours. Avez-vous jamais rencontré des rendements d’obligations négatifs ?» . Il a dit non et j’ai pensé que ce serait une sorte de nouveau scoop important.

Pour la première fois depuis au moins 3000 ans, nous avons poussé les taux d’intérêt au-dessous du marqueur zéro. Je pensais que c’était une remarque exceptionnellement intelligente. Mais je constate que personne ne semble s’y intéresser.

− D’ores et déjà, cela fait deux ans que la BCE a été la première grande banque centrale à introduire des taux négatifs.

− Il y a quelques autres paramètres historiques : en Europe, Monte dei Paschi di Siena, cette ancienne banque de plus de 500 ans en Italie, est en difficulté et délabrée autant qu’elle peut l’être sans se trouver légalement en faillite. Monte dei Paschi a survécu pendant un demi-millénaire et maintenant elle est dans les cordes. Pendant ce temps, la Banque d’Angleterre est en train de faire des choses aujourd’hui qu’elle n’a jamais faites dans son histoire, qui est vieille de plus de 300 ans. Je suggère donc que les temps sont à tout le moins intéressants et à bien des égards sans précédent.

− Alors, quel est le vrai sens de tout cela?

Dans la finance, la plupart du temps rien n’est jamais nouveau. Le comportement humain ne change pas et l’argent est une institution très ancienne, comme nos marchés. Bien sûr, les techniques évoluent, mais la plupart du temps rien n’est vraiment nouveau. Toutefois, en ce qui concerne les taux d’intérêt et la politique monétaire, nous sommes vraiment en train d’innover.

− Maintenant, les banquiers centraux parlent même ouvertement de l’argent de l’hélicoptère. Vont-ils vraiment le faire ?

J’entends déjà le bruit des pales du rotor de l’hélicoptère dans le ciel. J’entends aussi le fracas des tam-tams de la politique budgétaire. Il semble y avoir une sorte de consensus croissant disant que la politique monétaire a fait ce qu’elle pouvait faire et que ce qui doit être fait maintenant − ainsi parlent les sages – est de taxer puis dépenser, dépenser et dépenser. Cela semble être la nouvelle grande idée en politique. Dans tous les cas, ce n’est pas bon pour les détenteurs d’obligations.

− Fait intéressant, personne ne semble parler de la dette publique croissante. En outre, la politique budgétaire est juste un à côté dans la campagne des élections présidentielles en cours.

− Le problème avec cette élection est que quelqu’un doit gagner. Je n’ai aucun attrait pour Donald Trump, ni pour Hillary Clinton. Le fait est que l’un des deux va gagner. Telle est la tragédie ! Nous chez Grant sommes au regret de constater que l’un d’entre eux va gagner.

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Rappels :

Jacob Rothschild : « Les banques centrales se livrent à la plus grande expérimentation de tous les temps »

Le FMI le confirme, les taux négatifs tuent les banques à petit feu

ZeroHedge : Les banques centrales possèdent aujourd’hui 25.000 milliards de dollars d’actifs financiers !

A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 51 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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9 commentaires pour Jim Grant, expert de Wall Street : « Ça finira mal pour beaucoup de gens »

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  2. zorba44 dit :

    Les gogos vont croire que la pluie d’argent qui va inonder les marchés leur procurera richesse et pouvoir d’achat.

    Dans la longue partie de Monopoly sur le point de se terminer dans la confusion de la table qui s’envole car les perdants ont cru se refaire en bradant des actifs pour obtenir du crédit de joueurs cupides, aujourd’hui …demain tout le monde va perdre dans l’effondrement des banques, des particuliers, des entreprises, des milliardaires et des états.

    Voilà ce qu’on gagne en croyant inventer des nouvelles règles financières qui défient les lois des mathématiques et de la propriété.

    Demain sera passionnant et terrible !

    Jean LENOIR

  3. lamourfou777 dit :

    Bonjour, en complément des informations d’Olivier, nous vous proposons avec son autorisation notre Revue de presse quotidienne :

    Revue de presse du jour comprenant l’actualité nationale et internationale de ce mardi 30 août 2016

    https://www.crashdebug.fr/revue-de-presse/12278-revue-de-presse-du-jour-comprenant-l-actualite-nationale-et-internationale-de-ce-mardi-30-aout-2016

    Merci Olivier,

    Amicalement,

    f.

  4. Nanker dit :

    Très intéressant… et Grant n’est pas le seul à ressusciter le souvenir de John Law (prononcer « Lass »), Pierre Jovanovic l’a également fait dans son livre dernier livre.

  5. Jacques dit :

    J’interviens sans avoir lu l’ensemble de l’article , et sciemment. Je viens de lire que l’or et l’argent étaient stériles. Oui, c’est vrai, ils sont stériles pour ceux qui font profession de créer de la richesse à partir du mensonge et de la spoliation. L’or, ce n’est que de l’or et l’argent, ce n’est que de l’argent, c’est tout. Mais voilà, il y a un siècle, une pièce d’or permettait d’acheter un vélo, aujourd’hui la même pièce permet d’acheter un vélo de bien meilleure facture que celui de 1916. Est-cela la stérilité ? Et le papier-monnaie, lui qui est si fécond, que pourrais-je acheter avec des billets de 1916 ? Et même avec un tas de billets qui m’auraient permis d’acheter mille pièces d’or en 1916, j’achèterais quoi aujourd’hui ?

    • Entièrement d’accord, d’ailleurs si vous suivez le blog vous savez que je défends cette conception de l’or comme protection ultime contre le mensonge des monnaies papier.

      Cela dit, il est intéresser de noter que même quelqu’un comme Jim Grant recommande aujourd’hui l’or comme le meilleur investissement face au « désordre monétaire »

  6. Nanker dit :

    A prendre avec des pincettes mais je relaie l’info :

    « La Russie affirme que le directeur général du FMI a été emprisonné parce qu’il avait découvert que les réserves d’or des États Unis avaient disparu. »
    http://abidjantv.net/monde/rebondissement-la-russie-devoile-les-vraies-raisons-de-larrestation-de-dsk-aux-etats-unis/

    Fort Knox complètement vide encore une théorie du complot qui se verra bientôt réalisée? Serait-ce l’une des raisons pour lesquelles l’establishment US craint comme la peste l’élection de Trump? Ne faisant pas partie du sérail mafieux de Washington D.C. il serait une fois élu incapable de tenir sa langue sur certains sujets d’importance capitale (dont celui-ci)?

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