Sylvain Tesson : « Eteignez tout et le monde s’allume ! »

Vivre déconnecté (1/6). Pour l’écrivain et voyageur Sylvain Tesson, fuir le monde numérisé est vital pour retrouver l’espace et le temps, le silence et la durée.

Puisque le dispositif numérique dicte nos manières de vivre, l’écrivain Sylvain Tesson estime qu’il faut emprunter des lignes de fuite, chemins, forêts, grottes ou galeries, afin de vivre la vraie vie, loin du monde siliconé.

Que cherchez-vous à fuir lorsque vous partez au bord du lac Baïkal, sur les chemins de la retraite de Napoléon en Russie ou bien dans les steppes du Kirghizistan en side-car ?

Se carapater en des lieux retirés (« les déserts » de Port-Royal) offre deux évitements : son propre reflet et ses semblables. Toute échappée arrache à l’ennui du narcissisme et aux carnavals des masses. C’est ce que je cherche sur les parois, dans les grottes, au fond des bois : des arrière-postes où règne la possibilité du silence. Une carte d’un monde de 8 milliards d’êtres humains mobiles et connectés se dessine. La majorité des hommes vivra dans des villes-mondes où personne ne s’occupera de savoir d’où viennent les choses qu’il mange ni les êtres qu’il côtoie. Le monde se brouille.

Cette redistribution de l’homme à la surface du globe est peut-être appréciable, mais nous sommes quelques-uns à la goûter fort peu. Miroir de cette mise sous tension de la terre, surgit un archipel de sémaphores, de vires aériennes, de clairières, de refuges, de relais de chasse : ce sont des ZAD, « zones affectées à la dissimulation », où l’on pourra accomplir de très vieux gestes : regarder le ciel, faire de la minéralogie, se tenir à une table et converser longuement, en fumant, sans faire de gestes, ni consulter un écran. Vivre quoi ! Il faut connaître cette nouvelle géographie. C’est la géographie de la ruine contre celle du hub. Le vallon non siliconé contre le glacis. Là, seront respectées deux hautes et indépassables vertus auxquelles l’homme de 2018 a déclaré la guerre : le silence et la distance.

Quelles sont les manifestations sensibles de cette « immense souricière de coercition », comme vous l’écrivez, construite par la société numérique à laquelle vous cherchez à échapper ?

Rappels :

Le joueur de flûte cellulaire

L’enfer des smartphones

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 53 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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9 commentaires pour Sylvain Tesson : « Eteignez tout et le monde s’allume ! »

  1. xavib dit :

    Dommage qu’il faille être abonné à l’Immonde pour lire la suite !

    • Le dodo dom dit :

      … Vont pas tarder à le faire passer pour un neuneu de base à « l’immonde »; Il sera heureux dans sa BAD (ou zad) le moment venu, ou les gogos/bobos vont commencer à se fritter pour avoir de la bouffe lors d’un crash/guerre civile futur…
      quelle appli pour ça?

  2. Apprendre à déconnecter, c’est d’abord apprendre à faire respecter le droit du travail et les durées légales. Ensuite libre à l’individu de s’isoler. Sylvain Tesson évolue hors contraintes matérielles, ce qui rend son témoignage superficiel. http://www.mesheuressup.fr

    • Jean-Loup Izambert dit :

      Bien vu. Il y a un autre mec comme lui, dont je n’ai pas le nom en tête, qui prônait les mêmes thèses dans ses livres de retour à la nature, de fabriquer son pain, de vire sans argent, etc. Le gars est millionnaire et vit de ses rentes dans des placements offshore. Mais sur les plateaux télé, tout juste s’il ne porte pas une peau de bête. « Témoignage superficiel » que celui de ce monsieur Tesson: au moins ça d’autant qu’ il ne peut vivre hors contrainte matérielle si non en ayant de quoi …l’être. Le respect de l’homme commence par la défense de l’intérêt général. Et il fait quoi ce Tesson pour que le monde soit plus beau en dehors de s’occuper de sa petite personne…?!

  3. Felicien Lallane dit :

    N’écoutons plus
     » Les experts : spécialiste de l’invérifiable. ( Sylvain Tesson) « 

  4. Armand dit :

    Le 29 avril dernier, Karim Rissouli a reçu Sylvain Tesson dans l’émission C Politique. Il lui demande de commenter la rencontre Trump-Macron du 23/04. Avec quelques questions-piège qui oblige Tesson à dire son manque d’intérêt pour faire des voyages à travers les États-Unis (qu’il a qualifié – de pays décérébré – Ô sacrilège) au contraire de ses voyages en Sibérie.
    Quelques belles réponses à partir de 36 ‘ sur la vidéo suivante

  5. zorba44 dit :

    Il n’est pas insensé d’estimer que la Terre devient trop petite pour une existence proche de la nature…

    On construit à crédit des ponts qui s’effondrent avec pratiquement des immeubles construits en dessous…

    Un certain Philippe Camus, Inspecteur des Impôts de son état et, accessoirement Prof d’économie politique et de fiscalité à Sup de Co Le Havre (c’était en 1965 !), de répondre à la question du signataire quant à l’entretien des routes, des centrales nucléaires …bref tout ce que l’Etat-Providence finançait par l’impôt … « Comment, mais Lenoir on lèvera de nouveaux impôts ! ».

    On voit le résultat avec les ponts qui s’effondrent ou menacent de le faire …des nids de poule qui deviennent des piscines et des centrales nucléaires dont on retarde à perpète le démantèlement (puisqu’elles ne nous pètent pas à la figure)…

    Ajouter que la dette est une peste qui ne peut plus se rembourser et que tout se joue dans la cours des transports pour fuir son propre monde encombré pour des terres hospitalières…

    …Pas tant que ça puisque la Nouvelle-Zélande, oubliant sans doute que les touristes nourrissent son économie, veut taxer ces mêmes touristes au nom de l’utilisation de ses infrastructures : comme si le touriste épris de lointain était co-propriétaire des infrastructures…. Mais cette peste intellectuelle issue du Labour au pouvoir n’est pas si étonnante que cela.

    On a tout fait et n’importe quoi pour accueillir des populations exponentielles et cet état de fait crispe les uns contre les autres et grippe l’Economie et les Ressources.

    Petit exemple local hier, la station de ski de Whakapapa, a dû jouer hier dimanche à guichets fermés car tous les parkings étaient pleins – tout cela parce que les investissements du club alpin local ne sont pas loués aux touristes qui s’hébergent à 15 – 20 kms de là où viennent de Taupo, et Rotorua pour passer le WE.

    …Voilà comment la très mauvaise organisation de cette magnifique station nous a privé, dimanche, de notre journée de ski bien que nous nous soyons mis en route de tôt matin (8H30) …nous faisant rentrer chez nous. On en a parlé à la télévision le soir (nous a-t-on dit) et la prochaine fois nous irons skier en Suisse …ce qui nous coûtera à peine plus cher ! – car Whakapapa c’est, au surplus, le racket organisé à tous les niveaux et des prestations dont la qualité diminue d’année en année alors que, bien gérée, elle pourrait accueillir 5 à 6000 skieurs avec plus de parking, de l’hébergement local et l’extension de son tissu de remontées et de pistes …

    La Terre, on ne sait plus où la fuir …

    Jean LENOIR

  6. MASTER T dit :

    Le cellulaire est une prison aux noms multiples (Samsung,Apple…), aussi -si ce n’est plus- connus que celui d’Alcatraz… mais la comparaison va plus loin puisque ces 2 mondes cellulaires s’autorisent l’usage du panoptique qui permet aussi de tout voir, de tout savoir de ceux qui y habitent ou se sentent habiter par lui pour mieux se faire contrôler tout en anticipant par l’observation de leur comportement quotidien ce qu’ils pourraient aussi faire demain. Ainsi c’est « prison planet », là ou chacun arbore un matricule (numéro de teléphone, IP pour les uns et un numéro-matricule pour les autres emprisonnés qui ont, de sur-crois, aussi un numéro de tel)… La seule véritable différence c’est que les accros du portable sont fiers et zélés dans leur perte de liberté tandis que les seconds n’aspirent qu’à la retrouver au delà de leurs barreaux.

    L’idéal serait de savoir se passer de son portable ‘à vie », mais la société hyper-connectée en exige souvent la possession pour le travail… pour ce qui est de la vie privée on devrait pouvoir s’en passer puisqu’une vie « sans » existait avant l’apparition de cette m…de! ( avant le milieu des années 1990)… le problème c’est alors la masse d’utilisateurs qui vous impose la norme comportementale. Vous devenez un être étrange si vous n’en possédez pas un car vous devez être comme eux… ici la norme prend des accents de totalitarisme.

    Le portable c’est du temps captif de cerveau humain au bénéfice d’une élite soucieuse de vous contrôler par des stimulus conduisant à des addictions, et, comme la grenouille n’est jamais aussi bien cuite que très lentement, le temps passera pour ma génération quasi-fossile que la suivante s’abandonnera au festin des occupations ludiques sans avoir seulement à regretter ce qu’elle n’a jamais eu l’opportunité de connaitre: le prestigieux temps libre de la solitude sans entrave pour de si savoureux moments de méditations imprévus… moments qui ponctuent une journée sans souvent qu’on y prête gare.
    Le passé inconnu, ainsi rompus de la liberté de se déplacer sans être emmerdé et tracé, conduit les jeunes générations, nées avec le mobile, à une béatifiante condition inhumaine de leur existence en les distrayant et les privant de toute possibilité de s’interroger sur eux-mêmes, simplement parce que la distraction des sens (par des stimulus pavloviens) réduit fortement les possibilités de prendre du temps pour soi. La vie hédoniste sous tension électro-chimique de notre cerveau qu’accompagnent les récompenses et les frustrations virtualisantes du monde numérique, est – pour la quête de sens de sa vie et l’élaboration d’une culture intuitive et analytique de développement spirituel et cognitif- le moyen le plus fiable et tactique de nous éloigner efficacement et parfois définitivement de la source de vie véritable.

    Le portable conduit à nous penser libre, là ou la liberté n’est qu’un simulacre de plus dans une société orwellienne qui ne fait que tisser une réalité en parodiant tous les constituants du sacré. Et Dieu sait que la Liberté nous est sacrée car c’est elle qui engage notre responsabilité par les choix que nous faisons et par lesquels nous gémissons et blâmons parfois les conséquences

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